Persée: L’Église syrienne du Malabar par R. Janin

Plan

I. — Histoire

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sem-linkR. Janin
Échos d’Orient Année 1913 Volume 16 Numéro 103 pp. 526-535

Référence bibliographique

L’ÉGLISE SYRIENNE DU MALABAR

Les Échos d’Orient ont, à mainte reprise, publié des études sur les Églises orientales, mais ils s’étaient bornés jusqu’ici à peu près exclusivement aux chrétientés de rite byzantin et n’avaient pas encore fait connaître les communautés plus modestes, mais non moins intéressantes, qui portent avec plus de raison que d’autres le nom d’Églises orientales. Il nous a paru bon de combler cette lacune et d’étudier au moins quelques-unes d’entre elles, dans la mesure où elles peuvent être connues à l’heure actuelle, car on est loin d’avoir dépouillé tous les documents qui les concernent.

Une bonne fortune nous a permis de réunir sur l’une d’elles des renseignements précieux qui ne sont pas connus du grand public européen. L’Église syrienne du Malabar, aux Indes, malgré l’intérêt que présente son histoire et l’importance qu’elle a prise de nos jours, restait dans une profonde obscurité, que la distance était loin d’atténuer. Il a cependant paru à son sujet des ouvrages remarquables depuis le XVIIe siècle, mais on n’avait pas encore, à notre connaissance, publié une étude complète sur la question. Ce sont ces documents que nous avons utilisés, en y joignant de nombreux détails inédits que nous ont aimablement fournis les Révérends Pères Carmes déchaussés, missionnaires au Malabar (i).

* * *

Le Malabar est cette région de l’Inde anglaise qui, des environs de Mangalore, s’étend tout le long de la côte occidentale jusqu’au cap Comorin, du 14e au 8e degré de latitude Nord, et qui est limitée à l’Est par la chaîne des Ghâtes. Toute la partie septentrionale dépend de la présidence de Madras, tandis que la partie méridionale, celle qui seule nous intéresse ici, forme deux royaumes, ceux de Cochin et de Travan- core, qui sont tributaires de l’Angleterre. Le royaume de Cochin, celui des deux qui se trouve le plus au Nord, a une superficie de 3 523 kilomètres carrés et comptait, au recensement officiel de mars 191 1, 918 110 habitants, parmi lesquels 197953 catholiques (2). Le royaume

(1) Nous remercions tout spécialement le R. P. André de Sainte-Marie, directeur des Missions des Pères Carmes déchaussés, à Courtrai, et le R. P. Géréon de Saint- Joseph, professeur au Séminaire central de Puttenpally (Travancore, Indes). (2) En dehors des catholiques, il y avait 6i5 708 Hindous, 32 768 Syriens dissidents, 2 36i protestants, 63 821 musulmans, 4 178 animistes, et 1 1775 Juifs.

L ÉGLISE SYRIENNE DU MALABAR 527

<k Travancore s'étend entre celui de Cochin et le cap Comorin. Sa superficie est de i'7 411 kilomètres carrés, et sa population de 3 428 975 habitants (1-911), dont 467 131 catholiques (1). Les 665084 fidèles que l'Église romaine possède dans ces deux royaumes se divisent en deux catégories bien distinctes. Les catholiques de rite latin, au nombre de 270000, appartiennent au diocèse de Cochin, desservi par des prêtres séculiers portugais, au diocèse de Quilon et à rarchidiocèse de Véra- poly, confiés, le premier aux Carmes déchaussés de Belgique, le second à ceux d'Espagne. Les catholiques de rite syriaque (413 142 dans toute l'Inde en 191.1) dépendent de quatre vicaires apostoliques de leur rite établis à Changanacherry, Ernaculam, Kottayam et Trichur. A côté de ces fidèles de rite syriaque, qui sont les fils de l'Église romaine, il y en a 313 162 autres qui vivent en dehors d'elle et qui se divisent en plusieurs sectes différentes, d'importance fort inégale. C'est à ces 728 304 chrétiens de rite syriaque que nous consacrerons cette étude.
I. — Histoire

Comment expliquer la présence, sur cette côte lointaine, d'une population chrétienne appartenant à un rite oriental et connue déjà depuis plusieurs siècles?

Si nous consultons les traditions locales, la réponse est des plus simples. L'Église syrienne du Malabar remonte à l'apôtre saint Thomas, qui évangélisa l'Inde où il fut martyrisé. Voici ce que les indigènes racontent à ce sujet. Après avoir annoncé l'Évangile chez les Parthes, et fondé les Églises de la Syrie orientale et de la Mésopotamie, l'apôtre se rendit aux Indes en passant par Socotra. Il aborda en l'an 52 à Oanganore, simple bourgade aujourd'hui, mais qui a joué un grand rôle dans l'histoire. En quelques années il convertit un bon nombre de familles de brames et fonda sept Églises le long de la côte du Malabar : Niranam, Quilon, Chayal, Cockamangalam, Maliankara (Cranganore), Kottakaw et Palur. Le P. Du Jarric, S. J., se faisant l'écho de cette tradition, raconte dans son Thesaurus rerum indicarum (Bordeaux, 16 16, p. 339) que saint Thomas établit huit archevêchés en Orient, parmi lesquels celui du Malabar. Poursuivant son chemin, l'apôtre alla évan- .géliser d'autres parties de l'Inde et obtint la couronne du martyre en l'an 67 à Mylapore, un peu au sud de Madras. C'est là qu'il fut enterré.

L'apostolat de saint Thomas dans les Indes n'a malheureusement

(1) Le Travancore possède 2298390 Hindous, 278537 Syriens schismatiques, g93o protestants et 226617 musulmans.
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