L’illustré:Pourquoi je suis fan de Donald Trump et comment il va changer le monde par Robert Habel-« Tout ce qui est excessif est insugnifiant »-Talleyrand

Le jour où Donald Trump a annoncé sa candidature à la présidence des Etats-Unis, le 15 juin 2015, j’ai tout de suite vibré. Je suivais son parcours de loin en loin, depuis plus de trente ans, et je trouvais qu’il avait cette excentricité et cette audace, cette imagination et cette intelligence pratique qui sont les vraies valeurs de l’Amérique. Il avait surtout ce don de la création, de l’action, de la conquête. J’avais visité la TrumpTower peu après son inauguration, en 1983, parmi des centaines d’Américains émerveillés. C’était l’événement à New York: l’invention d’un gratte-ciel au style unique, éblouissant, flamboyant! J’avais retrouvé Donald Trump quelques années plus tard, en 1987, à l’aéroport de Singapour, dans un livre qu’il venait de publier, The Art of the Deal. Il racontait sa vie à sa manière, en professant d’une part un respect très convenu pour les valeurs américaines (la famille, l’éducation des enfants, le travail, l’engagement social…) et en revendiquant d’autre part une liberté absolue pour ses projets et ses rêves d’entrepreneur. La Trump Tower l’avait lancé, mais il ne comptait pas en rester là!
Quand Donald Trump a annoncé sa candidature à la Maison Blanche, le 15 juin 2015, je me suis dit qu’il n’avait aucune chance, mais je me suis dit aussi qu’on ne savait jamais. L’Amérique, après tout, est le pays des feux de prairie, comme le disait le président Ronald Reagan, cet acteur de séries B, cet extrémiste de droite, ce danger pour la paix qui ne devait pas être élu, mais qui l’avait été et qui avait changé le monde.
Le 15 juin 2015, j’ai retrouvé avec plaisir le décor de la Trump Tower, où Donald Trump avait tenu sa conférence de presse. J’ai jeté un coup d’œil à son programme qui avait déjà ce premier mérite de ne pas être un programme: quelques idées en vrac, des intuitions, des agacements, des envies. Pas d’éléments de langage, pas de chiffres, pas de plan, pas de graphiques, mais une formidable liberté de ton et un mépris viscéral pour le politiquement correct. J’ai repensé à l’écrivain français Jacques Laurent qui, dans les années 70, parlait du marxisme (et de la vulgate marxiste) comme d’une «maladie de l’intelligence», une maladie qui frappait d’abord, très logiquement, les gens les plus intelligents: les journalistes du Monde, en France, et ceux du New York Times et du Washington Post, aux Etats-Unis; les universitaires; les professeurs, et tous ceux que Pascal appelait les «demi-habiles». Et je me suis dit, surtout, que Donald Trumppensait juste, comme Ronald Reagan à la fin des années 70. Elu président en novembre 1980, Ronald Reagan était la bête noire de l’establishment américain (et du monde entier): il annonçait la révolution conservatrice et dénonçait frontalement «l’empire du mal», l’Union soviétique, qui faisait encore si peur mais qui allait s’effondrer dix ans plus tard.
Depuis l’annonce de sa candidature, le 15 juin 2015, jusqu’au jour de sa victoire, le 8 novembre 2016, Donald Trump n’a pas seulement répondu, jour après jour, avec un vrai plaisir de la contre-attaque brutale et flamboyante, aux accusations de sexisme, racisme, xénophobie, islamophobie, que tout l’establishment américain répétait contre lui avec une belle ardeur de petits commissaires politiques et une non moins belle application de chiens de Pavlov.

Une nouvelle vision pour l’Amérique

Donald Trump a surtout expliqué, pendant un an et demi, sa vision de l’Amérique et sa vision de l’Amérique dans le monde. Tandis que Hillary Clinton faisait ses dévotions rituelles aux droits de l’homme et au LGBT, à la lutte contre le réchauffement climatique et au multiculturalisme, il a imaginé une nouvelle politique, plus intelligente, plus réaliste, résolument égoïste aussi, pour résoudre les maux qui ravagent son pays et pour le faire rayonner de nouveau à l’extérieur.
L’homme qui a été élu à la présidence américaine le 8 novembre est désormais en situation d’agir. Il sera jugé sur ses actes, bien sûr, comme Ronald Reagan avant lui. Donald Trump a une passion et une véritable envie pour l’Amérique, il a une ardeur, un sens du jugement, des intuitions, un goût du contact, une sincérité évidente. Il a gardé aussi son tempérament de promoteur: c’est un battant, un combattant, un winner, et il est toujours dans sa logique de businessman, dans cet art of the deal qui consiste à discuter, à négocier, à marchander, à chercher des solutions. Il va devoir composer avec tous les contre-pouvoirs de la démocratie américaine qui font que le président des Etats-Unis, dans la réalité des faits, n’est presque jamais l’homme le plus puissant du monde. Mais il commence au moins son mandat avec «des idées justes», comme disait encore Jacques Laurent, et c’est pourquoi il va changer le monde et le rendre plus sûr, plus juste, plus beau, plus tolérant, plus prospère.
La nation comme réalité et comme rempart
La première idée-force de Donald Trump, c’est la réalité de la nation. La nation, c’est la réalité des intérêts américains, la réalité des intérêts des 320 millions d’Américains, la réalité de leurs vies, de leurs attentes et de leurs espoirs. Donald Trump est sorti de sa Trump Tower et il a découvert des zones dévastées, des villes à l’abandon, des êtres humains abandonnés, le chômage massif, un désespoir qui rappelle parfois la grande dépression des années 30. Il a fait fortune dans une économie ouverte mais, en voyant les résultats de l’hyperlibéralisme, il s’inscrit en rupture par rapport à la religion du libre-échangisme absolu et contre cette prétendue «mondialisation heureuse», l’indépassable credo de l’establishment américain popularisé en France par l’essayiste Alain Minc, qui ne profite en fait qu’aux grands groupes mondialisés. Il connaît la musique et il est persuadé qu’au-delà de tous les accords commerciaux internationaux qui organisent les échanges et limitent la souveraineté des Etats, il y a encore une marge de manœuvre. Que pourra-t-il faire concrètement? Il pourra faire beaucoup et même énormément, en commençant par donner le coup de grâce à ces projets de traités internationaux de libre-échange qui représentent autant de menaces mortelles pour la souveraineté et la prospérité des peuples. Tout sera sur la table, bien sûr, d’une négociation à l’autre: les échanges avec la Chine, avec l’Amérique latine, avec l’Europe, avec le monde entier. Mais le libre-échangisme absolu ne sera plus «l’horizon indépassable», comme disait Sartre du marxisme, d’un gouvernement américain qui ne sera plus forcément à l’écoute des intérêts, par exemple, de Goldman Sachs, la célèbre banque d’affaires qui invitait Hillary Clinton à faire des conférences grassement payées. L’existence des nations constitue évidemment un frein aux agissements et aux profits des multinationales, mais elle représente aussi le seul cadre qui assure la protection de ces classes populaires que la gauche a totalement abandonnées, prisonnière de son internationalisme historique devenu un internationalisme néolibéral. Ces classes populaires qui ont voté massivement pour Donald Trump!
Vigilant et méfiant face à la concurrence étrangère, le nouveau président américain est aussi confiant dans les forces propres et les talents des citoyens américains. Il croit que l’Etat est là pour assurer le bien public tout en laissant les gens user à leur gré de l’argent qu’ils auront gagné. D’où sa promesse de baisser fortement les impôts tout en repensant rigoureusement les règles de la compétition internationale pour réindustrialiser l’Amérique.
Pour Donald Trump, qui se méfie de toutes les idées reçues, la nation doit vivre dans une totale liberté de pensée et dans une totale liberté d’expression, telles que les garantissaient d’ailleurs les pères fondateurs. C’est la condition première de son progrès intellectuel, économique et culturel. Le philosophe et écrivain Luc Ferry, ancien ministre français de l’Education nationale, raconte que la conférence qu’il devait faire dans une université américaine à l’occasion du bicentenaire de la Révolution française, en 1989, avait été interdite parce qu’il voulait parler de la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen – une formulation sexiste et attentatoire aux droits des femmes, selon les féministes locales, qui avaient réussi à faire interdire la conférence. Et c’était en 1989…
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Photos: Twitter
Le changement climatique, «une connerie»
Spécialiste des Etats-Unis, l’écrivaine française Evelyne Joslain, raconte, quant à elle, dans un livre engagé, Trump, pour le meilleur et pour le pire (Presses de la Délivrance), deux anecdotes sur le politiquement correct qui étouffe la vie intellectuelle en Amérique. Le changement de genre étant dans l’air du temps, le Ministère de la justice, sous Obama, a envisagé d’infliger une amende de 250 dollars à toute personne qui, intentionnellement ou par mégarde, utiliserait le mauvais prénom, «il» ou «elle» pour parler d’une personne qui a changé de sexe. Autre thème très sensible, le changement climatique que Donald Trump considère comme une «connerie» et qu’il va évidemment reléguer aux oubliettes. Selon Evelyne Joslain, l’actuelle ministre de la Justice, Loretta Lynch, envisageait de criminaliser les climatosceptiques, qu’elle traitait carrément de «négationnistes».
Le nouveau président est un grand réaliste, comme on l’a déjà dit, et il aborde tous les problèmes sans tabou. Y compris la question des relations avec son grand voisin, le Mexique, avec qui il partage une frontière de 3200 kilomètres. Une frontière qui n’est pas hermétique, du moins sur une large partie, et qui laisse passer des flots de migrants illégaux et, beaucoup plus grave, une grande partie de la drogue qui empoisonne les jeunes Américains. Donald Trump a promis d’expulser des millions (le chiffre varie de six à onze) d’immigrants illégaux installés aux Etats-Unis, ce qu’il ne fera évidemment pas, mais il a aussi promis de construire un mur de 1600 kilomètres, d’un coût de 5 ou 6 milliards de dollars qu’il veut faire payer par le Mexique, ce qu’il fera sans doute en partie. Régis Debray a consacré plusieurs livres au thème de la frontière, cette réalité venue du fond des âges qui unit les peuples autant qu’elle les sépare et qui ne les sépare, en fait, que pour mieux les unir de manière stable et organisée.
Le mur promis par Donald Trump fait figure d’abomination morale pour l’establishment américain, mais il serait en réalité une chance immense pour le Mexique, même si les dirigeants mexicains jouent forcément, depuis des mois, la comédie convenue de l’indignation et des hauts cris. Car un mur, ce serait la seule façon d’aider le Mexique à tarir le trafic de drogue et à lutter efficacement contre les cartels de la drogue, ces organisations monstrueuses et toutes-puissantes qui ont mis le pays sous leur coupe.
Mais les Etats-Unis, bien sûr, c’est beaucoup plus que les Etats-Unis. C’est l’empire américain, le gendarme du monde, le cœur du capitalisme! J’avais été très frappé, après le 15 juin 2015, en voyant que le candidat Donald Trump voulait rompre avec la politique belliciste de George Bush et des néoconservateurs. Il dénonçait l’agression américaine en Irak, en 2003, dûment approuvée par la sénatrice de New York, Hillary Clinton, qui avait voté pour, comme le gros du troupeau, et il plaidait au contraire pour une forme d’isolationnisme. Le nouveau président veut repenser, aujourd’hui, le rôle de son pays dans le monde. Il veut le rendre plus modeste, moins belliqueux, plus respectueux de la souveraineté des autres nations. «America first», son mot d’ordre, aurait dû normalement enchanter les pays européens qui ont passé leur temps, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, à se plaindre de l’impérialisme américain. Mais voilà au contraire que les Européens n’en finissent plus de gémir, depuis le 8 novembre, car leur tuteur et protecteur américain parle de prendre ses distances… Et les voilà qui s’empressent de faire des clins d’œil à leurs amis néoconservateurs à Washington, eux qui rêvent encore d’une nouvelle guerre froide avec la Russie et qui ne cessent de vilipender, avec une espèce d’obsession acariâtre et absurde, le président russe Vladimir Poutine. Géorgie, Ukraine, Crimée, Syrie… Si l’affrontement n’est encore nulle part, il est d’ores et déjà un peu partout, au point que l’ancien chancelier allemand Helmut Schmidt, ce vieux sage de plus de 90 ans, décédé depuis lors, avait mis en garde, en été 2013, lors de la crise ukrainienne, contre le risque d’une nouvelle guerre mondiale.
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Photos: Win McNamee/Getty Images, Dukas

Faire (enfin) la paix en Syrie

L’élection de Donald Trump, sur ce point, constitue un énorme soulagement, en même temps qu’un véritable espoir de paix. Surfant sur la vague du printemps arabe, en mars 2011, Barack Obama avait donné la priorité absolue à un objectif stratégique supérieur: casser l’axe chiite qui va de Téhéran au Hezbollah libanais en passant par l’Irak et la Syrie. Soutien diplomatique et politique à la rébellion islamiste en Syrie, livraisons massives d’armes modernes, envoi de conseillers militaires et camps d’entraînement pour les rebelles… Comme le disait alors sa secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, dans un mail révélé par WikiLeaks, il s’agissait de renverser le président Bachar el-Assad pour «aider Israël». Une politique qui n’a abouti, cinq ans plus tard, qu’à un bilan effroyable: la Syrie est détruite, les victimes se comptent par centaines de milliers de morts et de blessés, la contagion islamiste s’est propagée dans les pays voisins et en Europe, y compris à Paris. Tout cela pour aboutir à un échec stratégique majeur pour les Etats-Unis, l’intervention de l’aviation russe, en septembre 2015, ayant sanctuarisé le régime du président Assad. La position de Donald Trumpsur ce dossier aura valeur de test, puisqu’il aura la possibilité de mettre fin à la guerre très rapidement, dès le 20 janvier 2017, en cessant de soutenir les rebelles islamistes qui n’existent que par leurs soutiens extérieurs.
En lieu et place de l’affrontement avec Moscou promis par Hillary Clinton, qui aurait pu dégénérer en guerre nucléaire, c’est un espoir de paix, de dialogue et de coopération qui s’est levé, le 8 novembre dernier. Vladimir Poutine a voulu rétablir chez lui le sens de la nation et de la tradition, et c’est un peu ce que Donald Trump, lui aussi, veut privilégier dans son pays. Le président Donald Trump va se heurter, désormais, à toutes les résistances et à tous les lobbies, comme n’importe quel chef d’Etat, mais il a de la lucidité et du tempérament.
Je parie qu’il va réussir!<

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