Sandro magister:Le pape garde le silence, mais ses amis cardinaux parlent. Et ils accusent-fourbe comme il le dit de lui-même,ce Pape?Non,fourbissime!

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Le pape garde le silence, mais ses amis cardinaux parlent. Et ils accusent

Le préfet du nouveau dicastère pour la famille attaque l’archevêque de Philadelphie, Charles J. Chaput, à propos de la manière dont celui-ci met en œuvre « Amoris lætitia » dans son diocèse. Voici les lignes directrices qui font l’objet de ses accusations

par Sandro Magister

ROME, le 23 novembre 2016 – Pas un seul mot n’est sorti de la bouche du pape François suite à la demande que lui avaient adressée publiquement quatre cardinaux pour que soient levés cinq « doutes » graves qui sont suscités par les passages les plus controversés d’ »Amoris lætitia » :

> « Faire la clarté ». L’appel de quatre cardinaux au pape

Ou, plus exactement, le pape a donné une non-réponse lorsque, dans une interview accordée à Stefania Falasca et publiée dans le quotidien « Avvenire » le 18 novembre, il a déclaré, à un moment donné, en tutoyant la journaliste, qui est une de ses amies de longue date :

« Il y a des gens – pense à certaines réponses qui ont été données à ‘Amoris lætitia’ – qui continuent à ne pas comprendre, qui raisonnent en noir ou blanc, même si c’est dans le flux de la vie qu’il faut pratiquer le discernement ».

En revanche, de nombreux ecclésiastiques proches du pape se sont mis à parler à sa place. Ils ont répété, à qui mieux mieux, que l’exhortation post-synodale « Amoris lætitia » était déjà très claire en elle-même, qu’elle ne pouvait pas donner lieu à des doutes et que, par conséquent, quiconque faisait état de ces doutes attaquait en réalité le pape et désobéissait à son magistère.

Un prélat s’est particulièrement distingué dans ce genre de déclarations bavardes  : c’est le cardinal Christoph Schönborn. Le pape François l’a déjà désigné publiquement, à plusieurs reprises, comme son interprète autorisé et comme le premier gardien de la doctrine de l’Église, n’en déplaise au cardinal Gerhard L. Müller. Le rôle de ce dernier en tant que préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi est désormais réduit à n’être plus qu’un simple titre honorifique.

Toutefois c’est un autre cardinal qui s’est montré le plus incontinent, l’Américain Kevin J. Farrell, tout récemment élevé à la pourpre, qui a déclaré dans une interview accordée au « National Catholic Reporter » :

« Dans ‘Amoris lætitia’ c’est le Saint-Esprit qui parle. Ce texte doit être pris tel qu’il est. C’est le document-guide pour les années à venir. Honnêtement, je ne vois pas pourquoi certains évêques pensent qu’il doit être interprété ».

Par conséquent les gens qui veulent que François intervienne encore ont tort. « Je pense que le pape a parlé » suffisamment –a ajouté Farrell – lorsque, le 5 septembre, il a donné son approbation à l’exégèse d’ »Amoris lætitia » qui a été faite par les évêques argentins de la région de Buenos-Aires. Cette exégèse envisage que des divorcés remariés civilement puissent recevoir la communion même s’ils continuent à vivre « more uxorio ».

Farrell a été fait cardinal par le pape Jorge Mario Bergoglio lors du consistoire du 19 novembre dernier. Et, au Vatican, il est, depuis le mois d’août dernier, préfet du nouveau dicastère pour les laïcs, la famille et la vie.

Il fait donc partie des nouveaux visages de la nouvelle curie du pape François. Une curie qui – entend-on répéter sans cesse – devrait non plus réprimer mais favoriser la « créativité » multiforme de chaque évêque dans son diocèse.

Or, sur ce point, en réalité, c’est le contraire qui s’est produit. Dans une autre interview – accordée cette fois à « Catholic News Service », l’agence d’information de la conférence des évêques des États-Unis – Farrell a cru bon d’attaquer « ad personam » un évêque illustre qui est son compatriote et dont la « faute » aurait justement été d’avoir fourni à son diocèse des lignes directrices pour la mise en œuvre d’ »Amoris lætitia » qui n’ont évidemment pas plu à Farrell.

La cible de cette attaque n’est pas un inconnu. Il s’agit de Charles J. Chaput, l’archevêque de Philadelphie, ville qui a accueilli en 2015 la Rencontre mondiale des familles à laquelle le pape François a été présent (voir photo).

Chaput est capucin et il est le premier évêque des États-Unis à être né dans une tribu d’Amérindiens. La pastorale familiale est l’un des domaines dans lesquels il a des compétences reconnues. Il a participé au synode consacré à la famille et, à la fin de la seconde et dernière session de ce synode, il a été élu, avec un très grand nombre de voix, comme l’un des douze membres du conseil de cardinaux et d’évêques qui sert de pont entre un synode et le suivant.

D’après Farrell, il a toutefois le défaut d’avoir donné aux prêtres et aux fidèles de son diocèse des lignes directrices « fermées » et non pas « ouvertes » comme le veut le pape François.

« Je ne suis pas d’accord avec l’orientation de ce que l’archevêque Chaput a fait », a déclaré celui qui, au Vatican, est le nouveau préfet de la pastorale de la famille. « L’Église ne peut pas réagir en fermant les portes avant même d’avoir pris connaissance des situations et des personnes. Ce n’est pas de cette façon que l’on agit ».

Chaput a réagi à cette attaque incroyable par une contre-interview lapidaire qu’il a accordée à « Catholic News Service » et qui est reproduite dans son intégralité, en italien et en anglais, dans ce post sur « Settimo Cielo » :

> Il papa tace, ma il neocardinale suo amico parla e accusa. Non c’è pace su « Amoris laetitia »

Toutefois il est plus intéressant de vérifier de près ce qui donne lieu à cette polémique, c’est-à-dire les lignes directrices offertes par Chaput à son diocèse de Philadelphie.

Elles sont reproduites intégralement ci-dessous. Et elles sont claires, elles, sans l’ombre d’un doute.

__________

Lignes directrices pastorales pour la mise en œuvre d’ »Amoris Lætitia »

Archidiocèse de Philadelphie, le 1er juillet 2016

L’exhortation apostolique « Amoris Lætitia » complète la réflexion sur la famille effectuée par les synodes de 2014 et 2015, une réflexion qui concerne le monde entier.

En publiant « Amoris Lætitia », le pape François appelle une fois de plus l’Église à renouveler et à intensifier la proclamation missionnaire, par le christianisme, de la miséricorde de Dieu, tout en présentant de manière plus convaincante l’enseignement de l’Église relatif à la nature de la famille et du sacrement du Mariage. « Amoris Lætitia » comporte des parties d’une beauté et d’une utilité exceptionnelles à propos de la nature de la vie de famille et de l’amour conjugal. Au cours de l’année prochaine (2016-17), elles constitueront une ressource essentielle in pour la révision et l’amélioration des programmes de préparation au mariage de notre diocèse de Philadelphie.

À travers tout cela le Saint-Père, en union avec l’Église tout entière, espère renforcer les familles existantes et atteindre celles dans lesquelles le mariage a abouti à un échec, y compris celles qui sont éloignées de la vie de l’Église.

Par conséquent « Amoris Lætitia » demande que l’on accompagne avec délicatesse les personnes ayant une connaissance imparfaite de l’enseignement du christianisme en matière de mariage et de vie familiale, qui peuvent ne pas vivre en accord avec la foi catholique tout en désirant être davantage intégrées dans la vie de l’Église, y compris par les sacrements de la Pénitence et de l’Eucharistie.

Ce qu’affirme le Saint-Père est fondé sur la conception catholique classique, clé de la théologie morale, de la relation qui existe entre d’une part la vérité objective concernant le bien et le mal – par exemple la vérité en matière de mariage qui a été révélée par Jésus lui-même – et d’autre part la manière dont chaque individu perçoit cette vérité et l’applique à des situations spécifiques en fonction du jugement de sa conscience. Ce qu’enseigne le catholicisme fait comprendre que la conscience subjective de chaque individu ne peut jamais être opposée à la vérité morale objective, comme si la conscience et la vérité étaient deux principes en concurrence lorsqu’il s’agit de prendre une décision morale.

Comme l’a écrit saint Jean-Paul II, avec cette manière de voir “on se trouve devant une mise en question de l’identité même de la conscience morale face à la liberté de l’homme et à la Loi de Dieu… La conscience n’est donc pas une source autonome et exclusive pour décider ce qui est bon et ce qui est mauvais” (Veritatis Splendor 56, 60). En fait, “la conscience applique la loi au cas particulier” (Veritatis Splendor 59). La conscience est en-dessous de la loi morale objective et doit être formée par celle-ci, de telle sorte que “La vérité sur le bien moral, énoncée par la loi de la raison, est reconnue de manière pratique et concrète par le jugement de la conscience” (Veritatis Splendor 61).

Toutefois, étant donné que des personnes bien intentionnées peuvent se tromper à propos de problèmes de conscience, en particulier dans le contexte d’une culture qui est déjà en pleine confusion quant aux questions complexes que sont le mariage et la sexualité, une personne qui agit contre la vérité peut ne pas être complètement coupable. Le clergé doit se comporter avec miséricorde et adopter une attitude pastorale pleine de délicatesse dans toutes les situations de ce genre – une attitude à la fois patiente et toujours confiante dans la vérité salvatrice de l’Évangile et dans la capacité transformatrice de la grâce de Dieu, ayant foi en la parole de Jésus-Christ, qui promet que “vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres (Jn 8, 32)”. Les pasteurs doivent s’efforcer d’éviter à la fois le subjectivisme qui fait comme si la vérité n’existait pas et le rigorisme qui manque de miséricorde.

Comme c’est le cas pour tous les documents magistériels, on comprend mieux « Amoris Lætitia » quand on en fait une lecture conforme à la tradition de l’enseignement et de la vie de l’Église. En fait le Saint-Père lui-même déclare clairement que ni l’enseignement de l’Église ni la discipline canonique concernant le mariage n’ont changé : “on peut comprendre qu’on ne devait pas attendre du Synode ou de cette Exhortation une nouvelle législation générale du genre canonique, applicable à tous les cas” [« Amoris Lætitia » 300] – ce que le cardinal Schönborn a réaffirmé lors de la présentation du document au Vatican. Par conséquent l’Exhortation du Saint-Père doit être lue dans la continuité du grand trésor de sagesse qui nous a été transmis par les pères et les docteurs de l’Église, du témoignage donné par les vies des Saints, des enseignements des conciles et des précédents documents magistériels.

Comme l’indique « Amoris Lætitia », les évêques doivent, au moyen de lignes directrices reflétant fidèlement la foi catholique, assurer l’accompagnement des personnes qui se sont séparées et qui souffrent [« Amoris Lætitia » 300]. Le texte ci-dessous donne les lignes directrices pour notre diocèse et il est destiné aux prêtres et aux diacres, aux séminaristes et aux laïcs qui travaillent dans les domaines du mariage, du ministère sacramentel et de la pastorale relative aux questions de sexualité humaine. Ces lignes directrices prennent effet à compter du 1er juillet 2016.

Pour les couples mariés catholiques

Le mariage chrétien est, par nature, permanent, monogame et ouvert à la vie. L’expression sexuelle de l’amour dans le cadre d’un mariage véritablement chrétien est bénie par Dieu : c’est un puissant lien de beauté et de joie entre un homme et une femme. Jésus lui-même a élevé le mariage à une nouvelle dignité. Le mariage valide de deux personnes baptisées est un sacrement qui leur confère la grâce, avec la possibilité pour le couple d’approfondir sa vie dans le Christ, en particulier grâce au privilège, qu’ils partagent, de faire naître de nouvelles vies dans le monde et d’élever des enfants dans la connaissance de Dieu.

Le mariage et l’éducation des enfants sont pour les époux la source de grandes joies. Ils vivent des moments (tels que la naissance d’un enfant) où la présence de Dieu est palpable. Toutefois une vie partagée dans l’intimité peut également être une cause de stress et de souffrance. La fidélité conjugale est une rencontre permanente avec la réalité. Elle implique donc des sacrifices réels et la discipline qui consiste à subordonner ses propres besoins à ceux d’autrui. « Amoris Lætitia » rappelle au mari et à sa femme que “toute la vie en commun des époux, tout le réseau des relations qu’ils tissent entre eux, avec leurs enfants et avec le monde, tout cela est imprégné et fortifié par la grâce du sacrement” [« Amoris Lætitia » 74]. Tout programme pastoral ayant pour but de soutenir les couples mariés devrait comporter une instruction relative à la grâce sacramentelle dont ils peuvent bénéficier, notamment à la manière dont ils peuvent “puiser” davantage à cette source de grâce, de telle sorte qu’ils ressentent le pouvoir qu’ont les sacrements de fortifier leur relation, non pas comme une simple idée mais comme une réalité ayant un impact sur leur vie quotidienne d’époux.

En lien étroit avec ce que l’on vient de dire, les pasteurs doivent insister sur l’importance de la prière en commun et de la lecture de la Sainte Écriture à la maison, les époux profitant de la grâce qui leur est offerte par la réception fréquente des sacrements de Pénitence et de Communion, et sur la nécessité de créer un soutien réciproque avec des amis catholiques engagés et avec la famille. Toute famille est une “église domestique,” mais aucune famille chrétienne ne peut survivre indéfiniment sans les encouragements d’autres familles croyantes. En particulier la communauté chrétienne doit trouver des manières d’aborder et d’aider des familles qui sont frappées par la maladie, par des problèmes financiers ou par une mésentente conjugale.

Pour les catholiques et les chrétiens qui sont séparés ou divorcés et pas remariés

Les pasteurs rencontrent souvent des personnes dont le mariage est confronté à de graves difficultés, dans certains cas pour des raisons qui ne paraissent pas méritées et dans d’autres cas par la faute de l’un des époux ou des deux. Le fait d’être séparé ou divorcé, et donc de se retrouver seul, peut comporter une grande souffrance. Cela peut signifier que l’on est séparé de ses enfants, que l’on a une vie sans intimité conjugale et, pour certaines personnes, que l’on n’aura jamais d’enfants. À ces personnes les pasteurs doivent offrir de l’amitié, de la compréhension, leur présenter des laïcs de confiance et qui peuvent leur apporter une aide pratique, de manière à ce qu’elles puissent maintenir leur fidélité malgré la pression à laquelle elles sont soumises.

De même les paroisses doivent se préoccuper sérieusement du bien spirituel de ceux qui sont séparés ou divorcés depuis longtemps. Certaines personnes, étant conscientes qu’un lien matrimonial valide est indissoluble, excluent consciemment toute nouvelle union et se consacrent à l’accomplissement de leurs devoirs envers leur famille et en tant que chrétiens. Aucun obstacle ne s’oppose à ce qu’elles reçoivent la communion et les autres sacrements. En vérité, elles devraient recevoir les sacrements régulièrement et elles méritent le soutien chaleureux de la communauté chrétienne, puisqu’elles font preuve d’une extraordinaire fidélité à Jésus-Christ. Dieu leur est fidèle alors même que leur conjoint ne l’est pas, une vérité que leurs frères catholiques devraient renforcer.

Dans certains cas, on peut raisonnablement se demander si le premier lien matrimonial était valide et par conséquent si les bases d’un jugement de nullité (une “annulation”) existent. De nos jours, de telles bases ne sont pas rares. Dans ce genre de situations, les gens devraient être fortement encouragés à rechercher l’aide d’un tribunal ecclésiastique compétent en matière de mariage. L’enquête menée dans ces cas-là doit toujours être guidée par la réalité de la situation : Un mariage valide a-t-il existé ? Un jugement de nullité n’est pas un remède automatique ou un droit. Ces jugements ne peuvent pas être rendus de manière informelle ou privée par des pasteurs ou des prêtres agissant individuellement. Parce que le mariage est une réalité publique et parce qu’une décision à propos de la validité d’un mariage affecte la vie, les droits et les devoirs de toutes les personnes concernées, il doit y avoir une procédure canonique et une décision prise par l’autorité compétente selon le droit canonique. De telles questions supposent que les gens qui mènent l’enquête soient à la fois compatissants et désireux de trouver la vérité. Ils doivent étudier ces questions de manière appropriée, en respectant les droits de toutes les personnes concernées et en s’assurant que celles-ci ont toutes accès à la procédure d’annulation.

Pour les catholiques et les chrétiens qui sont divorcés et remariés civilement

« Amoris Lætitia » manifeste une préoccupation particulière à propos des catholiques divorcés qui sont remariés civilement. Dans certains cas, il est possible qu’il n’y ait jamais eu de premier lien matrimonial valide. Une enquête canonique menée par un tribunal ecclésiastique à propos du premier mariage peut être opportune. Dans d’autres cas, le premier lien matrimonial de l’une des personnes remariées civilement, ou celui des deux, peut être valide. Cela empêcherait toute tentative de contracter un nouveau mariage. Si ces personnes ont des enfants de leur premier mariage, elles ont un important devoir d’élever ceux-ci et de prendre soin d’eux.

Les divorcés remariés doivent être bien accueillis par la communauté catholique. Les pasteurs doivent s’assurer qu’ils ne se considèrent pas comme étant “en dehors” de l’Église. Au contraire, en tant que baptisés, ils peuvent (et doivent) prendre part à sa vie. Ils sont invités à assister à la messe, à prier, et à participer aux activités de la paroisse. Leurs enfants – qu’ils soient issus de leur mariage ou de leur relation actuelle – font partie intégrante de la vie de la communauté catholique et ils doivent être élevés dans la foi. Il faut que ces couples ressentent, de la part de leurs pasteurs et de toute la communauté, l’amour qu’ils méritent en tant que personnes créées à l’image de Dieu et qui sont elles aussi des chrétiens.

En même temps, comme l’indique « Amoris Lætitia », les prêtres doivent “accompagner [les divorcés remariés] sur la voie du discernement selon l’enseignement de l’Église et les orientations de l’évêque. Dans ce processus, il sera utile de faire un examen de conscience, grâce à des moments de réflexion et de repentir. Les divorcés remariés devraient se demander comment ils se sont comportés envers leurs enfants quand l’union conjugale est entrée en crise  ; s’il y a eu des tentatives de réconciliation  ; quelle est la situation du partenaire abandonné  ; quelles conséquences a la nouvelle relation sur le reste de la famille et sur la communauté des fidèles  ; quel exemple elle offre aux jeunes qui doivent se préparer au mariage” [« Amoris Lætitia » 300]. « Amoris Lætitia » continue : “Il s’agit d’un itinéraire d’accompagnement et de discernement qui «oriente ces fidèles à la prise de conscience de leur situation devant Dieu… Ce discernement ne pourra jamais s’exonérer des exigences de vérité et de charité de l’Évangile proposées par l’Église” [« Amoris Lætitia » 300].

À la lumière de ce que l’on vient de lire, les prêtres doivent aider les divorcés remariés civilement à former leur conscience conformément à la vérité. Il s’agit là d’une véritable œuvre de miséricorde. Elle doit être entreprise avec patience, compassion, et avec un authentique souci du bien de toutes les personnes concernées, elle doit être attentive aux blessures de chaque personne et conduire chacun vers le Seigneur. Son objectif n’est pas une condamnation, mais le contraire : une réconciliation complète de la personne avec Dieu et avec son prochain et un retour à la plénitude de la communion visible avec Jésus-Christ et avec l’Église.

En fait, les pasteurs doivent toujours transmettre fidèlement l’enseignement de l’Église à tout le monde – y compris aux divorcés remariés – que ce soit au confessionnal ou publiquement. Ils doivent le faire avec beaucoup de confiance dans la puissance de la grâce divine, en sachant que, lorsqu’elle est exprimée avec amour, la vérité guérit, construit et libère (cf. Jn 8, 32).

Les divorcés remariés civilement peuvent-ils recevoir les sacrements ? D’une manière générale, les baptisés membres de l’Église sont, en principe, toujours invités aux sacrements. Les portes du confessionnal sont toujours ouvertes à ceux qui se repentent et qui ont le cœur contrit. Qu’en est-il de la communion? Tout catholique, et pas seulement les divorcés remariés, doit, avant de recevoir l’Eucharistie, confesser sacramentellement tous les péchés graves dont il ou elle a conscience et prendre la ferme résolution de changer. Dans certains cas, la responsabilité subjective de la personne pour une action passée peut être diminuée. Toutefois la personne doit tout de même se repentir et renoncer à son péché, avec une ferme volonté de se corriger.

En ce qui concerne les personnes divorcées et remariées civilement, l’enseignement de l’Église demande qu’elles s’abstiennent de l’intimité sexuelle. Ce principe s’applique même dans le cas où elles sont obligées (à cause de l’éducation de leurs enfants) de continuer à vivre sous le même toit. Vivre comme frère et sœur est nécessaire pour que les divorcés remariés civilement puissent parvenir à la réconciliation dans le sacrement de Pénitence, ce qui pourrait leur ouvrir la voie à l’Eucharistie. Les personnes qui se trouvent dans cette situation sont encouragées à s’approcher régulièrement du sacrement de Pénitence et à avoir recours à la grande miséricorde de Dieu dans ce sacrement si elles ne respectent pas l’obligation de chasteté.

Même si, pour le bien de leurs enfants, ces personnes vivent sous le même toit dans une chaste continence et si elles ont reçu l’absolution (ce qui fait qu’elles sont sans péché personnel), un fait regrettable perdure  : objectivement parlant, la situation publique et le mode de vie qui sont les leurs dans leur nouvelle relation sont contraires à l’enseignement du Christ contre le divorce. Par conséquent, pour parler concrètement, lorsque les pasteurs donnent la communion à des personnes divorcées et remariées qui s’efforcent de vivre dans la chasteté, ils devraient le faire de manière à éviter de faire du scandale ou de donner à penser que l’enseignement du Christ peut être laissé de côté. Il y a également d’autres contextes dans lesquels il faut éviter de donner involontairement l’impression d’une acceptation du divorce et du remariage civil ; c’est ainsi que les personnes divorcées et remariées civilement ne doivent pas exercer de fonctions à responsabilités dans une paroisse (par exemple au sein d’un conseil paroissial) et qu’elles ne doivent pas non plus exercer de ministères ou de fonctions liturgiques (par exemple lecteur, ministre extraordinaire de la sainte communion).

Cet enseignement paraîtra dur à beaucoup de gens, mais être moins explicite serait induire les gens en erreur quant à la nature de l’Eucharistie et de l’Église. La grâce de Jésus-Christ est davantage qu’un cliché pieux ; c’est une vraie et puissante semence de changement dans le cœur des croyants. La vie de beaucoup de saints témoigne que la grâce peut toucher de grands pécheurs et, par sa capacité de renouvellement intérieur, leur fait retrouver une vie de sainteté. Les pasteurs et tous ceux qui travaillent au service de l’Église doivent sans cesse favoriser l’espérance en ce mystère de salut.

Pour les couples qui cohabitent sans être mariés

La cohabitation de couples qui ne sont pas mariées est de nos jours un phénomène fréquent, qui est souvent provoqué par la commodité de ce mode de vie, par la crainte de s’engager de manière définitive, ou par un désir d’“essayer” des relations. Certains couples retardent leur mariage jusqu’au moment où ils ont les moyens de se permettre une cérémonie raffinée. Beaucoup d’enfants naissent de ces unions irrégulières. Les couples qui cohabitant et qui pratiquent la contraception s’engagent souvent dans le RCIA (Rite of Christian Initiation of Adults), ou bien ils cherchent à revenir à la foi catholique, et ils ne sont que faiblement conscients des problèmes créés par leur situation.

Lorsqu’ils travaillent avec de tels couples, les pasteurs doivent examiner deux questions. Premièrement : est-ce que cet homme et cette femme ont eu des enfants ensemble ? La justice fait une obligation aux parents de prendre soin de leurs enfants. Et les enfants ont un droit naturel d’être élevés par leurs deux parents. Les pasteurs doivent essayer, dans la mesure du possible et quand un engagement permanent dans le mariage est viable, de fortifier les relations existantes dans les cas où un couple a déjà eu des enfants de sa relation. Deuxièmement : est-ce que le couple a la maturité nécessaire pour transformer sa relation en un mariage destiné à durer ? Il arrive souvent que des couples qui cohabitent n’acceptent pas de prendre un engagement définitif parce que l’un des deux ou les deux manquent sérieusement de maturité ou que d’autres obstacles significatifs les empêchent de s’engager dans une union valide. Ici, la prudence joue un rôle essentiel. Lorsque l’une ou l’autre des deux personnes n’est pas capable de contracter un mariage, ou qu’elle ne le veut pas, le pasteur doit les inciter à se séparer.

Dans les cas où le couple est dispose à se marier, il doit être encouragé à pratiquer la chasteté jusqu’au moment où le mariage sacramentel aura eu lieu. Le couple va trouver que c’est difficile, mais là encore, avec l’aide de la grâce, la maîtrise de soi est possible – et cette abstention de l’intimité physique est un puissant élément de préparation spirituelle à une vie commune de longue durée. (Bien évidemment, ces personnes doivent également être guidées pour parvenir à une prise de conscience de leur situation devant Dieu, de manière à ce qu’elles puissent faire une bonne confession avant leur mariage et commencer ainsi leur vie d’époux en étant heureux dans le Seigneur).

Les couples qui n’ont pas d’enfants doivent se préparer au mariage en vivant séparés pendant une période donnée. Dans le cas où un couple qui cohabite a déjà des enfants, le bien de ces jeunes peut rendre nécessaire que le couple continue à vivre ensemble, mais alors ce sera dans la chasteté.

Pour les personnes qui sont attirées par les personnes du même sexe

Le même appel à la chasteté et à une vie de sainteté est adressé également à toutes les personnes, qu’elles soient attirées par les gens du même sexe ou par ceux du sexe opposé. La pastorale des personnes attirées par les gens du même sexe doit être guidée par le même amour et le même respect que l’Église cherche à offrir à tout le monde. Les ministres de l’Église doivent affirmer clairement à ces personnes qu’elles sont aimées par Dieu, que Jésus désire qu’elles reçoivent un héritage en tant que fils et filles adoptifs du Père, et que, comme pour tous les chrétiens, c’est possible au moyen du don de la grâce.

Ceux qui travaillent dans le ministère pastoral rencontrent souvent des personnes qui vivent diverses formes d’attirance pour les gens du même sexe. Beaucoup de ces personnes ont découvert qu’il est possible de réaliser une vocation de mariage chrétien et d’avoir des enfants, tout en éprouvant une certaine attirance envers les gens du même sexe. D’autres ont trouvé que c’était difficile. Parce que contracter un mariage chrétien et avoir des enfants est un grand bien, ceux qui se sentent incapables d’un tel choix peuvent éprouver un sentiment de perte ou de solitude. Et, de même que ceux qui sont attirés par le sexe opposé, certains peuvent trouver la chasteté très difficile à pratiquer. La pastorale de ces personnes ne doit jamais perdre de vue qu’elles sont appelées à la sainteté et à l’union avec Jésus-Christ, et que la puissance de la grâce de Dieu peut faire que ce soit une vraie possibilité pour leur vie.

La foi catholique, enracinée dans la Sainte Écriture, réserve toutes les manifestations de l’intimité sexuelle à un homme et à une femme unis l’un à l’autre dans un mariage valide. Nous considérons que cet enseignement est vrai et qu’il ne peut pas être modifié, parce qu’il est lié à notre nature et à notre but en tant qu’enfants d’un Dieu aimant qui désire notre bonheur. Par conséquent les personnes chez qui l’attirance pour le même sexe est prédominante sont appelées à vivre dans la chasteté pour le royaume de Dieu. Dans cet effort qui leur est demandé, elles ont besoin de soutien, d’amitié, et de compréhension si elles échouent. Il faut leur conseiller, comme à tout le monde, d’avoir fréquemment recours au sacrement de Pénitence, dans lequel ils doivent être traités avec délicatesse et compassion. En fait, un assez grand nombre de ces personnes ont, avec l’aide de la grâce et des sacrements, des vies chrétiennes exemplaires et même héroïques.

La situation pastorale des couples de même sexe

Lorsque deux personnes du même sexe se présentent ouvertement en tant que couple du même sexe dans une paroisse (y compris celles qui auraient contracté civilement une union de personnes du même sexe), les pasteurs doivent juger avec prudence quelle est la meilleure manière de réagir à cette situation, à la fois en vue du véritable bien spirituel des personnes concernées et en vue du bien commun de la communauté des croyants. Il est important de se rappeler que certains couples de personnes du même sexe vivent ensemble dans une chaste amitié et sans intimité sexuelle, et beaucoup de pasteurs ont été amenés à conseiller de tels couples. L’Église fait bon accueil à tous les hommes et à toutes les femmes qui cherchent honnêtement à rencontrer le Seigneur, quelle que soit leur situation. Mais deux personnes de même sexe qui vivent publiquement une relation active, aussi sincère soit-elle, offrent un grave contre-témoignage de la foi catholique, qui ne peut avoir comme résultat que de la confusion morale dans la communauté. Une telle relation ne peut pas être acceptée dans la vie de la paroisse sans porter atteinte à la foi de la communauté, en particulier à celle des enfants.

Enfin les personnes de même sexe qui vivent ouvertement en couple ne doivent pas occuper de postes à responsabilité dans une paroisse, de même qu’elles ne doivent exercer aucun ministère ou fonction liturgique.

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On constatera sans difficulté que les lignes directrices du diocèse de Philadelphie ressemblent à celles qui ont été données par le cardinal Ennio Antonelli aux prêtres du diocèse de Florence et qui ont également été reproduites, au mois d’octobre dernier, sur http://www.chiesa :

> À Rome oui, à Florence non. Voici comment « Amoris lætitia » divise l’Église

Le cardinal Antonelli a été archevêque de Florence entre 2001 et 2008 et ensuite, pendant quatre ans, il a été préfet du conseil pontifical pour la famille. Il a été remplacé à ce dernier poste, en 2012, par Mgr Vincenzo Paglia et enfin, cette année, par Mgr Farrell, récemment créé cardinal, qui a pris la tête du nouveau dicastère dont les attributions ont été augmentées.

On lui reconnaît, à lui aussi, une compétence indiscutable en la matière. Malgré cela, le pape François ne l’a pas appelé à participer au double synode consacré à la famille.

Trois mois après la publication d’ »Amoris lætitia » Antonelli a lui aussi déclaré qu’il était « dans l’attente d’indications faisant autorité, qui seraient souhaitables » de la part du pape, afin que soient éclaircis les points obscurs de l’exhortation. Par conséquent sa déclaration a été faite avant que n’apparaissent à découvert les quatre cardinaux et leurs cinq « doutes ».

Cependant, une fois encore, ce n’est que par le silence que le pape François a répondu à l’attente d’Antonelli. De même qu’aux attentes de très nombreux cardinaux et évêques, qui lui ont adressé – et ils continuent à le faire – de manière confidentielle de semblables appels, parce qu’ils sont de plus en plus préoccupés par la confusion qui atteint l’Église tout entière, dans la foi comme dans les œuvres.

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Traduction française par Antoine de Guitaut, Paris, France.

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Pour d’autres informations et commentaires, voir le blog que tient Sandro Magister, uniquement en italien:

> SETTIMO CIELO

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Il papa tace, ma il neocardinale suo amico parla e accusa. Non c’è pace su « Amoris laetitia »

« Sodalitium Franciscanum », aspiranti spie a cattivo servizio. Con un Post Scriptum

Nuovo terremoto in Vaticano? No. Solo una scossa d’assestamento

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23.11.2016
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