Revue archéologique de l’Est:Arnaud Hurel, L’abbé Breuil : un préhistorien dans le siècle

comptes rendus

Arnaud Hurel, L’abbé Breuil : un préhistorien dans le siècle

Paris, CNRS Éditions, 2011, 452 p.
Jean Combier
p. 385-389

Texte intégral

1Cet important ouvrage se place clairement dans une perspective historique et épistémologique : celle de l’évolution des idées et des découvertes décisives qui ont permis à la science des origines humaines de naître et de se développer, au cours du premier siècle de son existence. Son auteur avait déjà donné une vue d’ensemble de la question dans un précédent ouvrage : « La France préhistorienne, de la Révolution à 1941 », également paru aux presses du CNRS en 2007. Ces deux livres sont destinés à tous les lecteurs intéressés par des recherches qui, nées dans notre pays où elles sont toujours très actives, se sont progressivement étendues au monde entier.

2Dans ce nouveau volume, qui pourrait appeler d’autres biographies, c’est à travers la vie et l’œuvre scientifique de celui qui fut l’un des principaux protagonistes de la seconde génération que l’on suivra la progression des connaissances, ses avancées spectaculaires, notamment dans le domaine du Paléolithique, mais aussi ses hésitations et ses inévitables faux pas. Particulièrement longue – elle s’étend sur plus de soixante ans – la carrière de l’abbé Henri Breuil s’est  trouvée au cœur de nombreux débats de fond dont certains n’ont pas perdu toute actualité.

3Son intérêt est aussi de se situer dans une période d’intense activité où se multiplient les découvertes de sites essentiels dont on déplore aujourd’hui, à juste titre, qu’ils aient été exploités trop tôt et trop rapidement. En matière d’anthropologie, par exemple, c’est un peu avant la première guerre mondiale que furent mis au jour de nombreux squelettes néandertaliens bien conservés, au Moustier, à la Chapelle-aux-Saints, à la Quina, à la Ferrassie. Une telle succession de découvertes capitales ne se renouvellera pas, du moins en France (Breuil lui-même, en 1935, trouva à Saccopastore, près de Rome, des restes humains importants dont il fit état peu après dans un entretien avec le pape Pie XI). Il en fut de même pour la période plus récente du Paléolithique supérieur à l’occasion de la fouille des célèbres grottes de Grimaldi, en particulier. Au cours de celle-ci, entre 1873 et 1901, dix-sept squelettes plus ou moins complets furent relevés, souvent dans des sépultures comportant un riche mobilier funéraire.

4Bien des découvertes antérieures qui auraient pu lui donner corps étant passées inaperçues, c’est au milieu du XIXe siècle seulement que la science des origines a réellement pris son essor. Une date s’impose, celle de la séance du 3 octobre 1859 à l’Académie des Sciences de Paris. Le paléontologiste Albert Gaudry, adepte de l’Évolution, affirme ce jour-là sa certitude que les lointains ancêtres de l’homme ont coexisté avec des espèces animales depuis longtemps disparues. Les alluvions de la Somme, observées par J. Boucher de Perthes, en ont apporté la preuve irréfutable, repoussant très loin l’ancienneté géologique d’une présence humaine sur la terre, peu conforme au dogme de la création divine. La notion sera acquise un peu plus tard que les hominidés forment une longue chaîne évolutive.

5Mais on est encore bien loin de la reconnaissance institutionnelle et universitaire d’une discipline scientifique née dans l’amateurisme le plus irrecevable et dont le nom lui-même a longtemps posé problème : fallait-il parler de Paléoethnologie (simplifié en Palethnologie), de Paléontologie humaine, d’Archéologie préhistorique ? Le vocable de « Préhistoire », plus court, finira par s’imposer plus tard bien qu’il présente le défaut, pour certains, de confondre sous un même nom la discipline elle-même et son domaine temporel d’étude, ce qui n’est pas le cas pour d’autres branches de l’archéologie.

6La méthode stratigraphique, préconisée par les rares personnalités en place formées à la géologie, tels Édouard Lartet puis Marcellin Boule, sera lente à s’imposer au milieu d’une foule de fouilleurs improvisés, surexcités, jaloux entre eux, souvent animés par le seul esprit de la collection d’objets préhistoriques. Dès 1901, Henri Breuil, qui a été ordonné prêtre l’année précédente, participera activement à cette application des principes scientifiques adaptés à l’étude des gisements. Ainsi sera-t-il très tôt remarqué et activement soutenu par quelques-uns des caciques en place, tels Émile Cartailhac, chargé d’un cours libre de préhistoire à l’Université de Toulouse, et Louis Capitan, professeur à l’École d’Anthropologie.

7Mais c’est en la personne du prince Albert de Monaco qu’il trouvera un véritable protecteur. À la suite de la création par celui-ci en 1910 de l’Institut de Paléontologie Humaine, fondation dotée d’importants moyens, Breuil, qui n’a que 33 ans, sera nommé professeur en titre à la chaire d’« Ethnographie préhistorique ». Cette situation stable lui donnera les moyens de poursuivre et d’amplifier des recherches si bien commencées. De nombreuses visites sur les sites en cours de fouilles et des publications synthétiques de qualité le feront connaître et il s’imposera rapidement en séduisant beaucoup de monde par ses idées nouvelles, la clarté de ses vues, son érudition, l’acuité de son esprit d’observation et un grand talent de dessinateur.

8La vie très active de Breuil, auteur de près de 900 publications, fut dans sa plus grande partie consacrée à la préhistoire du Paléolithique, à part quelques inventaires maussades d’objets de l’Âge du Bronze effectués au début de sa carrière, sur le conseil de son parent d’Ault du Mesnil qui voyait peut-être en lui un concurrent doué dans l’étude du Paléolithique ; mais « commencer par la fin » ne l’avait pas enthousiasmé. Accessoirement aussi il s’intéressera aux manifestations artistiques du Néolithique et de la Protohistoire connues en Bretagne, en Écosse et dans la péninsule ibérique mais c’est évidemment l’art pariétal et mobilier du Paléolithique supérieur, du Magdalénien avant tout, qui constituera son grand œuvre. Il en avait commencé l’étude dès 1902, dans la grotte espagnole d’Altamira avec Cartailhac, et la poursuivra jusque dans ses dernières années, à la faveur de nouvelles découvertes. C’est ainsi qu’en 1956 il établira magistralement l’authenticité de la grotte de Rouffignac.

9Même les deux conflits qu’il a connus n’ont pas interrompu le parcours de ses recherches, poursuivies au cours de la première guerre mondiale en Espagne et pour la seconde en Afrique du Sud, beaucoup plus longuement d’ailleurs. Il s’attachera à ce pays où il est accueilli avec beaucoup de chaleur tant par les autorités gouvernementales que par les personnalités scientifiques, comme John Goodwin et Clarence Van Riet Lowe. Il y vivra de 1942 à 1951, pour en étudier avec passion les nombreuses peintures rupestres, quelques retours momentanés en Europe, par obligation, venant seulement interrompre cet éloignement prolongé de ses anciens centres d’intérêt européens.

10Henri Breuil avait déjà fait l’objet de plusieurs essais biographiques, pour la plupart parus peu après sa mort, survenue dans sa maison de l’Isle Adam le 14 août 1961 : tels ceux, qui ont été publiés en français par Frédéric-Marie Bergougnoux (1961), le docteur Léon Pales (1962), Henri Lhote (1962), Nicolas Skrotzky (1964), Louis-René Nougier (1966), Marie E. Boyle (1971), Eduardo Ripoll-Perello (1994), Jean Combier (2006). Tous ces témoignages d’amis et de disciples qui l’ont bien connu à un moment de sa vie et de ses recherches, ont éclairé différents aspects de sa personnalité et ils en donnent une image vivante et parfois haute en couleur, parfois un peu subjective aussi en raison de leur vénération du « Maître ». Certains furent d’ailleurs ses zélés continuateurs dans l’étude de l’art pariétal.

11L’ouvrage d’Arnaud Hurel analysé ici est d’une autre nature puisqu’il retrace la vie et l’œuvre de Breuil en historien un peu froid, se voulant sans parti pris, soucieux de ne pas s’écarter des seuls textes publiés ou inédits qu’il nous a laissés. Il en retrace avec beaucoup de minutie, dans le détail de ses dix-huit chapitres, tous les épisodes d’une existence assez aventureuse et trépidante, depuis sa naissance en 1877 au sein d’une famille de petite bourgeoisie du nord de la France jusqu’à sa mort à 84 ans, mondialement connu et comblé d’honneurs.

12Breuil nous a en effet laissé un fonds d’archives considérable, partagé pour l’essentiel entre le Muséum d’Histoire Naturelle de Paris et le Musée d’Archéologie Nationale. L’auteur a tiré le meilleur parti possible de cette documentation foisonnante mais un peu hétéroclite que certains de ses biographes antérieurs, comme Claude Cuénot, n’avaient pas réussi à maîtriser. Breuil avait une « tendance compulsive » (Yann Potin) à amasser, classer et reclasser dans des cartons d’archives des milliers de notes évènementielles et scientifiques, une série de cahiers de notes journaliers à couverture de moleskine noire, des croquis d’objets, des coupes de terrain et surtout des milliers de lettres ; ses agendas ont gardé la trace de ses 1500 correspondants dans le monde. L’un des obstacles de sa mise en œuvre réside bien entendu dans le déchiffrement difficile de son écriture, qui s’aggrava au fil des années et qu’il s’appliquait seulement à rendre lisible, détail curieux, en inscrivant à l’encre de Chine le lieu et la date d’origine des silex taillés qu’il avait recueillis.

13Celui dont on a dit qu’il fut « un véritable greffier de sa vie » (il était il est vrai d’une famille de juristes) a aussi voulu laisser à la postérité une « Autobiographie » inédite en partie dactylographiée, en partie manuscrite ; composée comme un récit, elle comprend plusieurs dizaines de chapitres. Hurel en a cité de nombreux passages. Le souci de « construire sa propre identité » y est évident, avec l’idée plus ou moins consciente de confondre le déroulement de sa vie avec le progrès des connaissances en préhistoire. Les écrits de ses contemporains, ceux de Marcellin Boule et de Raymond Vaufrey par exemple, permettent d’apprécier dans quelle mesure il lui est arrivé de « gommer » certaines « aspérités » de son existence un peu aventureuse dont il parle peu. Cependant au cours des dernières années il lui arrivera de réagir durement aux critiques souvent mesurées mais parfois véhémentes qui vont s’élever sur nombre de problèmes qu’il avait cru pouvoir résoudre : la signification et la chronologie de l’art pariétal surtout, mais aussi l’âge des roches ornées de l’Espagne levantine et du Brandberg, ainsi que ses conceptions sur la structure et la chronologie du Paléolithique ancien.

14Une anecdote permet de comprendre l’importance qu’il accordait à ses documents personnels et à leur mise en sûreté lors de certaines circonstances vécues dans l’angoisse. Le 22 mai 1940, alors que les troupes allemandes foncent vers Paris, Breuil, qui ne conduit pas, fait charger dans une voiture de louage, avec des crânes humains fossiles et des os gravés magdaléniens prélevés dans les collections de l’IPH, plusieurs cantines remplies de ses nombreux dossiers personnels et d’ouvrages auxquels il tient le plus. Au terme d’un voyage vers le sud, sur les routes de l’exode, il confiera ce précieux dépôt à Denis Peyrony, conservateur du musée des Eyzies.

15On ne peut donner en quelques lignes qu’un aperçu d’un ouvrage aussi documenté que celui d’Arnaud Hurel. Mais en reprenant ici les grandes étapes qu’il a données de la carrière scientifique de son personnage, quelques observations sont à formuler. On sait que c’est sous l’influence de l’abbé Jean Guibert, un de ses professeurs au séminaire d’Issy-les-Moulineaux, que l’attirance pour les sciences naturelles de l’enfant Breuil s’est reportée peu à peu vers l’anthropologie préhistorique. Mais on n’oubliera pas pour autant que l’époque et la région du Nord où il vit, placées sous l’influence « du cercle d’Abbeville », avaient certainement facilité cette conversion.

16Au cours des séjours de vacances passés dans les châteaux de sa famille, de Bouillancourt-en-Séry et de Vauxcastille, il avait eu la joie de manipuler, comme il a tenu à le rappeler, les collections de fossiles et de pierres taillées ou polies qui s’y trouvaient conservées, dans des vitrines et dans des « soupentes » ; ces objets l’intriguaient beaucoup. Plus tard, en 1895 (il a 18 ans), conduit par Geoffroy d’Ault du Mesnil, son cousin par alliance, il visitera les sites déjà célèbres des environs d’Amiens et d’Abbeville où, 35 ans après, il conduira des fouilles dans le gisement du Champ de Mars. Mais c’est surtout au cours de ses voyages « initiatiques » de 1897 et 1898, dans les Pyrénées, les Landes, le Bordelais, en Charente et en Périgord, au cours desquels il fera la connaissance de célèbres grands fouilleurs du moment, tels Édouard Piette et Émile Rivière, que s’éveillera pour de bon sa vocation.

17Providentiellement, alors qu’il cherche un peu sa voie, et suit les cours de l’Institut catholique, sans aide de sa famille, le siècle s’ouvre sur la découverte en Dordogne de grottes à décor pariétal significatives : 1900, la Mouthe ; 1901, Les Combarelles et Font-de-Gaume. Il en débutera aussitôt les relevés graphiques, qu’il est à l’époque seul capable de faire. Et il en entreprendra d’autres à Altamira et à Marsoulas, cinq ans après à Niaux et à Gargas, puis à Hornos de la Pena, au Castillo, à la Pasiega, à la Pileta, etc. Sa volonté de monopoliser l’étude de l’art pariétal lui attirera de sérieuses inimitiés en Espagne mais, aussi, elle lui sera bénéfique. C’est en montrant certaines grottes comme le Castillo, au prince Albert 1er de Monaco qu’il parviendra à capter son intérêt : son avenir professionnel dans le cadre de l’IPH sera désormais assuré et de luxueuses monographies illustrées de ses pastels verront le jour : trop luxueuses selon Boule, qui en prendra ombrage.

18L’abbé mènera de front cette activité très absorbante avec un examen systématique des industries lithiques et osseuses du Paléolithique supérieur dont il a saisi très tôt toute la complexité, largement sous-estimée dans les conceptions simplificatrices de ses devanciers. On notera qu’avec Solutré, site-clef de l’antériorité de l’Aurignacien par rapport au Solutréen, il procédera à l’étude d’autres gisements essentiels de la région : Châtelperron, Arcy-sur-Cure et la grotte de Germolles. Dans son essai de 1912 « Les subdivisions du Paléolithique supérieur et leur signification », qu’il révisera en 1937 pour tenir compte de nouveaux résultats, il aura réussi à synthétiser magistralement toutes les connaissances acquises dans les innombrables fouilles pratiquées dans l’aire européenne et proche orientale.

19C’est à des activités un peu différentes qu’il se consacrera après 1919 et le point d’orgue du premier conflit mondial. Quelques campagnes nouvelles de relevés, comme dans les cavernes du Volp, à la grotte des Trois Frères, alterneront avec de nombreux voyages lointains, en Europe de l’Est, en Chine et en Afrique du Sud. Son intérêt se reportera bientôt sur les sites d’alluvions du Paléolithique ancien qu’il connaît mal mais qu’il est tenu d’enseigner à l’IPH, puis au Collège de France, où il est nommé en 1929 professeur à une chaire de Préhistoire qu’il occupera jusqu’en 1946. Il effectue de fines observations dans les carrières des environs de Paris, dans l’Oise, mais aussi en Angleterre (à Swanscombe) et dans la Somme, où il met en évidence les phénomènes de solifluxion. Bien qu’il s’appuie sur les travaux fondamentaux de Victor Commont (qu’il avait connu dès 1904), et qu’il recueille dans les loess et les terrasses, avec l’aide d’Harper Kelley, un matériel lithique considérable, il ne parviendra pas à ordonner la place des industries anciennes dans leur cadre chronostratigraphique. Les nouvelles dénominations qu’il propose, tels le Clactonien, le Levalloisien, ou l’Abbevillien (ou dans la vallée de la Garonne le Languedocien), et les stades évolutifs qu’il assigne à l’Acheuléen apparaîtront assez rapidement comme peu fondés et disparaîtront de la nomenclature.

20À partir de 1942, depuis Lisbonne, il se rendra en Afrique du Sud, répondant à l’invitation de Jan Smuts, premier ministre de l’Union sud-africaine, celui qui déclarait que « tout homme d’État devrait avant tout connaître à fond la préhistoire ». Breuil qualifiera cette nouvelle « terre promise » de ses recherches de « paradis de la préhistoire mondiale » et il y séjournera longuement avec sa secrétaire Mary Elisabeth Boyle, dont l’aide dans ce pays anglophone lui sera inappréciable. Il en explorera, sans que son âge paraisse avoir ralenti sa mobilité et sa soif inextinguible de connaître, toute l’Afrique australe, les actuels Namibie et Zimbabwe, Lesotho, Mozambique, Angola.

L’abbé Breuil. Photo prise en Afrique du Sud par Miss Boyle (n.d.).

21En 1947 il aura l’honneur de présider à Nairobi le 1er Congrès panafricain de Préhistoire et l’année suivante il visitera les grands gisements du Katanga. Mais plus qu’à l’importance primordiale qu’il découvre du continent africain dans l’histoire des hominidés, c’est à l’art rupestre qu’il se consacre, activité qui se traduira par la parution des six volumes superbes de la collection « The Rock Paintings of Southern Africa » édités par Arnold Fawcus. Malgré les nombreux honneurs nouveaux qui marqueront son retour en France en 1951, à 74 ans, ses dix dernières années seront assombries par les contestations de son œuvre venant de toute une génération de nouveaux chercheurs en Préhistoire. Ses ultimes grandes publications, « Les Hommes de la Pierre ancienne » (ses cours mis en forme par son ami Raymond Lantier) et « 400 siècles d’art pariétal » (titre dont le chiffrage est largement surévalué) marqueront un état des recherches déjà dépassé. Mais elles conservent un grand intérêt.

22L’ouvrage d’Arnaud Hurel, peut-être dans un parti pris éditorial d’austérité, ne comporte aucune photographie. C’est un livre « à lire » sans se laisser distraire par des images. À ceux qui en regretteraient l’absence, on conseillera de feuilleter l’album richement illustré édité par la Fondation Singer-Polignac (1966) et l’ouvrage, tout en couleur, « Sur les chemins de la Préhistoire, l’Abbé Breuil du Périgord à l’Afrique du Sud » (2006) qui a emprunté au « fonds Breuil » de nombreuses vues inédites très suggestives. Il reste pour tenter d’être complet dans ce compte rendu à parler de l’homme d’Église ; « Prêtre il l’était au plus profond de son âme » a écrit Henri Lhote. Où qu’il se soit trouvé, il prit souvent le temps de dire la messe, émaillant ses prêches, comme par exemple à Montignac, de digressions sur la préhistoire. Et tous ceux qui l’ont accompagné dans ses excursions, comme ce fut mon cas dans la vallée de la Somme, se souviennent qu’il ne croisait pas sur sa route un calvaire sans se signer.

23« Abbé savant ou Savant abbé », la question a été posée et a reçu des réponses diverses. Un autre volume sur l’abbé Breuil, tout aussi étendu que celui d’Hurel (333 p.), a paru également en août 2011 aux éditions CLD : « L’abbé Breuil, le pape de la Préhistoire », par Jacques Arnould, théologien et historien des sciences. On y trouvera aussi des aperçus intéressants sur la personnalité spirituelle de Breuil. L’auteur donne aussi dans son 22ème chapitre une relation de ce qui a été appelé « par dérision » (l’expression est d’Hugo Obermaier) « Le concile d’Altamira », tenu en 1925 « à l’abri d’un coin d’ombre ». Au cours de celui-ci, le comte Henri Bégouen sera chargé de rédiger un libelle, adressé au pape Pie XI et destiné à défendre le concept scientifique de l’Évolution et les travaux de Teilhard de Chardin. Selon Arnould, Breuil y avait participé pour « garantir sa propre liberté à poursuivre ses travaux et sa carrière scientifique, tout en demeurant un fils obéissant de l’Église ». Il n’en reste pas moins que la candidature à l’Académie pontificale des Sciences d’un partisan des « hommes préadamites » se solda par un échec. Si l’image que l’on garde de Breuil est toute de dignité, elle pourrait être tempérée par quelques-unes de ses réparties malicieuses, lorsque interrogé sur le foyer d’origine de l’homme il parla de « berceau à roulettes », ou, à la question d’un jeune prêtre qui lui demandait à quel diocèse il appartenait il répondit : « au diocèse des cavernes, mon garçon ! ».

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Table des illustrations

Légende L’abbé Breuil. Photo prise en Afrique du Sud par Miss Boyle (n.d.).
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Pour citer cet article

Référence papier

Jean Combier, « Arnaud Hurel, L’abbé Breuil : un préhistorien dans le siècle », Revue archéologique de l’Est, Tome 61 | 2012, 385-389.

Référence électronique

Jean Combier, « Arnaud Hurel, L’abbé Breuil : un préhistorien dans le siècle », Revue archéologique de l’Est [En ligne], Tome 61 | 2012, mis en ligne le 27 septembre 2013, consulté le 20 mai 2018. URL : http://journals.openedition.org/rae/7400

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La réalité en face:INVASION MIGRATOIRE ANGELISME CATASTROPHIQUE IRRESPONSABILITE CRIMINELLE – MERKEL obligé d’avouer sa faillite, en allemagne les musulmans ont remplacé les nazis dans leur haine des juifs!

La réalité en face

La réalité en face

Un des maux de notre époque, c’est le refus et l’interdiction de regarder la réalité en face et surtout de la décrire! c’est le Politiquement Correct qui l’empêche! Il conditionne la description et donc la perception du réel! Quand elle est « Non Idéologiquement Conforme », la réalité est occultée, tronquée, manipulée par les media. Je veux partager avec vous mes connaissances et mon point de vue sur les sujets qui m’intéressent et pour lesquels j’ai acquis une certaine expertise. Ce blog est plus qu’un « blog politique », en effet il y sera aussi question de religion, de foi, de théologie, de Philosophie,etc.. Car une « autre réalité » est aussi occultée, niée, moquée, discréditée, c’est la « réalité de l’Invisible »! Celle de « l’Homme Vivant et Souffrant », mais aussi celle de l’Homme Intérieur dans sa relation à Dieu, à la Beauté, etc…Chaque « article » est en réalité un dossier. Alors ouvrez les articles! Ne vous contentez pas du titre, vous y trouverez des liens précieux…contenant d’autres liens…Bonne exploration !

INVASION MIGRATOIRE ANGELISME CATASTROPHIQUE IRRESPONSABILITE CRIMINELLE – MERKEL obligé d’avouer sa faillite, en allemagne les musulmans ont remplacé les nazis dans leur haine des juifs!

Publié par Michael Jeaubelaux sur 26 Avril 2018, 09:11am

Celle qui est à l’origine de l’invasion migratoire musulmane en Europe et particulièrement en Allemagne déplore l’antisémitisme galopant en Allemagne dû aux « refugees », mais se garde bien de faire son « mea culpa »! 

Car qui est la première responsable de ce cancer qu’elle a dispersé partout en Europe? Elle!

« Nous avons un nouveau phénomène, dans la mesure où nous avons de nombreux réfugiés parmi lesquels il y a, par exemple, des gens d’origine arabe qui amènent une autre forme d’antisémitisme dans le pays », a affirmé dimanche Angela Merkel sur la chaîne israélienne 10, rapporte l’AFP.

« Le fait qu’aucune crèche, aucune école, aucune synagogue ne peut être laissée sans protection policière nous consterne », a ajouté la chancelière allemande, réaffirmant « que la sécurité d’Israël faisait partie de la raison d’État de l’Allemagne », en raison de la « responsabilité éternelle » de son pays au sujet de la Shoah.

Angela Merkel a d’ailleurs rappelé que son gouvernement avait nommé un commissaire chargé de lutter contre l’antisémitisme.

Cet entretien intervient quelques jours après une attaque antisémite présumée à Berlin, qui a suscité une grande émotion dans le pays. Le principal suspect est un réfugié syrien, passé par un centre pour migrants, précise l’AFP. (Lu dans VA)

(Le même phénomène se produit ailleurs, un ami français vivant en Suède m’a décrit le même phénomène)

« Non, non et non, l’Allemagne n’est pas antisémite ! Non, non et non, Angela Merkel n’est pas antisémite ! Elle n’est en rien coupable. Mais responsable à coup sûr. Elle a laissé entrer sur son territoire des loups. Et les loups chassent en meute.

L’Allemagne d’aujourd’hui n’a rien à voir avec celle des années 30. Du temps du chancelier Hitler, les loups portaient des chemises brunes ou noires. De nos jours – pour rester dans l’allégorie vestimentaire – c’est de djellabas qu’il faudrait parler…

A l’époque nazie, l’Allemagne était une grande exportatrice d’antisémitisme. Sous le règne d’Angela Merkel, elle est devenue importatrice. Et les pays exportateurs s’appellent la Turquie, la Syrie et l’Irak.

Sans oublier les pays d’Afrique du Nord. En 1933 on disait « Juden ». En 2018 on dit autrement : « yahoud » (Juif en arabe) !

Il y avait déjà en Allemagne des millions de Turcs. Inspirée par une compassion dangereuse et niaise, Angela Merkel a accueilli sur son territoire un million de migrants de la même religion que les Turcs. Bien sûr qu’avant de les laisser entrer on ne leur a pas demandé si à leurs yeux les femmes étaient les égales des hommes, ou si les Juifs étaient autre chose que de singes et des porcs. Mais il n’était quand même pas sorcier de deviner que certains d’entre eux pensaient ainsi. Bien évidemment, cela ne concerne ni tous les migrants, ni tous les Turcs.

Les Juifs ne sont plus en sécurité en Allemagne. Agressions, insultes, manifestations anti-juives comme celle qui a rassemblé 2500 personnes à Neukölnn, un « quartier multiculturel » de Berlin. « Quartier multiculturel » est l’expression choisie par les agences de presse qui ont fait de l’euphémisme leur ABC. La manifestation était composite : des militants du Front Populaire de Libération de la Palestine, des partisans du Hamas et du Hezbollah, des adorateurs d’Erdogan. Mais un seul et même cri : « maltana ilyahoud » (« mort aux Juifs » en arabe).

Pour cela, l’Allemagne, quasi unanime, demande des comptes à sa chancelière. La mémoire du passé rend cet antisémitisme importé doublement insupportable. Angela Merkel l’a bien compris et a eu des mots très fermes pour dire que ces manifestations ne resteraient pas impunies. C’est un peu tard : quand on joue les apprentis sorciers…Il parait que la chancelière allemande envisagerait de créer un secrétariat d’Etat spécialement chargé de lutter contre l’antisémitisme. Ce n’est pas une bonne idée : un secrétariat d’Etat chargé de lutter contre l’immigration débordante ferait bien mieux l’affaire.

Une bonne nouvelle quand même pour les Juifs d’Allemagne. Ils vont se sentir moins seuls. Le 31 décembre, le soir donc de la Saint-Sylvestre, les autorités berlinoises ont installé une « safe zone » à la Porte de Brandebourg pour les femmes venues fêter là la nouvelle année. Des patrouilles de policiers pour dissuader les éventuels délinquants sexuels. Des équipes de la Croix Rouge pour accueillir celles qui auraient été harcelées ou violées. Personne en Allemagne n’avait oublié les affreux débordements de la Saint Sylvestre à Cologne. C’est, nous l’avons dit, une bonne nouvelle pour les Juifs. Les femmes sont sensiblement plus nombreuses qu’eux. Elles connaissent leurs agresseurs : les mêmes que ceux des Juifs. Femmes et Juifs, tous ensemble ! »

(Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.Il est également l’auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L’affiche rouge (Denoël), ou encore de L’homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l’ « anti-sarkozysme primaire » ambiant. Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L’Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.)
Read more at http://www.atlantico.fr/decryptage/mais-qui-est-responsable-explosion-antisemitisme-en-allemagne-chanceliere-angela-merkel-3268335.html#SeU7A1y0D0qJBMtg.99

a réalité en face:NOUVEL ANTISEMITISME MUSULMAN – Un appel de 300 personnalités favorable à l’immigration et à l’islam, des propositions délirantes, et toujours le déni!

La réalité en face

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Un des maux de notre époque, c’est le refus et l’interdiction de regarder la réalité en face et surtout de la décrire! c’est le Politiquement Correct qui l’empêche! Il conditionne la description et donc la perception du réel! Quand elle est « Non Idéologiquement Conforme », la réalité est occultée, tronquée, manipulée par les media. Je veux partager avec vous mes connaissances et mon point de vue sur les sujets qui m’intéressent et pour lesquels j’ai acquis une certaine expertise. Ce blog est plus qu’un « blog politique », en effet il y sera aussi question de religion, de foi, de théologie, de Philosophie,etc.. Car une « autre réalité » est aussi occultée, niée, moquée, discréditée, c’est la « réalité de l’Invisible »! Celle de « l’Homme Vivant et Souffrant », mais aussi celle de l’Homme Intérieur dans sa relation à Dieu, à la Beauté, etc…Chaque « article » est en réalité un dossier. Alors ouvrez les articles! Ne vous contentez pas du titre, vous y trouverez des liens précieux…contenant d’autres liens…Bonne exploration !

NOUVEL ANTISEMITISME MUSULMAN – Un appel de 300 personnalités favorable à l’immigration et à l’islam, des propositions délirantes, et toujours le déni!

Publié par Michael Jeaubelaux sur 26 Avril 2018, 09:58am

Indignation tardive, cet Appel n’a pas eu lieu avant l’élection de MACRON alors qu’un juge refusait de qualifier d’antisémite un crime qui l’était de manière évidente! L’affaire Mireille Knoll ne devait pas faire de vague avant l’élection du candidat des islamistes et du multiculturalisme!

Ce que certains dénoncent depuis des années en étant trainés devant les tribunaux (Le FN et Marine LE PEN, Georges Bensoussan, Eric Zemmour, par exemple) a eu les honneurs du « Parisien », journal « mainstream, pro-immigrationniste et proislam!

Vont-ils être eux aussi traduit devant les tribunaux?

Problèmes : parmi ces personnalités nombreuses sont celles qui « déplorent les effets dont ils chérissent les causes », fervents partisans de l’immigration, de « l’islam de France » …quant aux solutions, notamment la condamnation de certains versets du Coran, elles sont tout simplement délirantes et témoignent d’une méconnaissance de l’islam, dont le texte du Coran est incrée, c’est à dire intouchable car réplique du Livre qui est au Ciel et dicté par « Dieu » à Mahomet!

Mais ces gens tout en déconçant l’antisémitisme islamique refusent de comprendre et de dire que c’est l’islam qui est intrinsèquement antijuif et antichrétien, on ne parle même pas des athées! Cette religion est irréformable, sauf à balayer des siècles de pratiques!

Oui l’islam est totalitaire, Oui l’islam considère les juifs et les chrétiens comme des hommes de seconde catégorie devant se convertir ou payer un impôt pour ne pas être persécuté!

Non l’islam n’est pas une religion de paix et de tolérance, contrairement à ce que serinent à longueur de journées medias et politiques.

L’antisémitisme a encore de beau jour devant lui en France… la cohorte de ceux qui nient l’évidence est « Légion »!

Cette Appel maladroit et tardif a d’ailleurs soulevé contre lui de nombreuses critiques, des musulmans et de leurs amis et obligés.

Un coup d’épée dans l’eau… reste que le constat a été fait « officiellement » dans Le Monde : les musulmans sont très majoritairement antijuifs (qu’ils camouflent derrière l’antisionisme), ils pratiquent l’épuration ethnique envers les « blancs », les « français », et les juifs dans les « Quartiers » en les poussant à déménager.

Cet Appel restera lettre morte… tant les amis des islamistes et des musulmans sont nombreux…

30 imams dont plusieurs islamistes Frères Musulmans ont fait diversion par un appel à lutter contre …la radicalisation [Note M.J. : le « credo » des islamistes Frères Musulmans en France est confiez nous l’islam de France sinon ce seront les islamistes salafistes qui en prendront le contrôle! Tout cela n’est qu’imposture et manipulation pour avoir l’argent des français pour construire, mosquées écoles hopitaux et des imams Frères Musulmans parlant français!]

Ce manifeste, rédigé par Philippe Val et que publie « Le Parisien-Aujourd’hui en France Dimanche », réunit plus de 250 signataires. Parmi eux, un ancien président de la République, trois anciens Premiers ministres, des élus, des intellectuels, des artistes…

Dans un livre à paraître mercredi chez Albin Michel*, quinze intellectuels prennent la plume pour dénoncer le poison de l’antisémitisme. L’ouvrage, préfacé par la philosophe Elisabeth de Fontenay, est écrit avec l’énergie de la colère. Une colère qui prend aujourd’hui la forme d’un manifeste qu’« Aujourd’hui en France Dimanche » a décidé de publier. Elle grandit depuis la mort de Sarah Halimi, Parisienne de 65 ans défenestrée après avoir été rouée de coups le 4 avril 2017. La justice a mis plus de dix mois à reconnaître la circonstance aggravante de l’antisémitisme. Le 23 mars, moins d’un an plus tard, dans le même arrondissement, au cœur de la capitale, l’assassinat de Mireille Knoll, 85 ans, ravivait l’émotion et l’indignation nées de l’affaire Halimi. L’enquête est en cours.

Plus de 250 signataires ont répondu à l’appel rédigé par un collectif, dont Philippe Val, l’ancien directeur de « Charlie Hebdo ». Parmi eux, l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy, trois anciens Premiers ministres, l’ex-maire de Paris Bertrand Delanoë, des élus de tous bords, des représentants des différentes religions, des intellectuels, des artistes…

 

« Cette terreur se répand »

« L’antisémitisme n’est pas l’affaire des Juifs, c’est l’affaire de tous. Les Français, dont on a mesuré la maturité démocratique après chaque attentat islamiste, vivent un paradoxe tragique. Leur pays est devenu le théâtre d’un antisémitisme meurtrier. Cette terreur se répand, provoquant à la fois la condamnation populaire et un silence médiatique que la récente marche blanche a contribué à rompre.

Lorsqu’un Premier ministre à la tribune de l’Assemblée nationale déclare, sous les applaudissements de tout le pays, que la France sans les Juifs, ce n’est plus la France, il ne s’agit pas d’une belle phrase consolatrice mais d’un avertissement solennel : notre histoire européenne, et singulièrement française, pour des raisons géographiques, religieuses, philosophiques, juridiques, est profondément liée à des cultures diverses parmi lesquelles la pensée juive est déterminante. Dans notre histoire récente, onze Juifs viennent d’être assassinés – et certains torturés – parce que Juifs, par des islamistes radicaux.

« Une épuration ethnique à bas bruit »

Pourtant, la dénonciation de l’islamophobie – qui n’est pas le racisme anti-Arabe à combattre – dissimule les chiffres du ministère de l’Intérieur : les Français juifs ont 25 fois plus de risques d’être agressés que leurs concitoyens musulmans. 10 % des citoyens juifs d’Ile-de-France – c’est-à-dire environ 50 000 personnes – ont récemment été contraints de déménager parce qu’ils n’étaient plus en sécurité dans certaines cités et parce que leurs enfants ne pouvaient plus fréquenter l’école de la République. Il s’agit d’une épuration ethnique à bas bruit au pays d’Émile Zola et de Clemenceau.

Pourquoi ce silence ? Parce que la radicalisation islamiste – et l’antisémitisme qu’il véhicule – est considérée exclusivement par une partie des élites françaises comme l’expression d’une révolte sociale, alors que le même phénomène s’observe dans des sociétés aussi différentes que le Danemark, l’Afghanistan, le Mali ou l’Allemagne… Parce qu’au vieil antisémitisme de l’extrême droite, s’ajoute l’antisémitisme d’une partie de la gauche radicale qui a trouvé dans l’antisionisme l’alibi pour transformer les bourreaux des Juifs en victimes de la société. Parce que la bassesse électorale calcule que le vote musulman est dix fois supérieur au vote juif.

« Nous attendons de l’islam de France qu’il ouvre la voie »

Or à la marche blanche pour Mireille Knoll, il y avait des imams conscients que l’antisémitisme musulman est la plus grande menace qui pèse sur l’islam du XXIème siècle et sur le monde de paix et de liberté dans lequel ils ont choisi de vivre. Ils sont, pour la plupart, sous protection policière, ce qui en dit long sur la terreur que font régner les islamistes sur les musulmans de France.

En conséquence, nous demandons que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés d’obsolescence par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’antisémite catholique aboli par Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime.

Nous attendons de l’islam de France qu’il ouvre la voie. Nous demandons que la lutte contre cette faillite démocratique qu’est l’antisémitisme devienne cause nationale avant qu’il ne soit trop tard. Avant que la France ne soit plus la France. »

* « Le Nouvel Antisémitisme en France », Ed. Albin Michel, 213 p., 15 euros.

La liste des signatairesEliette ABECASSIS ; Richard ABITBOL ; Ruth ABOULKHEIR ; André ABOULKHEIR ; Laure ADLER ; Paul AIDANE ; Nader ALAMI ; Waleed AL-HUSSEINI ; Mohamed ALI KACIM ; Michèle ANAHORY ; François ARDEVEN ; Pierre ARDITI ; Janine ATLOUNIAN ; Muriel ATTAL ; Charles AZNAVOUR ; Elisabeth BADINTER ; Patrick BANTMAN ; Laurence BANTMAN ; Adrien BARROT ; Stephane BARSACQ ; Maurice BARTELEMY ; Stéphane BEAUDET ; Patrick BEAUDOUIN ; Annette BECKER ; Florence BEN SADOUN ; Georges BENSOUSSAN ; Gérard BENSUSSAN ; Alain BENTOLILA ; André BERCOFF ; Aurore BERGE ; François BERLEAND ; Françoise BERNARD ; Florence BERTHOUD ; Naem BESTANDJI ; Muriel BEYER ; Jean BIRENBAUM ; Claude BIRMAN ; Joelle BLUMBERG ; Marion BLUMEN ; Lise BOËLL ; Jeannette BOUGRAB ; Céline BOULAY-ESPERONNIER ; Michel BOULEAU ; Laurent BOUVET ; Lise BOUVET ; Fatiha BOYER ; Anne BRANDY ; Caroline BRAY-GOYON ; Zabou BREITMAN ; Claire BRIERE-BLANCHET ; Jean-Paul BRIGHELLI ; Pascal BRUCKNER ; Laura BRUHL ; Daniel BRUN ; Carla BRUNI ; François CAHEN ; Séverine CAMUS ; Jean-Claude CASANOVA ; Bernard CAZENEUVE ; Hassen CHALGHOUMI ; Catherine CHALIER ; Elsa CHAUDUN ; Evelyne CHAUVET ; Ilana CICUREL ; Eric CIOTTI ; Gilles CLAVREUL ; Brigitte-Fanny COHEN ; Marc COHEN ; Jonathan COHEN ; Danielle COHEN-LEVINAS ; Antoine COMPAGNON ; Jacqueline COSTA-LASCOUX ; Brice COUTURIER ; Fabrice D’ALMEIDA ; Eliane DAGANE ; Gérard DARMON ; Marielle DAVID ; William DE CARVALHO ; Elisabeth DE FONTENAY ; Xavier DE GAULLE ; Bernard DE LA VILLARDIERE ; Bertrand DELANOË ; Richard DELL’AGNOLA ; Chantal DELSOL ; Gérard DEPARDIEU ; Guillaume DERVIEUX ; Patrick DESBOIS PERE ; Alexandre DEVECCHIO ; Bouna DIAKHABY ; Marie-Laure DIMON ; Joseph DORE MGR ; Daniel DRAÏ ; Michel DRUCKER ; Richard DUCOUSSET ; Stéphane DUGOWSON ; Martine DUGOWSON ; Frédéric DUMOULIN ; David DUQUESNE ; Frédéric ENCEL ; Raphaël ENTHOVEN ; Francis ESMENARD ; Christian ESTROSI ; Elise FAGJELES ; Roger FAJNZYLBERG ; Luc FERRY ; Alain FINKIELKRAUT ; Pascal FIORETTO ; Marc-Olivier FOGIEL ; Renée FREGOSI ; Michel GAD WOLKOWICZ ; Aliou GASSAMAL ; Lucile GELLMAN ; Jasmine GETZ ; Sammy GHOZLAN ; Jean GLAVANY ; Bernard GOLSE ; Roland GORI ; Marine GOZLAN ; Olivia GREGOIRE ; Mohamed GUERROUMI ; Ghislaine GUERRY ; Olivier GUEZ ; Lydia GUIROUS ; Talila GUTEVILLE ; Patrick GUYOMARD ; Noémie HALIOUA ; Françoise HARDY ; Frédéric HAZIZA ; Jean-Luc HEES ; Serge HEFEZ ; François HEILBRONN ; Marie IBN ARABI-BLONDEL ; Aliza JOBES ; Arthur JOFFE ; Michel JONASZ ; Christine JORDIS ; Dany JUCAUD ; Liliane KANDEL KARIM ; David KHAYAT ; Catherine KINTZLER ; Alain KLEINMANN ; Marc KNOBEL ; Haïm KORSIA ; Julia KRISTEVA ; Rivon KRYGIER ; Estelle KULICH ; Philippe LABRO ; Alexandra LAIGNEL-LAVASTINE ; Lilianne LAMANTOWICZ ; Jack LANG ; Joseph LAROCHE ; Damien LE GUAY ; Daniel LECONTE ; Barbara LEFEBVRE ; Yoann LEMAIRE ; Pierre LESCURE ; Bernard-Henri LEVY ; Maurice LEVY ; Stéphane LEVY ; Michèle LEVY-SOUSSAN ; Marceline LORIDAN-IVENS ; Christine LOTERMAN ; Patrick LOTERMAN ; Enrico MACIAS ; Richard MALKA ; Wladi MAMANE ; Yves MAMOU ; Juliette MEADEL ; Sylvie MEHAUDEL ; Yael MELLUL ; Françoise-Anne MENAGER ; Daniel MESGUICH ; Richard METZ ; Habib MEYER ; Radu MIHAILEANU ; Yann MOIX ; Antoine MOLLERON ; Thibault MOREAU ; Jean-Jacques MOSCOVITZ ; Slim MOUSSA ; Laurent MUNNICH ; Lionel NACCACHE ; Marc NACHT ; Aldo NAOURI ; Xavier NIEL ; Sophie NIZARD ; Anne-Sophie NOGARET ; Karina OBADIA ; Jean-Pierre OBIN ; Edith OCHS ; Christine ORBAN ; Olivier ORBAN ; Marc-Alain OUAKNIN ; Yann PADOVA ; Brigitte PASZT ; Dominique PERBEN ; André PERRIN ; Serge PERROT ; Laurence PICARD ; Céline PINA ; François PINAULT ; Jean-Robert PITTE ; Nidra POLLER ; Richard PRASQUIER ; Michael PRAZAN ; Nadège PULJAK ; Jean-François RABAIN ; Marianne RABAIN-LEBOVICI ; Ruben RABINOVITCH ; Jean-Pierre RAFFARIN ; Christiane RANCE ; Jean-Jacques RASSIAL ; Renaud RENAUD ; Jean-Louis REPELSKI ; Solange REPLESKI ; Ivan RIOUFOL ; Jacob ROGOZINSKI ; Olivier ROLIN ; Marie-Helène ROUTISSEAU ; Catherine ROZENBERG ; Philippe RUSZNIEWSKI ; Boualem SANSAL ; Georges-Elia SARFAT ; Nicolas SARKOZY ; Josiane SBERRO ; Jean-Paul SCARPITTA ; Eric-Emmanuel SCHMITT ; Dominique SCHNAPPER ; André SENIK ; Joann SFAR ; Vadim SHER ; Stéphane SIMON ; Patricia SITRUK ; Jean-François SOLAL ; Paule STEINER ; Jean-Benjamin STORA ; Francis SZPINER ; Anne SZULMAJSTER ; Pierre-André TAGUIEFF ; Maud TANACHNIK ; Jacques TARNERO ; Michel TAUBER ; Daniel TECHNIO ; Julien TROKINER ; Cosimo TRONO ; Monette VACQUIN ; Henri VACQUIN ; Philippe VAL ; Caroline VALENTIN ; Manuel VALLS ; Sibyle VEIL ; Jacques VENDROUX ; Natacha VITRAT ; Sabrina VOLCOT-FREEMAN ; Régine WAINTRATER ; Laurent WAUQUIEZ ; Aude WEILL-RAYNAL ; Simone WIENER ; Annette WIEVIORKA ; Jean-Pierre WINTER ; Jacques WROBEL ; André ZAGURY ; Alain ZAKSAS ; Paul ZAWADZKIv Marc ZERBIB ; Céline ZINS ; Jean-Claude ZYLBERSTEIN.

Tribune des 300 contre l’antisémitisme, tribune des 30 imams : le décryptage de Céline Pina

  • Par  Céline Pina 
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FIGAROVOX/TRIBUNE – Céline Pina réagit suite à la tribune publiée dans Le Monde ce matin par des «imams indignés» ayant affirmé qu’il n’y a pas d’antisémitisme dans l’islam. Selon elle, cette tribune souligne paradoxalement l’embarras des responsables musulmans devant les textes sacrés de leur religion.

 


Ancienne élue locale, Céline Pina est essayiste et militante. Elle avait dénoncé en 2015 le salon de «la femme musulmane» de Pontoise et a récemment publiéSilence Coupable (éd. Kero, 2016). Avec Fatiha Boutjalhat, elle est la fondatrice de Viv(r)e la République, mouvement citoyen laïque et républicain appelant à lutter contre tous les totalitarismes et pour la promotion de l’indispensable universalité de nos valeurs républicaines.


Suite à une tribune signée par 300 personnalités dénonçant la violence d’un nouvel antisémitisme en France, lié au développement de l’islamisme, une trentaine d’imams ont souhaité réagir et se déclarent prêts à se mettre au service de leur pays. Si sur le papier l’initiative est séduisante, à lire le texte de près et à examiner le contexte, on peut ressentir un certain malaise.

Car ce qui fait réagir ces trente hommes, c’est moins l’explosion de l’antisémitisme, que le fait que cette tribune des 300 ose rappeler la haine du juif inscrite dans certains versets du Coran et ose dire qu’il faudrait déjà accepter de se confronter à cette réalité pour espérer changer les choses.

Je comprends que pour un croyant, il soit difficile d’admettre qu’un texte, fut-il sacré, ne détient pas une vérité immanente et absolue. Ainsi, quand on parle du terrorisme islamiste, qui justifie ses massacres au nom de la religion et du Coran, on entend le traditionnel: «cela n’a rien à voir avec l’Islam». Mais on peut retrouver ces mêmes réactions quand on parle du goulag et des dictatures qui ont fleuri à l’Est avec certains membres du PC: «pas le vrai communisme», ou des ravages de l’Inquisition avec certains catholiques convaincus: «un détournement du message chrétien». Il est normal que l’on veuille défendre ce que l’on aime, y compris au détriment du réel, mais le meilleur moyen de changer la donne est rarement de s’aveugler sur les réalités, toujours de les regarder en face pour mieux les combattre.

Force est de constater que ce n’est pas le traditionnel antisémitisme lié à l’extrême droite et à un certain catholicisme qui renaît.

C’est ce que ce texte se refuse à faire. Écrit en réaction à la tribune des 300, le premier enjeu qu’il évacue est pourtant au cœur de cette tribune, c’est celui de l’antisémitisme. En mélangeant terrorisme et antisémitisme, il ignore volontairement la question du «pourquoi» de ce nouvel antisémitisme. En effet, le terrorisme met tout le monde sur un pied d’égalité et permet d’éliminer ce que pointe la tribune: quand 1% de la population française est victime de la moitié des actes racistes, le hasard n’est pas en cause. Il s’agit clairement d’un ciblage. Quand le profil des agresseurs s’homogénéise aussi, le doute n’est plus permis. Persécuter les juifs, c’est affirmer une forme de puissance et de domination. Cela devient identitaire sur certains territoires à travers la mythification du conflit israélo-palestinien. C’est d’ailleurs au sein des manifestations pro-palestiniennes que des «Morts aux juifs» ont été lancés en plein cœur de Paris. Comme dans le même temps, sur l’ensemble de la population française, la communauté juive ne cesse de renforcer sa bonne image, force est de constater que ce n’est pas le traditionnel antisémitisme lié à l’extrême droite et à un certain catholicisme qui renaît, mais bel et bien un nouvel antisémitisme, qui ajoute l’alibi antisioniste aux poncifs archaïques.

Cette existence d’un fort antisémitisme culturel arabo-musulman n’est pas une légende, il est mesuré dans les dernières études comme celle d’Anne Muxel et Olivier Galland par exemple et dénoncé par des sociologues comme Smaïn Lâacher. Mais ce fond de sauce est épaissi par la propagande d’un Islam politique et par l’intégrisme wahhabite: l’explosion de ce nouvel antisémitisme en France n’est pas le fruit du hasard mais le résultat d’un travail religieux et politique sur le terrain, d’un conditionnement à la haine.

Or, ici, mélanger terrorisme et antisémitisme permet non seulement de ne pas regarder en face ses propres responsabilités, en rappelant que la sécurité est l’affaire de tous, mais c’est aussi une manière habile de se victimiser et de se faire absoudre, quand bien même les réseaux de mosquées sont une des bases de la conquête idéologique des islamistes. Cela n’est jamais dit. À lire le texte des imams, on ne se radicalise que sur internet. C’est faux. C’est ainsi que la référence au terrorisme vise, dans ce cadre, à évacuer la question de la provenance de ce nouvel antisémitisme et du terreau religieux et politique dans lequel il pousse. Un terreau que les frères musulmans [Note M.J. : LASFAR, GACI, RAMADAN, MINTA, OUBROU, etc…] entretiennent avec une main particulièrement verte. Quand le premier effet de la réponse de ces 30 imams à la tribune des 300 est d’évacuer la question du nouvel antisémitisme, on peut dire que cela fonctionne!

L’objet de ce texte est moins de se positionner sur la question de l’antisémitisme que de protéger le texte coranique.

D’autres phrases peuvent faire bondir: revenant sur les violences qui ont frappé notre pays, ces imams écrivent: «tout silence de notre part serait désormais complice et donc coupable, même s’il ne s’agissait jusqu’à présent que d’un mutisme de sidération». Depuis 2012? Admettons. Après tout en 2012, tout le monde n’avait pas compris. Mais depuis 2015? Cela fait un temps de sidération particulièrement long tout de même. Là-dessus, plaidons la maladresse. Peu importe le temps dévolu à la prise de conscience, il faut savoir faire grâce du passé et n’avoir des exigences que pour l’avenir quand on veut se rassembler. Mais là plusieurs choses entrent en dissonance.

On sent très vite que l’objet de ce texte est moins de se positionner sur la question de l’antisémitisme, très vite effacée, que de protéger le texte coranique. L’idée selon laquelle il y aurait dans le texte même du Coran des appels au meurtre des juifs est niée. Cela serait «d’une violence inouïe» et laisserait entendre que «l’Islam est génétiquement opposé à l’Occident» et que «le musulman ne peut être pacifiste que s’il s’éloigne de la religion». Commençons par remettre un peu de raison là-dedans. Ce qui est d’une violence inouïe, ce sont les meurtres antisémites commis contre des enfants et un enseignant à l’école Ozar Atorah, ceux d’Ilan Halimi, de Sarah Halimi et dernièrement de Mireille Knoll, ce sont les massacres que nous affrontons depuis 2015, c’est le fait que certaines villes en région parisienne voient les Français de confession juive obligés de fuir parce qu’ils sont persécutés (au point que l’on a baptisé ce phénomène l’Alya intérieure), c’est l’impossibilité de scolariser les enfants juifs à l’école de la République sur certains territoires. Là, il se passe en effet des faits d’une violence inouïe.[ Note M.J. Quoiqu’il arrive les musulmans se présentent toujours comme « les principales victimes »!]

En revanche, dans la réaction de ces imams, on retrouve ce refus absolu d’accepter la critique et l’interpellation sur le contenu d’un texte. Au point qu’ils en arrivent à écrire des mensonges: la tribune des 300 ne dit jamais que l’islam serait génétiquement opposé à l’Occident ou qu’un bon musulman est quelqu’un qui renierait sa religion, il demande que le contenu du texte sacré puisse être débattu. Car sans débat sur le texte, personne ne peut évoluer dans son rapport au texte.

Si les chrétiens ont changé leur rapport au texte et à leur livre sacré, c’est parce que des débats ont eu lieu. Pour lutter contre l’antisémitisme en son sein, l’Église s’est mobilisée et a pris position clairement. L’argument du contexte ou de la recontextualisation brandi par ces imams pour clore toute discussion avant même de l’entamer n’est pas loin de la foutaise. Le Coran, comme tout texte sacré, n’est pas lu que par des théologiens, beaucoup vont y chercher la justification de leur violence. Comprendre le contexte n’est pas à la portée du premier venu… D’autant que ledit texte, s’il est conçu comme incréé, efface tout contexte. La parole de Dieu est la vérité, pas celle du moment, une vérité immanente, une part d’éternité. Alors même et surtout si à la fin le texte n’est pas changé, il n’y a qu’en acceptant la discussion sur ce point que ces imams montreront réellement que le Coran n’est pas incréé et changeront de fait le rapport au texte.[Note M.J. demande impossible! ce serait la fin de l’islam!]  Or leur réaction épidermique montre un refus viscéral de laisser même la question être posée.

À tout prendre, je préfère la simplicité du commandement de l’ancien testament « tu ne tueras point » ou simplement l’idée philosophique qu’une société repose sur l’interdiction du meurtre.

Enfin, il y a au cœur de ce texte écrit par des imams quelque chose qui interroge et inquiète. Le cœur du texte, c’est cette phrase du prophète de l’Islam: «le musulman qui porte atteinte à la vie d’une personne innocente vivant en paix avec les musulmans ne sentira jamais le goût du paradis». Pour ne pas être légitime à assassiner, il faut donc «être innocent» et «vivre en paix avec les musulmans». Déjà la définition de l’innocence ouvre un vaste champ d’interprétation. Est-on une personne innocente si on est une femme libre et indépendante par exemple? Est-on encore innocent si on change de religion ou si on devient athée? La question peut légitimement se poser. Ensuite la périphrase indique que seule l’attitude envers d’autres musulmans est prise en compte. Et les autres croyants ou les non-croyants ne compteraient-ils pas? Et quelle est la définition de «vivre en paix?». Notre choix politique de l’égalité femmes/hommes ne serait pas une provocation qui met à mal cette paix? Et que dire quand des intellectuels se font traiter de blasphémateurs parce qu’ils s’indignent de la recrudescence des actes et des meurtres antisémites? Il arrive souvent, quand les questions posées sont simples, que l’ajout de précisions desserve le propos et restreigne la portée du texte, voire jette la suspicion sur les intentions réelles poursuivies. À tout prendre, je préfère la simplicité du commandement de l’ancien testament «tu ne tueras point» ou simplement l’idée philosophique qu’une société repose sur l’interdiction du meurtre.

Et quand en conclusion, ce qui est proposé est de plus s’appuyer sur la religion pour mieux lutter contre ses dérives, on reste sans voix. Contre l’Islam politique et le fanatisme, on nous propose plus de religion. À se demander si cette injonction n’équivaut pas à vouloir éteindre un feu en jetant du bois mort dedans… Mais après tout, ces hommes sont des imams, de leur point de vue, cela obéit à une certaine logique et leur proposition n’est pas forcément insincère. Mais pour notre nation, il vaudrait mieux que la reconquête des territoires perdus se fasse par la réaffirmation de l’égalité et de la liberté républicaine, plutôt qu’être confiée à un réseau de mosquées dont on peut douter des véritables objectifs. Rappelons-nous que les frères musulmans sont les premiers à avoir investi le marché juteux de la déradicalisation, mais plutôt dans une perspective de réislamisation qui ne disait pas son nom. Rappelons-nous l’expérience Dounia Bouzar, qui en appelait à une déradicalisation basée sur la religion. On se souvient surtout du coût démentiel de ses actions, mais pas de ses résultats: et pour cause…

Enfin, on ne sait guère qui sont ces imams signataires, certains noms comme Iqioussen suscitent la défiance, Tareq Oubrou est lui-même très controversé et parmi les mosquées citées, toutes ne sont pas des modèles à suivre. D’autres aspects du phénomène sont moins rassurants: les réactions outrées des autorités musulmanes de type CFCM, dirigé aujourd’hui par un proche d’Erdogan, le président islamiste de Turquie. Un Erdogan qui a créé une antenne de son parti en France et mis en place des candidats aux dernières élections législatives sur notre territoire, réclamant explicitement la charria entre autres. Dans le fond, la seule chose qui les fait réagir de façon claire et explicite est seulement l’évocation du Coran. Le sang versé et les violences constatées sont mieux supportés. Cela nuit à la crédibilité de l’ensemble.

La tentative de victimisation comme la volonté affirmée, derrière la mise à disposition affichée de ces 30 imams, de susciter le rejet de la tribune des 300, nuit de la même manière à l’adhésion que recherchent ces imams. Il est évident que nous devons lutter ensemble pour affronter la menace islamiste qui démantèle notre société, mais pas avec des dirigeants de mosquées dont la plupart appartiennent au réseau des frères musulmans. Un détail qui n’en est pas un.

Ce texte me rappelle un autre texte, la «déclaration d’intention relative aux droits et obligations des fidèles du culte musulman». Elle fut signée en 2000 par toutes les organisations musulmanes, mais seulement après qu’a été retirée toute mention du droit à changer de religion [Note M.J. :  Jean-Pierre Chevènement était ministre de l’intérieur et des cultes]. Ce qui portait un sacré coup à la liberté de conscience, tout en étant présenté comme la preuve de l’acceptation des lois de la République. Depuis les choses n’ont guère changé: il y a bien trop d’ambiguïté aujourd’hui dans le texte de ces imams et bien trop d’opportunisme dans sa sortie pour que l’on puisse juger cette réponse appropriée, compte tenu de la violence de l’antisémitisme dénoncé. «Encore un effort, Messieurs les imams».

Plus de 300 personnalités ont signé un « manifeste contre le nouvel antisémitisme » en France, dénonçant un « silence médiatique » et une « épuration ethnique à bas bruit au pays d’Emile Zola et de Georges Clemenceau » dans certains quartiers, dans Le Parisien à paraître dimanche 22 avril.

« Nous demandons que la lutte contre cette faillite démocratique qu’est l’antisémitisme devienne cause nationale avant qu’il ne soit trop tard. Avant que la France ne soit plus la France », lit-on dans ce texte.

Il a été signé par des politiques de droite comme de gauche – l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy, l’ex-premier ministre Manuel Valls, l’ancien maire de Paris Bertrand Delanoë, le président des Républicains Laurent Wauquiez… –, et par des artistes (Gérard Depardieu, Charles Aznavour, Françoise Hardy…). Alain Finkielkraut, Bernard-Henri Levy, Elisabeth Badinter et Luc Ferry sont aussi au nombre des signataires, tout comme des responsables religieux, dont des imams.

« Dans notre histoire récente, onze Juifs viennent d’être assassinés – et certains torturés – parce que Juifs par des islamistes radicaux », écrivent-ils, en référence à l’assassinat d’Ilan Halimi en 2006, à la tuerie dans une école juive de Toulouse en 2012, à l’attaque de l’Hyper Cacher en 2015, à la mort par défenestration à Paris de Sarah Halimi en 2017 et, récemment, au meurtre d’une octogénaire dans la capitale, Mireille Knoll.

« Nouvel antisémitisme »

« Les Français juifs ont vingt-cinq fois plus de risques d’être agressés que leurs concitoyens musulmans », lit-on dans ce manifeste.

« Dix pour cent des citoyens juifs d’Ile de France – c’est-à-dire environ 50 000 personnes – ont récemment été contraints de déménager parce qu’ils n’étaient plus en sécurité dans certaines cités et parce que leurs enfants ne pouvaient plus fréquenter l’école de la République. »

Lire aussi :   L’antisémitisme, une réalité difficile à mesurer précisément

Ciblant principalement ce « nouvel antisémitisme », les signataires demandent « que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés de caducité par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’antisémitisme catholique aboli par [le concile] Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime »« Nous attendons de l’islam de France qu’il ouvre la voie », écrivent-ils.
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/religions/article/2018/04/21/antisemitisme-plus-de-300-personnalites-denoncent-une-epuration-ethnique_5288826_1653130.html#x7x6IdEHTe2bGruz.99

LE CONFLIT : Nicéphore PHOCAS (912-969) (Empire Byzantin)

Nicéphore PHOCAS est un grand général de l’Empire byzantin de la famille PHOCAS qui accède au trône et devient un empereur contesté qui règne de 963 à 969.

 

Général stratège puis empereur

Chef de guerre et chef d’État, théoricien militaire, Nicéphore PHOCAS se situe dans la ligne droite des empereur byzantins passés maîtres dans l’art de la stratégie que furent MAURICE et LÉON VI LE SAGE.

Il embrasse très tôt la carrière militaire et se distingue auprès de son père, Bardas PHOCAS, qui commande les armées des confins militaires d’Anatolie orientale. L’empereur CONSTANTI N VII le nomme bientôt, à la suite de son père, responsable des armées de l’Est de l’Empire (954). C’est en tant que chef de guerre face aux Arabes hamadamides qu’il s’illustre sur la frontière orientale.

Chaque année, au printemps, les musulmans lancent des raides aux portes chiliennes tenues par les Akrites (guerriers des confins chargés de tenir les passes montagneuses). Nicéphore PHOCAS réorganise l’armée en fonction de cette menace, et c’est à celle-ci que répond son traité consacré à la guérilla.

L’empereur ROMANUS II le nomme commandant en chef d’une expédition destinées à libérer la crête occupée par les Arabes depuis près d’un siècle et demi. Nicéphore PHOCAS, à la tête d’une force imposante, s’empare d’heraklion (961), restaurant ainsi la suprématie byzantine en Méditerranée orientale. L’année suivante, il lance une offensive contre les Arabes et s’empare d’Alep. Il est proclamé emperlait par ses troupes à Césarée de Cappadoce et couronné à Constantinople (963). Entre 964 et 966, le nouvel empereur se rend maître d’Antioche et d’une grande partie de la Syrie. Chypre est également reprise aux Arabes.

Nicéphore PHOCAS refuse, contrairement à ses prédécesseurs de payer un tribut aux Bulgares en échange de la paix et pousse le Russe SVYATOSLAV à attaquer ces derniers. De même, il cesse de payer le tribut habituel aux Fatimides. Enfin, il s’oppose aux prétentions du souverain germanique OTTON 1er de reconstituer l’empire carolingien en consolidant les positions byzantines en Italie.

La période où règne cet empereur (963-969), qui se clôt par son assassinat par un de ses anciens lieutenants,  est l’un des grands moments du renouveau offensif de l’Empire byzantin qui s’épuise peu après le milieu du XIe siècle. Le traité de guérilla De Velitatione attribué à Nicéphore PHOCAS, mais achevé seulement vers 976, est l’un des principaux textes stratégiques byzantines, sans équivalent en Europe occidentale jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. (BLIN et CHALIAND)

 

La contrepartie d’une reconquête, des impôts croissants impopulaires

Malgré le refus de continuer de payer des tributs qui obèrent les finances de l’Empire, la reconquête de territoires à l’Est et au Sud nécessite des armées puissantes coûteuses à entretenir. En outre peu populaire, car il réduit les largesses de la cour et met fin aux exemptions fiscales du clergé, peu soucieux du faste de la cour et de son aspect physique comme de sa manière d’être (volontiers brutal envers la foule à Constantinople), il s’attire de plus en plus d’ennemis jusque dans les rangs des armées pourtant admiratives de ses exploits militaires. Avec le recul, on se rend pourtant compte, vu les reculs territoriaux et commerciaux de l’Empire, qu’il ne pouvait continuer à entretenir le train de vie d’une bureaucratie/aristocratie civile et militaire. L’habitude impériale d’entretenir les alliances internes à coup de subsides en ragent ou en nature, ancré depuis les origines pendant l’existence de l’Empire Romain dans son ensemble, a trop ancré la richesse et la puissance de gouverneurs provinciaux, pour que le code impérial (civil) de l’Empire byzantin continue de produire ses nombreux fruits.

Nicéphore PHOCAS, Mélanges orientaux, extraits sur le site Remacle. Traité sur la guérilla, éditions du CNRS, 1986 ; des extraits sont publiés dans l’Anthologie mondiale de la stratégie, Robert Laffont, 1990.

Gilbert DRAGON et Haralambie MIHAESCU, Le traité sur la guérilla de l’empereur Nicéphore Phocas, CNRS éditions, septembre 2009.

Gustav SCHLUMBERGER, Un empereur byzantin au Xe siècle : Nicéphore Phocas, Parus, 1923. Charles PERSONNAZ, L’empereur Nicéphore Phocas, Byzance face à l’Islam, Belin, 2013.

 

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Tempus, 2016.

 

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L’Homme Nouveau:Les filles de Diên-Biên-Phu Rédigé par François Foucart

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Les filles de Diên-Biên-Phu

Rédigé par François Foucart le dans Humeur

Les filles de Diên-Biên-Phu

Diên-Biên-Phu ! C’était il y soixante-quatre ans, le 7 mai 1954, lors de l’assaut ultime, mais c’est oublié puisque les jeunes générations ne sont pas informées. Il faut donc rappeler que, assiégés dans une cuvette au Nord du Vietnam par des forces viets et chinoises dissimulées dans les collines avec une énorme artillerie, les Français accompagnés de troupes dites « coloniales » (Marocains et Sénégalais) et de nombreux Vietnamiens libres succombèrent sous le nombre. Les survivants furent emmenés dans une marche vers la mort vers des camps d’extermination. Cette défaite de la France, même héroïque, surtout héroïque, fut aussi un signal pour le début de la rébellion en Algérie…

À Diên-Biên-Phu, il y eut une femme magnifique de courage, la convoyeuse de l’air Geneviève de Galad. Il y en eut d’autres – volontairement ignorées par l’état-major parce que ça ne faisait pas sérieux – mais extraordinaires de courage : la trentaine de jeunes Vietnamiennes prostituées qui (ainsi que le voulait l’époque) suivaient les troupes et notamment la Légion au sein d’un B.M.C. (Bordel militaire de campagne ou contrôlé). Le fameux chirurgien Grauwin qui opérait nuit et jour a raconté que ces femmes avaient été admirables de dévouement, servant les grands blessés et amputés dans des tâches souvent rebutantes, des « filles » transformées en mères, en tout cas « des soldats », disait le Dr Grauwin.

Elles auraient pu, au début, être évacuées, toutes refusèrent. Mais, au moment de l’assaut final, toutes ces « Marie-Casse-Croûte » (comme on disait) prirent les armes et firent le coup de feu aux côtés de ceux qui, de clients, étaient devenus frères d’armes. Elles se sont battues… comme des soldats.

Prisonnières quand le camp fut submergé, elles furent battues, humiliées, et on leur demanda – sous l’objectif de caméras soviétiques – de cracher sous le drapeau français. Toutes refusèrent, disant : « Jamais ! Nous sommes des Françaises ! ». Selon l’habituelle méthode communiste, ces héroïnes furent abattues d’une balle dans la nuque. « Les prostituées vous précéderont dans le royaume des Cieux…

Gaullisme.fr:Du drapeau à Croix de Lorraine par Alain Kerherv

Accueil » Libre propos » Du drapeau à Croix de Lorraine

Du drapeau à Croix de Lorraine

18 Mai 2018 – Un élu de Gironde envisagerait, semble-t-il, d’interdire qu’un de ses administrés pavoise sa demeure aux couleurs du drapeau français orné de la Croix de Lorraine. Il aurait indiqué que ce drapeau choquerait certains de ses concitoyens qui y verraient un signe d’exclusion.

Même si l’on peut relever qu’une telle décision pourrait contrevenir aux droits individuels, il appartient à l’autorité administrative de statuer sur le bien-fondé d’une telle interdiction.

Du point de vue de la Fondation Charles de Gaulle, on pourra toutefois signifier qu’assimiler le drapeau français à Croix de Lorraine à un signe d’exclusion relève du contresens parfait. 

 

RAPPEL HISTORIQUE

La France Libre adopta le drapeau à Croix de Lorraine pour symbole suite à la proposition du vice-amiral Émile Muselier faite à de Gaulle, le 1er juillet 1940, en présence du capitaine de corvette Thierry d’Argenlieu pour lutter contre la croix gammée. Dans son ordre général n° 2 du 3 juillet 1940, le vice-amiral Émile Muselier, nommé l’avant-veille au commandement des forces navales et aériennes françaises libres, créa pour les forces françaises ralliées à de Gaulle un pavillon de beaupré (carré bleu avec, au centre, la croix de Lorraine en rouge par opposition à la croix gammée) et pour les avions, une cocarde à croix de Lorraine. Le symbole a été adopté ensuite par tous les Français libres et figurera sur de nombreux insignes (insigne émaillé porté par de Gaulle), notamment sur la croix de l’Ordre de la Libération créé à Brazzaville le 16 novembre 1940.

Le drapeau à Croix de Lorraine est donc le symbole de Français venus de tous les coins de leur empire et qui se sont rassemblés sans distinction d’appartenance politique, d’origine sociale, de religion ou de couleur de peau pour lutter contre la barbarie nazie

rrêt sur info:Quand cesserons-nous de déshumaniser les Palestiniens ? Par Robert Fisk

Quand cesserons-nous de déshumaniser les Palestiniens ?

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Rappelez-vous comment on les a accusés, il y a 70 ans, d’être responsables de leur propre exode, parce qu’ils auraient obéi à la radio qui les appelait à quitter leurs maisons en attendant que les Juifs d’Israël soient « jetés à la mer ». Sauf que, bien sûr, ces appels n’ont jamais existé.

Par Robert Fisk

Publié le 17 avril 2018 dans The Independent sous le titre How Long Will We Pretend Palestinians Aren’t People?

Monstrueux. Effrayant. Diabolique. C’est étrange comment les mots manquent pour décrire ce qui se passe au Moyen-Orient aujourd’hui. Soixante Palestiniens morts. En une seule journée. Deux mille quatre cents blessés, dont plus de la moitié par des tirs à balle réelles. En une seule journée. C’est scandaleux, immoral, n’importe quelle armée du monde aurait honte d’avoir fait une chose pareille …

Et nous devons continuer à croire que l’armée israélienne est une armée dont les armes sont « pures » ? En tout cas, nous devons nous poser la question suivante : ils ont tué 60 Palestiniens en une journée cette semaine, et s’ils en tuaient 600 la semaine prochaine ? Ou 6 000 le mois prochain ? Les consternantes justifications d’Israël – et la réaction brutale de l’Amérique – soulèvent cette question. Si nous pouvons maintenant accepter sans broncher un massacre de cette ampleur, qu’est-ce que notre système immunitaire va nous permettre d’accepter dans les jours, les semaines et les mois à venir ?

Oui, nous connaissons par cœur toutes leurs justifications. Le Hamas – corrompu, cynique, pas « pur » du tout – était derrière les manifestations de Gaza. Certains manifestants étaient violents, ils ont envoyé des cerfs-volants en feu – des cerfs-volants, pour l’amour du ciel ! – de l’autre côté de la clôture, d’autres ont jeté des pierres ; mais depuis quand le lancer de pierres est-il une infraction passible de la peine capitale dans un pays civilisé ? Un bébé de huit mois est mort après avoir inhalé des gaz lacrymogènes, eh bien ses parents n’avaient qu’à ne pas l’amener près de la clôture de séparation entre Gaza et Israël ! Et ainsi de suite. Est-ce bien grave, la mort de quelques Palestiniens, en comparaison de ce que font les Sissi en Égypte, et les Assad en Syrie et les Saoudiens au Yémen ? Et puis de toute façon, c’est de leur faute, aux Palestiniens !

Les victimes sont les coupables. Voilà très précisément le cœur des insupportables accusations que subissent les Palestiniens depuis 70 ans. Rappelez-vous comment on les a accusés, il y a 70 ans, d’être responsables de leur propre exode, parce qu’ils avaient obéi aux appels de la radio leur enjoignant de quitter leurs maisons en attendant que les Juifs d’Israël soient « jetés à la mer ». Sauf que, bien sûr, il n’y a jamais eu de tels appels. Il ne faut jamais cesser de remercier les « nouveaux historiens » d’Israël qui ont démontré cela. Les appels radio étaient un mythe qui faisait partie du récit national de la création d’Israël. Ils avaient été inventés pour faire croire que le nouvel État – loin d’être fondé sur les ruines des maisons d’autrui – avait été instauré dans une terre sans peuple.

Et nos yeux consternés ont pu observer la même vieille lâcheté se remettre à pourrir les reportages médiatiques des événements de Gaza. CNN a qualifié les assassinats israéliens de « mesure de répression ». Dans de nombreux médias, l’exode forcé des Palestiniens il y a 70 ans, a été qualifié de « déplacement » comme s’ils se trouvaient en vacances au moment de la « Nakba », la catastrophe, comme les Palestiniens nomment cette tragédie, et qu’ils ne pouvaient simplement pas rentrer chez eux. Le mot qu’il faut utiliser est pourtant parfaitement clair, c’est : dépossession. Parce que c’est ce qui est arrivé aux Palestiniens, il y a toutes ces années, et c’est ce qui se passe encore en Cisjordanie – aujourd’hui, au moment où vous lisez ceci – grâce à des hommes comme Jared Kushner, le gendre de Donald Trump qui soutient ces odieuses colonies illégales construites sur les terres volées aux Arabes qui y vivaient depuis des générations.

Et maintenant nous arrivons à l’événement le plus atroce de tous les événements déplorables de la semaine dernière : le bain de sang de Gaza qui a accompagné la glorieuse inauguration de la nouvelle ambassade des États-Unis à Jérusalem.

« C’est un grand jour pour la paix », a annoncé le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu. Quand j’ai entendu cela, je me suis demandé si j’avais bien entendu. A-t-il vraiment osé dire ça ? Hélas, oui ! Dans des moments comme celui-ci, c’est un immense soulagement de constater qu’il y a quand même quelques journaux comme le quotidien israélien Haaretz qui ont encore le sens de l’honneur. Mais l’article le plus remarquable a été publié dans le New York Times par Michelle Goldberg qui a parfaitement saisi l’horreur conjuguée de Gaza et de l’inauguration de l’ambassade à Jérusalem.

Cette inauguration, a-t-elle écrit, était « grotesque…. le parachèvement de l’alliance cynique entre les faucons juifs et les évangélistes sionistes qui croient que le retour des juifs en Israël ouvrira la voie à l’apocalypse et au retour du Christ, suite à quoi les juifs qui ne se convertiraient pas brûleraient à jamais ». Goldberg a souligné que Robert Jeffress, un pasteur de Dallas, a prononcé la prière d’ouverture de la cérémonie d’inauguration de l’ambassade.

Jeffress, qui a un jour affirmé que des religions comme « le mormonisme, l’islam, le judaïsme, l’hindouisme » conduisent les gens « loin de Dieu pour toute l’éternité, c’est à dire en enfer ». La bénédiction de clôture a été prononcée par John Hagee, un prédicateur messianique qui, selon Goldberg, a dit un jour qu’Hitler avait été envoyé par Dieu pour ramener les Juifs dans leur patrie ancestrale.

Elle a ajouté, à propos de Gaza : « Même si l’on rejette complètement le droit au retour des Palestiniens – ce que je trouve plus difficile à faire maintenant qu’Israël a pratiquement abandonné la possibilité d’un État palestinien – cela n’excuse guère la violence disproportionnée de l’armée israélienne.

Moi, je ne crois pas que les Démocrates se soient autant enhardis à remettre en question l’occupation israélienne qu’elle le pense. Mais je crois qu’elle a raison de dire que, tant que Trump sera président, « Israël pourra sans doute se permettre de tuer des Palestiniens, de démolir leurs maisons et de s’approprier leurs terres en toute impunité».

Nous avons rarement, dans les temps modernes, vu un peuple entier – les Palestiniens – traité comme un non-peuple. Au milieu des ordures et des rats des camps de réfugiés de Sabra et Shatila au Liban – ah! comme ces noms ont une résonance fatidique – il y a une hutte qui fait fonction de musée et qui expose des objets apportés au Liban depuis la Galilée par ces premiers réfugiés de la fin des années 1940 : des pots à café et des clés de portes d’entrée de maisons détruites depuis longtemps. Ils ont fermé leurs maisons à clé, beaucoup d’entre eux, en pensant revenir quelques jours plus tard.

Mais ils meurent vite, ceux de cette génération, comme les morts de la seconde guerre mondiale. Même dans les archives orales de l’expulsion palestinienne (au moins 800 survivants sont enregistrés), compilées à l’Université américaine de Beyrouth, on constate que beaucoup de ceux dont les voix ont été enregistrées à la fin des années 1990 sont morts depuis.

Alors, vont-ils pouvoir rentrer chez eux ? « Retourner » chez eux ? C’est, je pense, la plus grande peur d’Israël, non pas parce qu’il y aurait des maisons à « retourner [rendre] », mais parce qu’il y a des millions de Palestiniens qui revendiquent leur droit – en vertu des résolutions de l’ONU – et qu’il pourrait en venir des dizaines de milliers à la clôture de séparation de Gaza la prochaine fois.

Combien de tireurs d’élite faudra-t-il alors à Israël ? Et, bien sûr, il y a de douloureuses ironies du sort. Car il y a à Gaza des familles dont les grands-pères et les grands-mères ont été chassés de terres et de maisons situées à moins de deux kilomètres de Gaza, dans deux villages qui se trouvaient exactement là où se trouve aujourd’hui la ville israélienne de Sderot, si souvent ciblée par les roquettes du Hamas. Ils peuvent encore voir leurs terres. Et quand vous pouvez voir votre terre, vous voulez rentrer chez vous.

Robert Fisk est le correspondant du journal The Independent pour le Moyen Orient. Il a écrit de nombreux livres sur cette région dont : La grande guerre pour la civilisation : L’Occident à la conquête du Moyen-Orient.

Traduction :  Dominique Musele