Breizh info : Lycée de Paimboeuf (44) : face à une administration laxiste, des élèves excédés demandent de l’autorité

Lycée de Paimboeuf (44) : face à une administration laxiste, des élèves excédés demandent de l’autorité

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02/12/2016 – 06H15 Paimboeuf (Breizh-info.com) –  C’est le monde à l’envers. Le 25 novembre dernier, une centaine d’élèves du lycée professionnel Chassagne de Paimboeuf manifestaient devant leur établissement… pour demander plus d’autorité et des sanctions. Certains élèves perturbent les cours, volent, agressent… et n’ont aucune sanction, le proviseur laissant faire. Un professeur a même été pris à partie par les trublions. Nous avons mené notre enquête.

Devant la manifestation et l’indignation des élèves, la réaction de la chef d’établissement, Gwenn Compte, une finistérienne arrivée en septembre 2015, et qui était jusqu’alors proviseure adjointe au lycée de la Colinière à Nantes, peut étonner. A nos confrères de Ouest-France, elle affirme ainsi « Ça me fait très peur que des élèves demandent ainsi des sanctions à l’encontre d’autres élèves ». Ou encore « Je fais mon travail. Ma conviction est que la réponse aux problèmes se fait par le dialogue et non en coupant des têtes. L’école doit être inclusive et bienveillante ».

Il est vrai que par rapport à ses ambitions, le retour à la réalité du terrain est dur. En septembre 2015 elle déclarait ainsi ses ambitions culturelles : « On bâtit des projets en collaboration avec le Théâtre de Saint-Nazaire, le théâtre Athénor, avec des artistes… Nos élèves ne vont pas vers cela spontanément. Faire d’eux de jeunes citoyens éclairés et responsables, en plus de leur permettre d’avoir leur diplôme, c’est de notre responsabilité. La culture et l’art sont des vecteurs d’ouverture d’esprit. C’est une préoccupation de l’établissement à laquelle j’adhère ». Parmi ces projets, l’un d’eux, monté avec le théâtre de Saint-Nazaire, prévoit de former des jeunes au hip-hop et de les faire monter sur scène, à Paimboeuf puis au Mans.

« L’ouverture d’esprit » et le laxisme ont-ils pris le pas sur la mission éducative ?

Le tout est de savoir si les ambitions culturelles de Gwenn Compte n’ont pas éclipsé les missions premières d’un lycée professionnel, c’est à dire former les jeunes à un métier, et pour cela, maintenir un minimum d’autorité pour que les cours se passent dans de bonnes conditions. « L’ouverture d’esprit dont elle se targue – et qui semble se manifester dans une acceptation béate du désordre, à l’image de l’époque – est aux antipodes de l’éducation, qui se fait dans une relation d’autorité », commente un parent d’élève paimblotin excédé.

« En gros, il y a deux classes qui mettent la zone, et surtout un noyau dur d’une dizaine d’élèves issus de la SEGPA du collège local », commente un autre parent d’élèves. Il complète : « il y a des élèves qui mettent la zone, et on ne fait que leur dire verbalement d’arrêter. Le problème, c’est qu’ils n’en ont rien à cirer de l’autorité, pour parler crûment. Surtout de la part d’un proviseur pour laquelle l’autorité, c’est mal ».

De leur côté les élèves dénoncent des faits précis : les élèves qui « foutent le boxon » ont « fouillé dans le sac d’un enseignant, balancé ses clés ». Ils jettent des objets en classe, perturbent les cours, dégradent des tables et des chaises à la cantine, une imprimante, des toilettes. Et créent une ambiance difficile pour les élèves qui passent leur bac pro à la fin de l’année… et qui sont manifestement lassés. Onze délégués de classe se sont rencontrés la semaine dernière et ont décidé cette manifestation, ainsi que l’écriture d’une lettre à la direction pour demander des sanctions contre les élèves fautifs.

Les problèmes de discipline dans les lycées professionnels ne datent pas d’aujourd’hui. Ils sont même fréquents dans cette filière délaissée par les politiques publiques d’éducation, transformée en voie de garage pour élèves turbulents ou qui ne trouvent pas leur place dans l’institution. « Cela n’a jamais été facile en vingt ans, mais on a toujours su gérer. Là, c’est plus dur. Il existe des sanctions, des conseils de discipline, il nous est arrivé de virer des élèves », commente Jean-Paul Fleury, professeur au L.P Chassagne, qui a pris sa retraite en septembre, et qui trouve que la manifestation de vendredi dernier, « ce n’est pas banal et ce n’est pas non plus des caprices d’élèves ».

Des élèves de quartiers sensibles de Saint-Nazaire transférés à Paimboeuf

Le lycée professionnel de Paimboeuf avait été créé en 1969 comme centre d’apprentissage pour les usines Kuhlmann (devenue ensuite Octel-France) et les chantiers Baudet qui faisaient alors la grandeur de Paimboeuf. « Notre lycée comptait encore 350 élèves au début des années 1990, et avait été prévu pour 400 », explique Jean-Paul Fleury. Le déclin, puis la fermeture quasi-simultanée des deux fleurons paimblotins, qui avait valu à la ville le surnom de « capitale de la poisse », a aussi causé le déclin des effectifs du lycée professionnel. A Paimboeuf, « la belle endormie » au patrimoine XVIIIe siècle aussi pléthorique que laissé à l’abandon, « le lycée professionnel ne compte plus que 180 élèves, dont une soixantaine en internat », complète Jean-Paul Fleury. Il compte cependant une formation en mécanique moto, l’une des seules dans la région, qui attire des élèves venus de très loin.

Pour remonter un peu les effectifs du lycée, des élèves issus de Saint-Nazaire y ont été transférés : les lycées professionnels du premier port de Bretagne sont pleins, tandis qu’à Paimboeuf il y a de la place. Double problème : « certains de ses élèves sont issus de quartiers ‘sensibles’ nazairiens, ils mettent déjà la zone là-bas, ici en plus il n’y a rien à faire, alors ils s’embêtent et fichent le bordel », commente un parent d’élève, qui confirme qu’il « y a des élèves nazairiens – d’origine étrangère notamment – parmi ceux qui empoisonnent la vie du collège . Et il y a aussi des problèmes de drogue qui n’inquiètent pas du tout Mme le proviseur ». Le déclin de la ville a précipité aussi la fermeture des éléments culturels, le département n’a jamais voulu installer un bac pour permettre aux travailleurs du pays de Retz de rejoindre le port et la raffinerie de Donges, juste en face – la RD100 passe au bord de la Loire, face au bourg de Paimboeuf. Celui-ci est un cul de sac où il n’y a pas grand chose à faire le jour et rien la nuit, alors qu’avec sa position et son patrimoine, « ce pourrait être un Trentemoult bis », commente Dominique Golle, chef de file de l’opposition de droite.

Une proviseur contre l’autorité ?

On peut se demander si Mme le proviseur est contre toute autorité. Un fait marquant de son histoire personnelle le suggère. Le 10 octobre 2009, pendant une manifestation de protestation contre le transfert des 118 détenus de la maison d’arrêt (MA) de Poitiers au nouveau centre pénitentiaire (CP) de Vivonne, un black block de 250 casseurs anarchistes et libertaires venus du Grand Ouest se forme et saccage le centre-ville. Parmi les manifestants interpellés par une police en sous-effectif et débordée, figure Jean-Salvy Compte. Il est condamné deux jours plus tard à un mois de prison ferme pour avoir lancé un projectile sur la police.

Sa mère n’est autre que Gwenn Compte. Mais plutôt que d’admonester son fils, qui a enfreint la loi et s’est attaqué à l’autorité, elle le défend, dans un récit dont Centre Presse a publié des extraits. « Au fil des pages, on lit sa détresse. Puis la hargne qui la relève, la colère qui lui confère la force de tenir tête aux policiers lors du procès de son fils », commente l’auteur de l’article, Emmanuel Touron. Gwenn Compte reste habitée par la colère.

Non contre le comportement de son fils, mais parce qu’elle est persuadée de son innocence : « il suffisait d’assister au procès pour comprendre que ce qu’on lui reproche ne repose que sur ses aveux et les témoignages des policiers », écrit-elle. Toute au malheur de son fils – dont il est seul responsable – elle écrit aussi « Mon garçon était en danger et je ne pouvais rien faire pour lui, c’est ce qui m’a le plus torturé ». Tant pis pour les Poitevins mis en danger par les casseurs, la vingtaine de commerces cassés, le début d’incendie, les deux policiers et le commerçant qu’ils ont blessés

Pour elle, tout le monde est responsable, sauf son fils casseur, condamné comme tel, et dont la condamnation est devenue définitive : « La situation sociale et politique dans laquelle se trouvent nos enfants les met en danger. Et je pense que nous avons une part de responsabilité dans tout cela. Nos parents et nous-mêmes avons vécu au-dessus de nos moyens. Ce sont nos enfants qui vont payer. »

Bref, voilà l’explication classique du laxisme général : la société est responsable, les casseurs sont des victimes, rappeler qu’ils sont des casseurs les stigmatise, c’est mal. « Une telle théorie appliquée dans un établissement scolaire, cela donne ce qu’on a vu, des élèves qui manifestent pour réclamer des sanctions, c’est à dire du jamais vu », résume un Paimblotin excédé.

Pour l’inspection académique : circulez, il n’y a rien à voir

Nous avons tenté de joindre le proviseur du lycée, Gwenn Compte, pour recueillir sa réaction. Celle-ci nous a fait répondre qu’elle ne répondait pas aux journalistes, et qu’il fallait joindre l’inspection académique. Selon nos informations, des consignes de silence ont aussi été données aux professeurs et aux élèves du lycée.

Nous avons joint l’Inspection académique, qui est visiblement très embarrassée : « c’est une affaire interne qui ne regarde que l’Éducation Nationale », répond son chargé de communication. Une affaire « interne » qui a fait les grands titres de la presse nationale, et qui est sur toutes les lèvres à Paimboeuf, dont le lycée professionnel est le dernier héritage fonctionnel de la grande époque industrielle. Un vrai poumon, qui a formé des générations de Paimblotins, et qui a une place centrale.

« Nous travaillons à apaiser la situation », explique le chargé de communication de l’Inspection académique. A trois reprises, nous l’interrogeons pour savoir si les élèves qui troublent l’ordre seront sanctionnés. A chaque fois il élude la réponse. En clair, circulez : il n’y a rien à voir. « Comme à chaque fois qu’elle est prise en défaut, l’institution de l’Éducation Nationale se replie sur elle-même. Châtiez les innocents, rétribuez les coupables, bref ça ressemble au fonctionnement de l’État, non ? », commente un parent d’élèves ironique, mais qui se dit « excédé par la zone à Chassagne ».

Situation au lycée Chassagne : le FN dénonce la « déroute des modèles hérités de mai 68 ».

La situation au lycée professionnel de Paimboeuf n’a pas entrainé de réactions politiques locales. Sauf au Front National, dont Alain Avello, président du collectif Racine – qui regroupe des professeurs – nous a adressé un communiqué. Cet ancien chevénementiste enseigne la philosophie dans un lycée de la Roche-sur-Yon.

Il revient sur « l’Inspection académique semble dépassée par l’inédit de la situation, le proviseur de l’établissement invoque la « bienveillance » dont il s’agit, selon elle, de toujours faire preuve en matière éducative » et affirme que « La situation, aussi exceptionnelle soit-elle, souligne que la permissivité et le laxisme, nourris de psychologie et de sociologie, sciences très incertaines, prétendant pourtant tout expliquer et conduisant par là à tout excuser, ont décidément fait long feu. Et le proviseur confessant que tout cela lui « fait très peur », n’exprime rien d’autre que la déroute de ses propres modèles hérités de 68. »

Il conclut : « dans une société de plus en plus violente et face un avenir de plus en plus angoissant, c’est d’ordre dont les élèves ressentent le besoin. » Il affirme que le FN a l’intention de: « restaurer l’autorité des enseignants en les rétablissant dans leur mission d’instruction, de sanctuariser ensuite tous les établissements qui doivent être protégés de la violence sociale, d’instaurer enfin la tolérance zéro à l’égard de tout acte répréhensible »

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