Le blog de Robin Guilloux:Florence de Lussy, Simone Weil

Le blog de Robin Guilloux

Florence de Lussy, Simone Weil
6 Décembre 2016

Simone Weil par Lussy

Florence de Lussy, Simone Weil, Presses Universitaires de France, coll. Que sais-je ?, 2016

Table des matières :

Chapitre premier. Une éducation intellectuelle : 1.Le culte du savoir – 2. Viser l’excellence – 3. Un programme de vie – Chapitre II. La pensée pour vocation : 1. Une formation d’élite – 2.Entrer en pensée comme on entre en religion – 3. Une forme d’endoctrinement – Chapitre III. Défendre ceux d’en bas : 1. Un militantisme agressif – 2. Entre communisme et antistalinisme – 3. De la nécessité d’une méthode – Chapitre IV. Lent passage vers le transcendant: 1. Méditation sur le malheur – 2. Le pivot d’une oeuvre et d’une vie : »Méditation sur l’obéissance et la liberté » – 3. La pensée et le tragique de la pensée – 4. Mathématiques et mystique – 5. A la croisée des chemins – Chapitre V. Les Cahiers : cahiers de laboratoire et journal d’une âme : 1. La science, rien que la science – 2. Un champ pour la pensée – 3. « Compréhension difficile des choses évidentes » – 4. Les modèles scientifiques – 5. Les équations de la pensée – 6. Les Cahiers de New York – Chapitre VI. Vers la spéculation pure – Chapitre VII. Une étrange chrétienne : 1. Le refus viscéral de l’Ancien Testament – 2. Un panchristisme – 3. Une contestation virulente du magistère romain – Chapitre VIII. Entre le malheur et la joie – Chapitre IX. Messages inaudibles. 1. La désillusion – 2. « La personne et le sacré » : un renversement du vocabulaire – 3. L’enracinement : un testament – 4. Une vérité muette – 5. Cohérence d’un parcours, cohérence d’une pensée – Chapitre X. Excès et errements : 1. La tentation de l’orgueil – 2. Le rejet du judaïsme – Chapitre IX. Un personnage, une écriture : 1. Un personnage aux traits accusés – 2. Un style, une écriture – Conclusion – Chronologie – Bibliographie

Florence de Lussy : conservateur général honoraire du département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France, Florence de Lussy a dirigé jusqu’en 2010 l’édition des oeuvres complètes de Simone Weil chez Gallimard.

« Simone Weill est une figure du seuil. » (p.67)

« Simone Weil fut une aventurière de la pensée. Sa vie durant, elle a cherché des clefs pour tenter de se comprendre et de comprendre le monde afin de penser Dieu. Repoussant l’horizon de l’intelligible et avec une finesse psychologique exceptionnelle, elle a plongé son scalpel dans les comportements, débusquant l’ambigu, retournant les jugements convenus, faisant paraître nues les grandeurs et les misères des hommes.Figure inconfortable qui ne peut laisser indifférent, elle suscite toujours autant de réactions contradictoires et souvent violentes. Mais tout le monde s’accorde sur un point : la seule force de Simone Weil, c’est la pureté.Cette pureté, Florence de Lussy nous la restitue avec une grande honnêteté, sans jamais faire l’impasse sur les excès et les errements de l’auteur de L’Enracinement ici dépeint en clair-obscur. Au terme de ces pages, c’est la grande philosophe qui fut en même temps une mystique qui s’impose. Un essai bienvenu, sans concession et éclatant. » (source : babelio)

Citation de Simone Weil :

« C’est une seule et même chose qui relativement à Dieu est Sagesse éternelle, relativement à l’univers parfaite obéissance, relativement à notre amour beauté, relativement à notre intelligence équilibre de relations nécessaires, relativement à notre chair force brutale. » (Simone Weil, L’Enracinement, p.346)

Mon avis sur le livre :

Cet ouvrage clair et concis constitue une excellente introduction à la vie et à la pensée d’une des figures intellectuelles les plus attachantes du XXème siècle.

Florence de Lussy qui a dirigé l’édition des oeuvres complètes de Simone Weil aux éditions Gallimard jusqu’en 2010 nous fait partager sa passion pour un sujet qu’elle connaît bien. Elle retrace les années de formation de l’auteur de L’enracinement, née le 3 février 1909 dans une famille appartenant à la petite bourgeoisie juive assimilée, son éducation exigeante, son entrée en khâgne au Lycée Henry IV, l’influence du philosophe Alain, celui de son frère, Eric Weil, éminent mathématicien, son goût pour les sciences, sa soif insatiable de connaissances dans tous les domaines, au-delà des cloisonnements disciplinaires, culturels et religieux (Lao-Tseu, La Bhagavag-Gîta, le bouddhisme, les fragments égyptiens…), son souci de la misère humaine en général et en particulier des ouvriers dont elle partage les conditions de travail à la chaîne, son engagement politique très à gauche, mais toujours lucide et critique, avant, pendant et après le Front populaire, puis aux côtés des républicains espagnols, ses voyages en Italie et en Allemagne, ses années d’exil à Casablanca, à New York, puis à Londres et enfin la conversion au Christ, plutôt qu’au christianisme de cette « étrange chrétienne », très critique vis-à-vis de l’Eglise catholique en tant qu’institution, comme en témoigne sa Lettre à un religieux.

Elle évoque pour finir la mort au sanatorium d’Ashford, le 24 août 1943 d’une défaillance cardiaque à l’âge de 34 ans, incomprise et solitaire, et se laissant quasiment mourir de faim, désespérée par la situation tragique de l’Europe occupée.

Florence de Lussy montre les lumières, mais aussi les ombres – notamment sa relative fermeture à l’Ancien Testament (la Torah) qui stupéfia Emmanuel Lévinas – de cette figure rebelle, aussi déroutante que stimulante.

« Guerroyant avec les idées, guerroyant contre elle-même, écrit Florence de Lussy dans la conclusion de cet essai, Simone Weil ne connut jamais la sérénité de l’âme et elle ôtait le repos chez ceux qu’elle côtoyait (…) C’est une figure inconfortable qui ne peut laisser indifférent. Une chose est certaine : elle ne cessera de susciter chez ceux qui la lisent, l’ont lue ou la liront, des réactions contradictoires et souvent violentes : soit une admiration presque idolâtrique soit, à l’opposé, une détestation poussée à l’extrême. Cependant, il est un point sur lequel tous peuvent s’accorder, à savoir la pureté de son regard : rien de vil ni de médiocre chez elle. (…) Elle aurait voulu boire la lumière, se nourrir de la lumière. Elle y parvint presque. Il faut voir là le secret de sa vie et de sa mort. L’esprit respire dans ses pages un oxygène presque pur (…) La présence de cette grande philosophe, qui fut en même temps une mystique, s’impose. Son regard projette sur les ombres tourmentées de notre temps une lumière violente. » (p.115-116)

Locronan

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