Les clés du Moyen-Orient:Compte rendu de la conférence : « L’Afghanistan comme arène de l’insécurité régionale », CERI Sciences Po, vendredi 10 mars 2017 Compte rendu de Matthieu Eynaudi

Compte rendu de la conférence : « L’Afghanistan comme arène de l’insécurité régionale », CERI Sciences Po, vendredi 10 mars 2017

Compte rendu de Matthieu Eynaudi

Dernières actualités

Les relations entre l’Iran et l’Arabie saoudite, état des lieux (1/2) – 05/05/17
La réouverture des négociations sur la Syrie à Genève : peu d’avancées tangibles avant de retourner à Astana – 14/03/17
A Astana, la redéfinition des rapports de force dans les négociations sur la Syrie – 09/02/17

Organisée par Christophe Jaffrelot, maître de conférences à Sciences Po, membre du CERI et du CNRS, la conférence « L’Afghanistan comme arène de l’insécurité régionale », tournait autour de l’ouvrage A Rock Between Hard Places : Afghanistan as an Arena of Regional Insecurity, publié en août 2016 aux éditions Hurst and Oxford University Press. Shahrbanou Tadjbakhsh, chercheure associée au PRIO (Peace Research Institute Oslo) et professeure à Sciences Po, co-auteure de l’ouvrage avec Kristian B. Harpviken, a développé les principales analyses présentes dans le livre, mises en perspective avec plusieurs enjeux actuels : par exemple les récentes défaites militaires subies par l’organisation de l’Etat islamique en Syrie et en Irak. Suite à son intervention, Avinash Paliwal, candidat à un doctorat et chargé de cours au King’s College a engagé une discussion avec Madame Tadjbakhsh, faisant participer l’ensemble des invités de la conférence.

Présentation par Shahrbanou Tadjbakhsh

Madame Tadjbakhsh a débuté son intervention par quelques remarques générales sur le narratif de la situation en Afghanistan. Il y a trois axes d’analyse du bourbier afghan :

1) L’approche géopolitique mettrait en avant le fait que ce pays subit les pressions issues de la géopolitique, à ce titre, le conflit de 1979-1989 (l’intervention soviétique) était par exemple une projection de la guerre froide. Aujourd’hui, cet état de fait n’a pas changé et l’Afghanistan est au croisement de plusieurs influences : indiennes, chinoises, américaines, pakistanaises etc. Dans le même temps, les Etats-Unis et leurs alliés ont estimé nécessaire d’intervenir en Afghanistan en raison de la supposée présence d’un groupe terroriste international, Al-Qaïda. Aussi, une solution afghane viable doit être de nature géopolitique pour être efficace.

2) Une seconde perspective considérerait la crise afghane comme un problème national. Un autre des problèmes de l’Afghanistan réside dans la difficulté à créer un Etat cohérent, à partir d’une population multilingue, au sein de laquelle le fait tribal est structurel. Selon cette perspective, la stabilisation de l’Afghanistan dépendrait de la création d’un processus de paix avec les talibans. Cependant, cette initiative ne saurait être suffisante. Les talibans ne sont pas la seule opposition en Afghanistan, il faudrait donc également inclure une myriade d’autres groupes d’opposition à la répartition du pouvoir et créer davantage d’espace pour la participation entre les acteurs non-étatiques (les Femmes, les jeunes etc.) Néanmoins, malgré ces considérations, Shahrbanou Tadjbakhsh pense que la création d’une nation est possible en Afghanistan.

3) Enfin la troisième façon de considérer le bourbier afghan est de le voir en tant que problème régional. Cette idée est en adéquation avec le narratif afghan, selon lequel les puissances régionales (Pakistan, Iran etc.) interviennent en Afghanistan pour servir leurs seuls intérêts. De ce constat, deux solutions ont été esquissées.

Les Etats-Unis se sont prononcés en faveur d’une solution régionale et ont développé la vision « AfPak » : ils considèrent le Pakistan et l’Afghanistan comme un seul théâtre d’opération. Dans ce contexte, le Pakistan a joué un rôle de proxy afin de négocier indirectement avec les talibans. Cette piste disparaît au cours de l’année 2010, surtout qu’il apparaît de plus en plus que le Pakistan était incapable d’exercer une influence ou un contrôle sur les talibans.

Une seconde tentative de proposer une solution régionale prend place en novembre 2011, une grande conférence intitulée Heart of Asia est organisée à Istanbul par les Etats-Unis. Le format est innovant dans le sens où il appartient cette fois aux voisins et « grands voisins » de l’Afghanistan de se concerter. Le Président afghan Hamid Karzaï, était très favorable à ce projet qui plaçait l’Afghanistan au centre des préoccupations, en situation de carrefour. Le territoire afghan était ainsi présenté comme une potentielle voie d’accès vers les mers chaudes pour les pays de l’Asie Centrale enclavés, où encore devenait capable de jouer un rôle dans l’éventualité où l’embargo iranien serait levé. Dans ce format où chacun des voisins afghans avait un intérêt à coopérer, l’Afghanistan devait devenir une zone de prospérité et de stabilité partagée. Sur le plan sécuritaire, l’émergence de menaces transversales comme les groupes islamiques et nationalistes soulignait le besoin de coopération autour d’un espace où les acteurs pouvaient aussi bien gagner que perdre ensemble. Les Etats-Unis étaient très enthousiastes à l’égard de cette vision car elle impliquait une responsabilité des autres puissances dans le financement du futur de l’Afghanistan après le départ américain. La Chine également y voyait une opportunité pour renforcer son futur grand projet « One belt, one road ». Ce dessein était également à l’avantage des Indiens qui souhaitaient voir l’Afghanistan comme un connecteur avec l’Asie Centrale.

L’idée était bonne, mais elle n’a pas fonctionné pour plusieurs raisons :

– Si l’Afghanistan était un « cœur », il en serait un faible. Si personne ne respecte la légitimité de l’Etat afghan, comment lui serait-il possible de connecter ses voisins ?
– Il n’y a pas vraiment de substance (corporelle) autour de ce cœur : les projets économiques sont au point mort à cause des problématiques sécuritaires et ne sont pas financés en raison de la marginalité de leur importance. De plus, les gains économiques ne sont pas assez importants. Enfin, la radicalisation de l’Afghanistan n’inquiète pas outre mesure. Ainsi le pays ne représente ni un intérêt économique, ni une menace sérieuse.
– S’il y a un « cœur » en Afghanistan, les « docteurs » ne sont pas correctement identifiés. La Chine et la Russie par exemple ont déjà plusieurs arènes de coopération : quel serait pour elles, l’intérêt d’ajouter encore un nouveau groupe ?
– Enfin – et c’est peut-être là la problématique principale, s’il n’y avait pas de « cœur » du tout ? Après-tout, l’Afghanistan s’apparente davantage à une périphérie pour tous les autres acteurs dont les problèmes sécuritaires n’ont peut-être rien à voir avec l’Afghanistan.

Dans son livre, Madame Tadjbakhsh a examiné les différentes façons dont les menaces sont perçues :

Une des approches repose sur la possibilité que l’Afghanistan importe, en raison des menaces issues d’acteurs non-étatiques qui s’y trouvent. Le terrorisme par exemple, est une préoccupation qui concerne tous les Etats et ces organisations trouvent en Afghanistan – qui est une zone grise – un espace au sein duquel ils peuvent prospérer. Le pays devient un terrain d’où les talibans peuvent s’étendre vers le Pakistan, Daech vers l’Asie centrale, les narcotrafiquants vers l’Iran etc. La solution potentielle deviendrait alors le containment de l’Afghanistan via le renforcement des contrôles aux frontières, le déploiement de mesures musclées contre les militants et enfin, le renforcement de l’Etat pour neutraliser par la gouvernance, les acteurs non-étatiques. Toutefois si cet enjeu sécuritaire était un réel problème régional, les Etats souhaiteraient coopérer d’eux-mêmes. Actuellement, le renforcement de l’Etat islamique dans la région, tend justement à faire évoluer les positions des Etats. Mais il y a eu – jusqu’à maintenant – peu d’intérêt dans la coopération sécuritaire entre les pays de la région.

Une façon d’expliquer cet état de fait est de considérer que le problème réside dans la compétition de sécurité que se livrent les Etats et dont les acteurs non-étatiques sont les outils. Selon cette perspective, l’Afghanistan a été maintenu dans ce rôle d’Etat tampon, coincé entre ses voisins et les puissances qui y projettent leurs forces. L’Afghanistan est une périphérie affectée par les dynamiques issues de l’insécurité des pays qui l’entourent. Pour ces Etats, leur implication en Afghanistan ne concerne pas l’Afghanistan, mais le prolongement de leurs relations avec les autres Etats de la région.

Cette théorie que Madame Tadjbakhsh a exploité dans l’ouvrage va à l’encontre une sagesse conventionnelle : que l’Afghanistan est au centre (le soi-disant « cœur ») d’une large région panasiatique dont le destin est prédit par la stabilité afghane. Au lieu de cela, l’Afghanistan est aux marges, il n’est pas un noyau mais une périphérie. Cette perception va aussi à l’encontre de ce que pensent les Afghans, c’est-à-dire de considérer que leurs problèmes sont liés directement aux interférences de leurs voisins. Même si cette assertion était vraie, l’intérêt des pays voisins se porte davantage vers d’autres pays avec lesquels ils sont en rivalités ou conflit et, dans ce cadre, l’Afghanistan n’est peut-être qu’un terrain de projection des rivalités. Les voisins sont intéressés par l’Afghanistan simplement pour s’assurer qu’il reste un « Etat client » amical – ou accueillant l’expression de leurs intérêts vis-à-vis des autres.

La théorie des complexes régionaux de sécurité appliquée à l’Afghanistan

Le complexe régional de sécurité, un concept développé par Barry Buzan et Ole Waever fournit des éléments d’analyse pertinents pour comprendre la situation de l’Afghanistan. Selon cette théorie, les Etats forment des régions ou sous-régions qui possèdent chacun leurs propres dynamiques en termes sécuritaires. L’Afghanistan serait ainsi une zone tampon entre trois « sous-régions » voisines dont les dynamiques s’expriment sur le territoire afghan.

L’Asie du Sud (Inde et Pakistan)

Dans cet ensemble, le rapport de force est asymétrique et la principale dynamique dépend de la peine grandissante infligée par une séparation historique. En dépit de l’équilibre nucléaire, le poids humain et le potentiel économique de l’Inde augmentent sa puissance par rapport au Pakistan. Ce dernier compense ce rapport de force défavorable en mobilisant des outils asymétriques (ex : la guerre du Kargil) ou en contenant les ambitions économiques de l’Inde, ce qui maintient les disputes territoriales et la région en état de conflit permanent. Malgré le conflit, aucun des deux acteurs, et surtout l’Inde avec son ambition puissante, ne peuvent « divorcer » de la sous-région : leur origine est commune, les deux pays subissent la peine d’avoir grandi séparément et développé des identités apparemment irréconciliables. Cette dépendance est davantage exacerbée par la pénurie d’eau et les disputes afférentes concernant le partage des eaux de l’Indus.

Dans ce contexte, l’Afghanistan représente un intérêt stratégique pour chacun des deux acteurs et se mue en théâtre d’une guerre par proxy. Pour le Pakistan, l’Afghanistan permet d’accroître sa profondeur stratégique vis-à-vis de l’Inde, il représente également un outil asymétrique via sa politique pachtoune. Pour l’Inde, l’engagement en Afghanistan est un moyen de retourner l’opinion internationale contre le Pakistan et en faveur de l’Inde qui devient un généreux donateur doté d’un soft power projeté via des montants élevés d’aide bilatérale. D’ailleurs, l’Inde s’est montrée financièrement très généreuse en Afghanistan. Cette politique était une façon de montrer qu’elle disposait de grands moyens comparés à ceux de son frère ennemi. Il s’agissait également de contourner physique le Pakistan.

Le Golfe persique

Dans cette sous-région, l’Iran et l’Arabie saoudite sont bloqués dans une rivalité qui a pour enjeu le leadership sur la région. Chacun des acteurs défend ses ambitions hégémoniques en finançant des insurrections. Cette rivalité articule des enjeux complexes comme la confession, l’ethnie, la légitimité du leadership dans le monde musulman ou encore l’influence sur la fixation des cours du pétrole… Dans cette compétition, l’Iran tente de se montrer comme un acteur de rang supérieur, en utilisant par exemple son programme nucléaire pour gagner du respect sur la scène internationale. L’Arabie saoudite se perçoit elle-même comme l’alliée régionale des Etats-Unis et le leader du monde islamique. La sécurité de ce pays dépend des garanties des puissances extérieures et de l’usage d’acteurs non-étatiques contre des menaces régionales et intérieures.

Sur le terrain afghan, cette rivalité est projetée et exacerbée. L’Iran possède un avantage géographique certain du fait de sa frontière commune avec l’Afghanistan mais aussi de par la culture et le langage. D’un autre côté, l’Arabie saoudite propulse son influence économique et sa diplomatie religieuse en Afghanistan. L’Arabie saoudite œuvre ainsi contre l’Iran similairement à l’Inde vis-à-vis du Pakistan, à savoir qu’elle utilise sa puissance économique pour contourner son encombrant voisin. Chacun des pays veille à ce que l’influence de l’autre ne prenne pas le dessus, une rivalité qui est par exemple devenue visible lorsque l’Iran finança la construction d’une grande madrasa chiite à Kabul, les Saoudiens dépensèrent environ 100 millions de dollars pour construire un centre islamique encore plus colossal. Sur le plan sécuritaire, les Saoudiens possèdent une influence sur les talibans. D’ailleurs, c’est à Djeddah, avec le concours saoudien que les talibans se sont assis pour la première fois à une table de négociation. Cependant, l’Iran travaille lui aussi de plus en plus avec les talibans. Aussi, les Saoudiens autant que les Iraniens tentent d’avoir une influence sur la construction du futur Etat afghan.

L’Asie Centrale

Cinq des trois Etats d’Asie Centrale ont une frontière avec l’Afghanistan : le Tadjikistan, l’Ouzbékistan et le Turkménistan. L’interdépendance d’un passé soviétique entre ces cinq Etats a en conséquence créé une histoire commune, des frontières etc. La dynamique régionale qui s’exprime dans le complexe régional de sécurité centrasiatique s’explique ainsi : le déficit de coopération est dû à la peur des Etats de perdre leur souveraineté. De plus, il existe une compétition entre des Etats forts comme l’Ouzbékistan et le Kazakhstan qui provoque des réactions chez les autres Etats qui cherchent à adopter des positions indépendantes. Pourtant, chacun de ces pays subit des menaces communes à la stabilité de son régime et de sa sécurité nationale, par exemple le terrorisme, l’extrémisme, la criminalité. Mais ces problématiques communes n’ont pour l’instant pas donné lieu à des coopérations. Ces Etats privilégient les approches bilatérales et recherchent les faveurs des puissances mondiales (la Russie, la Chine, les Etats-Unis), développant des stratégies multi-vectorielles qui ont pour but le gain de puissance pour eux-mêmes et au détriment des autres. Cependant, ce déficit de coopération exacerbe davantage leur insécurité étant donné la répartition inégale des ressources naturelles et la situation des Etats : en amont ou en aval des flux. Ainsi, résister à la coopération régionale – même lorsqu’elle est encouragée par les grandes puissances – devient une nécessité pour ces régimes qui craignent de perdre en souveraineté ou en stabilité. La non-coopération entre les Etats d’Asie centrale se traduit par un engagement ambigu en Afghanistan, où les relations bilatérales s’opposent aux régionales. Les gains individuels obtenus en Afghanistan sont perçus par les Etats centrasiatiques comme des avantages pris au détriment des autres. Pour eux, l’Afghanistan est soit un brasier soit un marché, ce qui accroît encore les rivalités. Par exemple, l’Ouzbékistan accuse le faible contrôle tadjik à la frontière avec l’Afghanistan d’être une source de menace sécuritaire pour son pays. Autre illustration, lorsque l’Afghanistan apparaît comme un marché, les pays de la région tentent de s’en emparer aux dépens des autres et parfois, par conséquent d’eux-mêmes. Ainsi, même si le Tadjikistan connaît des problèmes d’approvisionnement en électricité, il tente tout de même d’en vendre sur le marché afghan, en s’efforçant d’être moins cher que ses voisins. Ainsi, chacun des acteurs sabote les initiatives de l’autre.

Conclusion

La stabilité en Afghanistan dépend de facteurs intérieurs, globaux et régionaux. « La route de Kabul passe par le Cachemire » entend-on, c’est une réalité dans la mesure où un règlement des conflits et rivalités autour de l’Afghanistan permettrait, peut-être, d’apaiser les rivalités délétères en Afghanistan. Mais comment régler ces conflits qui durent depuis des décennies et comment instaurer une coopération bénéfique entre les Etats ?

Il appartient également à l’Afghanistan de comprendre qu’il n’est pas le cœur mais une périphérie. Aussi, les rivalités doivent être aplanies par un gain de légitimité et de stabilisation qui émanerait du pouvoir central afghan. L’obstacle principal est malheureusement que le problème se mord la queue : comment un Etat faible peut-il s’imposer face à tant de rivalités qui le dépassent ?

En 2014, l’Afghanistan considère la piste de la neutralité, mais si celle-ci paraît souhaitable, elle paraît beaucoup moins faisable. Pour être neutre, un Etat doit pouvoir compter avec des ressources économiques conséquentes. Il apparaît difficile d’être neutre pour un Etat afghan incapable de payer sa propre armée – l’armée afghane est presque complètement subventionnée de l’extérieur ; de plus, les frontières du pays sont mal définies ce qui rend difficile la neutralité vis-à-vis des voisins immédiats. Enfin, en ce qui concerne l’Afghanistan, le pacte de neutralité doit se doubler d’un mécanisme de respect des clauses de non-ingérence, sans quoi aucun acteur de les respectera.

Ainsi, s’il est impossible pour l’Afghanistan de s’isoler, mais trop risqué de s’allier avec d’autres puissances, le multilatéralisme semble être la seule option restante. Il s’agirait d’équilibrer les intérêts de chacun mais, selon Shahrbanou Tadjbakhsh, l’Etat afghan n’a pas les moyens de cette politique.

Face à cette voie sans-issue, quels sont les acteurs susceptibles de changer la donne en Afghanistan ? Trois scenarii sont envisageables. Le premier voudrait que les dynamiques évoluent à l’intérieur même de chaque région, favorisant la coopération plutôt que la rivalité, générant par conséquent une réduction des influences néfastes sur l’Afghanistan. Cependant, ce scénario s’avère peu probable en raison du caractère durable des rivalités en jeu.
Le deuxième verrait l’Afghanistan devenir un havre d’insécurité dans la région, induit par exemple par la montée en puissance de l’organisation de l’Etat islamique au cœur de son territoire et menaçant les pays tiers. Cette situation pourrait donner lieu à des impulsions pour davantage de coopération autour de l’Afghanistan mais ça n’est pas certain. Au gré des défaites, les militants de l’Etat islamique fuient Mossoul. A l’inverse des talibans, l’Etat islamique nourrit une ambition extrarégionale qui pourrait décider les pays à agir véritablement et en coopération contre lui.
Dans un troisième scénario, les puissances mondiales, par exemple la Chine, deviendraient plus actives dans les sous-ensemble régionaux, bouleversant complétement les dynamiques. Nous assisterions alors à l’émergence d’un géant encore plus « géant ».

Remarques et amorce du débat par Avinash Paliwal

Selon Avinash Paliwal, l’ouvrage de Shahrbanou Tadjbakhsh ajoute à une littérature produite par une nouvelle génération de jeunes chercheurs qui tentent de ré-imaginer l’analyse de la situation afghane. Il apparaît nettement dans l’ouvrage que la conférence « Heart of Asia » était un geste d’encouragement des grandes puissances adressé à l’Afghanistan.
Quant aux complexes régionaux de sécurité, ils existent dans tous les espaces. Il est vrai qu’aucune politique d’Etat ne porte réellement sur l’Afghanistan en tant que tel. Lorsque l’Inde intervient en Afghanistan, elle pense avant tout à son rival pakistanais. Aussi l’ouvrage contribue à remettre en question les discours politiques en montrant la réalité des initiatives étatiques. D’ailleurs, il serait peut-être possible de renverser le proverbe dans le sens suivant : « la route du Cachemire passe par Kabul », car la politique indienne d’endiguement du Pakistan en Afghanistan contribue finalement à en faire un réel acteur dans ce dernier pays.
Enfin, le problème du concept de « complexe régional de sécurité » serait qu’il accorde une place trop prépondérante à l’expression des inimitiés, empêchant peut-être de voir les coopérations lorsqu’elles existent : par exemple des entreprises indiennes qui œuvrent au service de l’Etat afghan en employant du personnel pakistanais.

JPEG – 69.4 ko

Lien vers l’ouvrage de Shahrbanou Tadjbakhsh :
http://www.hurstpublishers.com/book/a-rock-between-hard-places/

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s