Maurice Allais, itinéraire d’un économiste français par Henri Sterdyniak*

Maurice Allais, itinéraire d’un économiste français
Henri Sterdyniak*
Economiste à l’OCE
Professeur associé à Paris-Dauphine
Résumé :
L’oeuvre de Maurice Allais est abondante et protéiforme. Elle comporte des travaux
d’économie théorique et d’économie appliquée comme des ouvrages de politique
économique. Dans les années 1940, il établit rigoureusement les fondements de la théorie
microéconomique néo-classique. C’est pour ces « contributions pionnières à la théorie des
marchés et de l’utilisation efficace des ressources » qu’il obtient, 40 ans plus tard, le prix
Nobel d’économie en 1988. En 1952 il remet en cause la théorie de la décision en avenir
incertain, apparaissant ainsi comme le précurseur de la finance comportementale. Puis, il
s’égare dans les arcanes de la « théorie héréditaire, relativiste et logistique de la demande de
monnaie », s’isolant ainsi de la communauté scientifique internationale. Ses analyses le
conduisent à préconiser, au nom du libéralisme, une réforme monétaire (le « 100 %
monnaie »), l’attribution à l’Etat de toutes les rentes (par un impôt sur le capital) et
l’indexation de toutes les créances. Après son prix Nobel, il se consacre à la lutte contre la
mondialisation libérale et la construction européenne libre-échangiste, combat dont le lien
avec ses travaux scientifiques ne va pas de soi.
Codes JEL : B3
Mots clés : Théorie néo-classique ; monétarisme ; mondialisation.
*henri.s terdyniak@ofce.sciences-po.fr
1
L’oeuvre de Maurice Allais est abondante et protéiforme. Elle comporte des travaux
d’économie théorique et d’économie appliquée comme des ouvrages de politique
économique. Dans les années 1940, il établit rigoureusement les fondements de la théorie
microéconomique néo-classique. C’est pour ces «contributions pionnières à la théorie des
marchés et de l’utilisation efficace des ressources ces travaux qu’il obtient, 40 ans plus tard,
le prix Nobel d’économie1 en 1988. En 1952 il remet en cause la théorie de la décision en
avenir incertain, apparaissant ainsi comme le précurseur de la finance comportementale. Puis,
il s’égare dans les arcanes de la « théorie héréditaire, relativiste et logistique de la demande de
monnaie », s’isolant ainsi de la communauté scientifique internationale. Ses analyses le
conduisent à préconiser, au nom de libéralisme, une réforme monétaire (le « 100 %
monnaie »), l’attribution à l’Etat de toutes les rentes (par un impôt sur le capital) et
l’indexation de toutes les créances. Après son prix Nobel, il se consacre essentiellement à la
lutte contre la mondialisation libérale et la construction européenne libre-échangiste, combat
dont le lien avec ses travaux scientifiques ne va pas de soi.
Maurice Allais apparaît comme un économiste autodidacte et franc-tireur. Il développe ses
idées propres, avec une méthode spécifique, en ne s’intéressant guère aux travaux de ses
précurseurs et collègues. Il ne s’inscrit pas dans les débats économiques. Une grande partie de
son oeuvre apparaît aujourd’hui comme un continent inexploré. Personne n’a pris la peine de
la lire ou de la discuter. C’est sans doute un précurseur, mais ses idées ont été redécouvertes
par d’autres et pas développés par lui ou ses disciples. C’est donc bien « un savant méconnu »
selon le titre de l’ouvrage collectif paru en 2002, qui rassemble différents textes faisant
l’éloge de Maurice Allais. En même temps, on ne peut s’empêcher de penser qu’il y a
plusieurs Maurice Allais : l’économiste théoricien, le réformateur libéral, l’altermondialiste
mais aussi le savant fou comme nous allons le voir.
A la différence des sciences exactes, il y a en économie une pensée dominante et des
hétérodoxes. Il n’est pas facile de dire lesquels sont dans le vrai, lesquels sont fous. Celui qui
aurait mis en cause, en 2006, les fondements des mathématiques financières serait passé pour
un fou ; en 2008, la même opinion apparaît totalement respectable. L’oeuvre de Maurice Allais
comporte ainsi des parties qui ont été intégrées dans le corpus dominant ; d’autres qui
apparaissent aujourd’hui comme des impasses, des erreurs ou des divagations ; d’autres enfin
qui n’ont jamais été lues. Aussi, l’appréciation que l’on peut donner aujourd’hui de son oeuvre
devra sans doute être revue.
En 1988, Maurice Allais a obtenu son Prix Nobel “for his pioneering contributions to the
theory of markets and efficient utilization of resources”. Dans sa lecture Nobel, Maurice
Allais estime avoir apporté cinq contributions essentielles à la Science Economique :
– La théorie de l’équilibre général, de l’efficacité maximale et les fondements du
calcul économique.
– La théorie des choix inter-temporels et de la structure capitalistique optimale.
– La théorie du choix en incertitude.
– La théorie de la monnaie, du crédit et de la dynamique monétaire.
– L’analyse des séries temporelles et de leurs composantes exogènes.
1 Plus exactement le « prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel ».
2
A plusieurs reprises, il se plaint que les jurés Nobel n’ont couronné qu’une partie de son
oeuvre en oubliant « la dynamique monétaire » ou la « théorie des séries temporelles ». Mais,
les jurés Nobel ont-ils eu tort ?
Allais, le français prix Nobel d’économie
En 1988, le choix de Maurice Allais comme Prix Nobel d’économie avait plongé nombres
d’économistes français dans l’étonnement ou la gêne. Nous avions, à l’époque, explicité les
raisons de ce malaise dans un texte, co-écrit avec Jaques Le Cacheux2, texte dont nous nous
inspirons ici.
Certes, ce choix apparaissait comme l’hommage à une longue tradition d’ingénieurs
économistes français, lignée qui va de Cournot et de Dupuit en passant par Colson, Divisia et
Walras jusqu’à Massé et Boiteux. Mais ces travaux dataient de 1943 ou de 1947, soit de plus
de quarante ans. Les ouvrages de Maurice Allais de cette période étaient épuisés depuis plus
de trente ans ; nul ne s’était soucié de les rééditer, de sorte qu’aucun économiste de moins de
50 ans ne les connaissait, même parmi les français pour qui l’obstacle de la langue ne joue
pas. Ces oeuvres n’ont guère eu de retentissement international, de sorte que le Prix Nobel
semblait récompenser un précurseur méconnu. Depuis, Maurice Allais s’était écarté de
l’évolution de la théorie économique.
Maurice Allais n’est jamais cité dans les travaux contemporains et lui-même n’intervient
guère dans les débats récents ; les rares disciples qui se réclament de lui sont des malheureux
englués dans les arcanes de la « théorie héréditaire relativiste et logistique de la demande de
monnaie ». En même temps, dans son superbe isolement, Maurice Allais prétend avoir conçu
et développé de nouvelles théories sur l’analyse monétaire et les fluctuations conjoncturelles,
théories ignorées par la quasi-totalité des économistes. Nous ne connaissons aucun manuel de
macroéconomie ou de théorie monétaire qui discute ou même présente les thèses de Maurice
Allais.
Le Prix Nobel a-t-il couronné un « savant méconnu » (comme l’écrit Thierry de
Montbrial, 1986), victime de sa trop grande originalité et de sa trop grande avance sur les
esprits, victime de la méconnaissance des anglo-saxons pour une oeuvre écrite essentiellement
en français, victime de nombreux pilleurs ? De sorte qu’il serait urgent de lire enfin Maurice
Allais ? Mais depuis 1988, cette lecture n’a guère progressé. Ou a-t-elle couronné un savant
« fou », qui a certes fait des découvertes importantes il y a très longtemps, mais qui depuis
s’est égaré ?
Maurice Allais, microéconomiste et théoricien de l’équilibre général3
2 Jacques Le Cacheux et Henri Sterdyniak, « Maurice Allais, Premier Français Prix Nobel d’Economie », mimeo,
1988. Ce texte a été refusé par les deux revues auxquelles nous l’avions soumis. Un résumé est paru dans
Alternatives Economiques.
3 Les deux ouvrages essentiels de cette période sont Traité d’économie pure, publié à compte d’auteur en 1943,
puis en 1952 par l’Imprimerie Nationale, avec une nouvelle introduction qui en souligne les « apports
originaux » ; et Economie et intérêt, publié en 1947. S’y rattachent directement d’une part Economie pure et
rendement social (1945), qui résume les enseignements du Traité, d’autre part de nombreux articles d’économie
appliquée (utilisation des ressources et tarification dans les monopoles étatiques), dont plusieurs sont reproduits
en annexe de son cours polycopié à l’école d’application de l’INSEE (Allais, 1956, Tome II).
3
La grande majorité des travaux de Maurice Allais concerne la microéconomie et la théorie
de l’équilibre général, domaines dans lesquels il a sans doute produit ses contributions les plus
importantes, dont l’originalité et surtout la postérité sont cependant difficiles à cerner. C’est
explicitement cette partie de son oeuvre, et plus précisément ses travaux sur l’utilisation
efficace des ressources, publiés entre 1943 et 1947, qui ont été couronnés par le jury Nobel.
Le Traité d’économie pure (1943 ; 1952 ; 1994) est incontestablement un ouvrage majeur
de la littérature économique. Maurice Allais y effectue une vaste synthèse des analyses
marginaliste et néo-classique du XIXe siècle. Même aujourd’hui, la lecture du Traité est
impressionnante, tant par la rigueur du traitement du problème de l’équilibre général d’une
économie décentralisée que par le caractère pénétrant des suggestions d’application qui en
sont faites. Il s’agit là d’un livre dont l’importance, sinon l’influence, est comparable à celle de
Value and Capital de Hicks (1939) ou de Foundations of Economic Analysis de Samuelson
(1947), plus rigoureux peut-être, comme l’auteur s’est maintes fois plu à le souligner. Maurice
Allais y donne en effet les démonstrations complètes des grandes propriétés de l’équilibre
concurrentiel. En particulier, il démontre en toute rigueur les conditions de l’efficacité
maximale (ou «rendement social maximal») et établit l’équivalence entre équilibre
concurrentiel et efficacité maximale. Outre la caractérisation précise des fonctions de
demande (complémentarité et substituabilité des biens), on y trouve les notions clés de ces
travaux postérieurs : l’utilité cardinale, la notion de surplus et la distinction entre les questions
d’allocation et de répartition4.
Plus de quarante ans après la publication de cet ouvrage, il est malaisé de faire la part de
son originalité. Non dénué d’intérêt du point de vue de l’histoire de la pensée économique, le
problème de l’attribution ne nous arrêterait guère si l’auteur lui-même n’en faisait si grand cas
et si l’on ne devait, de ce fait, s’en remettre à sa bonne foi. Maurice Allais reconnaît certes
bien volontiers ses principales sources d’inspiration, en particulier ses dettes envers Divisia,
Fisher, Pareto et Walras (voir, sur ce point, Allais, 1981, et la troisième édition, page 30 et
31). Mais, alors qu’il se plaint de l’ignorance où le tiennent les auteurs anglo-saxons, surtout
Samuelson5 à qui il aurait très tôt communiqué ses résultats, il explique longuement combien
son isolement pendant la guerre a été pour lui une chance de développer, hors des influences
des modes, son analyse et revendique pour lui le privilège de l’ignorance de plusieurs des
travaux antérieurs. Il est, à vrai dire, probable que dans ces cas, comme dans de nombreux
autres, des découvertes voisines aient en réalité été faites indépendamment et
concomitamment par plusieurs auteurs.
L’influence des premiers travaux de Maurice Allais sur l’équilibre général et l’utilisation
efficace des ressources a été importante en France dans deux domaines principaux, grâce
surtout à ses enseignements et aux élèves qu’il a formés dans l’après-guerre. En premier lieu,
les applications du calcul économique à bon nombre d’activités du secteur public se sont
multipliées, mettant en oeuvre ses découvertes et celles de certains de ses élèves-ingénieurs,
notamment Boiteux : l’exploitation, la tarification et la gestion des houillères, de l’EDF, de la
SNCF en ont été profondément améliorées.
4 Par contre, on n’y trouve pas la notion d’externalité.
5 A ce propos, la note 127,3 (pp.45 ,46 et 47, Allais, 1981), où il revendique, contre Samuelson, la paternité des
« surfaces de rendement social maximum » (frontières des possibilités de production), est révélatrice. Maurice
Allais (1981) s’occupe également longuement de « rendre à César.. » en ce qui concerne les contributions
d’autrui ; ainsi la fameuse « Boîte d’Edgeworth », restituée à Pareto (p.67).
4
D’autre part, ces premiers travaux ont donné une impulsion majeure au développement de
la théorie de l’équilibre général, en France avec Boiteux (1951) et, indirectement, chez les
économistes anglo-saxons, par l’intermédiaire de Debreu (1951 et 1954), autre élève de
Maurice Allais (et prix Nobel, lui aussi, mais naturalisé américain). Pourtant, alors que
Debreu reconnaît sa dette envers Maurice Allais, les développements successifs du modèle
d’équilibre général, tant dans la littérature anglo-saxonne qu’en français, font généralement
référence au modèle « Arrow-Debreu ».
Economie et intérêt (1947) constitue l’ébauche du deuxième tome d’une théorie générale
en six volumes que Maurice Allais avait en projet, et qui n’a jamais abouti. C’est, une fois
encore, une contribution majeure, qui propose une synthèse des théories classique et
keynésienne du taux d’intérêt, en introduisant des considérations temporelles dans le modèle
d’équilibre général précédemment élaboré. Maurice Allais se place dans la triple filiation de
Fisher – à qui l’ouvrage est dédié –, Boehm-Bawerk et Keynes dont il reconnaît, dans ce
contexte, l’apport fondamental. Malgré sa richesse, cette analyse, qui intègre les phénomènes
réels et les phénomènes monétaires, a été presque complètement ignorée par la littérature qui
a suivi. En particulier les concepts nouveaux que l’auteur déclare avoir introduits, ceux de
revenu originaire ou de fonction caractéristique n’ont guère eu de postérité6. En 1988, Allais
déclarait cependant : « De toutes les théories des processus capitalistiques dynamiques, celle
que j’ai présentée est la seule qui se prête à des applications numériques. Elle est entièrement
confirmée par les données de l’observation.» (Allais, 1988, p. 16).
Cependant, on y trouve la première caractérisation de l’optimum capitalistique : Allais
démontre en effet qu’il existe un taux d’intérêt qui maximise à long terme la consommation,
c’est-à-dire ce qui reste de la production une fois déduit l’investissement. Nous savons depuis
Desrousseaux (1961) que ce taux est égal, en termes réels, au taux de croissance naturel de
l’économie (somme des taux d’accroissement de la force de travail et du progrès technique
économisant le travail), c’est la fameuse « règle d’or de la croissance économique », que les
anglo-saxons attribuent abusivement à Phelps (1961). Malencontreusement, en 1947, Allais
avait raisonné en régime permanent stable, de sorte qu’il avait trouvé que ce taux optimal est
égal à zéro. Par ailleurs, Allais comme Desrousseaux utilisaient des représentations
complexes du processus de production, de sorte que leur démonstration est beaucoup plus
compliquée que celle de Phelps.
Rétrospectivement plus étonnantes encore sont les « trouvailles », disséminées dans les
notes et les annexes, qui anticipent plusieurs découvertes importantes de la théorie monétaire
anglo-saxonne, apparues indépendamment beaucoup plus tard : ainsi le modèle de demande
d’encaisses de transactions « de Baumol », (voir, Allais, 1947, pp. 240-241, note 12) ; le
modèle à générations imbriquées « de Samuelson », exposé dans l’annexe II (voir Malinvaud,
1986). Se trouve clairement articulée dans cet ouvrage la position « interventionniste » de
l’auteur en matière d’épargne et de taux d’intérêt : Allais pense que les individus sont
incapables de tenir compte de leur satisfactions futures et que l’Etat doit intervenir pour
contrôler le taux d’intérêt.
A partir de 1967, Maurice Allais entreprend de développer une théorie plus générale de
l’équilibre économique, affranchie des hypothèses restrictives qu’il juge empiriquement
inadmissibles – en particulier celle de convexité des champs de préférence et des fonctions de
6 L’obstacle linguistique ne joue pas vraiment dans ce cas, puisque les résultats sont parus en anglais – tard, il est
vrai (Allais, 1962). Sans doute les outils mathématiques peu usuels sont-ils pour quelque chose dans cette faible
diffusion.
5
production. Cette évolution le conduit à prendre de la distance à l’égard de certains de ses
résultats antérieurs, et à adopter une attitude extrêmement critique à l’encontre de Walras et
des développements contemporains de la théorie de l’équilibre général, dans lesquels, selon
lui, le souci de l’élégance mathématique prime sur les préoccupations de pertinence
empirique. Ce divorce d’avec Walras et les walrasiens, largement majoritaires dans ce
domaine, s’accompagne d’un retour aux sources vers Dupuit, Pareto et Edgeworth.
La théorie générale des surplus (Allais, 1981), élaborée pour l’essentiel avant 1974, ne
semble pas, pour l’instant, avoir de postérité7. Elle présente pourtant de nombreux aspects
séduisants : en particulier, l’abandon des hypothèses de convexité des fonctions de préférence
et de production confère à l’analyse une plus grande généralité et un plus grand réalisme. Elle
montre qu’en certains cas la pratique de prix discriminatoires est une condition de réalisation
de l’optimum. Par contre, l’analyse du fonctionnement dynamique des marchés décentralisés
ne convainc guère ; Maurice Allais tente de remplacer le tâtonnement walrasien par une suite
de trocs mutuellement avantageux pour les deux contractants qui s’effectueraient sans
référence à un prix de marché (il passe de l’économie de marché à l’économie de marchés)
mais cette description ne fait guère gagner en réalisme ce qu’elle perd en cohérence. On voit
mal comment des agents peuvent faire un échange spécifique entre deux biens sans avoir une
idée de la valeur de ces biens sur le marché. Malgré les proclamations de son auteur (« Ma
théorie générale des surplus constitue un progrès considérable, à vrai dire tout à fait
révolutionnaire, non seulement sur toutes les théories antérieures, mais également sur toutes
les théories actuelles », (Allais, 1989, p. 9), cette contribution n’a eu jusqu’à présent aucun
retentissement. Peut-être est-elle trop générale pour aboutir à des résultats exploitables. Peutêtre
est-elle trop datée sur les préoccupations des années 1950-1960 (la gestion optimale des
entreprises publiques) plutôt que les préoccupations des années 1980 (les externalités, les
rigidités des prix et des salaires) ? Peut-être ne faut-il voir dans l’ignorance où elle est
généralement tenue que l’effet de la nouveauté : « l’espèce de tyrannie qu’exercent les hommes
qui détiennent le pouvoir scientifique, le conditionnement des esprits par un enseignement
dogmatique, la force quasiment irrésistible des idées acquises font que les conceptions
nouvelles se heurtent à des obstacles pratiquement insurmontables, et il faut des dizaines
d’années et un renouvellement des générations pour que les idées erronées et les préjugés
d’une époque soient finalement abandonnés. La résistance aux idées nouvelles est si forte que
lorsqu’elles sont présentées, elles sont qualifiées, si justifiés qu’elles puissent se révéler
finalement « d’erreurs manifestes résultant simplement de l’ignorance de ce qui est
universellement admis ». A cela s’ajoute dans le monde contemporain la croyance quasiment
universelle que les seuls écrits scientifiquement valables sont les travaux de langue anglaise »
(Allais, 1981, p.433, note 599,3).
La théorie des choix dans l’incertitude
La théorie des choix incertains de Maurice Allais mérite une place à part dans la
discussion de ses contributions, parce qu’elle a assuré à l’auteur une notoriété dans les milieux
académiques anglo-saxons bien supérieure à celle obtenue de ses autres travaux8, et parce que
7 Le livre n’a eu qu’une analyse critique (celle de Guesnerie, 1984) et n’a été cité depuis que dans 3 articles.
8 Google Scholar recense 1 128 citations de l’article d’Econometrica de 1953 contre 107 pour le Traité
d’économie pure.
6
les développements auxquels elle donne lieu aujourd’hui sont révélateurs de l’évolution des
théories économiques.
Maurice Allais expose sa théorie des choix en univers incertain lors d’un colloque
international du CNRS qu’il organise à Paris en 1952, afin d’entamer un débat, qu’il espère
fructueux, avec les tenants de l’ « école américaine », alors dominante depuis l’émergence de
la théorie des jeux (von Neumann et Morgenstern, 1944). Sa contestation des postulats de la
théorie (néo-bernoullienne) de l’utilité anticipée est fondée à la fois sur l’intuition –
l’introspection psychologique – et sur les résultats d’un questionnaire qu’il fait remplir aux
participants du colloque et à ses meilleurs étudiants, et qui établirait le fondement empirique
du fameux « paradoxe d’Allais ». En fait, Allais va évoquer pendant 25 ans les résultats de ce
questionnaire sans jamais les publier. Il prétend pourtant que cette analyse montre « que pour
tous les agents considérés, il existe effectivement un indice de valeur psychologique ou utilité
cardinale, qui peut être déterminé indépendamment de la considération de tout choix
aléatoire » (Allais, 1989). Cette proposition n’a guère été prise au sérieux9.
La théorie que Allais propose insiste sur la préférence pour la sécurité au voisinage de la
certitude, sur la probabilité de ruine et, plus généralement, sur un traitement approprié du
risque. Elle jette un doute sur la validité des résultats des analyses en termes d’utilité anticipée
dans la plupart des situations où elles sont généralement appliquées : la théorie des jeux bien
sûr, mais aussi la finance, les choix d’investissement.
Selon la théorie néo-bernouillienne, un individu rationnel prend ses décisions dans
l’incertitude en vérifiant certains axiomes de rationalité. Dans ce cas, on peut lui attribuer une
utilité cardinale U (c) telle que l’utilité pour lui d’une loterie (ci ,p i ) soit U = å p iU(ci ) .
Allais montre que les individus ont une forte préférence pour la sécurité au voisinage de la
certitude. Ainsi, ils préfèrent généralement la loterie A (10 000 €, 100%) à la loterie B
(15 000 €, 95% ; 0, 5%), mais préfèrent la loterie D (15 000, 45% ; 0, 55%) à la loterie C
(10 000 €, 50% ; 0, 50%), ce qui est incompatible avec des préférences néo-bernouillienne.
Allais remet en cause l’axiome d’indépendance de van Neumann, Morgenstern et Savage :
« si la loterie A est préférée à la loterie B, alors, quelle que soit la loterie C et quelle que soit
la probabilité p, la loterie [A (p) ; C (1- p)] est préférée à la loterie [B (p) ; C (1- p)] ». Selon
lui, cet axiome ne tient pas si la qualité de la loterie A était l’absence d’incertitude ou
l’absence de risque de ruine.
Les économistes américains – von Neumann, Morgenstern, De Finetti, Savage,
Friedmann… – n’ont pas voulu admettre le bien-fondé de ces critiques ; les analyses en univers
incertain a continué d’utiliser les postulats contestés par Maurice Allais ; le paradoxe d’Allais
a été considéré soit comme le produit de l’irrationalité de certains agents10, soit comme une
particularité locale de la fonction d’utilité qui pouvait être négligée dans les plupart des cas.
En sens inverse, Allais ne proposait pas une spécification précise, sinon qu’il fallait considérer
l’ensemble de la distribution des gains. En 1979, l’ouvrage publié par Allais et Hagen ne fait
que reprendre la polémique de 1952, sans la faire progresser.
Cependant, la multiplication des « anomalies » constatées dans certaines applications
empiriques et le développement récent d’une véritable économie expérimentale ont, à partir de
9 Elle serait développé dans l’ouvrage : Allais et Hagen (1994) : Cardinalism. A fundamental Approach, Kluwer,
ouvrage que nous n’avons pas encore pu consulter. Cet ouvrage n’a eu aucun retentissement et, en particulier,
aucune analyse critique.
10 Selon Savage, il suffi d’expliquer l’axiome d’indépendance pour que les personnes s’y conforment.
7
la fin des années soixante-dix, remis le paradoxe d’Allais au goût du jour (voir, par exemple,
Kaineman et Tversky, 1979, Machina, 1982). D’un certain point de vue, Maurice Allais peut
être considéré comme le précurseur de la finance comportementale, qui se donne comme but
d’analyser les choix effectivement fait par les individus et met à jour des phénomènes que
n’explique pas la théorie néo-bernoullienne (comme la préférence pour la sécurité, la
préférence pour les gains importants, l’impact des gains et des pertes passées sur les
comportements, etc.).
Maurice Allais comme macroéconomiste monétariste
Mais, l’oeuvre d’Allais ne se limite pas à la théorie microéconomique .Une partie
importante de celle-ci porte sur la théorie macroéconomique. C’est un monétariste et même un
monétariste extrême.
Maurice Allais a toujours méconnu l’apport de la pensée keynésienne à la théorie
macroéconomique. Il écrivait en 1954 dans Les fondements comptables de la macroéconomie
(p.70) : « Aucune des constructions théoriques de Keynes ne peut être prise comme
un point de départ solide pour de nouveaux progrès. Il est d’ailleurs inutile de les discuter,
d’en préciser les obscurités, les contradictions et les erreurs …. La théorie keynésienne n’a
cessé de se caractériser par une rare confusion de pensée et une totale incohérence qui seraient
vraiment incompréhensibles si nous ne savions pas combien la logique a peu de poids lorsqu’il
s’agit de justifier théoriquement certaines positions idéologiques. Bien des discussions qui au
premier abord apparaissent au lecteur peu averti comme particulièrement obscures
s’éclaireraient singulièrement si les textes pouvaient être accompagnés d’annotations où
seraient clairement explicitées les arrière-pensées …. Avec le recul du temps on ne tardera pas
à reconnaître qu’avec Keynes la théorie économique s’est fourvoyée pour de nombreuses
années dans une voie erronée. »
Dans cet ouvrage, Allais construit longuement une Comptabilité Nationale en utilisant
des concepts personnels. Le livre est une accumulation de d’équilibres comptables, avec des
définitions proches, mais subtilement différentes de celles de la Comptabilité Nationale
comme le revenu distribué, l’épargne placée, l’auto-investissement. Allais distingue l’épargne
placée et l’épargne sous forme monétaire car, pour lui, la monnaie se distingue radicalement
des autres actifs financiers. Il proclame que, globalement, l’investissement n’est pas égal à
l’épargne, mais à la somme de l’épargne spontanée et du revenu non distribué des entreprises.
On voit mal l’intérêt de l’exercice. Finalement, Allais précise que les relations comptables
doivent être complétées par des « conditions de structures et des conditions de causalité »,
mais que « leur fécondité est à la mesure de leur nécessité pour toute exposition claire et
précise de la théorie économique » ; il ne peut en traiter « faute de place ». Les confrères
d’Allais n’ont guère vu l’intérêt de remettre en cause les définitions de la Comptabilité
Nationale. L’ouvrage n’a eu aucun écho en 1954, ni en 1993 (lors de sa réédition).
Allais y démontre de façon confuse, qu’en cas de « neutralité monétaire », c’est-à-dire
lorsque les prix sont stables, « le prélèvement global effectué par les entrepreneurs sur le
revenu national (déduction faite des amortissements et des intérêts des capitaux ainsi que de la
rémunération des entrepreneurs en tant que tels est probablement peu différent de zéro »
(p. 80). Il reprendra, par la suite, cette proposition pour soutenir que les socialistes qui veulent
réduire la part des profits devraient militer pour une inflation nulle.
8
Ainsi, lorsqu’il intervient sur des sujets de macroéconomie, il le fait généralement en
microéconomiste borné, c’est-à-dire en partant du point de vue que la réalité économique
devrait se conformer au schéma théorique walrasien, malheureusement perturbé par la
création monétaire exogène. Certes, par certains côtés, Allais est un Friedman français
persuadé que tout ira bien si la masse monétaire croît à un taux fixe (le taux de croissance de
la production potentielle + 2 % d’inflation tolérable), mais le monétariste français n’a jamais
eu avec la pensée keynésienne le débat fécond que l’américain a pu avoir. Proche de
Friedman, même dans ses aspects les plus déplaisants quand il écrit en 1984 : « Le chômage
volontaire qui s’est développé ces dernières années dans certains pays comme la France trouve
son origine dans l’avantage économique qui résulte pour un certain nombre de chômeurs du
cumul de leurs indemnités de chômage avec les loisirs qu’il permet et les ressources procurées
par le travail au noir » ou pire « Le chômage chronique ne pourrait être pallié que par la
réduction de la rémunération du travail et par la détermination des salaires par le marché, tous
les contrats de travail , et tout particulièrement ceux des travailleurs étrangers11 ne restant
valables que pour une durée déterminée .» (Allais, 1987, p. 44) ».
Dans Economie et intérêt (1947), son explication des blocages de l’économie dans des
situations dépressives était cependant très proche de celle de Keynes, lorsqu’il expliquait que
le taux d’intérêt nominal ne saurait prendre des valeurs négatives et donc : « Le taux d’intérêt
nominal reste par la force des choses maintenu à une valeur beaucoup trop haute ; l’épargne
garde une valeur trop grande, bien supérieure à celle de l’investissement et, l’excédent
d’épargne s’immobilisant sous forme de monnaie thésaurisée, cette thésaurisation entraîne à
son tour le blocage progressif de l’économie. » (p. 411).
La théorie héréditaire, relativiste et logistique de la demande de monnaie
Selon Maurice Allais, son apport essentiel à la théorie monétaire est la « théorie
héréditaire, relativiste et logistique de la demande de monnaie et du taux d’intérêt», théorie
qu’il a élaborée de 1953 à 2000. Peut-on comprendre pourquoi cette théorie, concurrente, mais
beaucoup plus vaste, que celle de Cagan, a eu si peu de succès dans la communauté
scientifique?
Ecartons la question de la langue : cette théorie fut exposé en anglais dans American
Economic Review en décembre 1966 ; puis à trois reprises dans le Journal of Money, Credit,
and Banking .
Cette théorie ne repose pas sur une démonstration précise basée sur l’application des
principes habituels de maximisation d’utilité ou de minimisation de coût mais sur des
postulats surprenants que l’auteur ne justifie que par la cohérence finale de sa construction
avec les faits. Elle introduit des concepts nouveaux dont la compréhension est difficile et le
rôle obscur. Même les économistes les plus favorables à Allais doivent le reconnaître.
Bertrand Munier (1986), par exemple, écrit : « La théorie de la dynamique monétaire d’Allais
est difficile à pénétrer, même lorsqu’on souhaite se dispenser des aspects secondaires, sans
parler du détail du raisonnement » (p. 23). Pour Thierry de Montbrial (1986) : « Cette théorie
est d’un abord difficile … Ses méthodes numériques aussi lui sont particulières …Il résulte de
tout cela que pour accéder en profondeur à l’oeuvre d’Allais, il faut un investissement
considérable dont aucun économiste réputé n’a accepté jusqu’ici de payer le prix » (p. 40).
11 Souligné par nous.
9
En 2001, Allais publie un recueil de ses écrits sur la dynamique monétaire, mais celui-ci
n’a aucun écho. Vu de loin, c’est un spectacle assez étonnant que celui de cet homme qui
défend obstinément une théorie grandiose, originale et homogène qui d’après lui explique la
totalité des phénomènes monétaires, mais ne réussit pas à la faire comprendre et encore moins
adopter. Allais (2001) l’explique par cinq raisons : ses travaux ont été publiés en français ; ils
sont complexes et techniques ; ils se heurtent aux vérités établies ; ils n’ont pas été regroupés ;
Allais a négligé les relations publiques ; il ajoute qu’il préfère éviter de mentionner les autres
raisons.
Cette théorie comporte une théorie des cycles, une théorie de la demande de monnaie et
une théorie du taux d’intérêt.
La théorie du cycle
C’est dans l’article « Explication des cycles économiques par un modèle non linéaire à
régulation retardée » de 1954 qu’apparaissent les premiers ingrédients de cette théorie.
Maurice Allais propose une théorie du cycle entièrement basée sur la confrontation entre
l’offre et la demande de monnaie,
Il écrit ainsi que la dépense globale en valeur (égale au revenu global) de la période t+l est
égale à la dépense de la période précédente augmentée d’une fraction de l’excès de l’encaisse
détenue M sur l’encaisse désirée Md. Le rapport des encaisses désirées à la dépense globale est
une certaine fonction décroissante, f(z), d’un indice de prospérité économique, z, que Allais
appelle «taux d’expansion économique psychologique», qui est un lissage géométrique des
taux de croissance passés de la dépense en valeur, x. Allais suppose par ailleurs que la masse
monétaire est déterminée par le système bancaire, le ratio entre la monnaie émise et le revenu
étant une certaine fonction croissante, g(z), de l’indice z. On a alors : x = h (g(z)-f(z))
Comme z est une fonction des x passés, cette équation détermine une dynamique de la
croissance de la dépense globale. Si les agents ressentent une amélioration du taux
d’expansion économique (z augmente), ils voudront détenir moins de monnaie tandis que les
banques en créeront plus; cela provoquera une hausse de la croissance c’est-à-dire de x qui
rétroagira sur z.
Sur le plan mathématique, Allais montre que l’on peut choisir habilement les fonctions f et
g pour que l’équilibre stationnaire soit instable, que l’économie converge nécessairement après
des chocs de taille modérée vers un cycle limite tandis qu’elle explose pour des chocs trop
forts , d’une façon similaire aux modèles d’inspiration keynésienne de Goodwin (1951).
Sur le plan économique, en revanche, le modèle est nettement plus discutable. D’abord
Allais introduit une fonction de demande de monnaie ad hoc qui ne dépend que du revenu et
de sa croissance, alors que dans Economie et intérêt, il avait justifié le fait que la demande de
monnaie dépende du taux d’intérêt et de ses variations anticipées. Ensuite, l’équation
fondamentale du modèle est bizarre : le taux de croissance de la demande devrait dépendre de
la variation de l’écart entre encaisse et encaisse désirée ; on ne voit apparaître dans l’équation
ni les dépenses ni les investissements financés par la création monétaire : la monnaie serait
injectée dans l’économie par hélicoptère. Plus fondamentalement, que peut apporter un
modèle purement monétaire du cycle, qui ne distingue pas entre prix et volume, entre
investissement et consommation ? Le modèle ne comporte pas de cadre comptable rigoureux
explicitant les comportements sur les trois marchés (biens, monnaie, titres-crédits) ; il repose
en fait sur des hypothèses arbitraires : les ménages, s’ils ont trop de monnaie, dépensent plutôt
10
que d’acheter des titres ; ils peuvent avoir trop de monnaie mais jamais trop de titres ; sur le
marché du crédit, l’offre s’impose à la demande.
C’est un modèle monétariste puisque l’ajustement entre la demande et l’offre de monnaie,
ici endogène, détermine l’évolution de la demande de biens et non le taux d’intérêt. Bien sûr,
Allais peut écrire : « Notre théorie est donc en opposition complète avec la théorie
keynésienne des cycles économiques qui repose sur la considération de l’épargne et de
l’investissement que nous considérons comme fondamentalement erronée » (Allais, 1954b,
p. 234) ou « il est possible d’expliquer les fluctuations conjoncturelles en considérant
seulement l’interdépendance entre les séries temporelles de la dépense globale et de la masse
monétaire, indépendamment de la considération de toute quantité réelle » (Allais, 2001,
p. 88). Mais son modèle a le défaut de ne pas expliciter les déterminants de l’investissement,
de faire l’hypothèse que les fluctuations de la consommation sont régies avant tout par des
phénomènes patrimoniaux portant sur la seule monnaie, de reposer sur un concept arbitraire
de monnaie.
Cette théorie l’amène à penser que si la vitesse de circulation de la monnaie et l’offre de
monnaie sont fixes, il ne peut y avoir de cycles. Cela lui donnera des arguments
supplémentaires pour ses deux grandes idées : la dépréciation de la valeur de la monnaie
circulante (du coup les gens ne détiendraient qu’un minimum incompressible de monnaie) et
la règle de « 100 % monnaie ».
La théorie de la demande de monnaie et du taux d’intérêt
En 1965, Maurice Allais propose une reformulation de la théorie quantitative de la
monnaie. Malheureusement, son exposé est si confus que personne n’est sûr de l’avoir
compris. Cet exposé part de huit postulats dont Allais dit : « En fait, l’analyse des données
empiriques m’a conduit, d’une manière pratiquement irrésistible à chaque étape, à formuler
successivement les différents postulats qui sont à la base de ma formulation héréditaire,
relativiste et logistique. Comme les postulats de la Mécanique, ces postulats ont été dégagés
d’une longue analyse antérieure. Ces postulats, comme les postulats de toute théorie, se
trouvent justifiés par le fait que leurs conséquences se trouvent en accord avec les données de
l’observation. » (Allais, 1965, p.67). Ces postulats mélangent bizarrement des considérations
psychologiques et monétaires.
Citons le postulat relativiste 1 : le temps psychologique est tel que l’oubli par unité de
temps psychologique est constant ; le postulat héréditaire 2 : les décisions des agents
économiques dépendent du taux d’expansion psychologique, fonction de l’évolution passée de
la demande ; le postulat 3 : la fonction d’encaisse désirée est invariante dans le temps et dans
l’espace ; le postulat 4 : la vitesse de circulation de la monnaie est une constante dans le
référentiel de temps psychologique ; le postulat logistique 5 : la variation de l’encaisse désirée
est proportionnelle à la variation du taux d’expansion psychologique ; postulat 8 : le taux
d’oubli est égal au taux d’intérêt psychologique.
Il en conclut que le ratio entre la demande de monnaie et le revenu national est une
fonction décroissante d’un certain coefficient d’expansion psychologique du revenu national
nominal, c’est-à-dire de la perception par les agents de la croissance passée du revenu, et ne
dépend que de ce coefficient. Or cette thèse n’a aucun fondement logique, la demande de
monnaie devant dépendre du taux d’inflation anticipé (si on considère les arbitrages
monnaie/biens) ou du taux d’intérêt nominal (si on considère les arbitrages monnaie/actifs
11
rémunérés), bien qu’à court terme effectivement le ratio monnaie/revenu soit bas quand le
revenu a crû fortement, les ménages n’ayant pas eu le temps d’ajuster leurs liquidités. Mais
Allais refuse toute autonomie aux anticipations : « aucune anticipation de l’avenir ne peut se
former en dehors d’une influence héréditaire du passé. » (Allais, 1976a, p. 125)
D’après Allais, on peut définir à chaque instant un taux d’expansion psychologique du
revenu nominal, Z(t), et un taux d’oubli : c (t) . Le taux d’expansion psychologique dépend
alors de la croissance passée du revenu nominal, x, selon la formule :
(1) dZ/dt = x -cZ
et le taux d’oubli dépend de Z selon : 0 c =c *(1+ eZ ) / 2 , avec 0 c = 0,004 en valeur mensuelle.
Cela formalise l’idée que la croissance psychologique est un lissage de la croissance
observée, lissage d’autant plus court que la croissance est vive. Dans ce cas, Z est fort et le
taux d’oubli élevé.
Allais écrit ensuite que la demande de monnaie est :
(2) M = D*2 /(1+ eZ ) , D étant le niveau du revenu global.
En raison du postulat 8, le taux d’intérêt psychologique i est égal au taux d’oubli :
(3) 0 i=c *(1+ eZ ) / 2
La relation (2) peut donc s’écrire : (4) 0 M = D*i / i . Mais la relation entre demande de
monnaie et taux d’intérêt psychologique n’est pas causale. Elle provient de ce que les deux
dépendent de Z.
Le taux d’intérêt psychologique est le taux avec lequel la collectivité escompte l’avenir. Il
n’est pas assimilable aux taux observés mais commande leur niveau. En croissance équilibrée,
cette spécification aboutit à ce que la demande de monnaie soit très sensible au niveau du taux
de croissance quand celui-ci est faible : si x passe de 0 à 1 % en rythme annuel, la demande de
monnaie diminue de 10 %. Le taux d’intérêt psychologique vaut 4,8 % pour un taux de
croissance nul puis il augmente moins vite que celui-ci : il lui est égal pour une croissance de
9,3 %.
Le lecteur qui a eu la patience de nous suivre jusqu’ici se demandera sans doute qu’elle est
le sens de cette construction. Pourquoi, le taux d’intérêt psychologique dépend-t-il uniquement
de la croissance nominale, quelque soit sa répartition entre inflation et croissance réelle ?
Qu’est-ce d’ailleurs que ce taux psychologique dont Allais n’explique jamais quels
comportements précis il est censé influencer ? Comment la demande de monnaie peut-elle
avoir les mêmes caractéristiques quelles que soient les institutions monétaires et quelle que
soit la définition de la monnaie ? Par quel miracle le taux d’oubli et la vitesse de circulation de
la monnaie sont-ils proportionnels ? Tout ceci repose sur l’hypothèse implicite selon laquelle
non seulement la nature humaine mais aussi les institutions monétaires et la monnaie sont les
mêmes partout. D’ailleurs Maurice Allais écrit : « Les résultats obtenus montrent que tout se
passe comme si, indépendamment de cadres institutionnels différents, de situations
contingentes, et de leurs aspirations particulières, les hommes réagissaient de la même
manière, et en quelque sorte mécaniquement, à des enchaînements complexes identiques. Ils
montrent que nous sommes conditionnés par notre passé, et ils ouvrent de nouvelles
perspectives dans le débat général entre déterminisme et libre arbitre. » (Allais, 1986, p. 14)
Allais est persuadé d’avoir introduit des concepts fondamentaux pour l’économie, mais
aussi pour tous les domaines (psychologie, sociologie et sciences politiques) : l’analogie entre
12
la mémorisation du passé et l’actualisation de l’avenir ; entre le taux d’oubli psychologique et
le taux d’intérêt psychologique ; le concept de temps psychologique défini par la condition
que dans ce référentiel, le taux d’oubli est constant12. Mais ces concepts n’ont guère été repris
par d’autres.
On ne peut s’empêcher d’avoir l’impression d’être devant une construction théologique,
arbitraire et sans fondements. Sans fondements logiques, voulons-nous dire, car Maurice
Allais exhibe de nombreuses courbes établies par une méthode qui lui est propre, et qui
prouvent que sa théorie rend compte à merveille des faits. Les points délicats étant que Z n’est
pas directement calculable ; que jamais la validité empirique de sa théorie n’est prouvée selon
des méthodes économétriques usuelles ; et, en ce qui concerne le taux d’intérêt, que Maurice
Allais prend la précaution de dire que le taux d’intérêt psychologique n’est qu’une limite vers
laquelle tend le taux d’intérêt pur.
Cette théorie l’amène à écrire dans « Growth and Inflation » (Allais, 1969) que si on veut
maximiser la consommation par tête, compte tenu de ce que la règle d’or nous indique qu’il en
est ainsi quand le taux d’intérêt est égal au taux de croissance de l’économie, il faut selon
l’équation (3) un taux de croissance nominal de 9,3 % environ13. Là encore cette théorie – le
taux d’intérêt ne dépend que du taux de croissance et en dépend selon l’équation (3) – n’est
pas démontrable logiquement et n’est pas vérifié empiriquement. D’ailleurs dans Economie et
intérêt, Allais écrivait au contraire que 1’Etat pouvait et devait faire baisser le taux d’intérêt
par une politique budgétaire adéquate. Il étudiait avec soin la double détermination du taux
d’intérêt : à court terme par la politique monétaire; dans les situations d’équilibre, par la
confrontation de l’offre et de la demande de capitaux. Allais écrit maintenant : « Le taux
d’intérêt pur apparaît être entièrement déterminé par des considérations psychologiques. De ce
fait, dans une situation d’équilibre, le taux d’intérêt pur n’est pas déterminé par l’équilibre entre
la demande et l’offre de capital ; en fait la demande de capital par le secteur productif est le
résultat du taux d’intérêt psychologique, qui est lui-même déterminé par l’évolution passée de
la demande globale. » (Allais, 1969, p. 449).
Cette théorie a donné lieu à des débats avec des économistes anglo-saxons (Cagan,
Niehans, Darby, Scadding) dans les années 1964-1972. Ceux-ci furent peu fructueux. La
méthode d’Allais consistant à poser a priori des postulats sans fondements, à justifier a
posteriori toute la construction par son adéquation aux données, adéquation évaluée par des
méthodes non-standards, à refuser toute théorie concurrente sous l’argument qu’elle ne
rendrait pas aussi bien compte des données, rendait difficile la discussion. De plus, le sujet de
la demande de monnaie a perdu de plus toute importance dans l’analyse monétaire.
La théorie héréditaire, relativiste et logistique de la demande de monnaie et ses annexes
apparaît malheureusement comme une impasse où un économiste de la taille de Maurice
Allais s’est perdu durant 40 ans. Le point étrange est que Maurice Allais s’est accroché aux
spécifications précises des équations (1) et (2), persuadé de tenir là des vérités aussi précises
et valables en tout temps et tout lieu que les lois de la physique, sans avoir jamais réussi à
convaincre un seul économiste réputé. Reste à savoir comment humainement Maurice Allais a
ainsi pu croire avoir raison, contre toute la communauté scientifique, ce qui l’amenait à
12 Bizarrement, Allais écrit que sa théorie est similaire avec la théorie de la relativité (Allais, 2001, p. 49) qu’il
juge pourtant fausse.
13 Allais tempère cette proposition en reconnaissant, p. 396, que l’influence du taux d’intérêt sur le niveau de
production est relativement faible, que l’utilité des encaisses monétaires est maximale quand le taux d’intérêt,
donc la croissance nominale, est nul.
13
écrire : « Tout progrès scientifique réel se heurte à la tyrannie des idées dominantes des
establishments dont elles émanent. Le savant à succès est celui qui apporte quelque
perfectionnement marginal aux théories dominantes auxquelles tout le monde est habitué. Si
par contre une théorie s’écarte des chemins battus, elle est assurée d’une opposition générale
quelles que puissent être ses justifications empiriques. » (Allais, 1986, p. 29). Il faut regretter
par ailleurs qu’aucun économiste, autre qu’Allais et ses thésards (J.-J. Durand ou J.-M.
Bethenod), n’ait jamais testé sérieusement sa théorie, sans doute par manque de curiosité pour
une analyse si peu fondée théoriquement.
Ses travaux sur la dynamique monétaire l’amènent à des conclusions tranchées en matière
sociale. « La psychologie des hommes reste fondamentalement la même en tout temps et en
tout lieu ; le présent est déterminé par le passé selon les lois invariantes… Les sociétés
humaines, situées dans des contextes très différents, qu’il s’agisse de situations courantes,
inflationnistes ou déflationnistes ou d’hyperinflations, de pays capitalistes ou communistes,
d’aujourd’hui ou d’il y a cent ans, se comportent de manière semblable. » (Allais, 1965,
p. 15). Laissons-le conclure : « Les régularités numériques que la formulation héréditaire et
relativiste a permis de mettre en évidence sont à vrai dire les plus extraordinaires qui aient
jamais été trouvées dans les sciences sociales et cela dans un domaine essentiel pour la vie des
sociétés. » (Allais, 1986, p. 13). Alors, savant « nimbus » ou génie ?
Maurice Allais comme savant « nimbus »
Il est deux découvertes de Maurice Allais auxquelles celui-ci attache une grande
importance mais qu’il est difficile de prendre au sérieux. Il a la conviction que l’économie
n’est qu’une partie d’un tout, l’équilibre économique « général » ne constituant que l’un des
aspects – important, certes, selon lui – de l’équilibre général social, ce dernier étant à son tour
immergé dans l’équilibre universel ; d’où la pratique assidue de quelques « violons d’Ingres »
(Allais, 1986), parmi lesquels la physique.
En 1952, Maurice Allais, en étudiant les mouvements du pendule paraconique, s’aperçoit
que ceux-ci présentent des anomalies par rapport aux prévisions de la théorie gravitationnelle
habituelle. Malgré les critiques des physiciens qui incriminent le manque de rigueur de ses
conditions expérimentales, Maurice Allais publie alors une vingtaine d’articles pour analyser
ces écarts et reconsidérer les lois de la gravitation. Il prétend avoir découvert une
« anisotropie de l’espace » et annonce en octobre 2003 « l’effondrement radical et définitif de
la Théorie de la relativité ». Ces travaux n’ont pas été pris au sérieux par les physiciens (voir
Moatti, 2007).
En 1979, Maurice Allais découvre la cause essentielle des fluctuations conjoncturelles ; ce
serait le Facteur X, c’est-à-dire l’influence sur l’homme des fluctuations planétaires et des
taches solaires. Toutes les grandeurs économiques vibrent de façon similaire en raison de
l’influence du Facteur X. Les travaux économétriques usuels seraient fondamentalement
erronés car ils se contenteraient d’exhiber cette corrélation et ne permettraient pas de déceler
des causalités : « Il est aujourd’hui établi que l’univers physique est caractérisé pour une large
part par une structure vibratoire. Cette structure vibratoire se traduit par des phénomènes
physiques d’allure périodique ou quasi-périodique, tels que rotation diurne de la terre, le
mouvement des planètes autour du soleil, les taches du soleil, etc. C’est cette structure
vibratoire de l’univers physique qui constitue le Facteur X. Il est dès lors naturel de supposer
que les fluctuations économiques conjoncturelles sont dues en partie à des fluctuations de la
14
psychologie collective résultant elles-mêmes des fluctuations du Facteur X. La théorie qui
permettra de déduire les fluctuations des taches du soleil des périodes planétaires, et par la
même de les prévoir, constituera certainement un pas décisif dans la compréhension des
fluctuations conjoncturelles. » (Allais, 1980, p. 20, repris dans Allais, 2001) ou encore :
« Suivant l’hypothèse du facteur X, les fluctuations des séries temporelles que nous observons
dans les phénomènes qui relèvent des sciences de la nature, des sciences de la vie ou de
l’homme, résultent, pour une large part, de l’influence par des phénomènes de résonance, des
innombrables vibrations qui sillonnent l’espace dans lequel nous vivons et donc l’existence
est aujourd’hui une certitude. Ainsi, peut s’expliquer, pour une large part, la structure des
fluctuations aujourd’hui incompréhensible, que l’on constate dans un très grand nombre de
séries temporelles comme par exemple celles des tâches solaires ou des cours de bourse. »
(Allais, 1989, p. 1314). Ce facteur X représente, selon Allais, la 5ème de ces grandes
découvertes en économie. Bref, Madame Soleil Prix Nobel d’économie… Ce facteur X n’a eu
aucune postérité, à ce jour.
Maurice Allais, penseur libéral
Maurice Allais écrit : « Ma pensée a été largement influencée par une philosophie
d’inspiration libérale15… Mais, quelle qu’ait pu être cette influence, je me suis toujours
efforcé de maintenir mes analyses d’économie appliquée sur un plan aussi scientifique que
possible » (Allais, 1986) Pour lui, la liberté politique et les libertés économiques (l’économie
de marchés) sont indissociables ; il est farouchement opposé à la propriété collective et à la
planification, sources de gaspillage et incompatibles avec la liberté individuelle. « Une
économie collectiviste mène inéluctablement non seulement à des organisations
bureaucratiques inefficaces, génératrices d’innombrables injustices, mais également à la perte
des libertés politiques, à des régimes dictatoriaux et à un écrasement des citoyens par ceux qui
se sont emparés de l’Etat ».
Allais accepte l’inégalité sociale au nom de la concurrence : « L’inégalité dans la
distribution des revenus et de la propriété que génère inévitablement l’appropriation privée
des surplus est le prix qu’il faut payer pour assurer l’efficacité de l’économie, condition en
dernière analyse de toute amélioration de l’existence des hommes. Aucun progrès social n’est
possible si l’économie n’est pas efficace et la condition de l’efficacité économique, c’est une
économie de marchés fondée sur la propriété privée et la concurrence ».
Il ne se préoccupe guère de corriger les inégalités de revenu par la redistribution, ex ante
(limitation de l’héritage) ou ex post : nous verrons qu’il n’est pas favorable à une fiscalité
progressive et il se méfie des prestations sociales, sources de fraude et de chômage. :
« L’indemnisation du chômage conjoncturel, fondamentalement justifié dans son principe
aboutit à des abus scandaleux. Un chômage volontaire se développe, de nombreux chômeurs
gagnant plus avec leur indemnité chômage et les ressources tirées d’un travail au noir qu’avec
le salaire qui résulterait pour eux d’une activité régulière » (Allais, 1977, p. 12) ou « Les
politiques de transferts de revenus aboutissent par la démagogie qui les inspire, et par les abus
qu’elles engendrent à faire payer à une partie de la collectivité une charge excessive et
injustifiée ». (p. 77).
14 Oui, ce texte est bien paru dans Annales.
15 Il était d’ailleurs membre de la Société du Mont Pèlerin.
15
Ses analyses de l’histoire et de la sociologie (voir, par exemple, Allais, 1974a) sont
explicitement inspirées de Pareto – son maître entre tous – et de Tocqueville. Elles se fondent
sur l’interaction entre l’économique et le social, en insistant sur le rôle des élites, leur
formation et leur évolution, comme moteurs principaux de la dynamique des civilisations. Les
sociétés démocratiques, qui seules permettent l’épanouissement des libertés favorables à
l’efficacité économique, courent à leur perte si elles n’assurent pas la domination des élites et
la promotion des élites virtuelles. De ce fait il est favorable à l’héritage : « En moyenne, les
enfants des plus capables sont les plus capables ; il est de l’intérêt de tous que les plus
capables disposent d’un pouvoir économique plus grand que ceux qui le sont moins » et se
méfie de la démocratisation de l’enseignement : « Une structure de classe est inévitable et
l’idée que la répartition des étudiants dans l’enseignement supérieur doive fidèlement refléter,
quant à leur origine sociale, la répartition de la population relève ou d’une analyse insuffisante
des faits, ou d’une démagogie hypocrite. »
Ce souci de préserver un ordre – économique et politique – libéral l’a conduit, à plusieurs
reprises, à proposer des mesures de politique économique « radicales ». De ce point de vue, il
s’inscrit dans la lignée des « libéraux réformateurs » et revendique l’héritage de Pareto, Silvio
Gesell et Keynes, et plus généralement des « grands réformateurs sociaux de tous les temps,
des Pères de 1’Eglise à Proudhon et à Marx » (Allais, 1977, p. 253).
Symptomatique de cet aspect de sa production, et révélateur de ses talents de
pamphlétaire, L’impôt sur le capital et la réforme monétaire (Allais, 1977), exprime
clairement ses choix de société et les moyens qu’à la lumière de ses analyses économiques, il
juge les plus appropriés pour préserver l’ordre libéral permettant seul d’atteindre l’efficacité
économique maximum : réforme fiscale (remplacer tous les impôts directs sur le revenu et les
sociétés par un impôt sur le capital), réforme monétaire (rendre à l’Etat le monopôle de la
création monétaire et du seigneuriage) et indexation généralisée. Ou plutôt pour restaurer cet
ordre libéral, car «la mythologie, c’est que la société actuelle serait une société libérale ; la
réalité, c’est qu’elle se fonde pour une grande part sur un singulier mélange de corporatisme et
de collectivisme.» (ibid, p. 245). Il compare la société française de la fin des années 1970 à
celle de la veille de la Révolution française, telle que décrite par Turgot, et à celle du Bas
Empire romain : « Aujourd’hui comme alors des féodalités ploutocratiques, politicocratiques
et technocratiques s’emparent de 1’Etat … » (ibid, p. 255). Il dénonce avec virulence les
méfaits de l’inflation : « Qu’est-ce que le scandale de Panama au regard de l’énorme « racket »
permis par l’inflation ? Presque une goutte d’eau dans la mer. » (ibid, p. 145) ; et s’en prend à
l’hypocrisie des politiques, de droite comme de gauche : « Ce que les hommes recherchent, ce
sont des théories et des doctrines qui viennent consolider les avantages dont ils bénéficient,
affaiblir ceux qu’ils contestent et faciliter la conquête de ceux qu’ils convoitent. » (ibid,
p. 150).
Il est difficile de ne pas éprouver de gêne quand Maurice Allais critique aveuglément les
transferts sociaux ou s’en prend aux salaires trop élevés ou aux travailleurs immigrés. Mais
Allais n’est pas un idéologue du grand capitalisme. Le monde moderne, celui des grandes
entreprises et de la finance lui répugne. C’est un chantre de l’artisan, du travailleur
consciencieux qui doit être récompensé. « Il faut mettre fin à l’exploitation des administrés
par la collusion de la ploutocratie, de la technocratie et de la politicocratie. L’atelier, la ferme,
le magasin, le bureau, le laboratoire doivent devenir les seules sources de revenu ». (p. 247).
16
La réforme fiscale
Sa proposition d’instituer un impôt annuel sur tout le capital physique, en remplacement
de l’ensemble des impôts directs existants, découle directement de ses travaux d’économie
pure, en particulier de son insistance sur la distinction entre allocation et répartition. Allais
estime que l’inégalité des « revenus gagnés » est un système d’incitations nécessaire au
fonctionnement efficace de l’économie ; qu’il faut donc éviter de taxer les revenus qui
récompensent le travail et les risques encourus. Il refuse les « recherches inquisitorial » que
suppose l’impôt sur le revenu progressif16. Il estime qu’il est anormal et inefficace que l’impôt
sur les sociétés ne frappe que les sociétés bénéficiaires.
Au contraire, il existe des «revenus non gagnés», qui sont injustes, inutiles et donc mal
tolérés dans les sociétés démocratiques : il en est ainsi, par exemple, de la plus-value sur les
terrains ou les immeubles due à leur rareté ou aux infrastructures publiques qui les valorisent,
de toutes les rentes de monopole17, des profits résultant de protection douanière, des revenus
qui naissent de l’inflation et de la création monétaire par les banques. Pour que l’économie de
marchés fonctionne harmonieusement et de façon équitable, l’Etat peut et doit intervenir dans
le processus de répartition des revenus, pour en corriger les évolutions spontanées en
confisquant les rentes.
Maurice Allais propose d’instaurer un impôt annuel uniforme de 2 % sur tout le capital
physique existant, en ne conservant, de la fiscalité actuelle, que l’impôt sur la consommation
et en ajoutant aussi les gains obtenus en restituant à l’Etat le monopole de la création
monétaire. L’impôt de 2 % sur le capital physique serait cohérent avec la taxe de 2 % sur les
encaisses monétaires qu’induirait l’inflation stable à 2 % que Allais propose.
Allais estime que l’imposition du capital telle qu’il l’envisage18 n’aurait pas de
conséquences nuisibles, le volume de l’épargne étant, selon lui, indépendant de sa
rémunération : «La proposition suivant laquelle l’offre d’épargne est en valeur réelle
pratiquement indépendante du taux d’intérêt réel dans le domaine de variation de 0 à 5 % de
ce taux utile à considérer, paraît solidement supportée19 » (Allais, 1977, p. 65). La substitution
de cet impôt à ceux qui existent actuellement ne peut, selon lui, que favoriser les entreprises
prospères au détriment des entreprises déficitaires ; elle découragerait le gaspillage de capital
tandis que la suppression de l’IR inciterait les salariés à travailler d’autant plus qu’ils sont
plus productifs.
Toutefois, il ne propose pas d’analyse précise et modélisée de sa réforme : le gain en
efficacité obtenu par sa réforme (qui inciterait les entreprises à utiliser moins de capital et plus
de travail et les salariés à travailler plus) compenserait-il la perte induite par la baisse du stock
de capital ? Le débat n’est pas clos comme le montre le débat en 2007-2008 sur la TVA
sociale et la Contribution à la Valeur ajoutée.
16 Son autorité a souvent été évoquée par le Front National pour préconiser la suppression de l’IR.
17 Ainsi, Allais dénonce les privilèges des chauffeurs de taxis, des notaires, …
18 Cette proposition diffère de l’impôt sur la fortune que propose le Programme Commun de la Gauche : «Deux
différences fondamentales séparent le système étudié ici d’impôt sur le capital du système socialiste : la première
est que l’impôt sur le capital serait un impôt de substitution ; la seconde est que l’impôt ne porterait que sur les
biens physiques considérés individuellement, qu’il ne porterait pas sur les fortunes, qu’il serait impersonnel et
qu’il n’y aurait aucun inventaire des fortunes des personnes. » (Allais, 1977, p. 139)
19 Toutefois, il soutient plus loin que la protection de la valeur de l’épargne par l’indexation provoquerait une
forte hausse de l’épargne.
17
On remarquera de plus qu’un tel impôt ne répond pas vraiment au problème posé de
l’injustice des rentes et des revenus non gagnés, puisqu’il frappe sans distinction toutes les
formes de capital, qu’ils proviennent de l’épargne, de la prise de risque ou de l’aubaine. Un
impôt à taux très élevé sur les plus-values (en tout cas les plus-values mobilières) aurait
semblé plus indiqué. De même, faut-il considérer que tout revenu dit « du travail » est un
revenu gagné ? Ne faudrait-il pas considérer que les revenus salariaux excessifs récompensent
des rentes (celles de dirigeants des entreprises ou des opérateurs sur les marchés financiers),
rentes qu’il faudrait taxer ? Est-il choquant enfin que les revenus gagnés et légitimes
contribuent aux dépenses de la Nation ?
La réforme monétaire
Maurice Allais a toujours été préoccupé de définir une réforme monétaire, c’est-à-dire une
nouvelle organisation du crédit et de la monnaie qui permette de stabiliser automatiquement
l’économie (Allais, 1977,1984, 1987). Si le thème de la monnaie fondante n’apparaît que dans
Economie et intérêt, il défendra toute sa carrière ses trois autres grandes réformes : le « 100 %
monnaie », l’attribution à 1’Etat de l’ensemble des gains de seigneuriage et l’indexation des
créances.
Nous avons vu que, dans Economie et intérêt, Maurice Allais croyait avoir démontré que
le taux d’intérêt optimal est zéro. Or l’existence de la monnaie empêche le taux d’intérêt
nominal de s’approcher de zéro en période de stabilité des prix. Maurice Allais préconise alors
de dissocier les fonctions de la monnaie : la politique économique devrait viser la stabilité du
salaire nominal et donc une légère baisse des prix. Mais toute la monnaie, billets et dépôts à
vue, devrait obligatoirement être exprimée en circul, instrument de transaction dont la valeur
se déprécierait au cours du temps. Cela permettrait au taux d’intérêt nominal de fluctuer
autour de zéro. Il retrouve ainsi l’inspiration de Silvio Gesell, de Prudhon, d’Henry George et
du Major Douglas. A cette époque Maurice Allais ne fait pas confiance aux individus pour
faire un arbitrage satisfaisant entre le présent et le futur de sorte qu’il préconise une politique
budgétaire active pour abaisser le taux d’intérêt à zéro.
Maurice Allais cherche à concevoir une organisation du secteur monétaire qui permettrait
au taux d’intérêt d’égaliser l’épargne et l’investissement, mécanisme qui est faussé, selon lui,
par le fonctionnement actuel du système monétaire : d’une part les banques ont le pouvoir
exorbitant de créer du pouvoir d’achat ex-nihilo et Allais les dénonce avec virulence comme
des « faux-monnayeurs », créatrices de « faux droits » ; d’autre part le système est instable,
car en période d’essor économique les banques offrent plus de crédit alors que les ménages
veulent moins de monnaie. Allais est partisan d’une séparation rigoureuse du crédit et de la
monnaie : « Il n’est pas exagéré de dire que le système actuel de création de monnaie par le
crédit est un cancer qui ronge irrémédiablement le système capitaliste » (Allais, 1984).
Pour lui, comme pour tous les monétaristes, c’est la hausse de la masse monétaire qui est
le facteur clé de l’inflation : « Que l’on explique l’inflation par la croissance de la masse
monétaire ou par la hausse des rémunérations qui ne peut se réaliser que par l’accroissement
de la masse monétaire, l’origine de l’inflation contemporaine doit être recherchée dans la
création accélérée de faux droits, suscitée ou permise par le mécanisme du crédit » (Allais,
1977).
18
Dans son texte, « Les conditions monétaires d’une économie de marchés », écrit en 1987,
Maurice Allais voit la source de tous les maux dans le fait que les banques prêtent à long
terme des fonds dont elles ne disposent qu’à court terme : « Fondamentalement le mécanisme
du crédit aboutit à la création de moyens de paiement ex-nihilo, car le détenteur d’un dépôt le
considère comme une encaisse disponible alors que dans le même temps la banque a prêté la
plus grande partie de ce dépôt. A chaque opération de crédit, il y a duplication monétaire …
De là résulte une instabilité potentielle permanente puisque les banques sont à tout moment
dans l’incapacité de faire face à des retraits massifs, leurs actifs n’étant disponibles qu’à des
termes plus éloignés. Autant la mobilisation d’épargnes vraies par les banques pour leur
permettre de financer des investissements productifs est utile, autant la création de « faux
droits » par la création monétaire est nocive, tant du point de vue de l’efficacité économique
que du point de vue de la distribution de revenu. » (ibid, p. 16)
Il montre que le crédit génère une spéculation déstabilisante. Les agents économiques
achètent des actions à crédit ; cela fait monter les cours. « Cette montée des cours viendra
justifier leurs prévisions et les inciteront à emprunter davantage pour acheter encore…
L’euphorie générale induira les banques à prêter toujours davantage. A un moment ou un
autre, les opérateurs les plus lucides réaliseront que les prix sont devenus, selon tous les
critères, déraisonnables… Des que la baisse s’amorce, les emprunteurs qui ont spéculé sur la
hausse des cours devront faire face à leur promesse de payer. Pour tenir leurs engagements, ils
devront liquider une partie de leurs actifs, d’où une pression à la baisse des prix. Ces
difficultés entraîneront une perte de confiance dans l’économie…La dépense globale
diminuera. Le chômage s’étendra progressivement. …Ce ne sont pas les spéculateurs qui sont
responsables, mais le cadre institutionnel du crédit tel qu’il fonctionne ».
Il est donc partisan du système de « 100 % monnaie » déjà préconisé par Irving Fisher :
les banques de dépôts devraient détenir la contrepartie de leurs dépôts en monnaie centrale et
n’auraient pas le droit de consentir des prêts ; les déposants devraient rémunérer les banques
pour leurs services ; l’Etat, en contrôlant la monnaie centrale, contrôlerait parfaitement la
masse monétaire. Par ailleurs des banques de prêts collecteraient l’épargne sans avoir le droit
d’accepter les dépôts à vue et distribueraient des crédits ; mais ces organismes, n’ayant pas de
pouvoir monétaire, ne pourraient que transférer du pouvoir d’achat, pas en créer. Elles
devraient prêter à un terme plus long que leurs passifs. Cette interdiction aboutirait à priver de
rôle les intermédiaires financiers, dont la fonction est précisément, grâce à la loi des grands
nombres, de fournir des prêts à long terme à partir de dépôts à court terme et de permettre la
compatibilité des désirs des épargnants et des besoins des investisseurs.
Le projet d’Allais est basé sur un mythe : il n’existe pas de mécanisme qui assurerait
automatiquement, ex-ante, l’égalité entre les actifs financiers émis et ceux que les ménages
veulent détenir, c’est-à-dire entre l’épargne et l’investissement. Dans une économie monétaire,
on ne peut distinguer entre un bon crédit (qui serait financé par de l’épargne ex ante conservé
sous forme de titres) et un mauvaise (qui induirait de l’épargne forcée sous forme monétaire).
La distinction « actifs financiers/actifs monétaires » est arbitraire. Dans une économie de
subsistance, l’épargne (renoncer à aller à la pêche aujourd’hui et à consommer le produit de
cette pêche, pour reprendre l’apologue de Maurice Allais, 1947) détermine automatiquement
l’investissement (le radeau que l’on construira). Dans une économie monétaire, l’émission
d’actifs financiers crée l’épargne correspondante, mais cela peut se faire par hausse de la
production ou des prix, de même que la restriction de cette émission peut provoquer du
chômage ou réduire l’inflation. Les déséquilibres n’apparaissent pas sur un marché
19
épargne/investissement ou sur le marché monétaire mais sur le marché des biens. L’Etat ou la
Banque Centrale ne peut échapper à sa responsabilité de fixer au jour le jour les règles de
distribution du crédit.
Dans le système proposé par Allais, comme dans tout système de contrôle de la masse
monétaire, que se passerait-il lors de modifications de la demande de monnaie ? Une hausse
de la demande de monnaie se traduirait par un fort effet dépressif, une baisse par un fort effet
expansionniste Tout le projet repose sur une distinction fictive entre épargne et monnaie.
Selon quels critères peut-on décider qu’un actif financier représente de l’épargne ou de la
monnaie, alors que l’évolution des systèmes financiers tend à faire disparaître toute frontière
nette entre monnaie et actif financier?
Un autre thème d’Allais est que, si l’Etat conservait la totalité du seigneuriage, c’est-à-dire
du bénéfice de l’émission de monnaie, les impôts pourraient être réduits fortement. Mais cette
disposition aurait l’inconvénient d’inciter 1’Etat à émettre inconsidérément de la monnaie pour
bénéficier du seigneuriage. Par ailleurs ce serait au détriment des détenteurs de monnaie qui
non seulement ne seraient pas rémunérés mais en plus devraient payer les frais de
fonctionnement des banques. Allais est victime du préjugé qui veut que la monnaie soit
néfaste tandis que l’épargne est bonne, alors que la frontière entre les deux est arbitraire.
Allais dénonce comme une gigantesque escroquerie le pillage de l’épargne par l’inflation
due aux « faux droits » causés par la création monétaire et préconise pour éviter des transferts
injustifiés l’indexation totale sur l’indice des prix de tous les engagements sur l’avenir, sauf
pour la monnaie20.
Selon Allais, c’est la hausse de l’offre de monnaie qui induit le profit des entreprises. Si la
masse monétaire était fixe, il en irait de même pour la dépense globale et « les entreprises
absorberait une part nulle de la production nationale », (Allais, 1984, p. 522). Cette
proposition est difficilement compréhensible.
Allais est un Cassandre qui prédit continuellement que le système monétaire et financier
va s’effondrer s’il n’est pas réformé. Ainsi, «Les conditions monétaires d’une économie de
marchés » de début 1987 prédit le krach boursier d’octobre 1987 ; de même en 1979, Allais
prévoit un krach pour 1980 (voir La Vie Française du 22 octobre 1979) ; de même qu’il avait
prédit pour 1949-1951 l’effondrement de l’économie américaine en écrivant dès 1947 : « Nous
sommes quant à nous convaincu que si les Etats-Unis ne prennent pas les mesures que nous
préconisons, ils ne pourront éviter d’ici deux à quatre ans une nouvelle grande crise
économique, plus terrible encore que celle de 1929 » (Allais, 1947, p. 617).
Le savant méconnu
Après la seconde guerre, Maurice Allais a contribué à former de brillants économistes
comme Marcel Boiteux, Gérard Debreu, Jacques Lesourne, Edmond Malinvaud. (voir Drèze,
1989) Ses travaux théoriques furent appliqués dans les questions de tarification des
entreprises publiques (énergie, transport). De 1944 à 1980, il est professeur d’économie à
l’école des Mines et Directeur de Recherche au CNRS. En 1978, il est médaille d’Or du
CNRS.
20 Maurice Allais suggère habilement d’obliger les hommes politiques, lors de leur accession au pouvoir, à
convertir l’intégralité de leurs avoirs en titres d’Etat non-indexés pour les décourager de pratiquer des politiques
inflationnistes.
20
Dans toute son oeuvre, il n’hésite pas à présenter ses travaux sous forme dithyrambique :
« Ma théorie générale des surplus constitue un progrès considérable, à vrai dire tout à fait
révolutionnaire, non seulement sur toutes les théories antérieures, mais également sur toutes
les théories actuelles » ou, à propos de sa théorie héréditaire et relativiste, « la nouvelle
approche ouvre de larges perspectives, à peu près insoupçonnées jusqu’ici, non seulement
dans les sciences économiques, mais également dans toutes les sciences sociales ». En même
temps qu’il se plaint d’être un savant méconnu, victime de la tyrannie des idées dominantes :
« Dans tous les domaines que j’ai travaillés au cours de ce dernier demi-siècle, qu’il s’agisse
d’économique ou de physique, je n’ai cessé de me heurter aux « vérités établies », et aux
dogmatismes des « establishments » de toutes sortes qui en assurent la domination ».
Mas-Collel (1981), commentateur de Allais (1979) dans le Journal of Economic
Literature, est surpris du ton du Maurice Allais : “ Professor Allais feels intensely about his
ideas and criticism, to the point that he cannot comprehend why they have not been more
widely accepted among decision theorists. He tends to suggest less than elevated reasons:
« authority of received ideas » (p. 131), « dogmatism and intolerance » (p. 519), « passioned to
the detriment of objectivity » (p. 561), « prejudice » (p. 584), ignorance of French (p. 584). He
believes himself « misunderstood, misrepresented and ignored » (p. 556), as the result of a
« systematic blanket of silence » (p. 581)”.
Il est difficile de dater avec précision la rupture. Mais, on peut penser, qu’Allais s’est
marginalisé au sein des économistes au cours des années 1965-1970. Il a continué à travailler
en autodidacte, réinventant à lui tout seul à chaque ouvrage la Sciences Economique, utilisant
peu les travaux et les méthodes de ses collègues, de sorte que ceux-ci n’ont plus fait l’effort
de le lire. Il n’a pas réussi à constituer autour de lui une équipe d’économistes de valeur sur
des questions comme la dynamique monétaire ou la réforme fiscale. Homme de caractère
affirmé21, il est resté un solitaire, sans réels disciples, trop imbu de lui-même. Il n’a pas pris le
tournant de la macroéconomie, ni de l’économétrie moderne. Les questions de tarification
optimale et de gestion des monopoles publics sont passées de mode. Enfin, Allais a sans doute
souffert de la perte d’influence de l’école français d’économie au profit des anglo-saxons.
Enfin, il s’est quelque peu déconsidéré avec ses travaux de physicien amateur et, surtout, de
l’échec de la théorie héréditaire, relativiste et logistique de la demande de monnaie.
Maurice Allais n’avait réussit à se faire élire ni professeur à 1’Ecole Polytechnique (bien
qu’il en soit sorti major et appartenait au Corps des Mines22) ni à la section d’Economie
Politique, Statistiques et Finances de l’Académie des Sciences Morales et Politiques (il
échouât deux fois)23. Faut-il incriminer les défauts de ses théories ou plutôt sa franchise de
parole, son non-conformisme et sa position originale qui l’amena à dénoncer, au nom même
de la doctrine libérale, les abus des monopoles, le pillage de l’épargne, les revenus non
gagnés ? En 1986, il écrivait amèrement : « L’évolution de ma pensée a été analogue à celle
21 Selon Raymond Aron, « il a trop de caractère pour ne pas l’avoir mauvais ».
22 On lui préféra un Administrateur de l’INSEE, Jacques Dumontier, qui était certes un excellent pédagogue (je
peux en témoigner), mais dont l’oeuvre économique était beaucoup moins importante. Il ne s’agissait toutefois
que d’un cours d’initiation à l’économie.
23 Il y fut cependant élu en 1990, après son Prix Nobel, avec d’autant plus de mérite que cette section compte
bizarrement de moins en moins d’économistes et de plus en plus d’industriels et de banquiers. Sans doute,
l’économie telle qu’elle a évolué n’est plus une des Sciences Morales et Politiques. Sur le site de l’Académie, la
présentation d’Allais précise : « On aurait toutefois garde d’oublier que Maurice Allais a produit une oeuvre
considérable dans le domaine de la physique, en étudiant notamment la gravitation et le mouvement du pendule
paraconique ».
21
de Pareto. Je suis aujourd’hui plus soucieux de comprendre ce que font les hommes que
d’essayer de les changer. Je considère toujours que certaines politiques sont meilleures que
d’autres, mais je pense de plus en plus que les hommes sont menés par leurs intérêts, leurs
préjugés, leurs passions, et que la logique, fût-elle scientifique a réellement peu de prise sur ce
qu’ils font. » (Allais, 1986, p. 8).
Allais, un tardif prix Nobel d’économie
En 1988, l’attribution du Prix Nobel à Maurice Allais est apparue comme une surprise
dans la mesure où il était récompensé pour des travaux datant de 40 ans et où ses travaux
récents (ceux sur la dynamique monétaire ou le facteur X) étaient des plus discutables.
Surtout, Maurice Allais s’était marginalisé et s’était écarté des voies de recherche des
économistes français de l’époque. Ceux-ci développaient alors la théorie de la régulation
(Boyer, Aglietta), les modèles macro-économétriques ou la théorie des équilibres à prix fixes
avec rationnements (Bénassy, Malinvaud). Ils cherchaient à renforcer la cohérence d’une
pensée keynésienne, alternative à la pensée néo-classique. Le Prix ne couronnait pas la vitalité
de la recherche française contemporaine. L’attribution à Malinvaud aurait été plus
satisfaisante de ce point de vue.
En 1988, nous écrivions « Il resterait à comprendre comment quelques économistes
français24 qui n’ont jamais cité Maurice Allais dans la bibliographie de leurs ouvrages ou de
leurs articles, qui souvent ne l’ont jamais lu, qui n’ont jamais accepté un article de lui dans les
revues qu’ils dirigent, ont pu le proposer pour le Prix Nobel ; comment sa conférence Nobel
paraîtra dans une revue qui ne l’a jamais publié, comme si Les Temps Modernes publiait les
confidences de Cecil Saint-Laurent après son Prix Nobel de littérature. S’il nous est permis
d’avancer une explication psychologique, pensons à la haine du père qui parfois unit le fils et
le grand-père ».
Vingt ans après, mon point de vue est plus nuancé. La théorie du déséquilibre a fait long
feu. L’oeuvre d’Allais apparaît comme un torrent puissant, qui charrie beaucoup de scories,
mais aussi quelques diamants. On ne peut qu’être admiratif devant cette passion pour la
recherche, devant cette somme de textes, devant ce chercheur acharné et solitaire, même si
beaucoup de ses prétentions font sourire. Sans doute, faut-il deux types d’économistes : les
explorateurs et les laboureurs…
Allais, après le Nobel, le combat contre la mondialisation libérale
Allais reçu son prix Nobel en 1987, soit à 78 ans. Ce prix lui redonna une certaine
célébrité, mais n’augmenta guère son rayonnement scientifique tant il était éloigné des
économistes français actifs.
Les oeuvres de Maurice Allais furent progressivement rééditées par les Editions Clément
Juglar crées à cet effet par un disciple de Maurice Allais en particulier les grandes oeuvres
24 C’était une allusion au rapport de Jean-Michel Grandmont (1989), qui paraîtra ultérieurement dans Annales.
Grandmont ne dit rien bien sur du facteur X et présente favorablement les travaux d’Allais sur la dynamique
monétaire : « Les travaux d’Allais ont permis de construire des modèles quantitatifs qui rendent compte de façon
remarquable des faits observés » tout en reconnaissant : « La structure du raisonnement de Maurice Allais est
souvent complexe et il peut être difficile d’en extraire la substance ». Pourquoi n’a-t-il jamais utilisé les travaux
d’Allais pour ses propres recherches sur les cycles et les taux d’intérêt ?
22
scientifiques (le Traité, Economie et Intérêt, les textes sur la dynamique monétaire). Ces
rééditions sont précédées de longues introductions par Maurice Allais qui précisent les
conditions de publications des ouvrages, leur contenu, la manière dont elles ont été reçues, ses
travaux ultérieurs et l’évolution de sa pensée. Ces rééditions n’eurent guère d’échos chez les
économistes en activité.
Les Editions Clément Juglar publièrent aussi les textes scientifiques de Maurice Allais
(Allais, 1997, 2004), c’est-à-dire les articles prouvant l’anisotropie de l’espace. Maurice
Allais (2004) montre d’abord que Albert Einstein a entièrement copié la théorie de la
relativité sans l’oeuvre de Henri Poincaré, puis que cette théorie est fausse, étant contredite par
les expériences de Maurice Allais et de son pendule. Ces deux thèses n’ont jamais été prises
au sérieux par les physiciens et le CNRS refusa de subventionner les expériences de Allais.
Maurice Allais y publia aussi des écrits bibliographiques et plus bizarrement encore le
recueil des textes élogieux qui lui ont été consacrés. Ce recueil, Un savant méconnu, prétend
mettre en lumière les parties de l’oeuvre d’Allais restées dans l’ombre : la dynamique
monétaire, la théorie des séries temporelles et ses travaux en physique. Trois domaines, où de
mon point de vue, Allais se perdit.
Ses amis ont créé, en 2004, l’AIRAMA, l’alliance international pour la reconnaissance des
apports de Maurice Allais en Physique et en économie, dont les statuts mettent sur le même
pied les travaux de Allais en Physique et en Economie. Outre la diffusion des travaux de
Maurice Allais, l’AIRAMA se donne comme objectif :
1. De promouvoir la libre publication des travaux et oeuvres scientifiques de
chercheurs et professionnels en Physique et en Economie.
2. De promouvoir l’objectivité des règles déontologiques, et la transparence pour la
constitution des jurys scientifiques, pour l’appréciation, libre et objective, des
travaux par les revues scientifiques, en exigeant l’abolition de la pratique de
l’anonymat des Referees, en Physique ou en Economie, et la nécessité pour eux de
motiver leurs avis avec objectivité et sans parti pris.
3. D’oeuvrer en sorte que les aides aux chercheurs leur soient accordées avec
objectivité et dans l’indépendance des théories dominantes.
4. De dénoncer la domination obscurantiste des postulats ou pseudo vérités
scientifiques infirmés par les données de l’expérience.
Allais réunit donc autour de lui un petit groupe essentiellement composé de
polytechniciens qu’il a réussi à convaincre qu’il a développé des théories méconnues qui sont
étouffées par les théories dominantes, en économie et en physique.
En même temps, plus fondamentalement, Allais intervint avec force dans le débat public
(jusqu’en 2005) pour dénoncer les dérives de la mondialisation libérale. Ses interventions
prirent la forme de chroniques, publiées généralement par le Figaro (jusqu’en 200225),
recueillies ensuite dans des ouvrages publiées par les éditions Clément Juglar (Allais, 1999a,
1999b, 2004, 2005). Les interventions de Maurice Allais sont reprises par les souverainistes,
le Front National, parfois l’Humanité ou ATTAC. Il ne suscite guère de débat de fond parmi
les économistes.
Maurice Allais intervient sur trois thèmes récurrents. Sur la réforme monétaire et la
responsabilité du crédit quant au risques de crises financières, Allais (1999) n’innove guère. Il
explique la crise asiatique de 1998 par le mécanisme du crédit, qui crée des faux droits et par
25 Depuis le 11 décembre 2002, le Figaro refuse de publier les chroniques d’Allais.
23
la transformation (le fait que les banques prêtent à plus long terme que leurs ressources), qui
fait que le passif des banques n’est pas immédiatement disponible. C’est le crédit qui permet
la spéculation. En raison du crédit, aucune force de rappel ne joue. Maurice Allais propose ses
trois réformes phares : la création monétaire ne doit relever que de l’Etat ; il faut interdire la
transformation ; tous les contrats financiers doivent être indexés. S’y ajoutent des réformes de
la Bourse (l’interdiction de la spéculation à crédit et des produits dérivés, une seule cotation
par jour par valeur, l’interdiction pour les Banques de spéculer pour leur compte propre).
Allais propose aussi le retour aux changes fixes et ajustables, mais sans privilège pour le
dollar ; toutefois, il n’explicite pas comment le système serait géré. Ainsi, en 2009, Allais
apparaît comme le précurseur des économistes qui découvrent avec la crise l’aveuglement et
l’instabilité des marchés financiers et réclament le retour à un système plus régulé. Toutefois,
les remèdes d’Allais vont sans doute trop loin.
Maurice Allais se présente comme un fédéraliste européen, mais il est très hostile à la
construction européenne telle qu’elle s’effectue. Il pense que la construction politique aurait
du avoir lieu avant la construction économique et la monnaie unique, que l’Europe doit
regrouper des pays économiquement et socialement proches (donc, il se prononce contre
l’entrée de la Grande-Bretagne, puis de l’Espagne-Portugal-Grèce, puis des PECO, puis de la
Turquie). Il préconise une Confédération qui « préserve les droits fondamentaux des Etats
participants ». Plus fondamentalement, Allais reproche d’être à « l’organisation de
Bruxelles » son idéologie libre-échangiste.
Maurice Allais s’attaque au credo du laissez-fairisme et du libre-échangisme mondialiste.
Il dédie son ouvrage de 2005 « aux innombrables victimes de la doctrine libre échangiste » et
proclame « Victimes de la mondialisation, unissez-vous ». Selon lui, c’est la libéralisation
mondiale des échanges et la concurrence des pays à bas salaires qui sont responsables de la
croissance du chômage en France et en Europe et de la « rupture de 1974 », c’est-à-dire du
passage de la croissance du PIB par tête de 4 % à 1,6 % l’an. Il montre que l’on ne peut lutter
contre le chômage européen actuel en baissant les salaires (la baisse nécessaire serait trop
forte et socialement inacceptable) : « Il faut choisir entre une politique de protection ou une
politique de libre-échange et en accepter les conséquences inévitables : soit une augmentation
considérable des inégalités sociales, soit un chômage majeur ».
Dans Allais (1999 b), il explique le taux de sous-emploi par un indicateur de la politique
sociale (le rapport entre le SMIC et le salaire horaire moyen ouvrier), un indicateur de la
politique de libre-échange mondialiste (la tendance du rapport entre le salaire horaire moyen
ouvrier et les importations extra-communautaires de produits industriels), un indicateur de la
conjoncture (l’écart à sa tendance du rapport précédent) et le progrès technique (assimilé à la
constante). Il montre que le taux de sous-emploi en 1995-1997 (soit 22,9 %) s’explique pour
7,0 points par la politique sociale, pour 14,3 points par la politique mondialiste. Ne reste que
0,7 point pour la conjoncture et 1,4 point pour le progrès technique. Mais son économétrie est
sommaire et peu convainquante. C’est une forme réduite où les variables prises en compte
sont arbitraires et les mécanismes d’action peu précisés.
Allais refuse le principe des avantages comparatifs de Ricardo selon lequel la
libéralisation des échanges est bénéfique pour toutes les nations participants à l’échange.
« Une libéralisation totale des échanges et des mouvements de capitaux n’est possible et
souhaitable que dans le cadre d’ensembles régionaux groupant des pays économiquement et
politiquement associés et de développement économique et social comparable ». Ce point de
24
vue est paradoxal pour un économiste libéral, qui devrait estimer que l’échange est toujours
profitable, qu’il l’est d’autant plus que les pays sont différents mais Allais ne théorise guère
son point de vue. Il estime que la théorie de Ricardo n’est valable qu’en régime permanent,
mais disparaît quand les spécialisations évoluent et que les capitaux sont mobiles. « La
libéralisation ne peut qu’entraîner une détérioration du niveau de vie français ». Les gains du
consommateur disparaissent car le consommateur est aussi un producteur ; il perd son emploi
ou il doit payer le coût du chômage, ce qui fait plus que compenser les gains qu’il obtient en
se procurant à bas prix les productions des pays à bas salaires.
Allais propose de rétablir la préférence communautaire par un système de quotas : par
produits, 80 % de la consommation communautaire devraient être assurée par la production
communautaire, les 20 % d’importations étant attribués par un système de vente aux enchères
de droit à l’importation. Le produit de ces enchères pourrait être utilisé pour subventionner
nos exportations. L’Europe devrait donc remettre en cause les principes de l’OMC. Si
l’Europe s’y refuse, la France devrait quitter l’Europe.
En même temps, Allais propose de lutter contre l’immigration par « la suppression pour
les étrangers des allocations familiales » et la « révision des modalités d’acquisition de la
nationalité française par le sol ».
Allais dénonce la désagrégation morale de la société française », en raison de
« l’égalitarisme, une formation insuffisante de la jeunesse, l’influence démoralisatrice de la
télévision, l’instabilité sociale, une démagogie démesurée, une régression générale des valeurs
morales, l’incompréhension des conditions éthiques qu’implique une société humaniste et
libérale ». Il se plaint de n’être pas écouté : « Depuis douze ans que je combats la
libéralisation totale des échanges, ma voix n’a cessé d’être étouffée. Un silence de plomb a été
fait sur mon dernier ouvrage « La mondialisation, la destruction des emplois et de la
croissance ». En fait les medias ne sont pas libres. Ils sont sous la domination totale de groupe
de pression totalement acquis aux thèses mondialistes. Ces groupes de pression agissent dans
l’ombre et particulièrement par la voie des subventions accordées aux medias sous le couvert
de la publicité ». De même, dans son dernier article accepté par le Figaro le 11 décembre
2002, il dénonçait l’influence des multinationales qui sont les grandes bénéficiaires des
délocalisations : « Le libre-échange mondial est devenu un principe sacro-saint de la théorie
économique moderne, un dogme universel, véritable religion dont il est interdit de mettre en
cause les prémisses. Cette doctrine est soutenue tous les jours par les medias que contrôlent
plus ou moins ouvertement les multinationales bénéficiaires du libre-échange mondial.
L’économie mondiale est organisée au bénéfice des multinationales et non pour satisfaire les
besoins fondamentaux des communautés nationales ».
Allais a eu le mérite de se lancer à 80 ans dans un combat qui lui tient à coeur, en mettant
en jeu une nouvelle fois sa réputation. Il veut protéger la cohésion de la société française
menacé par la mondialisation. Certes, certaines de ses thèses sont excessives (la rupture de
1974 n’est pas seulement dues à la mondialisation), certaines de ces propositions sont
impossibles à mettre en oeuvre (les quotas d’importation) ou scandaleuses (priver les enfants
de travailleurs immigrés de prestations sociales), sa pensée est souvent réactionnaire (le retour
à un âge d’or où la morale était respectée et le travail récompensé), mais son attitude est plus
courageuse que celle de la totalité des économistes qui sont restés silencieux devant les
risques d’instabilité économique et sociale et de croissance des inégalités induit par la
croissance de la mondialisation commerciale et de la globalisation financière.
25
* *
J’espère avoir rendu justice dans ce texte à une oeuvre abondante, sans doute une des plus
importantes des économistes français du XXème siècle, oeuvre où se mêlent éclairs de génie,
travaux de fond précurseurs, combat pour une certaine forme d’organisation sociale, en même
temps qu’aveuglements, autismes et obstinations dans l’erreur. Il n’est pas simple de porter un
jugement sur l’oeuvre de Maurice Allais.
BIBLIOGRAPHIE
Ouvrages et articles de Maurice Allais consultés :
1943, A la recherche d’une discipline économique – Première Partie – L’économie pure,
Première édition, Ateliers Industria – Deuxième édition : Traité d’économie pure, Imprimerie
Nationale, 1952 – Troisième édition : Traité d’économie pure, Editions Clément Juglar,
1998..
1945, Economie pure et rendement social, Paris, Sirey.
1947, Economie et intérêt , Paris, Imprimerie Nationale. – Deuxième édition, Editions
Clément Juglar, 1998.
1952, «Fondements d’une Théorie Positive des Choix comportant un risque et Critique des
Postulats et Axiomes de 1’Ecole Américaine », publié dans les Actes du Colloque «
Fondements et Applications de la théorie du risque en Econométrie », CNRS, 1953.
1953, « Le Comportement de l’Homme Rationnel devant le Risque: Critique des Postulats et
Axiomes de l’Ecole Américaine », Econometrica, vol. 21. n°4.
1954 a, Les Fondements comptables de la macroéconomie, Paris, PUF. Réédité en 1993.
1954 b, «Explication des cycles économiques par un modèle non linéaire à régulation
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Collection des Colloques Internationaux, Centre National de la Recherche Scientifique, Paris,
1956.
1956, Cours d’économie, ronéo, Paris, Ecole d’application de l’INSEE.
1962, «The Influence of the Capital Output Ratio on Real National Income», Econometrica,
Vol. 30, n°4, octobre.
1965, Reformulation de la théorie quantitative de la monnaie, Paris, Editions SEDEIS.
1966, «A Restatement of the Quantity Theory of Money», American Economic Review, Vol.
LVI, n° 5, décembre. Avec un commentaire de M. Darby et une réponse de M. Allais, dans le
vol.LX, n° 3, juin 1970. Avec un commentaire de J. L. Scadding dans le vol LXII, mars 1972
et une réponse de M. Allais dans le vol LXV, n°3, juin 1975.
1967, «Les conditions de l’expansion dans la stabilité sur le Plan national », Revue
d’économie politique, jan- fév.
1968, «L’économique en tant que science», Revue d’économie politique, jan-fév.
1969, «Growth and Inflation», Journal of Money, Credit, and Banking, août. Avec des
commentaires de Ph.Cagan, J.Niehans et G.Fromm et une réponse de M. Allais.
1972, «Forgetfulness and Interest», Journal of Money, Credit, and Banking, février.
26
1974 a , « Classes sociales et civilisations», Economie et sociétés, n°17.
1974 b, «The Psychological Rate of Interest», Journal of Money, Credit and Banking, août.
1975, «Le concept de monnaie, la création de monnaie et de pouvoir d’achat par le mécanisme
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Marchal, Paris, Cujas.
1976a, «Taux d’expansion de la dépense globale et vitesse de circulation de la monnaie »,
contribution à l’ouvrage collectif : Mélanges offerts à Henri Guitton , Paris, Dalloz-Sirey.
1976b, «Inflation, répartition des revenus et indexation, avec référence à l’économie française
1947- 1975 », Economie appliquée, Tome XXIX, n° 4.
1977, L’impôt sur le capital et la réforme monétaire, Paris, Editions Hermann.
1978, «Réponse à Claude Ponsard ». Réponse à la «Lettre à Maurice Allais sur l’Impôt sur le
capital et la réforme monétaire», Revue d’économie politique.
1978, «La Théorie Générale des surplus», Economie et Sociétés, Janvier-Mai 1981.
1979, «The So-called Allais Paradox and Rational Decisions Under Uncertainty~, in M.
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1980, Analyse des séries temporelles, Facteur X, Rapport d’activité scientifique du Centre
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1981, La théorie générale des surplus, Economies et sociétés, janv.-mai. Deuxième édition,
Presses Universitaire de Grenoble, 1989.
1984, « The Credit Mechanism and its Implications », in G.R. Feiwel Ed. Arrow and the
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1986, La philosophie de ma vie, Centre d’Analyse Economique , miméo.
1987, Les conditions monétaires d’une économie de marchés, Centre d’Analyse Economique,
miméo, juin.
1989, Les lignes directrices de mon oeuvre, Conférence Nobel, Annales d’Economie et de
Statistique, n°14.
1997, L’Anisoptropie de l’Espace. La nécessaire révision ce certains postulats des théories
contemporaines, Editions Clément Juglar.
1999 a, La crise mondiale d’aujourd’hui, Editions Clément Juglar.
1999b, La mondialisation, la Destruction des Emplois et de la Croissance, l’Evidence
Empirique, Editions Clément Juglar.
2001, Fondements de la dynamique monétaire, Editions Clément Juglar.
2002, Divers auteurs, Un savant méconnu, portraits d’un autodidacte, Editions Clément
Juglar.
2002, Nouveaux combats pour l’Europe, 1995-2002, Editions Clément Juglar.
2004, L’effondrement de la théorie de la relativité, Editions Clément Juglar.
2005, L’Europe en crise, Que Faire ?, Editions Clément Juglar.
Autres articles et ouvrages cités :
27
Allais M. et Hagen O., eds., 1979, Expected Utility Hypotheses and the Allais Paradox,
Dordrecht/Boston/London, D. Reidel Publishing, Co.
Boiteux M., 1951, «Le « revenu distribuable » et les « pertes économiques »», Econometrica,
vo1.19, n°2, avril.
Boiteux M., de Montbrial Th .et Munier B. , 1986, Marchés, capital et incertitude. Essais en
l’honneur de Maurice Allais, Paris, Economica.
CNRS, 1953, Colloque sur les fondements et applications de la théorie du risque, Paris,
Colloques internationaux, vol.XL, Econométrie.
Debreu G., 1951, «The Coefficient of Resource Utilization», Econometrica, vol. 19, n°3,
juillet.
Debreu G., 1954, «A Classical Tax Subsidy Problem», Econometrica, vo1.22, juin.
Desrousseaux J., 1961, «Expansion stable et taux d’intérêt optimal», Annales des Mines,
novembre.
Dreze, J., 1989, “Maurice Allais and the French Marginalist School”, The Scandinavian
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Economic Review, vol.XLV1.
Goodwin R., 1951, «The Non-linear Accelerator and the Persistence of Business Cycle»,
Econometrica, janvier.
Grandmont J.-M.,1989, “Rapport sur les travaux scientifiques d’Allais”, Annales d’Economie
et de Statistique.
Guesnerie R.,1984, “Review of : La Théorie générale des surplus by Maurice Allais”, The
Journal of Political Economy, Vol. 92, No. 4.
Hicks J. R., 1939, Value and Capital. An Inquiry into Some Fundamental Principles of
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Jevons W. S., 1871, The Theory of Political Economy.
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Maurice Allais; Ole Hagen” , Journal of Economic Literature, Vol. 19, No. 4.
Malinvaud E., 1986,«Maurice Allais, précurseur méconnu des modèles à générations
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de Montbrial Th., 1986, «Maurice Allais, savant méconnu », in Boiteux, de Montbrial et
Munier, eds., op. cit.
von Neumann J. et Morgenstern 0., 1944, Theory of Games and Economic Behavior,
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Phelps Ed, 1961, The Golden Rule of Capital Accumulation, American Economic Review,
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Samuelson P. A., 1947, Foundations of Economic Analysis, Cambridge MA. ,Harvard
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29

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