Biologistes et naturalistes français du XXe siècle

1
Biologistes et naturalistes français du XXe siècle
Edgar Lederer (1908-1988), d’origine autrichienne, fut un grand spécialiste de la chimie des
substances naturelles (par chromatographie puis par spectrographie de masse) : couleurs
(carotène, xanthophylles), parfums (castoréum, ambre gris), principes actifs des plantes
médicinales…Professeur à Paris puis à Orsay il finit sa carrière directeur de l’Institut de la chimie
des substances naturelles que le CNRS créa pour lui à Gif-sur-Yvette (1958). Académie des
Sciences (1982).
Ernest Kahane (1903-1996), d’origine romaine, est pharmacien, ingénieur chimiste de l’Institut
de Chimie de Paris. Maître de conférences de Chimie générale et analytique à Grignon puis
professeur de Chimie biologique à Montpellier, ses travaux portent essentiellement sur la Chimie
analytique et sur l’usage quasi exclusif de l’acide perchlorique dans le dosage de nombreuses
substances chimiques.
Jean Piveteau (1899-1991). Élève de Marcelin Boule (chaire de Paléontologie du Muséum), il
est un paléontologue généraliste qui s’est pratiquement intéressé à tous les grands groupes
zoologiques, mais plus spécialement aux Mammifères (Paléoneurologie, d’après l’examen de
moulages endocrâniens)). D’où son rôle de coordinateur dans la publication du grand Traité de
Paléontologie en 9 volumes édité par Masson (1952-1957). Titulaire de la chaire de Paléontologie
des Vertébrés et de Paléontologie humaine de la Sorbonne (1963). Académie des Sciences
(1956).
Edouard Boureau (1913-1999). Botaniste au Muséum et spécialiste de l’évolution vasculaire
des végétaux, il met en évidence dans les plantules et les radicules des Phanérogames actuelles
des structures anciennes incontestables. D’où l’idée que l’anatomie des végétaux doit être étudiée
sous ses deux aspects complémentaires et indissociables : actuel et fossile. E. Boureau crée une
école parisienne de Paléobotanique, puis une Organisation internationale de Paléobotanique dont
il est désigné secrétaire général (1954). Comme son collègue Piveteau, il coordonne la
publication d’un grand Traité de Paléontologie végétale en 9 tomes, dont malheureusement trois
seulement paraîtront (1964-1975). Professeur à la Faculté des Sciences de Paris (1961).
Académie des Sciences (1977).
Henri Laborit (1914-1995) est médecin de la Marine, chirurgien et pharmacologue. Son activité
se partage entre des hôpitaux de navires de guerre et des hôpitaux militaires continentaux. Ses
travaux concernent la réaction organique à l’agression, au choc opératoire ou traumatique et à son
traitement pharmacologique, à l’anesthésie et à la recherche de molécules anesthésiantes, à
l’hibernation artificielle et à la biologie des comportements et aux molécules qui les
conditionnent. De très nombreuses critiques ont accompagné toute sa vie de chercheur, qu’il a
vécue privé de la considération de la plupart de ses collègues, qui l’ont tenu en lisière de la
biologie et considéré comme un marginal.
Henri Laugier (1888-1973). Après une thèse de médecine (1913) sur les caractéristiques de
l’excitation musculaire et nerveuse dirigée par Lapicque, il commence une thèse de sciences dans
le même domaine, interrompue par la guerre, qu’il achèvera en 1921. Il bifurque alors vers une
recherche plus en rapport avec la société et devient titulaire de la chaire de Physiologie du travail
2
au Conservatoire des Arts et Métiers (1930). En 1937, il succède à Lapicque dans la chaire de
Physiologie générale de la Sorbonne. Il crée alors l’École française de Biométrie et le laboratoire
de Biométrie du CNRS (1939). Il s’éloigne progressivement de la recherche et devient premier
directeur du CNRS (1939). Dès le 19 juin 1940 il rejoint de Gaulle à Londres qui le nomme
recteur de la première Université française libre (Alger : 1943). Inspirateur de la Déclaration
universelle des Droits de l’Homme avec René Cassin dès 1942, il est nommé secrétaire général
adjoint de l’ONU en 1946. Esprit sans frontières, il est lié avec des hommes de pouvoir (V.
Auriol, de Gaulle, P. Mendès France, Nehru, Mme Roosevelt, …), des écrivains d’avant- garde
(Eluard, Cocteau, Breton, Prévert…..) et des peintres. Deux ans avant sa mort, il fait donation de
14 Picasso au Musée national d’Art moderne.
Henri-Victor Vallois (1889-1981) est médecin anatomiste et anthropologue. Sa devise aurait pu
être : comprendre l’animal pour mieux comprendre l’homme. D’où ses spécialités : l’anatomie
comparée des Vertébrés, l’anatomie et la biométrie des populations humaines anciennes et
actuelles, la paléontologie humaine, l’hématologie des populations humaines, l’ethnologie.
Pendant près de 40 ans, il règne en maître sur l’anthropologie et la paléontologie humaines en
France. En 1941, il succède à Paul Rivet à la direction du Musée de l’Homme et à la chaire
d’Ethnologie des Hommes actuels et fossiles du Muséum. Il est l’auteur de plus de 400
publications.
Pierre Chouard (1903-1983). Très tôt passionné par l’analyse expérimentale du développement
des plantes et par ses applications à la recherche fondamentale en horticulture et en agronomie, il
est nommé à la première et unique chaire de l’Ecole nationale supérieure d’Horticulture de
Versailles à 29 ans, puis professeur d’Agriculture et de Productions agricoles au Conservatoire
national des Arts et Métiers (1937) et enfin professeur de Physiologie végétale à la Sorbonne
(1953). Ses deux préoccupations majeures de recherche sont la floraison et les hormones de
croissance. Le CNRS souhaitant doter la France d’un grand laboratoire d’écophysiologie et
bioclimatologie pour analyser le développement des plantes comme les USA l’avaient fait
quelques années auparavant à Pasadena, le phytotron, P. Chouard était tout désigné pour mener à
bien ce projet audacieux dont il fut le « père » puis le directeur, mais qui ne vécut que 20 ans à
Gif sur Yvette du fait de son coût de fonctionnement trop dispendieux. Une autre composante de
la personnalité de P. Chouard est son christianisme militant qu’il manifeste dès son entrée à
l’ENS en étant appelé au Conseil général de la Société St Vincent de Paul (fraternité bénévole
contre la solitude), dont il deviendra Président général (1955-1969).
Pierre Gavaudan (1905-1985). Pharmacien, c’est un esprit universel que tout intéresse :
biologie, mathématiques, physique, philosophie, musique, peinture, philologie, dans le but de
répondre à la question qu’il se pose depuis sa jeunesse : « Qu’est-ce que la vie ?». Après une
thèse de sciences à Paris sur la cellule des Hépatiques (1930), il soutient une thèse de Pharmacie
(1945) sur la pharmacodynamie de l’inhibition de la mitose des végétaux dans laquelle il
découvre le rôle d’un alcaloïde : la colchicine. Cette inhibition est liée à la capacité de la
colchicine à se fixer sur la tubuline et donc d’inhiber la formation des microtubules
indispensables à la formation du fuseau. D’où la formation de plantes tétraploïdes recherchées
par les agronomes pour l’amélioration des plantes. Nommé professeur à Poitiers (1949), il se
tourne vers l’histoire et la philosophie des sciences et crée (1974) les Séminaires internationaux
d’Épistémologie et d’Histoire et de Philosophie des Sciences qui réunissent tous les ans dans
l’abbaye de Sénanque (Vaucluse) une quarantaine de spécialistes de toutes disciplines (R. Thom,
3
B. d’Espagnat, P.-P. Grassé, J. Lejeune, H. Tintant, J.-M. Lévy-Leblond, …).
Roger-Jean Gautheret (1910-1997). Le cytologiste végétal Alexandre Guillermond avec qui il a
été mis en relation lui propose comme sujet de thèse la culture des tissus végétaux. Si Alexis
Carrel réalisa en 1912 la culture indéfinie de tissus animaux, la culture de tissus végétaux avait
rebuté de nombreux chercheurs et semblait relever de l’utopie. Pas à pas et avec ténacité, R.-J.
Gautheret progresse vers la solution. Et le 9 janvier 1939 il publie aux C. R. Acad. Sci. une note
sur la culture indéfinie des tissus de tubercules de Carotte, un mois avant qu’un de ses collègues
et concurrents publie le même résultat aux C. R. Soc. Biol. de Lyon …. Ces travaux ont eu des
conséquences théoriques et pratiques de première importance. Ils ont permis de démontrer qu’une
cellule végétale est totipotente et capable de régénérer une plante entière, de réaliser la
multiplication végétative in vitro des végétaux, d’obtenir des plantes saines par culture in vitro de
méristèmes de plantes virosées, … Nommé professeur de Biologie cellulaire à la Sorbonne en
1950. Académie des Sciences (1958). Membre de nombreuses Académies ou Sociétés étrangères.
André Lwoff (1902-1994). D’origine russe, il mène conjointement des études à la faculté de
médecine de Paris et à la Sorbonne. Dès 1921, il étudie les Protozoaires avec Edouard Chatton
rencontré lors d’un stage à Roscoff. Nommé assistant au service de Protistologie de l’Institut
Pasteur, il s’attache à l’étude des Ciliés, plus particulièrement à leur nutrition (thèse de sciences :
1932), puis à la nutrition microbienne. En 1938, il se voit confier la direction du Service de
physiologie microbienne créé pour lui à l’Institut Pasteur et installé dans le célèbre « grenier » du
bâtiment E. Duclaux où fleurirent tant de découvertes. Il y poursuit ses recherches sur le rôle des
facteurs de croissance et sur les facteurs gouvernant la virulence des virus. Il y fait deux
découvertes majeures : d’une part le statut et le rôle des facteurs de croissance (vitamines) d’où
est sortie, avec l’analyse des biochimistes, la notion d’unité de structures et de fonctions du
monde vivant, d’autre part la possibilité pour un virus, le bactériophage, de devenir un constituant
génétique de la bactérie-hôte lysogène. Ces découvertes font de lui l’un des fondateurs de la
biologie moléculaire. Pendant la guerre il fait de son « grenier » un centre actif de résistance. En
1945 il y accueille Jacques Monod puis François Jacob (1950). S’en suit une collaboration très
fructueuse dans le domaine de la régulation génétique de la synthèse d’enzymes et de virus qui
leur valurent l’attribution du prix Nobel de médecine (1965).
Jacques Monod (1910-1976). Assistant au laboratoire de zoologie de la Sorbonne (1934-1945),
il bénéficie d’une bourse Rockefeller aux USA (1936) qui l’initie à la génétique. Il s’intéresse très
tôt à la croissance des cellules bactériennes (thèse de sciences : 1941). En 1945 il est nommé chef
de laboratoire à l’Institut Pasteur dans le service de physiologie microbienne d’ André Lwoff où il
rencontrera François Jacob en 1950. Ses apports à la biologie moléculaire sont considérables.
Intéressé par la génétique des micro-organismes, il postule puis démontre l’existence d’une
molécule servant de lien entre l’ADN et les protéines : l’ARN messager. Avec François Jacob, il
démontre la notion d’opéron et de promoteur dans les Bactéries. Il est nommé professeur à la
chaire de Chimie du métabolisme à la Sorbonne (1959), devenue chaire de Biologie
moléculaire (1966). Avec André Lwoff et François Jacob, il obtient le prix Nobel de Médecine
(1965) pour l’ensemble de ses travaux de génétique. Il est nommé à la chaire de Biologie
moléculaire du Collège de France (1967) puis directeur de l’Institut Pasteur (1971). Résistant dès
1941, il prendra position sur de nombreux problèmes politiques : affaire Lyssenko, droits de
l’Homme, planning familial, contraception, avortement, racisme, peine de mort, euthanasie,
guerre d’Algérie …..
4
Etienne Wolff (1904-1996) commence des études littéraires mais abandonne la préparation à
l’agrégation de philosophie pour faire une licence de sciences naturelles et obtenir l’agrégation de
sciences naturelles (1928). En 1931 il est nommé assistant au laboratoire d’Embryologie de la
Faculté de médecine de Strasbourg (directeur Paul Ancel) et entreprend un travail de recherche
fondamentale sur la tératologie expérimentale (par rayons X) chez l’embryon de poulet. Ce
nouveau matériel rompt une tradition de l’embryologie expérimentale qui s’adressait
essentiellement soit aux oeufs d’Invertébrés (Oursin, Ascidie, Annélides), soit à ceux
d’Amphibiens. Un concours de circonstances exceptionnelles (un foetus humain monstrueux mort
au 7ème mois, présentant une hypertrophie et une intersexualité gonadiques lui est confié pour
qu’il reproduise chez l’embryon de poulet la même anomalie) va le conduire à s’intéresser au
problème de la différenciation du sexe chez les Vertébrés et à découvrir le rôle morphogène des
hormones sexuelles dans cette différenciation (1935). Fait prisonnier en juin 1940 et en captivité
jusqu’en mai 1945, il réfléchit à l’édition de deux ouvrages sur « Les changements de sexe » et
« La science des monstres » (qu’il achèvera à son retour de captivité) et à la conception d’une
nouvelle technique permettant d’étudier le développement d’un organe embryonnaire non
différencié et à suivre sa différenciation (ou à la modifier) en dehors de l’organisme. A son retour
de captivité il est nommé professeur à Strasbourg et confie à Katty Haffen la mise au point d’une
nouvelle technologie de culture in vitro, la culture organotypique (1951), qui va ouvrir un champ
d’investigations expérimentales particulièrement important quant aux résultats obtenus. En 1955
Etienne Wolff est nommé professeur au Collège de France. En 1959 il aménage un nouveau
laboratoire à Nogent sur Marne dans lequel une de ses élèves, Nicole Le Douarin, mettra au point
la technique de greffe croisée caille-poulet avec le succès que l’on connaît. Académie des
Sciences (1963). Académie nationale de Médecine (1966). Académie française (1971).
Pierre-Paul Grassé (1895-1985) s’intéresse très tôt aux Insectes sociaux (en particulier aux
Termites français) et il fera sa thèse à Montpellier sur les Protozoaires de l’intestin de ces
Insectes (1926). Il est nommé professeur de zoologie à Clermont-Ferrand (1929) et étend ses
recherches aux Termites africains. En 1937 il est nommé professeur à Paris et en 1941 il succède
à Maurice Caullery dans la célèbre chaire d’Évolution des êtres organisés. Ses principaux centres
d’intérêt sont :
• les Protistes (Flagellés, Sporozoaires) et la cytologie. Son laboratoire est le premier
laboratoire de biologie français à être équipé d’un microscope électronique (1955). Vu le succès
remporté par cette initiative, il crée, avec l’aide du CNRS, un centre de microscopie électronique
appliquée à la Biologie qui comportera jusqu’à 5 appareils avec un personnel technique très
compétent, qui rendra un immense service aux biologistes parisiens et de la proche province.
• les Termites avec 3 thèmes : la coordination sociale dans la construction de la termitière, la
complexité et la multiplicité des stimuli dans l’essaimage, le concept d’effet de groupe.
• l’évolution et l’origine de l’Homme. Bien que sa position sur le darwinisme fût complexe,
il ne fut pas un anti-évolutionniste comme on l’a cru parfois, mais il réfutait surtout dans le néodarwinisme
la réalisation des organes (par exemple l’oeil) à partir des seules mutations apparues
au hasard et triées par la seule sélection naturelle.
• la publication d’ouvrages de Biologie. Sa remarquable capacité de synthèse le poussera à
l’écriture ou à la direction de très nombreux ouvrages de biologie depuis le célèbre Précis de
Biologie animale de Aron et Grassé (1935) utilisé pendant des dizaines d’années par tous les
étudiants de propédeutique scientifique ou médicale, jusqu’au monumental Traité de Zoologie
(depuis 1948) qu’il n’achèvera pas. Il devait comporter 17 volumes et 93 auteurs. Il en
5
comportera finalement 47 et 317 auteurs.
• la création de deux stations biologiques : Les Eyzies (1952) orientée vers la faune hypogée
et le Centre de recherches tropicales de Makokou (Gabon, 1970), consacré en particulier à la
primatologie (Chimpanzés).
Académie des Sciences (1948).
Théodore Monod (1902-2000). Très curieux des choses de la nature, il fréquentera, dès 5 ans, le
Jardin des Plantes et le Muséum où il fera toute sa carrière d’assistant (1922) à professeur et
directeur (1942) dans le même laboratoire (« Pêches et productions coloniales », devenu « Pêches
d’Outre-Mer »).
Théodore Monod est le dernier des grands voyageurs naturalistes. Il n’est plus possible, de nos
jours, de posséder une connaissance aussi encyclopédique des sciences naturelles que la sienne. Il
était avant tout zoologiste, spécialiste des Crustacés et des Poissons. Dès sa nomination au
Muséum il est envoyé en mission en Mauritanie pour une année afin d’y étudier les Crustacés, les
Poissons et leur pêche. Il rentre en France via Dakar en accompagnant une méharée. Se manifeste
alors sa vocation de chercheur des déserts. Nommé directeur de l’IFAN (Institut français
d’Afrique Noire) à Dakar (1934), il assumera cette fonction pendant 26 ans. De là il participe à de
nombreuses missions (à dromadaire ou à pied) dans les déserts mauritanien, saharien, libyen,
voire iranien, dont il ramène des dizaines de milliers d’échantillons de plantes (160 publications),
de roches (150 publications), de fossiles et de restes préhistoriques (80 publications). Il est
l’auteur, en 80 ans d’activité, de plus de 2 000 écrits (articles, ouvrages scientifiques ou de
vulgarisation) dont près de 800 articles scientifiques majeurs. C’est un homme engagé dans les
combats politiques : contre le régime de Vichy en refusant de prêter serment de fidélité au chef de
l’Etat quand il dirige l’IFAN, contre la guerre d’Algérie en manifestant en faveur de
l’insoumission, contre l’énergie nucléaire en jeûnant chaque année à l’anniversaire des
bombardements de Hiroshima et de Nagasaki. Académie des sciences (1963).
Jean-Marie Pérès (1915-1998). Il est le fils du doyen Pérès, à l’origine de la construction de la
Halle aux vins et d’Orsay. Deux stages d’étudiant dans les laboratoires de Wimereux et de
Roscoff l’orientent vers la biologie marine. Il est successivement préparateur à la station
biologique d’Endoume, où il fait sa thèse sur les organes neuraux des Ascidies (1943), sousdirecteur
de l’Institut océanographique de Monaco (1943), sous-directeur du laboratoire de
Malacologie du Muséum (1944), directeur de la station biologique d’Endoume (1948) (le plus
petit laboratoire maritime de France, qu’il agrandira 3 fois pour en faire le premier Centre
d’Océanographie biologique français, avec plus de 90 chercheurs) et professeur d’Océanographie
à la Faculté de Sciences de Marseille (1958) où il crée le premier certificat de 3ème cycle
d’Océanographie biologique. Il s’est spécialisé dans l’écologie benthique au cours de campagnes
océanographiques en Atlantique N et en Méditerranée sur le Président Théodore Tissier et la
Calypso, et en plongée à grande profondeur en bathyscaphes (Archimède) et en soucoupe
plongeante. Académie des Sciences (1975).
Jean Rostand (1894-1977) est le fils cadet d’Edmond Rostand, écrivain, auteur dramatique
(Cyrano de Bergerac : 1897 ; l’Aiglon : 1900 ; …) et de Rosemonde Gérard, poétesse. Élevé dans
une ambiance familiale littéraire, son intérêt pour les sciences naturelles se manifeste pourtant
dès sa plus jeune enfance du fait de deux circonstances. Pour des raisons de santé son père doit
quitter Paris et la famille s’installe dans le pays basque, dans la station climatique de Cambo-les-
Bains. Ayant fait fortune du fait du succès exceptionnel de Cyrano de Bergerac, il achète une très
6
grande propriété sur une colline au milieu des bois (1900). Et pour l’enfant qu’est Jean Rostand,
c’est la découverte et la révélation de la nature. L’autre raison vient de la lecture entre 9 et 15 ans
des Souvenirs entomologiques de Jean-Henri Fabre qu’il considérera toute sa vie comme son
maître en sciences naturelles.
Déçu par les « gens » de la Sorbonne qui lui proposent des sujets de recherche qui ne
l’intéressent pas, il s’installe, en solitaire, à Ville d’Avray, dans la banlieue parisienne, au
voisinage des étangs de Corot. Ayant renoncé aux avantages des laboratoires universitaires, ses
moyens matériels sont limités et les résultats de ses recherches en « indépendant » et en
« artisan » ne pourront être que modestes. La lecture d’une note d’Eugène Bataillon (1910, il a 16
ans) sur la réussite de la parthénogenèse traumatique chez la Grenouille rousse le fascine et
oriente ses recherches sur le matériel amphibien anoure, abondant dans les étangs de Corot, et sur
la parthénogenèse par du sperme traité par différentes molécules. Il tente la transplantation
nucléaire, l’hybridation entre espèces ou genres différents, étudie la conservation du sperme
congelé en présence de glycérine et la polydactylie chez les Anoures.
Mais c’est surtout en tant qu’écrivain et vulgarisateur scientifique et historien des sciences que
Jean Rostand est connu. Cette vocation se révèle après avoir été enthousiasmé par la publication
des travaux de T.H. Morgan sur la génétique chromosomique de la Drosophile (1925). En 1929,
il publie son premier ouvrage de vulgarisation scientifique : « Les chromosomes artisans de
l’hérédité du sexe » qui a connu un énorme succès. Suivront une cinquantaine de volumes
diffusant les notions fondamentales de la biologie, des essais de psychologie et de morale, des
études historiques, des biographies, des recueils de pensées philosophiques… Académie française
(1959).
Jean Rostand est un biologiste engagé, un moraliste, un libre penseur et un citoyen du monde. Il
milite contre la peine de mort, l’armement atomique, les fausses sciences (astrologie, divination,
occultisme, métapsychisme ….).
Albert Vandel (1894-1980). Après sa thèse sur la régénération des Planaires Triclades sous la
direction de M. Caullery (1922), il est nommé professeur à Toulouse (1927) où il fera toute sa
carrière. Il devient alors le spécialiste mondial incontesté des Isopodes terrestres. En 1960 et 1962
il publie les deux volumes de la faune de France de ces Crustacés. L’étude comparée des
Isopodes du Venezuela et d’Europe lui permet de confirmer, sur le plan biologique, l’existence,
au Trias, du continent austral de Gondwana. En 1948 le CNRS découvre l’intérêt scientifique de
la biospéléologie et décide de créer un laboratoire souterrain pyrénéen dans la grotte de Moulis
(Ariège). Albert Vandel participe activement à l’aménagement de la grotte et à la construction du
laboratoire. Celui-ci est Inauguré en 1954 et sa direction lui est attribuée. Il y introduit un élevage
de Protées. Ce laboratoire a été à l’origine d’importants progrès dans la biologie, la physiologie et
le comportement des organismes troglobies. On pouvait enfin expérimenter sur la vie très
originale de ces animaux.
Albert Vandel a toujours été préoccupé par deux grands problèmes philosophiques : les origines
de la vie et l’évolution animale et humaine. Pour lui, « l’apparition de la vie n’est point le résultat
de quelque hasard ou du « chaos », mais d’une suite naturelle de l’évolution de la matière
parvenue au stade macromoléculaire». Quant à l’évolution animale, « le vivant se construit de
lui-même, en suite de son propre dynamisme. Il n’y a pas à rechercher, comme le font les
darwiniens, des facteurs de l’évolution extérieurs à l’organisme tels que la sélection naturelle et la
pression sélective du milieu. Ils se trouvent dans l’organisme lui-même ». C’est cette conception
de l’évolution qu’il a qualifiée d’organicisme. Académie des sciences (1957).
7
Si les deux chimistes cités au début de cette analyse ne devraient pas avoir leur place dans cet
ouvrage car ni naturalistes, ni biologistes, on peut regretter que de vrais naturalistes ou
biologistes reconnus n’y figurent pas. Ainsi Maurice Durchon (zoologiste), Louis Gallien
(embryologiste), Maxime Lamotte (zoologiste) et Lucien Plantefol (botaniste).
André
BEAUMONT

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s