Thomas apôtre de l’Orient par Joseph Yacoube

1
THOMAS
APÔTRE
DE L’ORIENT
JOSEPH YACOUB
Professeur honoraire de l’Université catholique de Lyon
Discours prononcé à l’occasion de l’inauguration de l’Eglise Saint

Thomas,
Vaulx

en

Velin, dimanche 2 décembre 2012
2
Merci Père Régis
Charre,
Eminence Cardinal Barbarin,
Honorables autorités politiques, religieuses, militaires et civiles,
Surnommé Didyme,
Thomas l’a
pôtre
, qui signifie jumeau en araméen
(
aussi
en
arabe et en hébreu)
,
représenté
par
les tableaux de
Caravage et
de
Rembrandt,
et
par de nombreuses icônes,
occupe une place importante dans l’Eglise assyro

chaldéenne de Mésopotamie et dans les Eglise de la côte Malabar et Coromandel
au Sud de l’Inde.
L
’Eglise d’Orient
,
dans ses deux branches chaldéenne et assyrienne
, f
ait remonter à
ce voyageur parmi les nations et les peuples
, son origine. El
le le
célèbr
e chaque
année le 3 juillet. Thomas
envoya Addaï (Thaddée), un des 72 disciples,
à Edesse
pour guérir
le roi
lépreux
Abgar
. Il
y
aurait prêché
la Bonne Nouvelle
aux
Edesséniens
.
Depuis, on appelle Edesse «
la ville bénite
»
.
Dans un résumé de
l’histoire de l’Eglise d’Orient,
saint Thomas
est qualifié
d’
«
homme sensible et
courageux, sceptique et incrédule, mais témoin passionné et convaincu de tout ce
qu’il avait vu
par ses yeux et touché de ses mains, qui fut le premier héros de la
conquête de l’Orient
».
C’est une tradition constante
, ancrée
fortement
dans les mémoires
depuis les
premiers siècles dans les Eglise orientales
,
aux Ind
es
et chez les Tamouls
,
que
l’apôtre Thomas a évangélisé la Syrie, la Mésopotamie et la Perse
(la Parthie
, la
Médie
)
. Il se
serait rendu
ensuite aux Indes
, par la route de la mer,
où i
l serait arrivé
à Kodum
gallur
(Granganore)
, port du Ké
rala,
en l’an 52, en passant par l’île de
S
ocotra
. Il po
ursuivit son apostolat, enseigna et baptisa
en terre indienne
. Il
y aurait
converti le prince
Gundaphor
. En Inde, il
aur
ait subi le martyre,
tué à coups
de
lances,
à Mylapore
, au sud de Madras
,
en l’
an 72
.
On lit ceci dans le Dictionnaire
Robert à propos de Madras
:
«
La ville, de fondation très ancienne, s’enorgueillit
d’avoir accueilli l’apôtre saint Thomas
: sa colonie chrétienne est une des plus
anciennes de l’Inde
».
3
Toujours selon la tradition, s
es reliques furent transportées à Edess
e
(Ourfa
en
Turquie
)
,
par un marchand
au IIIè siècle.
Cette translation
est rendue célèbre par des
hymnes
(midrash)
que
Saint Ephrem
lui consacra au IVè siècle
.
D’ailleurs, l
es livres
religieux orientaux mentionnent à plusieurs reprises la mort de Thomas en Inde.
Lors
de l’o
f
fice chaldéen pour la
f
ête de saint Thomas, le 3 j
uillet, il est dit dans le bréviaire
que
le Saint Esprit envoya Thomas au pays des Indiens et qu’il es
t mort là

bas
,
per
cé par une lance
.
Un
bréviaire syriaque
orthodoxe
d’Anti
oche fait chanter un
midrash que
Saint Ephrem
lui aurait consacré
.
Des livres apocryphes comme les Actes de Thomas et l’Evangile de Thomas lui ont
été attribués.
En Inde, on
continue à véné
re
r
son tombeau
présumé
,
vide
,
retrouvé par les
Portugais en 1517. D’ailleurs, les chrétiens du sud de l’Inde
(les Syro

Malabars et les
Syro

Mala
nkars)
qui
se donnent eux

mêmes le nom de «
Chrétiens de saint

Thomas
»
, perpétuent fidèlement c
ette tradition et l’affiliation à Thomas.
L’historicité de la chrétienté indienne est confirmée par les Pères de l’Eglise.
Elle est
également
attestée
par le voyageur Cosmas Indicopleustès, en 535,
dans sa
«
Topographie chrétienne
»
comme habitant la
région de Malabar
et l’Ile de
Ceylan
:
«
A
Taprobane
1
, île de l’Inde intérieure, là où se trouve la mer indienne, il y
une église de chrétiens, un clergé et
d
es fidèles
; j’ignore s’il en existe plus loin.
Pareillement, dans la contrée qu’on nomme
Malé
,
où p
o
usse le poivre, et au lieu
appelé
Kalliana
, il y a
même un évêque ordonné
en Perse
.
»
Plusieurs hommes politiques d’Inde ont évoqué la mémoire de saint Thomas et son
périple indien. L
e p
remier président de l’
Inde,
Dr.
Rajendra Prasa
d
(1952

1962)
déclarait
à ce propos
en 1955
:
«
Souvenons

nous que saint Thomas est arrivé en
Inde lorsque plusieurs pays d’Europe n’étaient pas encore chrétiens… et c’est une
source de fierté pour nous que cela se
fit
ainsi
.
»
Le nom de Thomas, c’est

à

dire jumeau,
porte en lui l’autre. C’est un symbole de la
rencontre et de l’amitié entre les peuples et les religions.
1
Ou Ceylan.

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