Patrimoine-en-blog; Entretien avec Mathieu Lours, historien de l’art, sur les architectures sacrées

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Entretien avec Mathieu Lours, historien de l’art, sur les architectures sacrées

LIVRE

Interview réalisée par Jérôme Pace pour la revue Le Monde de la Bible :
« Achitecteures sacrées », un entretien avec Mathieu Lours

Dans son récent ouvrage, Mathieu Lours, historien de l’architecture religieuse et spécialiste des cathédrales, nous entraîne à la (re)découverte des architectures sacrées en Orient et en Occident. Une invitation au voyage singulière, qui relativise un monde «désenchanté». Entretien avec Mathieu Lours, recueilli par Jérôme Pace

Le Monde de la Bible  : Vous écrivez vouloir faire pénétrer vos lecteurs au cœur « des demeures de la transcendance qui ouvrent la porte aux hommes ». Pourquoi cette invitation  ?

Mathieu Lours  : L’ouvrage est le fruit de vingt ans de travail, de voyages. Au-delà d’une simple curiosité personnelle, il fut surtout l’occasion d’une prise de recul, d’une remise à plat des sacralités, de la sacralité. Si je suis spécialiste des cathédrales, je suis également, et avant tout, historien de l’architecture religieuse : je ne pourrais comprendre les cathédrales sans comprendre le sacré en général. Le livre n’est pas tant un catalogue des plus beaux sites de culte du monde qu’une réflexion sur la fonctionnalité de ces derniers. Il s’agissait ici de renverser les valeurs : à quoi sert, ou a servi, l’architecture  ?

MdB  : Envisager le sacré à une telle échelle suppose l’idée d’une définition unique de ce dernier. Le sacré est-il le même partout ? Quelle place occupe-t-il véritablement dans le monde aujourd’hui  ?

M. Lours  : La vision de sacrés différents est avant tout culturelle et politique. Cependant, ces segmentations limitent notre vision et empêchent une réflexion plus globale. Certaines constances incroyables peuvent être discutées, qui amènent aussi à débattre de la nature humaine. Le sacré est simplement ce que l’on n’a pas le droit de toucher : senatus sacer, littéralement « le Sénat est sacré », est ce que l’on ne peut franchir sans avoir un statut particulier, sans effectuer des rituels précis. Si la nature de la sacralité peut bien sûr être nuancée, que nous parlions d’une sacralité immanente ou d’une sacralité sociale, elle est finalement omniprésente.

MdB  : Le sacré n’est ainsi pas exclusivement lié à la religion…

M. Lours  : Non, il est plus large. Il existe des sacralités politiques, laïques. Le théologien Rudolf Otto a proposé le terme « numineux » (Le Sacré, 1917), qui désignerait une sorte de manifestation d’un « au-delà », terrifiant ou fascinant. Cette définition est applicable à une sacralité pensée hors du seul contexte religieux. Quel que soit le contexte spatio-temporel, une transcendance semble nécessaire à l’homme dans l’appréhension de son rapport au monde. Un exemple flagrant apparaît dans la symbolique soviétique qui, refusant tout sacré religieux, créera un sacré politique excessivement puissant. Je rappellerai, enfin, la dimension politique de toute religion : fruit de l’environnement qui la produit, la religion peut être un outil politique fort, tant national que transnational, en particulier sur le plan des représentations.

MdB  : Vous évoquez la possibilité d’une réflexion globale sur l’architecture religieuse dans le monde. Comment envisage-t-on une telle perspective ? Quelles sont les voies possibles d’une comparaison ?

M. Lours  : La comparaison est affaire de choix. Un choix fut véritablement de réfléchir au sens des architectures envisagées. Ainsi, la question de la nature du lieu de culte d’avoir été primordiale : parle-t-on du lieu de résidence de la divinité ou pas ? Les dieux mésopotamiens habitaient leurs temples. Au Japon, au contraire, la sacralité est souvent plus immanente, qui provient de telle montagne ou source sacrée. Le sanctuaire apparaît donc seulement l’endroit, l’ouverture, qui permet aux fidèles d’honorer la divinité qui habite de tels lieux. Un point de réflexion important est aussi celui de la manifestation de la divinité dans le temple. De là naît la question des formes architecturales : horizontalité/verticalité, lumière/obscurité, ouverture/fermeture, tout cela est absolument transversal, se retrouve dans toutes les religions.

MdB  : Les architectures nous parlent donc…

M. Lours  : Bien sûr. Les architectures sont fonction d’une réalité historique, d’un contexte très précis : quand l’islam arrive en Inde, il construit des mosquées en récupérant les matériaux des temples hindouistes et en utilisant les artisans locaux pour fondre l’arrivée du nouveau culte dans le fonds culturel du pays. Il y a bien un « ici et maintenant » de l’architecture. De même, ne pouvais-je pas envisager mon travail sans une connaissance approfondie des religions étudiées.

Au-delà des simples questions de représentation – j’évoquerais la différence entre religions iconiques et aniconiques – que fait-on précisément dans un lieu de culte ? … Lire la suite sur «Architectures sacrées», un entretien avec Mathieu Lours – Le Monde de la Bible
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LIVRE

Interview réalisée par Jérôme Pace pour la revue Le Monde de la Bible :
« Achitecteures sacrées », un entretien avec Mathieu Lours

Dans son récent ouvrage, Mathieu Lours, historien de l’architecture religieuse et spécialiste des cathédrales, nous entraîne à la (re)découverte des architectures sacrées en Orient et en Occident. Une invitation au voyage singulière, qui relativise un monde «désenchanté». Entretien avec Mathieu Lours, recueilli par Jérôme Pace

Le Monde de la Bible  : Vous écrivez vouloir faire pénétrer vos lecteurs au cœur « des demeures de la transcendance qui ouvrent la porte aux hommes ». Pourquoi cette invitation  ?

Mathieu Lours  : L’ouvrage est le fruit de vingt ans de travail, de voyages. Au-delà d’une simple curiosité personnelle, il fut surtout l’occasion d’une prise de recul, d’une remise à plat des sacralités, de la sacralité. Si je suis spécialiste des cathédrales, je suis également, et avant tout, historien de l’architecture religieuse : je ne pourrais comprendre les cathédrales sans comprendre le sacré en général. Le livre n’est pas tant un catalogue des plus beaux sites de culte du monde qu’une réflexion sur la fonctionnalité de ces derniers. Il s’agissait ici de renverser les valeurs : à quoi sert, ou a servi, l’architecture  ?

MdB  : Envisager le sacré à une telle échelle suppose l’idée d’une définition unique de ce dernier. Le sacré est-il le même partout ? Quelle place occupe-t-il véritablement dans le monde aujourd’hui  ?

M. Lours  : La vision de sacrés différents est avant tout culturelle et politique. Cependant, ces segmentations limitent notre vision et empêchent une réflexion plus globale. Certaines constances incroyables peuvent être discutées, qui amènent aussi à débattre de la nature humaine. Le sacré est simplement ce que l’on n’a pas le droit de toucher : senatus sacer, littéralement « le Sénat est sacré », est ce que l’on ne peut franchir sans avoir un statut particulier, sans effectuer des rituels précis. Si la nature de la sacralité peut bien sûr être nuancée, que nous parlions d’une sacralité immanente ou d’une sacralité sociale, elle est finalement omniprésente.

MdB  : Le sacré n’est ainsi pas exclusivement lié à la religion…

M. Lours  : Non, il est plus large. Il existe des sacralités politiques, laïques. Le théologien Rudolf Otto a proposé le terme « numineux » (Le Sacré, 1917), qui désignerait une sorte de manifestation d’un « au-delà », terrifiant ou fascinant. Cette définition est applicable à une sacralité pensée hors du seul contexte religieux. Quel que soit le contexte spatio-temporel, une transcendance semble nécessaire à l’homme dans l’appréhension de son rapport au monde. Un exemple flagrant apparaît dans la symbolique soviétique qui, refusant tout sacré religieux, créera un sacré politique excessivement puissant. Je rappellerai, enfin, la dimension politique de toute religion : fruit de l’environnement qui la produit, la religion peut être un outil politique fort, tant national que transnational, en particulier sur le plan des représentations.

MdB  : Vous évoquez la possibilité d’une réflexion globale sur l’architecture religieuse dans le monde. Comment envisage-t-on une telle perspective ? Quelles sont les voies possibles d’une comparaison ?

M. Lours  : La comparaison est affaire de choix. Un choix fut véritablement de réfléchir au sens des architectures envisagées. Ainsi, la question de la nature du lieu de culte d’avoir été primordiale : parle-t-on du lieu de résidence de la divinité ou pas ? Les dieux mésopotamiens habitaient leurs temples. Au Japon, au contraire, la sacralité est souvent plus immanente, qui provient de telle montagne ou source sacrée. Le sanctuaire apparaît donc seulement l’endroit, l’ouverture, qui permet aux fidèles d’honorer la divinité qui habite de tels lieux. Un point de réflexion important est aussi celui de la manifestation de la divinité dans le temple. De là naît la question des formes architecturales : horizontalité/verticalité, lumière/obscurité, ouverture/fermeture, tout cela est absolument transversal, se retrouve dans toutes les religions.

MdB  : Les architectures nous parlent donc…

M. Lours  : Bien sûr. Les architectures sont fonction d’une réalité historique, d’un contexte très précis : quand l’islam arrive en Inde, il construit des mosquées en récupérant les matériaux des temples hindouistes et en utilisant les artisans locaux pour fondre l’arrivée du nouveau culte dans le fonds culturel du pays. Il y a bien un « ici et maintenant » de l’architecture. De même, ne pouvais-je pas envisager mon travail sans une connaissance approfondie des religions étudiées.

Au-delà des simples questions de représentation – j’évoquerais la différence entre religions iconiques et aniconiques – que fait-on précisément dans un lieu de culte ? … Lire la suite sur «Architectures sacrées», un entretien avec Mathieu Lours – Le Monde de la Bible
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