Le blog de Liliane Held-Khawam:L’Église et le libéralisme : histoire d’un malentendu (1).

L’Église et le libéralisme : histoire d’un malentendu (1). L’idée d’humanité et la naissance de l’individu. Damien Theillier

Contrairement à ce qu’on lit souvent, l’Europe ne doit pas son décollage économique et culturel à la conquête et à l’exploitation du reste du monde. Elle a dominé le monde grâce au développement des libertés dans les domaines scientifique, politique et économique. Plus précisément, c’est l’affirmation progressive des libertés individuelles qui permit de pacifier la vie sociale et d’entraîner à sa suite le développement économique.

Bien sûr les libertés modernes ne sont apparues que très progressivement, et souvent avec de fortes résistances. Mais elles proviennent d’une idée chrétienne de la liberté qui s’est développée dans la théologie médiévale de Saint Augustin à Saint Thomas d’Aquin. Quelle est cette idée ? C’est l’idée que la liberté est le moyen par lequel la personne peut s’ordonner elle-même à son bien propre et donc, in fine, à Dieu. C’est l’idée d’autonomie de la personne humaine, créée à l’image de Dieu, dont découle également l’idée d’égalité.

Le libéralisme est souvent perçu comme une doctrine économique, mais ses véritables racines historiques et philosophiques se trouvent dans la Bible et dans la lutte des chrétiens pour la liberté religieuse sous l’empire romain.

Ma thèse est que le statut de la liberté dans la Bible a préparé le terrain pour l’émergence des libertés individuelles. Autrement dit, les libertés modernes sont l’aboutissement d’une évolution historique marquée par le christianisme. Mais paradoxalement, cette émergence s’est souvent faite en opposition directe à l’Église qui freinait cette évolution. Car l’idée de liberté n’a pas toujours été comprise dans toutes ses implications politiques et économiques. Tel est le malentendu entre l’Église et la liberté que nous allons tenter de clarifier.

L’idée judéo-chrétienne d’humanité

 

Dans l’ère préchrétienne, beaucoup de personnes étaient considérées comme n’étant pas pleinement humaines. L’idée que tous les êtres humains sont créés à l’image de Dieu fut une idée révolutionnaire, inouïe, étrangère à la plupart des civilisations de l’ancien monde. Elle a émergé non pas à Babylone, en Grèce ou à Rome, mais dans une petite contrée du Moyen-Orient, dans une tribu connue à cette époque sous le nom d’Israélites.

Les écritures saintes des juifs décrivent un Dieu qui a façonné l’homme et la femme à son image, indépendamment de sa race, de son sexe, ou de son âge. La croissance lente de l’idée de liberté a été possible grâce à ce postulat radical : chaque être humain, homme et femme a été créé à l’image de Dieu et possède de ce fait certains droits inaliénables.

Au Moyen-âge, le christianisme a universalisé cette idée que les êtres humains sont tous égaux en dignité. Les hommes ne sont pas égaux au sens où ils seraient identiques, mais au sens où ils sont égaux en liberté et en responsabilité, par le simple fait d’être des personnes humaines douées de raison et de volonté propre.

La disparition de l’esclavage en Europe au Moyen-âge

L’histoire de la chrétienté est, bien sûr, parsemée d’épisodes tragiques, d’hypocrisie et d’oppression. Les chrétiens n’agissent pas  toujours en conformité avec leur propre système de valeurs. Pourtant, la chrétienté est unique en ce que ses membres imparfaits ont progressivement mis en place les principes d’une résistance contre toutes les formes d’oppressions, y compris l’oppression religieuse elle-même. Le christianisme, en effet, donne aux croyants la capacité de se critiquer eux-mêmes, de critiquer leur comportement et de concevoir de meilleures institutions, plus conformes à l’idée judéo-chrétienne de la personne humaine : créée à l’image de Dieu.

Alors que l’esclavage était universel, l’Europe chrétienne s’en est débarrassée. Il fut d’abord remplacé par le servage au cours de la période féodale. Les serfs n’étaient pas libres au sens moderne du mot mais ils jouissaient d’une plus grande liberté que les esclaves, de possibilités d’ascension sociale, et de droits de propriété. Le mot « esclave » commença à disparaître du vocabulaire. Puis le féodalisme déclina au XVème siècle et fut supprimé en Occident au XVIème siècle, bien qu’il persista en Europe de l’Est et du Sud.

Après la chute de Rome et la lutte pour le pouvoir au début du VIe siècle, l’empire était en ruines. Plus tard, des écrivains ont parfois dépeint le Moyen-âge comme  « l’âge des ténèbres », où des paysans ignorants étaient manipulés et opprimés par des prêtres superstitieux. Cependant, les historiens ont montré que cette idée est en grande partie fausse.

Sans aucun doute certaines périodes comme les invasions barbares dans le Haut Moyen-âge ou la guerre de Cent Ans dans le Bas Moyen-âge, furent des périodes difficiles et tumultueuses, mais les historiens du Moyen-âge sont généralement d’accord pour dire qu’il y eut aussi de grandes périodes d’innovations technologiques et de progrès économiques à partir de la renaissance carolingienne au IXe siècle. On peut citer entre autres : l’assolement triennal, les attelages, la diffusion des moulins, l’industrialisation de la fabrication du papier, la fabrication du verre, l’horlogerie, la polyphonie et la notation musicale, la création des universités, le développement des villes et du commerce.

La naissance de l’individu

Le christianisme est la première et sans doute la seule religion qui rompt totalement avec le holisme ou le collectivisme. En effet, le christianisme situe l’individu au-dessus du groupe et l’éthique avant le politique. C’est pourquoi l’individualisme est directement associable au christianisme. En effet, le péché, le libre arbitre et par voie de conséquence le salut sont personnels. D’emblée, le christianisme enseigne que le péché est une affaire personnelle, qu’il n’est pas inhérent au groupe, mais que chaque individu doit avoir la responsabilité de son propre salut. Les obligations religieuses ne concernent que les individus, seuls appelés à faire leur salut éternel et non les États, pour lesquels, selon la formule latine, « le salut du peuple est la loi suprême ».

Le christianisme ne préconise pas de cité idéale ni de rédemption terrestre collective. L’Évangile propose exclusivement un salut individuel céleste. Dans cette logique, l’État n’a aucun droit sur les âmes et n’est jamais sacralisé. C’est ainsi que les premiers chrétiens sont morts pour avoir refusé de rendre un culte à l’empereur. Préoccupé par le seul salut des âmes, le christianisme a donc permis une séparation des genres, une forme de laïcité libératrice pour l’individu.  C’est ce dualisme que nous allons développer dans le prochain article.

Damien Theillier est professeur de philosophie. Il est l’auteur de Culture générale (Editions Pearson, 2009), d’un cours de philosophie en ligne (http://cours-de-philosophie.fr), il préside l’Institut Coppet (www.institutcoppet.org).

Source:  http://www.24hgold.com/francais/article-or-argent-l-glise-et-le-liberalisme–histoire-d-un-malentendu-1–l-idee-d-humanite-et-la-naissance-de-l-individu.aspx?article=6726049324H11690&redirect=true&contributor=Damien+Theillier

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The caholic thing:The Truth Is Real, Not Rigid by Fr. Gerald E. Murray

True Beauty

Books Received

 

The Truth Is Real, Not Rigid

Note: My learned EWTN “Papal Posse” colleague, Fr. Murray, dissects today a phenomenon all too common in the Church just now – Churchmen who, on the basis of no one knows what, casually change Catholic teaching and practice. He directs us back to the saving and safe reality of truth. This is something that, in one way or another, we try to do every day at The Catholic Thing. Our fund drive is doing well so far and thanks again to all of you who have made generous contributions to this work. Let me remind the rest of you that we rely on reader support for a lot of what we’re able to bring you every day. If you can’t make a serious donation right now, you could certainly set up a monthly gift of $5, $10, $25, $50, or more. In some ways that helps us even more since it allows us to plan in light of the resources we’ll have during the rest of the year. It’s not brain surgery or rocket science. Please, click the Donate button and add your support to the defense and preservation of Catholic truth. – Robert Royal    

Does reality matter? Is it the decisive and necessary reference point for discovering what is and what is not, what is true and what is false? Or is reality subject to revision based one’s preferences, desires, or some other factor? These questions come to mind when we consider the astounding report concerning remarks made by Cardinal Francesco Coccopalmerio on the question of the validity of Anglican orders. According to Christopher Lamb in The Tablet, Coccopalmerio characterized the Church’s teaching on the question of Anglican orders as follows: “We have had, and we still have a very rigid understanding of validity and invalidity: this is valid, and that is not valid. One should be able to say: ‘this is valid in a certain context, and that is valid another context’.”

The Cardinal speculates on the doctrinal implications of past papal gestures of friendship and respect, stating: “What does it mean when Pope Paul VI gave a chalice to the Archbishop of Canterbury? If it was to celebrate the Lord’s Supper, the Eucharist, it was meant to be done validly, no?” He continues: “This is stronger than the pectoral cross, because a chalice is used not just for drinking but for celebrating the Eucharist. With these gestures, the Catholic Church already intuits, recognizes a reality.”

These remarks are published in a new book, whose title is not given by Lamb, presenting the contents of a meeting of the Malines Conversation Group held near Rome in April of this year. Vatican Radio covered the meeting, noting the participation of Cardinal Coccopalmerio. The Vatican Radio story included comments by Fr. Tony Currer of the Pontifical Council for the Promotion of Christian Unity. Regarding Anglican orders he comments: “I think it’s true to say we don’t use the language of ‘null and void’ any more,” as that’s “clearly not what is spoken by the gestures, generosity, and warmth which we see time and time again.”

Validity is another word for reality when speaking about the sacraments. The Church teaches clearly what is necessary for the valid – that is, true and real – celebration of the sacraments. By invoking the pejorative buzzword “rigid understanding” regarding validity and invalidity, Coccopalmerio reduces the Church’s determination of what counts as a valid sacrament to the expression of a psychologically unhealthy attitude rooted in ignorance or irrational fear.

Rome, Paul VI, and Canterbury, Michael Ramsey, 1966

The question of validity is simple: Does the Church consider an Anglican ordination to be a valid administration of the sacrament of Holy Orders? The answer is no, as determined authoritatively by Pope Leo XIII in his encyclical Apostolicae Curae. Anglican ordination does not make a man into a Catholic priest. That determination is objective, grounded in a careful and reasoned study of the history, doctrines and practice of both the Catholic Church and the Anglican Communion.

Coccopalmerio also states: “When someone is ordained in the Anglican Church and becomes a parish priest in a community, we cannot say that nothing has happened, that everything is ‘invalid’.” The choice presented in this statement is that at an Anglican ordination either a man is validly ordained a priest, or that nothing happened. But there is a third possibility: Anglican ordination results in someone becoming an Anglican priest, not a Catholic priest.

The Church teaches that such an ordination is not a valid Catholic ordination. The man ordained in an Anglican ceremony does not receive the sacrament of Holy Orders. The sacrament of Holy Orders is not administered. (I leave aside the question of Anglicans ordained by bishops who themselves received valid episcopal consecration by Orthodox or Old Catholic bishops.)

Coccopalmerio and Currer apparently resist this truth. The Cardinal claims that the Papal gift of a chalice to the Archbishop of Canterbury means that Pope Paul VI considered the Anglican Communion Service to be a valid celebration of Mass because “it was meant to be done validly.” But Pope Paul never said what Coccopalmerio infers. A gesture does not equal a doctrinal pronouncement.

Fr. Currer claims that “we don’t use the language of ‘null and void’ anymore.” If by “we” he means the Catholic Church, he is wrong. Pope Leo XIII’s determination has never been rejected by any of his successors. The fact that Fr. Currer and others are unhappy that Anglican orders were found to be null and void is evident. Currer’s dissatisfaction with this exercise of the papal magisterium does not, however, mean that the Church no longer upholds the invalidity of Anglican orders.

Coccopalmerio seeks to dismiss the objective truth of what constitutes sacramental validity in the Catholic Church by making it changeable according to a “context.” Is this not relativism plain and simple? The Cardinal does not claim here that the criteria for determining the validity or invalidity of the administration of Holy Orders were misapplied by Leo XIII when he examined Anglican orders. (Perhaps he addresses this question elsewhere in his published remarks.) He simply says that those criteria should not apply because they are “rigid.” Pope Leo XIII’s determination that Anglican orders are invalid is maligned as rigid when one does not like the particular truth in question. One man’s rigidity is another man’s solidity. Is the Church stubborn or steadfast in this matter? I would say She is both. That is what the truth requires regardless of any context. If She made a huge mistake here, what else will be put on the chopping block?

Dietrich von Hildebrand wrote in his essay The Dethronement of Truth: “Disrespect for truth – when not merely a theoretical thesis, but a lived attitude – patently destroys all morality, even all reasonability and all community life. All objective norms are dissolved by this attitude of indifference toward truth; so also is the possibility of resolving any discussion or controversy objectively. Peace among individuals or nations and all trust in other persons are impossible as well. The very basis of a really human life is subverted.”

Truth is cast aside at our great peril.

Fr. Gerald E. Murray

Fr. Gerald E. Murray

The Rev. Gerald E. Murray, J.C.D. is pastor of Holy Family Church, New York, NY, and a canon lawyer.

 

One Peter Five:Beauty is a Salve: St. Mary Star of the Sea Schola, Jackson, MI by Steve Skojec S

Beauty is a Salve: St. Mary Star of the Sea Schola, Jackson, MI

Sometimes, we get so used to war that we don’t remember what peace looks like.

Sometimes, we fight so hard for every inch of ground we can’t quite remember home.

This is why the question eats at me constantly: how can we find the energy to resist the enemy if we forget what we’re striving for, if we lose sight of the very things from which we draw strength? 

Some years back, a friend of mine fired off a quick sentence on social media. I don’t remember what it was in reference to, but it immediately struck me, nearly perfect in its succinctness:

Beauty is a salve. 

We are wounded and battle-weary. We need to be reminded of the True, the Good, and the Beautiful on a regular basis or we risk losing our way. Whether it’s the prayers of the Church’s ancient liturgies, the rhythm of the Divine Office, a rosary in the briskness of an early morning walk, the sun setting over God’s creation, the sound of the wind, the rain, and the waves, the quiet Eucharistic presence of Our Lord within an architecture that reveres Him…whatever it is, we find God in the things that please us, that delight the senses and fill us with joy.

Perhaps one of the best such things is sacred music. Last month, I received an email from a reader that I had completely forgotten about until I committed myself today to attacking the hundreds of unread emails that never stop piling up in my inbox:

Dear Steve,

I am very fortunate to be a part of a little traditional schola at St. Mary Star of the Sea, Jackson MI. It’s a beautifully preserved church, a gem in the heart of the city.

St. Mary’s schola started out with one lone member. He chanted and sang his heart out for about 6 months. Tired of doing the one man show, he recruited two of his siblings to assist. I’m one of them. We started praying for more willing souls to participate and God ( rather quickly, I might add) has blessed us with a number of committed people, mostly amateur, with a couple of talented music directors from other churches in the area. The schola has developed a sound, one that comes with working closely together, every week. Also, a sound that comes from all of us seeking to, in our small way, give God His due.

The thing is, God answered the prayers of a few lone volunteers and, with His blessing, we now number about 12 steady members. Our Latin Mass was starved for sacred polyphony and Gregorian chant for longer than I care to remember, but now we are experiencing a richness that we never could have anticipated.

I would like to share a link to our latest video. This is a live recording from Passion Sunday.

The video is excellent. The sound rich, the echo of the parish a perfect acoustic accouterment to the practiced voices of the schola. In the background, small children can be heard babbling or crying, a door squeaks as a parent makes a hasty exit, the noises of the lived experience of Catholic worship reminding us that this is something we can experience at Mass — no professional choir required — if only we love Our Lord enough to give the gifts he has given us back to Him in service to His glory.

As the first video wound down, YouTube queued up a second – this time of the St. Mary’s Schola performing Casciolini’s Panis Angelicus. It doesn’t disappoint:

The work being done by this schola of just 12 voices is one of many examples of the Catholic renaissance that is quitely blossoming in parishes around the world — a restoration of the beauty of classical Christianity unfolding one altar rail, one sanctuary, one schola at a time.

If you’re blessed with a parish where the sacred is flourishing anew, please share whatever you can with us. We may report on news of the crisis, but our mission will always be to rebuild Catholic Culture and restore Catholic Tradition. We want to continue that most important work one story at a time.

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Pour une école libre au Québec:Le 18 mai 1756 : la Grande-Bretagne déclare officiellement la guerre à la France

Le 18 mai 1756 : la Grande-Bretagne déclare officiellement la guerre à la France

Posted: 18 May 2017 12:47 AM PDT

le 18 mai 1756 : George II de Grande-Bretagne déclare officiellement la guerre à la France.

L’année 1755 est marquée par de nombreuses agressions anglaises. L’Angleterre prend ainsi l’initiative des hostilités, en capturant deux vaisseaux français et des dizaines de bateaux de pêche et de commerce, au large de Terre-Neuve.

En mai 1755, départ d’une flotte de 20 navires et quatre frégates partant de France, commandée par Emmanuel-Auguste Cahideuc Dubois de La Motte. Cette flotte transporte des renforts militaires au Canada.

4-16 juin : victoire britannique sur la France à la bataille de Fort Beauséjour.

10 juin : deux vaisseaux français, Lys et Alcide, sont capturés par les Britanniques commandés par Edward Boscawen près de Terre-Neuve3. Le navire Dauphin Royal échappe à la capture.

17 juin : le Fort Gaspareaux faiblement défendu par les Français se rend aux Anglais. L’Acadie est entièrement sous domination anglaise.

Au cours de l’été, les Britanniques saisissent 300 navires de commerce français avec 8000 hommes d’équipage. Cette perte en tonnage et en hommes porte un coup très dur à la flotte française. La France, qui possède 45 vaisseaux de ligne, ne peut en armer que 30, faute de matériel et d’équipage. Rupture des relations diplomatiques.

Dans l’été encore, le général Braddock, envoyé contre la place forte française du Fort Duquesne, l’actuelle ville de Pittsburgh, en Pennsylvanie, est battu par les Français. Braddock est tué et son armée est mise en déroute. Le jeune George Washington parvient à maintenir un certain ordre dans l’arrière-garde, ce qui permet à l’avant-garde de se replier. Ceci lui vaut le surnom de « Hero of the Monongahela »…

De juillet à décembre, les Anglais expulsent d’Acadie tous les habitants d’origine française. Cette déportation de près de 10 000 personnes entre dans l’Histoire sous le nom de « Grand Dérangement ».

Le 21 décembre, Louis XV adresse un ultimatum à la Grande-Bretagne pour que ses navires et marins lui soient restitués. Il menace de déclarer la guerre. L’ultimatum est rejeté le 13 janvier 1756. Trois jours plus tard, Frédéric II de Prusse conclut avec l’Angleterre le traité de neutralité de Westminster. La France se tourne alors vers l’Autriche, ce qui aboutit au traité de Versailles du 1er mai 1756. C’est un renversement complet des alliances. En mai, Montcalm arrive au Canada, il s’empare d’Oswego, dans la vallée de l’Ohio.

En avril, les Français débarquent à Minorque Le 6 mai a lieu la victoire navale de Richelieu et de La Galissonnière sur l’amiral Byng à Minorque et la prise du Port Mahon. Le 18 mai l’Angleterre déclare la guerre à la France, qui lui déclare la guerre à son tour, le 9 juin.

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The catholic thing:in Search of Social Cohesion by David Carlin

 

In Search of Social Cohesion

Note: Today Professor Carlin makes a strong case that – contrary to current cultural myths – religion and the society rise (or fall) together. And as I said in our inaugural column for The Catholic Thing nine years ago, you may get by with imperfect versions of faith, for a while, but to preserve both faith and the fullness of human flourishing, you need “the richest cultural tradition in the world,” Catholicism. God bless our Protestant and Jewish brothers and sisters, and may he inspire Muslims, Buddhist, etc. in their search for truth. But here at TCT we’re engaged in truth seeking and truth telling, every day, nonstop, the whole truth – and nothing but. And a little fun in the process. If you think this is important work and haven’t yet contributed to this fund drive, please act on your beliefs. Make your tax-deductible donation right away. – Robert Royal  

One way to make a society cohere, to keep it from falling apart, is to put all power in the hands of a highly centralized political party that controls the state, the military, the judiciary, the police (including secret police), newspapers, radio and TV, the entertainment industry, education, sports, youth organizations, labor unions, industry, agriculture, banking, transportation, all real estate, and many other things. This is how the Soviet Union was held together for many decades despite the USSR’s great linguistic and ethnic diversity, a diversity (pace the multiculturalists) that tended to pull it apart.

As soon as the tight central controls were relaxed during the Gorbachev years, everything quickly fell apart, and what had been a single country became fifteen independent countries.

Another and better way to hold a society together is by means of a religious-moral consensus. Until the middle of the nineteenth century, this was the way the United States was held together. Americans had a common religion, Protestantism. Of course, there were some Catholics in the country, but they were poor and not very important socially or politically. And there were a few Jews, mostly of German provenance. They were not as poor as the Catholics, but they were even less important politically. Everybody who really counted was Protestant.

There were, to be sure, many different kinds of Protestants, and they differed on certain theological points and matters of church governance. But with the exception of Unitarians and Universalists, they agreed on more things than they disagreed on. They agreed on the King James Bible, the Trinity, the Divinity of Christ, the Atonement, the Resurrection, the Ten Commandments, Heaven and Hell, and many other things – including the proposition that the Church of Rome taught a false and perverted Christianity.

We should never forget that anti-Catholicism was a “glue” that helped to unify early American Protestantism, which in turn helped to unify early America. The first important contribution Catholicism made to the USA was to serve as an object of fear and contempt.

But in time the numbers and importance of Catholics and Jews grew, and it became increasingly clear that the USA could no longer think of itself simply as a Protestant country. And so we learned to think of ourselves as a “Judeo-Christian” country, a nation of three religions that had much in common. All three accepted the Bible – even though they had three different Biblical canons.

We had found the formula for assimilating non-Protestants. Using this formula, there seemed to be no good reason the United States could not evolve into an Islamo-Judeo-Christian country or even into a Hindu-Islamo-Judeo-Christian country. The broader the religious consensus became, of course, the thinner it would become: a mile wide and an inch deep. All the same, we would still have a national religious consensus. As it had done in the beginning, when the common faith was Protestantism, so an amended common faith would continue to hold the nation together.

About fifty years ago, however, during the turbulent 1960s, a new factor emerged, a group that could not be assimilated to an ever-expanding religious consensus. I refer to a variety of atheists – outright atheists, agnostics who are virtually atheists, and religiously indifferent people who never trouble their minds about the question of whether or not God exists. These atheists and near-atheists are still a minority of the nation’s population (between 10 and 20 percent if we identify them with the “nones” in Pew Center reports), but an influential and rapidly growing minority. Many of them have been brought into the atheist camp as a byproduct of the sexual revolution. If one is going to reject the Bible’s code of sexual morality, why not reject Biblical religion altogether?

But while you can have a Judeo-Christian religious consensus, and maybe even an Islamo-Judeo-Christian consensus, you can’t very well have an Atheistico-Judeo-Christian religious consensus. (In a curious book written in the 1930s, A Common Faith, the highly influential American philosopher John Dewey advocated precisely this, a common “religious faith” shared by theist and atheist. They could both speak of “God,” but one of them would mean by this word an existing reality while the other would mean a not-yet-existing ideal. Even the most ardent of Dewey-ites, and in those days there were many of them, thought this proposal nonsensical.)

If we can no longer have a national religious consensus, however, can’t we still have a national moral consensus? And isn’t a moral consensus more important for purposes of social cohesion than a religious consensus? Don’t atheists and theists both agree that murder and bank robbery are wrong and that kindness is right?

Yes, but what about abortion? Almost all atheists believe abortion to be morally permissible while almost all conservative Christians (I mean Evangelical Protestants, orthodox Catholics, and Mormons) believe abortion to be not just wrong, but very seriously wrong.

“True,” the defender of the idea of an American moral consensus will say, “but abortion is only one thing. We cannot expect to have perfect agreement. As long as we agree on almost everything, that’s enough. Indeed it’s more than enough.”

This answer does not comfort me. For one thing, abortion may be the single most conspicuous thing atheists and conservative Christians disagree on, but it’s not the only thing. We disagree on a wide range of sexual issues, on a growing list of euthanasia issues, and on foundation-of-morality issues. For another thing, even a single disagreement is enough to destroy national unity if the point of disagreement is big enough. American unity was once destroyed because Northerners and Southerners disagreed on the issue of slavery even though they agreed on just about everything else.

Besides, I fear that Dostoyevsky may have been right when he said that if God doesn’t exist, “everything is permitted.” I suspect that we have not yet understood what seeds of moral wickedness lie hidden in the spirit of atheism.

Cairn info:André Suarès, entre mer et terre par Robert Parienté

La pensée de midi

2000/1 (N° 1)

  • Pages : 208
  • ISBN : 9782742726240
  • Éditeur : Actes sud


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Emile Antoine Bourdelle, Lettre aquarellée et signée adressée à André Suarès en 1924 (“Le génie de votre âme appelle Bach…”)
1

André Suarès est né à Marseille en 1868, dans une famille israélite, d’origine italienne par son père, provençale du côté maternel. Parfois considéré, dans les années vingt, comme l’égal de Gide, Valéry et Claudel, c’était un visionnaire que respectait Jean Paulhan, un éblouissant styliste qu’admirait Alain-Fournier, un fascinant portraitiste qu’affectionnait André Malraux, un penseur profond que reconnaissait Henri Bergson, un critique d’art aux vues futuristes que côtoyaient Georges Rouault et Antoine Bourdelle, un poète inspiré qui subjuguait Stefan Zweig.

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A sa mort, en 1948, il laissait une œuvre immense : près de cent livres, sans compter des milliers de pages inédites !

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Indépendant de toute faction politique, idéologique ou religieuse, il dérangeait l’ordre établi. Se définissant comme un messager de la beauté, un rêveur d’émotion, un conquérant de la grandeur, il prit le risque démesuré de tenter de laver notre société de ses souillures ; il stigmatisa l’injustice, le fanatisme, la tyrannie. Fidèle à ses idées, jusqu’au sacrifice de soi, il s’isola dans un repliement volontaire qui en fit un anachorète de la littérature. Dans ses carnets, il écrivait en 1906 : “Il n’y a pas de porte qui pourrait se vanter que j’y frappe. Je ne me rendrai pas aux sommations de la facilité. Je juge le succès à l’argent qui le mesure. Et mon mépris est fondé là- dessus [1][1] Carnets Suarès, inédits, Bibliothèque littéraire Jacques-….”

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Fixé à Paris à partir de 1897, André Suarès demeure un homme de la Méditerranée. Jeune collégien au lycée Thiers de Marseille, il s’immerge déjà dans les tragédies des grands classiques grecs qu’il lit dans le texte, d’où cette constante qu’on retrouve tout au long de sa vie : Athènes est la racine de l’intelligence ; Aristophane, Aristote, Eschyle, Euripide sont ses dieux ; il cultive avec eux les grands mythes, tels ceux des sirènes, de la Toison d’or, de Médée, de Circé, des Argonautes, de Némésis, dont il dégage la signification philosophique par des aphorismes à la manière du style présocratique. Il s’intéresse également aux savants, affirmant l’aspect esthétique de la science : Hippocrate, Archimède, Euclide font escorte à Platon dans ce qu’ils ont de divin et de magique.

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A la recherche de la connaissance absolue, Suarès bâtit un rêve qu’il ne réalisera jamais, car il ne verra pas la Grèce, son “Eldorado”. Cette frustration du voyage tant convoité ne l’empêche pas d’adapter La Tragédie d’Elektre et Oreste[2][2] André Suarès, La Tragédie d’Elektre et Oreste, in Cahiers…, de conter la légende d’Achille vengeur[3][3] André Suarès, Achille vengeur, Vers et Prose, 1907, le drame d’Ellys et Thanatos[4][4] André Suarès, Ellys et Thanatos, Rougerie, 1978.. Il donne aussi Temples grecs, maisons des Dieux[5][5] André Suarès, Temples grecs, maisons des Dieux, Dantan,…, texte qui glorifie la beauté des monuments qu’il n’a pu découvrir en Grèce, mais qu’il célèbre en Sicile.

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Dans sa correspondance, la pensée de Suarès se dévoile sans fard. La plainte ou l’appel d’un cœur anxieux s’y expriment en toute liberté. A Maurice Pottecher, créateur du Théâtre du Peuple, il écrit : “Athènes, quel nom, quel appel ! Une mère presque divine, qu’on pourrait baiser à genoux, avant de mourir. Voir le Parthénon et Delphes ! Et les îles ! Et l’Asie ! […] Mais tout de même, si Hermès me mène cette nuit à Athènes, je consens à n’aller pas plus loin [6][6] Lettre inédite, 21 mai 1909, collection Robert Par….”

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Parallèlement aux sources grecques, la passion de Suarès pour la Provence et l’Italie est, elle aussi, profondément enracinée en son âme. A cinq reprises, entre 1895 et 1928, il se rend en Italie. Quand, en 1895, Suarès effectue son premier voyage dans la péninsule, son père, né à Gênes, est mort depuis trois ans des suites d’une longue et douloureuse maladie. Riche naguère, sa famille est ruinée. Après une longue période de claustration, Suarès s’est mis en mouvement pour répondre à des exigences qui ne sont pas d’ordre familial, mais qui relèvent de la spiritualité et de l’art. A la recherche de la grandeur, il croise les mythes qui hantent son imagination, les grands artistes qu’il admire, du Quattrocento à la Renaissance, et les conquérants qui ont modelé l’Italie, à la fin du Moyen Age.

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Adolescent, Suarès a bénéficié de l’influence d’un cousin qui lui fut si cher qu’il l’appelait “mon second papa” : Edouard Petit, futur inspecteur général de l’Instruction publique, a écrit de nombreux livres, dont une monumentale biographie d’Andrea Doria, l’un des plus fameux condottiere des xve et xvie siècles. Cet ouvrage a imprégné l’esprit du futur écrivain à un point tel qu’il faut y voir le ferment du plus fameux de ses ouvrages, Voyage du Condottiere, composé, en trois volets, de 1902 à 1932 [7][7] André Suarès, Vers Venise, in La Grande Revue, 1910 ;….

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Dans ces sept cents pages sur l’Italie, le voyageur, c’est-à-dire Suarès lui-même, s’identifie au Condottiere, si bien qu’on ne sait jamais s’il est le narrateur ou le héros d’une aventure où il se dédouble une seconde fois sous le nom de Caërdal (quêteur de beauté en celte). Il n’en finit pas de viser un but inaccessible où il pourrait définir l’infini de la perfection, au terme d’un itinéraire parsemé de fantasmes, de joies, d’amour, de rêveries. Les campagnes d’Italie de Suarès constituent une rémission de la solitude et de l’inassouvi. En 1895, ses chroniques sur Rome [8][8] André Suarès, Rome, Calmann-Lévy, 1998., adressées à la Revue de Paris, sont demeurées lettre morte. Il lui faut attendre 1910 pour que La Grande Revue publie la plupart des chapitres composant Vers Venise, premier tome du Voyage. Dans son récit, Suarès use constamment de métaphores, d’ellipses qu’il faut interpréter comme un message initiatique. La vie transcendée par la grandeur apparaît ainsi à travers le prisme de la beauté qui substitue l’extase à la vie quotidienne. Botticelli, Giotto, Fra Angelico, Léonard de Vinci, Michel-Ange, Raphaël, Verrocchio symbolisent cette quête de l’absolu du condottiere de l’art, qui est à la fois Suarès et celui qui le conduit sur les lieux saints.

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Comme l’a expliqué Gabriel Bounoure, le critique qui a le mieux compris l’écrivain, avant la guerre, le Condottiere est une fiction que Suarès s’est forgée dans l’ennui dévorant de son adolescence à Marseille ; elle répond à un vœu d’évasion et de conquête : voyager parmi les œuvres, s’emparer des siècles, trouver la plénitude qui le fuit. Les drames, les deuils – la mort de sa mère à 25 ans, de son père au terme d’une longue agonie –, la faillite de sa famille, les espérances littéraires déçues, l’ont poussé à sortir d’une retraite de plusieurs années, au Roucas-Blanc, à proximité de Marseille ; là, il a vécu en ermite, rêvant d’impossibles départs, avant de s’élancer à la recherche de ce que Marseille lui avait refusé.

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C’est Jean, son frère, de deux ans son cadet, officier de marine, dont il suit la vie quotidienne à bord des navires de guerre, qui le convainc de rompre cet exil volontaire.

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Trois décennies plus tard, Suarès révélera : “Je ne vais pas chercher les lointains rivages pour leur éloignement ; je pars pour me trouver moi-même [9][9] Lettre inédite, non datée (1895), Bibliothèque nat….” Son frère vogue au loin quelque part sur l’océan Pacifique. Ils s’écrivent presque chaque jour. Adaptant les lettres de Jean, André Suarès compose des chroniques maritimes qu’il signe du pseudonyme de Lieutenant X et qui paraissent dans la Revue de Paris. Jean meurt accidentellement en 1902 dans l’arsenal de Toulon ; André, comme amputé d’une partie de lui-même, est inconsolable. Neuf ans plus tard, au cours d’un séjour à Toulon, il évoque l’ombre du cher disparu : “Un soir d’été, quand le soleil descend le plus lentement, j’ai suivi des yeux un voyageur qui partait : un bateau de guerre emportait, vers l’autre bout de la terre, ce que j’aimais le plus au monde. Bien des heures, j’ai été là, solitaire. Comme aujourd’hui, la mer, qui est toute vie et la matrice inépuisable des formes, était belle, mais alors elle n’était pas déserte […] Et dans le souvenir, ce qui fut un temps de douleur semble avoir été un temps de joie parfait [10][10] André Suarès, Sur la Vie, tome I, Emile-Paul, 1909.”

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Les départs ont, de longue date, tourmenté Suarès : “Celui qui naît et grandit à Marseille n’a pas besoin de partir : il est déjà parti, écrit-il en 1930. Plus fort que le désir du voyage, le désir de la mer, la nostalgie d’ailleurs. Où ? Ailleurs. A quelle fin ? Ailleurs. Pourquoi ? Ailleurs est le nom du pays inconnu, le plus beau des pays. Ailleurs, le pays où l’on n’est pas et où l’on pourrait être ; celui où nul n’a été jusqu’à ce qu’on y soit […] A Marseille, comme dans tous les grands ports, l’indigène aime la mer […] Jour et nuit, les mâts tissent le filet de la séduction et le cœur du jeune homme fait nœud à chaque maille [11][11] André Suarès, Marsiho, Trémois, 1930, bois de Louis….”

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Mer, terre, partance, houle de l’incertitude, ressac de l’impatience, vagues de la nostalgie… Suarès vit au rythme de cette alternance, de cette bipolarité, sans cesse évoquée dans ses livres : “En Provence, je suis en rade. Il n’est point de port qui donne le départ à l’égal de Marseille. Il pénètre au cœur de la cité ; il vient chercher l’homme au pied du lit, au saut du train. Tout y parle de départ, tout s’y précipite […] La mer à Marseille ne connaît pas le flux ni le reflux, ou si peu que rien […] Le fond grec et provençal de ce peuple repousse le chaos ; une gaîté puissante est le second mistral qui souffle du Rhône sur les collines sœurs de l’Ionie […] Marseille est universelle. C’est le port comme jadis Alexandrie dut l’être [12][12] Marsiho, op. cit..”

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A près de trente ans, inconnu du monde littéraire, Suarès a quitté Marseille pour se rendre à Paris où il brûle de s’imposer. Le silence dans lequel il développe son art, le mépris ou la méconnaissance de la critique n’ont qu’un exutoire : ses échappées vers la terre de Provence où il se rend chaque année, en évitant Marseille. Devenu l’ami du graveur-imprimeur-éditeur Louis Jou, avec lequel il réalise plusieurs livres, Suarès fait des Baux-de-Provence son point de ralliement, son refuge.

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A Antoine Bourdelle, le grand sculpteur, dont il est l’un des proches, il explique : “C’est le pays où je suis né. Je n’avais plus quitté Paris depuis neuf ans ; je n’en pouvais plus ; j’avais la nostalgie des pins et des oliviers […] Tout parle ici de ligne et d’éternité [13][13] Lettre à Bourdelle, 17 août 1922, De l’amitié, Arted,….” Plus tard, Suarès ajoute : “Je ne sais pas de lieu plus admirable que Les Baux. Ce paysage nous sépare de tout ce qui nous offense […] Il nous rend à la plus haute part de nous-mêmes, la seule réelle ; il nous en fait une vocation […] Aux Baux, la grandeur a du charme et le charme est plein de grandeur [14][14] Lettre à Bourdelle, 21 juillet 1926, De l’amitié, op…..”

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Suarès remplit des dizaines de carnets de notes, rédige des centaines de pages. Dès 1922, il établit le plan d’un ouvrage qui ne sera édité qu’en 1993 [15][15] André Suarès, Provence, dessins originaux d’André Hambourg,… : Avignon, Arles, Tarascon, Beaucaire, Montmajour, Saint-Rémy, Les Baux, Toulon, Marseille sont les étapes de ce pèlerinage sentimental. Dans un climat roboratif, le poète compose des récits rustiques, qui vont au-delà de la simple anecdote. Les Baux, grand roc désolé, encore ignoré des touristes, substituent à la solitude parisienne de l’écrivain un isolement plus salubre, loin des modes et des intrigues. La Provence est le miroir de l’âme de Suarès : “Cette colonie grecque” a colonisé l’esprit de la France. Et si la France est l’Attique du monde moderne, elle le doit surtout à l’influence provençale. La beauté des Baux est pour lui une musique dont il orchestre les timbres, les sonorités et les crescendos. Le mistral, “grand fouet bleu à battre l’horizon”, bondit sur le paysage et l’accompagne. “Qui ne pense au vent, écrit-il, ne peut penser Provence. Elle est le royaume du mistral […] Il purifie. Il pèle les monts, il dore les pierres […] Là-haut, aux Baux, le grand vent de la mer se marie à la pluie longue. En Provence, le vent de terre tue la pluie et se jette à l’eau pour se marier à la mer […] Qui n’aime pas le mistral n’aime pas la Provence et ne comprendra jamais la mer [16][16] André Suarès, Idées et Visions, Emile-Paul, 1913.…”

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En pleine terre, Suarès demeure hanté par la mer, dont il devine le murmure “comme un enfant qui dort, ou comme un cœur qui bat le temps de la vie”. Elle revient dans ses pensées, lancinante comme un leitmotiv. En 1913, dans Croquis de Provence, il en fixait ainsi le rythme : “La mer violente est mon climat, où il faut toujours agir, et faire route, à moins de faire naufrage […] La mer dangereuse dans les orages de la brume et du soleil est la mer qui me convient [17][17] Idées et Visions, op. cit..”

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Dans Provence, il complète ses impressions : “Sens de la mer aux Baux : il est parfois si présent et si vif, que, fermant un peu les yeux, je crois être au sommet d’un cap, à la pointe d’une île […] Ah, laissez-moi croire qu’en Provence, je suis déjà entre Sounion et l’Olympe. Je ne garde que trop de regret de fermer les yeux sans les avoir ouverts un jour sur l’Acropole.”

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La mer, Suarès l’imagine, même quand il en est privé. Les souvenirs affluent : “A l’étable de la Joliette et d’Arenc, là, je le sais, la mer clapote à quai contre la quille des navires ; là, les vaisseaux mouillés, demain, lèveront l’ancre ; là est le voyage, l’aventure, le soleil, les routes de la Grèce et de l’Asie ; là, les balancelles catalanes, et coulant sur les dalles du Vieux-Port, les flots d’oranges […] C’est la mer, ce que j’aime le plus, le ciel liquide où l’on embarque, où l’on navigue : la planche est retirée, on est à bord comme l’on ressuscite, et déjà dans une autre vie […] C’est la mer où j’ai vécu ma plus belle part, la mer qui m’est commune comme si j’en étais sorti [18][18] André Suarès, Bouclier du Zodiaque, Le Cherche-Midi,….”

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Une autre vie… Dans son imaginaire, Suarès se dédouble et transpose le rôle qu’il aurait pu tenir à la place de son frère bien-aimé. Dans un poème en prose, daté de 1905, il écrit : “Seul. Absolument seul. Tous ils dorment. Je veille. Je suis responsable du navire et de la marche. Je sors de la bourrasque ; j’échappe à la goule du cataclysme quand le ciel et la terre se mordent jusqu’aux dents, et qu’en leur rage le fou haineux, le vent, les excite [19][19] Lettre inédite, 17 août 1927, …”

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En 1928, André Suarès effectue son cinquième et dernier voyage en Italie ; mais il ne reconnaît plus le pays qu’il a tant aimé. La révolution politique l’a fait basculer dans la dictature ; l’Italie lui semble une énigme ; le peuple laisse faire Mussolini que l’écrivain qualifie de “Napoléon Primaire”. Peu après, Suarès commence à dresser un violent réquisitoire contre le nazisme.

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Contraint de quitter son domicile parisien, à l’automne 1929, Suarès se réfugie à Collioure, puis chez des amis, près de Toulon. Il y achève Marsiho, commencé quatre ans plus tôt. Il décide alors de retourner dans sa ville natale qu’il n’avait pas revue depuis 1913. Suarès retrouve Marseille et la vie réelle qu’il n’a cessé de fuir depuis son départ de la cité phocéenne. Il reconnaît que le plus beau luxe est la vie. Le Condottiere a rentré ses griffes ; il n’en veut plus à la cité qui a détruit ses rêves d’adolescent. Il assume le monde qui l’entoure. Il sait qu’on ne peut ou ne doit pas vivre de sa seule pensée. Il en a fait l’aveu, trois ans plus tôt, à Gabriel Bounoure : “Je brûlais comme un enfant de conquérir les pays étrangers […] Parti pour la conquête, j’ai le sentiment d’avoir obtenu une sorte de victoire sur moi-même, et, subi, par le siècle, une grande défaite […] Je me demande si la défaite ne m’était pas nécessaire : sans elle, je me fusse peut-être fixé sur le champ de bataille. C’est la défaite qui m’a prié de rentrer en Provence et de me rendre à la paix de la lumière. Car enfin, il faut se consoler d’avoir manqué le bonheur et se punir d’y avoir cru [20][20] Lettre inédite, 17 août 1927, collection Maurice N….”

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Suarès, à soixante-deux ans, ressuscite le fantôme du lycéen qui avait voulu s’imposer à Paris. Marsiho, poème d’amour en prose, où il peint sans concession les splendeurs et les misères de sa ville, est le cri du cœur d’un homme qui a gardé son âme d’enfant ; il en appelle à ses souvenirs : “Par un matin de pierre dure, au temps de Pâques, entre avril et mars, si tu peux rester debout sur le balcon de Notre-Dame-de-la-Garde, quand souffle le mistral et que l’équinoxe joue à la balle avec les bateaux sur la mer, tu fais, sans quitter le roc, la traversée de la tempête la plus sèche qui soit au monde […] Tiens-toi ferme à la rampe. Tu es sur le pont du plus haut bord entre tous les navires […] Marsiho est nue. Le mistral lui arrache tous ses vêtements et la nudité révèle la splendeur de la ville [21][21] Marsiho, op. cit..”

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Même quand il se cramponne à la terre ferme, Suarès, à Marseille, a toujours les yeux sur la mer. Mais il ne s’y attarde pas davantage. Son adieu à sa ville, qu’il ne reverra que brièvement en 1943, est cette fois sans mélancolie, sans tristesse. Il reviendra souvent en Provence, sur son rocher des Baux, pour contempler de haut le genre humain, non sans lâcher ce cri du cœur : “Qu’allons-nous faire ailleurs ? Quel démon nous incite à l’exil. Quelle absurde idée, quelle sotte folie de sacrifier le bonheur possible à la chimère de l’ambition de la gloire ! On perd sa vie pour la gagner. Etre soustrait à cette fatalité, tel est l’avantage d’une naissance riche et aisée. Mes héros ont eu ce bonheur presque tous. Et naître en Provence vous l’assure déjà à moitié. On peut y vivre à moindre frais. L’essentiel y coûte peu. On est là naturellement sobre. Le soleil nourrit et chauffe […] Etre pauvre sans en souffrir, ni même s’en apercevoir, voilà une vertu d’aristocrate [22][22] Provence, op. cit..”

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Suarès sait qu’il a bouclé la boucle de sa course ; il n’oubliera pas ces heures de joie simple où “le voyageur revoit l’énorme cuve de la vie où bout le commerce et la luxure […] Il connaît toutes les heures de ces rivages, des anses et des îles, les rues qui montent, les allées d’arbres ; il repasse en esprit les aspects de la terre et les mœurs du pays [23][23] Marsiho, op. cit.…”

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Terre, mer, tant aimées, tant célébrées dans Marsiho, le plus beau livre-miroir qu’il ait écrit. Apaisé, mais nullement résigné, il continuera, sans désemparer, de percer les mystères de la vie, afin d’“entendre battre dans son cœur le cœur du monde”.

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Selon ses dernières volontés, il repose dans “le sage petit enclos des Baux, dont rien ne peut troubler le silence et la paix sereine”. Sur la dalle de granit nu, un nom et deux dates, 1868-1948, naissance et mort. Suarès a voulu défier l’oubli dont il a longtemps souffert. Le farouche rocher symbolise sa passion de la grandeur, son rejet des injustices, son amour de la liberté. Le Condottiere termine son périple là où il l’a voulu. Pour l’éternité, il demeure la voix prophétique de sa génération pour les temps futurs.

Notes

[1]

Carnets Suarès, inédits, Bibliothèque littéraire Jacques- Doucet.

[2]

André Suarès, La Tragédie d’Elektre et Oreste, in Cahiers de la Quinzaine, 1905.

[3]

André Suarès, Achille vengeur, Vers et Prose, 1907.

[4]

André Suarès, Ellys et Thanatos, Rougerie, 1978.

[5]

André Suarès, Temples grecs, maisons des Dieux, Dantan, Paris, 1937, eaux-fortes de Matossy ; Granit, 1982.

[6]

Lettre inédite, 21 mai 1909, collection Robert Parienté.

[7]

André Suarès, Vers Venise, in La Grande Revue, 1910 ; Emile-Paul, 1932 ; Le Livre de Poche, 1997.

[8]

André Suarès, Rome, Calmann-Lévy, 1998.

[9]

Lettre inédite, non datée (1895), Bibliothèque nationale.

[10]

André Suarès, Sur la Vie, tome I, Emile-Paul, 1909.

[11]

André Suarès, Marsiho, Trémois, 1930, bois de Louis Jou ; Grasset, 1933 ; Jeanne Laffitte, 1980.

[12]

Marsiho, op. cit.

[13]

Lettre à Bourdelle, 17 août 1922, De l’amitié, Arted, 1977.

[14]

Lettre à Bourdelle, 21 juillet 1926, De l’amitié, op. cit.

[15]

André Suarès, Provence, dessins originaux d’André Hambourg, Edisud, 1993.

[16]

André Suarès, Idées et Visions, Emile-Paul, 1913.

[17]

Idées et Visions, op. cit.

[18]

André Suarès, Bouclier du Zodiaque, Le Cherche-Midi, 1994.

[19]

Lettre inédite, 17 août 1927,

collection Maurice Noël.

[20]

Lettre inédite, 17 août 1927, collection Maurice Noël.

[21]

Marsiho, op. cit.

[22]

Provence, op. cit.

[23]

Marsiho, op. cit.


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