L’Église syrienne du Malabar (suite) par R. Janin

L’Église syrienne du Malabar (suite)
R. Janin
Échos d’Orient Année 1914 Volume 17 Numéro 104 pp. 43-53

L’ÉGLISE SYRIENNE DU MALABAR

(Suite [IV)

Nous avons vu qu’on appelle Syro-Malabars les chrétiens de rite syriaque établis sur la côte occidentale de l’Inde anglaise, dans les Etats de Travancore et de Cochin. On les distingue ainsi des Syriens purs qui habitent la Syrie et la Mésopotamie, des Syriens chaldéens du Kurdistan et des Syriens maronites du mont Liban, dont le rite diffère quelque peu du leur. Le nom de Soriens, qu’on leur donne parfois, n’est pas autre chose que celui de Syriens en langue malayalam, qu’ils se donnaient jadis à eux-mêmes (surium, sorium, langue syriaque, Suriant, Sortant, Syriens). On ne peut donc les appeler Syriens- Soriens, comme le font certains auteurs. Ce sont les missionnaires portugais et italiens qui ont introduit en Europe la dénomination de Sortant, dont l’usage est aujourd’hui très rare au Malabar. L’étymologie qui fait dériver Soriani du portugais serra, montagne, ne paraît point vraisemblable.

Les Syro-Malabars sont de race indigène, sauf peut-être les sudistes, et parlent le malayalam, langue dravidienne qui est employée dans les États de Travancore et de Cochin, ainsi que dans les régions limitrophes. Cependant, la langue syriaque est seule usitée dans la liturgie, chez les schismatiques comme chez les catholiques.

Les « chrétiens de Saint-Thomas » sont appelés dans leur pays Na^arani Mapila. Le terme de Na^arani ou nasrani (Nazaréens) est celui par lequel les musulmans désignent souvent les chrétiens. Quant à celui de Mapila, qui veut dire fils ou prince royal (de M aha, grand, et* pilla, fils), c’est le titre honorifique donné jadis à Mar Thomas Cana par Cheruman Perumal, et dont ont hérité les chrétiens du Malabar. Les prêtres s’appellent Cathanars, forme abrégée de Car than (gouverneur) et Nathar (seigneur); ils sont les seigneurs qui gouvernent les paroisses. Quant aux évêques, on les appelle comme en Syrie Abouna (Notre Père) ou Mar, terme qui est l’équivalent de Monseigneur.

Les catholiques syriens du Malabar s’appellent vulgairement Paqhen- kuttucars (vieille secte), tandis que les schismatiques prennent le nom de Pulhenkuttucars (nouvelle secte). Nous allons étudier successivement les uns et les autres. ,

(i) Echos d’Orient, novembre igi3, t. XVI, p. 536.

44 ECHOS D ORIENT
II. Syriens catholiques
Les vicariats apostoliques

— Les Syriens catholiques du Malabar ont à leur tête quatre vicaires apostoliques de leur race et de leur rite, qui dépendent directement de la Propagande par l’intermédiaire du délégué apostolique des Indes, dont la résidence est Kandy (Ceylan). Les trois· vicariats, de Changanacherry, d’ErnacuIam et de Kottayam sont situés dans le royaume de Travancore; celui de Trichur dans le royaume de Cochin. Grâce au Catholic Directory of India pour 1 9 13 (ι), nous pourrons donner sur chacun d’eux des renseignements très précis.

Le vicariat apostolique de Changanacherry est le plus important de tous par sa population, qui était de 149753 catholiques en 191 1. A sa tête se trouve Mgr Kurialacherry, évêque titulaire de Pella, né en 1873, élu le 28 août 191 1, et consacré le 3 décembre de la même année. Il est aidé dans son ministère par 216 prêtres séculiers et 26 réguliers (Tertiaires du Carmel), tous indigènes. On compte 192 églises ou stations principales, et 36 chapelles ou sous-stations, soit 228 lieux de culte répartis en cinq districts. Les 414 écoles (3 secondaires, 4 pensionnats, 407 primaires) renferment une population de 20000 enfants environ. Le Petit Séminaire de Changanacherry compte 36 élèves; 65 autres étudient à Puttenpally ou à Kandy. Les Sœurs Tertiaires du Carmel possèdent 6 couvents avec 87 professes, 29 novices et 28 postulantes. Les Sœurs Tertiaires de Saint-François d’Assise ou Sœurs Clarisses en ont 4 et font la classe dans 13 paroisses; elles sont 118 professes, 49 novices et 16 postulantes.

Le vicariat apostolique d’ErnacuIam comptait 101 400 catholiques en 191 1. Il est dirigé par Mgr Louis Pareparampil, évêque titulaire de ^Tium, né en 1847, élu le n août 1896, et sacré le 25 octobre de la même année. Il réside à Ernaculam et a un coadjuteur, M&r Kandathil, évêque titulaire d’Arad, élu le 29 août 191 1. Les 112 prêtres séculiers de son vicariat desservent 101 stations principales et 19 sous-stations, qui possèdent 81 églises paroissiales, 20 chapelles et 19 oratoires, le tout réparti en cinq districts. }2 séminaristes font leurs études à Puttenpally, 11 à Kandy (Ceylan), et 10 au Petit Séminaire d’ErnacuIam. En 191 1, il y avait 201 écoles, dont 2 d’enseignement secondaire et 7 pensionnats, qui donnaient l’instruction à 12386 enfants. Il y a un orphelinat avec 25 enfants. Le vicariat apostolique possède 4 couvents

(1) II serait à souhaiter que chaque pays éditât tous les ans un annuaire aussi complet. Avec 1914, le Catholic Directory of India entre déjà dans sa soixante-quatrième année !
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