Esquisse sur les idéologies de la science

Esquisse sur les idéologies
de la science
L’idéologie classique
Il a toujours existé une idéologie de la Science, c’est-
11-dire sans prendre le mot idéologie au sens, très rigoureux,
des politistes, une certaine façon, dans le public
et principalement dans le public « cultivé » (puisque
ç’est là que prennent naissance les idéologies), de recevoir
la science, de l’imaginer, de lui attribuer des qualités,
de s’en faire une représentation globale1• Ceux qui
1. Lorsque je parle ici d’idéologie , j’utilise un certain nombre de
sources pour l’époque récente des sondages et enquêtes, ou des ouvrages
particuliers, dans le style de la thèse de Bretonnoux sur La Perception
du message télévisuel dans un groupe témoin (thèse de Lettres, Bordeaux,
janvier 1985). Plus généralement je me fonde sur Je discours commun
tenu dans la presse quotidienne, à la télévision, (qui dévoilent bien les
tendances de leurs publics) et aussi, fondamental, sur les discours des
322 LE BLUFF TECHNOLOGIQUE
partagent cette idéologie ne connaissent pas « la
science», c’est-à-dire qu’ils sont incapables de suivre
ses méthodes et ses expériences ; ils font confiance,
d’une part, à ce que l’on peut leur expliquer sommairement.
Mais en outre, ils voient un certain nombre de
résultats, à travers les techniques, et dans la première
partie de cette histoire, la technique est parfaitement
méconnue du public : les résultats reçus sont apparemment
directement le fruit des recherches scientifiques.
L’automobile, le chemin de fer, le vaccin contre la rage,
l’électricité, ce sont des applications de la Science.
L’idéologie qui est alors formée n’est guère partagée
par les scientifiques eux-mêmes. Ils plongent dans
la réalité de la recherche scientifique, ils n’ont que rarement
une attitude globale envers la Science. Cependant,
quand il leur arrive de franchir les limites de leur spécialité,
ils sont assez prêts à accepter ce qui leur vient
d’une opinion publique si favorable et même enthousiaste.
Il me semble que l’on peut faire une véritable histoire
de l’idéologie commune de la Science . Et je distinguerai
cinq périodes de 1850 à nos jours, en passant
très rapidement sur les quatre premières qui doivent
seulement servir de point de repère.
La première période est bien connue, caractérisée par
ce que l’on appelle le scientisme ( on a souvent insisté
sur le fait qu’il n’était pas partagé par les « vrais »
savants). Schématiquement, le scientisme peut se ramener
à ceci : la Science découvre et découvrira entièrement
la Vérité (celle-ci étant alors identifiée à la réalité
concrète du monde dans lequel nous vivons). Ce
monde est limité, il peut être complètement analysé,
compris et expliqué. La réalité obéit à des lois qui sont
hommes politiques qui représentent exactement l’ opinion du Français
moyen.
ESQUISSE SUR LES IDÉOLOGIES DE LA SCIENCE 323
Nlubles et qui permettent de prévoir les événements,
puisque ceux-ci se répètent toujours identiques. La
Science évolue sans cesse vers un « plus », s1i bien
qu’e lle finira par avoir tout saisi, épuisé tous les problèmes.
Il n’y a pas de mystère, il n’y a pas d’inconnuissable,
il n’y a pas de transgressions aux Lois de la
N uture, telles qu’elles ont été fixées par la Science. Cette
Idée d’une connaissance totale existait même pour des
disciplines que l’on ne convenait guère comme « scien-
11fi ques » au sens strict. J’ai connu en 1930 encore un
historien qui me disait: « Lorsque l’on aura dépouillé
1nutes les archives, jusque dans les moindres détails, qui
xistent en France, on saura tout de ce qui s’est passé
llll point de vue historique aux XVIIIe et XIXe siècles. »
Enfin la Science ne se trompait jamais. Elle progresNlli
l par accumulation de connaissances toutes certaines
1•1 lorsqu’une théorie scientifique était insuffisante, elle
~i1uit remplacée par une plus complète : mais il n’y avait
pas d’erreur scientifique. Il y avait seulement progrès.
l.’on a vécu dans le monde cultivé, entre 1860 et 1900,
duns une espèce d’enthousiasme qui’ n’allait pas sans
11e1 1certaine intransigeance : il fallait au nom de la
Science détruire les idées fausses, les religions, les tra-
1lltions culturelles, les mythes, tout cela, produits de
l’ Imagination dans les âges obscurs, devait absolument
~1 rc remplacé par la Lumière de la Science.
Mais cet enthousiasme s’est quelque peu affaibli vers
1900, et il me semble qu’il y a entre 1900-1918 une
Hcconde période, qui n’est pas à proprement parler une
nouvelle idéologie mais un certain affaiblissement du
Ncientisme commun. On parle moins de la Science, on
111 célèbre moins. Je pense que deux facteurs vont en
l’C sens: d’abord l’habitude. Le public cultivé commence
à être très accoutumé à ces merveilles issues de
111 science. Il ne connaît pas encore les grandes découvertes
qui risquent de tout changer (Einstein par exem324
LE BLUFF TECHNOLOGIQUE
pie), mais il est moins subjugué par cet avenir radieux,
de connaissance, de lumière, d’élucidation. L’habitude
fait que l’on reste persuadé de cette valeur absolue de
la Science, mais sans vouloir tout passer au crible.
Certes Anatole France maintient dans ses oeuvres une
vue parfaitement scientiste, mais si on l’apprécie infiniment,
on n’est plus prêt à se battre pour la Science. Et
pourtant, c’est le moment où se livrent les combats scolaires,
le combat autour de l’Église, en effet au nom du
scientisme. Mais celui-ci est si bien implanté que les
tenants du catholicisme n’osent évidemment pas attaquer
la Science. Le toujours plus de Science parru »t
inébranlable.
L’autre facteur qui entraîne une certaine distance de
l’opinion, un moindre intérêt, c’est évidemment la
guerre de 1914. C’est-à-dire que la préoccul’ation
majeure de la population n’est plus le progrès de la
Science, mais la guerre elle-même, naturellement.
Cependant comme pour le cas du conflit avec l’Église
catholique, il est très significatif que l’on ne mette absolument
pas la Science en question en constatant le progrès
des moyens de destruction. Les canons, les
mitrailleuses, les avions … tout cela n’a bien entendu rien
à faire avec la Science. On ne prend même pas
conscience de l’importance décisive de la technique. Les
thèmes de débat sont d’ordre politique (la politique
apparaît comme totalement responsable de tout ce qui
se passe alors) et d’ordre économique: la guerre a été
produite par des conflits d’intérêts économiques, et les
moyens de destruction de plus en plus perfectionnés
sont produits par les « trusts », par les grandes puissances
économiques. Personne ne met en valeur le fait
que ces capitalistes se bornent à produire et à vendre
les résultats de recherches techniques. Les intérêts des
capitalistes (et bien entendu la pensée de Marx avait ici
une influence complète) étaient seuls responsables de
.,
ESQUISSE SUR LES IDÉOLOGIES DE LA SCIENCE 325
tout ce qui se produisait. Ainsi, pendant cette période,
lu passion pour la Science est moins centrale, l’image
rndieuse qu’elle présentait n’est.pas aussi éclatante ;
l’ idéologie scientiste existe toujours, mais en mineur.
Après le conflit, nous voyons paraître une autre
fucette de cette idéologie, qui reprend, mais avec
d’a utres expressions. Je pourrais dire qu’en 1900 le
centre était la Vérité. Après 1920, le centre est le Bonheur.
La Science est ce qui va assurer le Bonheur de
l’humanité. On constate les progrès spectaculaires de la
médecine et de la chirurgie, on profite de l’énorme appareillage
industriel, on voit les produits de la Science (via
lu technique!) pénétrer dans tous les domaines de la
vie. C’est l’accélération et la multiplication des moyens
de transport, et l’on rappelle ( combien: de fois !) les prophéties
de Hugo quand il annonçait que le rapprochement
matériel des peuples conduirait à leur connaisN1mce,
et que lorsqu’ils se connaîtraient, ils ne pourraient
plus se haïr et se faire la guerre. Les biens de consommation
se multipliaient, et ici encore, grâce à la Science,
il y avait une élévation spectaculaire du niveau de vie,
malgré la crise de 1929, et malgré le chômage. Une fois
de plus, la Science était indemne de ces drames, qui ne
provenaient que du mauvais fonctionnement économique.
Jusque vers 1936, il ne fait pas de doute que la
Science est destinée à assurer le bonheur de l’huma nité.
Sans doute Huxley montre un aspect inattendu,
rnais à l’époque je puis dire qu’il n’a été pris au sérieux
que par une toute petite minorité de jeunes intellectuels,
tâtonnant autour des problèmes techniques et ne mettant
pas encore la Science en question.
Il faut dire que nous en restions aux découvertes et
au cheminement traditionnels de la science et que l’on
ignorait les grands débats des physiciens et des mathématiciens.
On connaissait vaguement les noms de
Planck ou de Heisenberg, mais on était bien incapable
326 LE BLUFF TECHNOLOGIQUE
de savoir quelles étaient leurs découvertes et quelles en
étaient les conséquences. Pour l’ensemble du public la
science était évidemment bonne et orientée vers le bonheur
de l’humanité. Cette vision explique la volonté ,
pendant cette période, de proclamer « scientifiques »
certaines disciplines qui jusqu’alors relevaient du flou
des sciences humaines. Apparaissent une sociologie, une
psychologie , une économie « scientifiques», c’est-à dire,
utilisant les mêmes méthodes que les sciences de
la Nature, et en particulier un appareil mathématique .
Ce n’était pas seulement un souci de rigueur et de clarté,
mais aussi la conviction que ces sciences devaient
contribuer à sortir du flou des décisions politiques pour
conduire les peuples vers une organisation plus ration nelle,
ce qui serait le garant du bonheur.
Car pendant cette période, et malgré des mouvement s
littéraires et artist iques (surréalisme, cubisme … ) qui
découvrent la valeur de l’irrationnel, la conviction collective
demeure que le rationnel est la voie du progrè s
et que celui-ci doit inéluctablement se traduire dans le
bonheur de l’humanité. La croissance de la consomma tion
, la facilité des déplacements (automobiles) permettent
de projeter un avenir où l’homme sera plus libre
et plus heureux. Plus libre : la croissance de la consom mation
non seulement libérera l’homme des esclavage s
de la rareté , mais aussi doit entraîn er des modification s
politiques . C’est le moment où se développe la théorie
selon laquelle lorsque la consommation est abondante ,
les régimes de dictature deviennent impossibles et on
tend vers la démocratie. Assurément l’abondance des
produits permet aussi des choix plus étendus, donc plus
de liberté, et enfin l’ auto permet de voyager à son gré,
à son heure. En même temps, l’ idée du bonheur change .
Il ne peut plus s’agir d’un bonheur spirituel ou idéaliste,
le bonheur, lié à la consommation , devient le bienêtre,
et c’ est la grande découverte du confort . Mais tout
ESQUISSE SUR LES IDÉOLOGIES DE LA SCIENCE ‘3 27
:1, confort , consommation, liberté, l’opinion publique
‘•I bien convaincue que ce sont les fruits de la Science
11ppllquée. On commence, dans certains cercles, à dis-
1111:uier Science fondamentale (mais le Français moyen
110 voit pas très bien à quoi elle peut servir) et puis
:lènce appliquée, d’où sortent tous les prodiges de la
•oclété «moderne». L’idéal de la Science reste donc
11core fortement positif et enraciné dans l’expérience
vdcue.
Nous arrivons à la quatrième étape de cette esquisse.
Après 1945, apparaît une crise dans l’idéologie de la
Jlcnce, dont les éléments sont multiples. Mais avant
1011, on peut dire que la découverte de la pénicilline
11’11 pas compensé le traumatisme d’Hiroshima. À partil’
de ce moment commence une longue période de
!’ Idéologie du doute et de la défiance à l’ égard de la
Science. Il est très curieux de constater la contradicllon
entre la multiplicité de découvertes scientifiques
pondant les années 1945-1975, ainsi que la foudroyante
:roissance économique (des Trente Glorieuses !), et puis
Inversement, sur le plan psychologique et idéologique,
l’nttitude de repli, et pour la première fois le défaut
il’cnthousiasme. Cette période me paraît caractérisée, au
point de vue idéologique, de façon différente suivant les
niveaux que l’on examine . Car il y a partout un prolond
revirement. Et tout d’abord parmi les scientifiques
rux-mêmes. II se développe une sorte de doute, si bien
que l’on a pu parler d’une « crise de la Science», ce
qui est inexact quant à son développement, à la pro-
1r,1ession de ses méthodes et de ses résultats, mais ce
qui n’est pas faux précisément au point de vue idéolo-
11ique, car, bien évidemment, les scientifiques ont aussi
leur idéologie de la Science. Ainsi on parle beaucoup
111inos de l’identité entre découverte scientifique et
vérité. Celle-ci n’est plus l’objectif premier de la
328 LE BLUFF TECHNOLOGIQUE
science. Mais je crois que la crise idéologique peut
s’analyser en deux termes.
D’ abord chez les scientifiques se développent les
conséquences des découvertes théoriques antérieures.
Ainsi on commence à prendre en compte des phénomènes
que l’on avait plus ou moins écartés jusqu’ici,
les désordres, les tourbillons, les flux, les bruits dans
la communication. On se fixe sur la notion d’entropie .
On reconnaît au plan scientifique un phénomène décisif
comme le feed-back. On en vient à admettre que
l’observateur étant dans le même système que l’objet
observé, trouble celui-ci par sa seule présence. On
retrouve la vieille notion, rajeunie, d’ inséparabilité. Et
à la limite on en vient à générali ser l’idée que le fait
en lui-même n’ existe pas, mais que c’ est nous qui
construisons le fait que nous observons. Tout·ceci bien
entendu ne comporte pas en soi une crise de la science.
Au contraire , on a fait valoir que c’était un prodigieux
progrès de la connaissance et que la science venait de
remporter de nouvelles victoires. C’ est exact. Mais en
même temps les scientifiques se trouvaient en présence
de phénomènes et de théories complexes, sinon compliqués,
qui n’avaient pas la belle simplicité de la physique
issue de Newton. Et ce qui paraît bien caractéri stique,
c’est la multiplication d’ouvrages écrits par des
scientifiques pour d’une part ju stifier leur activité, la
légitimer, la fonder sur d’autres . bases que celles qui
avaient eu cours au XIXe siècle, et puis pour rattacher
la science, cette science-là, infiniment plus complexe,
à une philosophie, à une conception générale du monde,
ou au contraire pour en tirer une morale, une règle de
conduite. Généralement, ces ouvrages apparaissent après
1970, mais ce qui m’importe c’est qu’ils sont un essai
de réponse à un trouble bien antérieur qui s’était manifesté
chez les scientifiques.
ESQUISSE SUR LES IDÉOLOGIES DE LA SCIENCE 329
‘c trouble ne tenait d’ailleurs pas seulement à cette
11omplexité nouvelle mais aussi au sentiment que plus
1111o vait résolu d’ énigmes , plus le champ de recherches
•’d lnrgissait et les problèmes surgis se multipliaient,
hmll de plus en plus difficiles. Ainsi on passait d’une
VIIe d’ un univers limité, avec un nombre de problèmes
lh11lté – et si l’on finissait par épuiser ces questions,
0 11 urriverait au bout de la connaissance -, à un univers
qui se révélait de plus en plus complexe et mult
lple au fur et à· mesure qu’on le connaissait. Ainsi
l’Olle quête semblait inépuisable et aucun résultat dernier
ne paraissait possible dans aucun domaine de la
Nclcnce. Et ceci ·Se manifestait aussi bien dans les
Hulences « exactes » que dans les « sciences »
humaines. C’est l’époque où l’on com.mençait à doul(
Jr de la possibilité d’appliquer vraiment les méthodes
l’lgoureuses et mathématiques. Les phénomènes
humains paraissaient eux aussi plus compliqués, plus
Nuuples, et l’on commençait à accuser la génération
prcScédente de réductionnisme. En histoire, après avoir
:ru que l’ on pourrait expliquer les mouvements politiques
par une analyse économique stricte, on passait
des études beaucoup plus incertaines et fluides, par
1•1(Cmple l’histoire des mentalités. Ces diverses sollici-
1111ions, ces «défis », produisirent des efforts d’explirntion
ou de généralisation. Il y eut ainsi la théorie
Ndo n laquelle la science ne progresse pas par accumulation
des connaissances, mais par mutation des
puradigmes, provoquant une « révolution scientifique
». Il y eut également l’effort effectué pour rattacher
la science à une vérité transcendante, la science
11 • était plus tout à fait « self-sufficient » . Et ce qui est
Intéressant, c’est que cette tendance ne venait pas de
philosophes ou de théologiens (malgré l’influence de
Teilhard) mais de certains scientifiques eux-mêmes.
(Gnose de Princeton par exemple) ; On en vient à
330 LE BLUFF TECHNOLOGIQUE
conclure qu’il n’y a pas de méthode scientifique, une
« nature de la science », un critère du « scientifique» .
Personne n’est plus capable de dire ce qui entre dans
la catégorie « science » ; A. Chalmers , « The case
against a universal scienti.fic method », in Science ,
Technology and Society, 1985.
Tel est le grand ensemble, foisonnant, qui mettait,
non pas la science, mais les scientifiques en question,
et les conduisait à des interrogations dubitatives toutes
nouvelles.
Mais une autre inquiétude planait, moins scienti fique
et plus idéologique. Dans cette guerre de 1940
à 1945, les moyens avaient été multipliés indéfini ment,
et ce n’était pas seulement le phénomèn e
énorme de la bombe atomique, mais des technique s
dérivant directement de progrès de la science avaient
paru dans tous les domaines. La chimie, la biologi e
avaient été mises à contribution. Guerre bactériolo gique
possible, guerre menée avec les défoliants .
Dorénavant la science était partout , et servait à tout.
Alors paraît la grande question du lien étroit de la
science et de la technique , et celle-ci étant au service
des puissances , on avance le jugement que la science
n’a pas les mains pures. Le scientifique n’ est plus le
chercheur ascétique et objectif de la vérité, mais le
créateur peut-être involontaire mais inévitable des
moyens de guerre d’une part, et d’innombrables produits
(médicaments) dont on était incapable d’évaluer
correctement les effets. Il n’y avait plus de science
«pure». On alla même jusqu’à écrire que les mathé matiques
« pures 1 » n’existaient pas . La science était
l. O. Nordon, Les mathématique s pures n ‘existent pas, Actes Sud,
1981. Il existe depuis 1960 un besoin urgent d’une déontolog ie de la
recherche. Très important, le projet japonai s (1987) d’un vaste rassemblement
de scientifiques pour proposer que les recherches ne soient plus
ESQUISSE SUR LES IDÉOLOGIES DE LA SCIENCE 331
1n1pliquée dans sa totalité dans les activités
N Impures » de la politique, de la guerre , de la police …
Sans doute on repoussait avec horreur les expériences
-l’lcnlifiques faites par des savants nazis sur des prison-
11INNm, ais on envisageait, à condition que le patient
111 1 volontaire, comme normale l ‘ expérimentation
h1111mine, en chirurgie, pour certains produits nouveaux
111 pour la génétique… L’homme était bien un objet
1111111uiplable mais on n’avait pas très bonne conscience.
V11II~ l’e nsemble des éléments qui me paraissent consti-
11l’I’, durant cette période, les prémices d’une crise de
1′ Idéologie de la Science, dans le monde et le milieu
-l’lcntifique lui-même. Bien évidemment cela n’entravnll
en rien la recherche . Cependant certains scientilhl11cs
(par exemple américains) proposaient un mora-
11n1. : de la recherche scientifique pour tenter de faire le
p11l11t et voir clairement la situation.
À l.’ autre bout, et dans le public, il y a toujours
I’ ~11e1rveillement devant les extraordinaires découvertes
tll’ ln science, devant les débuts de la « conquête de l’espm:
c », il y a la diffusion prodigieuse des produits techniques
issus de la science (télévision par exemple), mais
,.,,, émerveillement s’ associe comme je le disais au
d~hut de ce paragraphe à une très grande peur. Et l’idéolt1),(
ÎC qui se développe s’exprime aussi bien dans la difl11Hion
de 1984 de Orwell que dans les sciences-fictions.
f >11u fait remarquer que les récits de science-fiction de
1%0-1975, aux Etats-Unis, se terminaient toujours par
111c catastrophe et qu’ils étaient fondamentalement pes-
111,istes. L’homme occidental reprend la conviction
uvunt_tout de la Puissance absolue de la Science, ce qui
l’-1 bien un thème central différent de celui de la Vérité
;11l1r1é1es vers la puissance de la production mais -vers les« frontière s de
1 li1111u1in », environnement , ressources , démographie, etc.
332 LE BLUFF TECHNOLOGIQUE
ou de celui du Bonheur. Maintenant, on a la conviction
que la Science peut tout, mais non pas dans le sens uniquement
de la grandeur et de la réussite positives pour
l’espèce humaine. Elle peut tout, pour le bien comme
pour le mal.
Alors, se diffuse la conviction consolante que tout
va dépendre de la façon dont l’homme l’utilisera, et par
exemple de décisions politiques, c’est-à-dire à notre portée.
Mais l’homme reste dans l’ambiguïté sur la valeur
et la positivité de la science. Les écrits de cette époque
manifestent en même temps une confiance illimitée et
une peur diffuse. C’ est à ce moment que l’on voit se
multiplier les comparaisons avec la langue d’Ésope. Le
seul caractère qui ne soit pas discuté est celui de l’omnipotence
scientifique : maintenant tout est à portée de
la main. Il est donc très significatif de constater la différence
de conviction qui existe entre les scientifiques
et l’opinion moyenne, de l’homme quelconque. Ceci va
s’exprimer tout particulièrement dans le mouvement
écologique. Lorsque l’écologie a commencé, c’était une
discipline scientifique. Mais des non-scientifiques vont
s’emparer de certains constats de fait et de certaines
hypothèses pour les utiliser comme moyen de critique
contre la « civilisation » occidentale. Il serait trop complexe
de chercher ici les racines de ce mouvement, politique,
conflits de générations, crainte de la « dénaturation
», effet de 1968, etc. Mais ce mouvement de refus,
de rejet de toutes les orientations issues de la science
et de l’application des techniques, ne prendra sa vraie
dimension qu’en se fondant précisément sur certains
aspects de la recherche écologique antérieure. Le succès
de ce mouvement écologique entre 1967 et 1975
manifestera bien cette idéologie de peur face à la puissance
technicienne.
ESQUISSE SUR LES IDÉOLOGIES DE LA SCIENCE 333
l,û nouvelle idéologie1
Or, à partir de 1975 nous assistons à un renversement
tntnl de l’idéologie à l’égard de la science. Et nous constalllns
d’abord le même phénomène curieux d’opposition
ntre la réalité de la situation et l’idéologie. C’est-à-dire
1. L’idéologie simpliste de la science n’est d’ailleurs pas vraiment
1l~1iussée I On la retrouve même chez des jeunes, par exemple, en 1984, Je
Uvrod e Patrick Tort (qui certes a pour but de lutter à juste titre contre la
111110-1biologied e Eden Wilson),L a Pensée hiérarchiquee t l’évolution (Auhltir
Montaigne), qui est confondant de simplisme quahd il veut maintenir la
M~lônce pure, idéale, sans compromis, et qu’il prétend démontrer qu’aucune
itliollogie ne peut nai »tred ‘une science (l’idéologie ne naît que de l’idéoloillo),
et que la science (grande déesse admirable)e st substantiellemendt istincte
de l’idéologie.H élas, dans le ciel serein des métaphysiquesc, ‘est peutll’ll
exact, mais nulle part ailleurs I Ces vaticinations sont heureusement
11ompensées par le très modéré M. Le Lannou, dont je continue à apprécier
l’ll~Octitude de la pensée, et l’humanisme lucide, dans un exposé sur le décalKMeCn
tre la science et la vie ! (« Le décalage entre la Science et la vie »,
/.1 Monde, janvier 1984). Il montre comment une découverte scientifique
1l »vlent de suite une certitude qui aussitôt connue devient un argument
1}14,’imptoired ‘une thèse idéologiquea vant d’être démontrép ar d’autres faits.
(Il prenait comme exemple le D.T.T. et la découverte des céréales de la soitllÀlllll
Révolution verte). « Le savant et le chercheur ne s’appartiennent plus.
11 entrent au service de causes assez grandes et assez justes pour mériter
tl’e1rc soutenus jusque dans l’erreur.» Il rappelle les échecs terribles de l’opé-
11110111d u Kazakhstano ù des dizaines de millions d’hectares devaient être
1181 e1n valeur,c e qui devint un désastre parce que tout avait été calculé par
1loN experts à partir de moyennes, sans tenir compte ni des conditions climall1111es
réelles, ni des particularités humaines des populations. Même chose
11m1r le désastreux barrage d’Assouan construit à partir de calculs de rendentonts
« coûts-bénéfice»s sans penser un instant à toutes les conséquences
11dftness, prévisibles,e t qui se sont produites! De même il est intéressantd e
11o tcr avec lui que le Brésil est le pays du tiers-monde où l’agriculture a le
11h1N progressé depuis 1975 et que c’est aussi l’un des pays de la famine la
111lN1g rave. « Les chiffres soudains,e t les « moyennes »r emplacentl es lentes
1mtlstiq11esl,’ espace abstrait se substitue aux réalités locales, l’ardeur zélée
111c1h ercheurl ui fait oublier ce temps révolu où la science ne se compromouait
avec aucune idéologie et où les sagesses collectives, plus mesurées
11111H1 aussi plus vraiment universelles que les grandes philanthropiesd e
l’heure, étaient commandées par la diversité des hommes et des lieux. » (Le
LMnou écrit ceci à propos de l’excellent livre de J. Klatzmann, Nourrir dix
mil/lards d’hommes?, P.U.F., 1983.)
334 LE BLUFF TECHNOLOGIQUE
que c’est au moment où la «crise» se développe, que
nous rencontrons à nouveau une idéologie triomphaliste 1
Mais celle-ci est bien différente des précédentes et beau•
coup plus cultivée. Pour la comprendre il faut d’abord
rappeler que le lien entre la Science et la Technique est
devenu beaucoup plus étroit, beaucoup plus infrangible,
et en outre bilatéral. On a trop souvent représenté la
Science comme souveraine et indépendante, produisant de
façon seconde et presque accessoire telle ou telle orientation
qui menait vers une conséquence technique, celleci
étant totalement dépendante de la Science. Actuellement
, on ne peut absolument plus penser ainsi. La
Science, pour progresser, a besoin de produits techniques
de plus en plus extraordinaires et « sophistiqués ». Les
découvertes spatiales sont le fruit des techniques de l’es pace:
sans ces techniques on ne saurait rien de plus qu’il
y a un siècle. Il en est de même dans « l’infiniment petit »
et dans tout ce qui concerne les recherches atomiques,
de même encore en biologie. Et bien évidemment l’in formatique
est décisive: c’est grâce aux ordinateurs de
plus en plus puissants que les scientifiques peuvent mener
à bien les calculs nécessaires pour leur recherche. Je
m’étais grandement trompé en 1980 en écrivant que la
vitesse de calcul et l’information atteinte à ce moment
par les ordinateurs était telle que l’on ne voyait pas le
gain que l’on obtiendrait en allant au-delà : il est bien
vrai que pour les usages courants, on n’avait pas besoin
de plus, mais les scientifiques sont lancés dans des calculs
géants, qui demandent des ordinateurs ét des systèmes
informatiques beaucoup plus performants et c’est
pour répondre à leur demande que les derniers progrès
ont été faits 1.
l. W. Mercouroff, « Quelle informatique pour la Science ?, La
Recherche, n° 146, août 1983.
ESQUISSE SUR LES IDÉOLOGIES DE LA SCIENCE 335
La technique fournit à la recherche scientifique les
111oynes d’exploration mais aussi d’innombrables matéllnux
nouveaux, sans lesquels non seulement l’expéri-
11cintation en matière scientifique mais la recherche elle-
11e1me seraient impossibles. Mais intervient alors une
;111r c dimension : cet appareillage est formidablement
1•00teux. Il dépasse maintenant souvent les capacités
il’une seule nation. Il faut se mettre à plusieurs (sauf
pour les États-Unis et l’U.R.S.S. !) pour fournir à la
-l’ionce les moyens d’investigation qulelle réclame . Par
x~mple le Cyclotron. Généralement ce sera l’État qui
liourvoira à ces dépenses. Parfois une association entre
‘ (!tut et des financiers privés. Mais alors survient la
r~ciproque inévitable: si l’on dépense des milliards pour
pincer un laboratoire dans l’espace, pour installer un
nccélérateur de particules géant, pour construire une pile
!IXpérimentale, il est bien évident que ce n’est pas pour
l’nmour de la Science ni de la Vérité. Il faut que, comme
lout investissement, celui-là rapporte. De telles dépenses
-upposent la rentabilité. Et par conséquent la Science
Hl absolument tenue, via la technique, de fournir des
16Hultats économiquement comptables. Mais je dirais
lllus. Le cheminement n’a pas été en réalité: nous
offrons aux chercheurs scientifiques les moyens qu’ils
1,k lament, à condition qu’ils nous donnent des résullllls
économiquement satisfaisants. Le cheminement a
~lé exactement inverse.
On s’est aperçu que certaines découvertes scienti~
tlques entraînaient des possibilités considérables de
11roissance économique. Aussi bien en agriculture, qu’en
11ostion, que dans l’industrie. Cette croissance des ren-
1lements avec abaissement des coOts a été nommée
développement». Et on a lié, déjà vers 1950, la
recherche scientifique avec le déveltlppement économique.
Le fameux « R. et D. ». Mais en se rappelant
11ue l’un conditionne l’autre et réciproquement : la
336 LE BLUFF TECHNOLOGIQUE
recherche scientifique entraîne un développement éco•
nomique, mais celui-ci est indispensable pour fournir à
la recherche ce dont elle a besoin. Bien entendu, depuis
1970, et surtout 1975, on a émis des doutes sur cet
enchaînement que beaucoup d’économistes ont contesté,
Mais il ne faut pas oublier que l’opinion se forme tou•
jours avec du retard sur les analyses des spécialistes,
Si bien que pour l’homme politique moyen comme pour
« l’homme quelconque», la formule R. et D. est toujours
indiscutable. Et elle est appuyée par les chercheurs
de sciences exactes, qui savent bien que si on la mel
en doute, ils risquent de ne plus pouvoir continuer leur
recherche. Si bien que, maintenant, au point de vue
idéologique, on a un même ensemble de formulation
chez les scientifiques et dans l’opinion publique (con•
trairement à ce qui s’ était produit en général).
Mais aussi la Science cesse d’être libre. Elle est fortement
polarisée dorénavant : elle a un devoir absolu,
servir l’Économie nationale. Nous ne sommes certell
plus au temps où l’homme politique prétendait fixer aux
savants tel ou tel objectif et tel cadre de recherche. Mais
l’impératif, pour être moins limité, moins détaillé, n’ esl
pas moins rigoureux ! C’ est une question de vie ou d
mort dans la concurrence entre les nations, mais aussi
pour la science elle-même. Il n’ y a plus de « Science
pour la Science ». Il y a une Science pour le dévelop•
pement. Il suffit de considérer la différence des budgets
attribués aux divers secteurs de la recherche pour s’en
rendre compte ! Et ceci est fortement impJanté danH
l’opin ion publique par les médias. Il est tout à fait
convaincant de suivre la télévision, où pratiquement li
chaque émission d’information, il y a une séquence li
la gloire de la science et de la technique réunies.
On se trouve alors en présence d’une croyance sah1•
taire en la Science orientée vers la grandeur de la nation,
non plus par patriotisme, mais par la simple nécessit
L~SQUISSE SUR LES IDÉOLOGIES DE LA SCIENCE 337
.i~, ~·ontinuer à faire partie du « peloton de tête ». Le
lli!11 de la Science à la Technique n’est plus interprété
111111l t1ivement comme dans la période précédente, mais
tlll l’Ontraire tout à fait positivement. On ne retrouve plus
111-mêmes mots (progrès par exemple) mais la même
111 111N~e (croissance, développement) : le seul moyen
j11111rs ortir de la crise économique, du chômage, etc.,
, ‘ PNI la reprise de la croissance. C’ est le discours com-
111111d e la droite et de la gauche. Mais le seul moyen
,li• ln croissance, c’est la compétitivité des produits grâce
llllè meilleure productivité. Et ce qui assure une
111ll1lc1ure productivité, c’est la recherche scientifique.
lnllc est la logique simple, constamment diffusée. Et
1 i!l’I devient parfois extraordinairement ambigu, parce
•1ur en effet, pour développer les nouvelles consé•
llll’llces des découvertes scientifiques, il faut investir,
11J1 11r des entreprises, embaucher du personnel…
Ainsi la « Science» a en elle-même et directement
1111 effet d’ entraînement économique. Et plus cette
11 lr11ce, qui prend en charge maintenant des phéno-
111~11cs jusqu ‘ ici insaisissables ou inaperçus, devient
, 111p1l1exe et incompréhensible, pour; je ne dis pas
l’l11111m1e moyen, mais le non-spécialiste au sens le plus
ï rnit du terme, plus elle fait l’objet de croyances posiilv,•
11 et optimistes. Sans doute la crainte n’est pas
11 h-cntc, mais elle n’est plus semblable en rien à celle
,hi 111p ériode précédente. Car nous sommes submergés
i t·onvaincus par le miracle quotidien de ce qui nous
111uore. À peine un « progrès » est-il assimilé, qu’un
~11re nous est proposé, le dépasse et l’annule . Je parle
Ill do produits techniques ? Sans doute, mais ceux-ci
1i1111to ujours le résultat d’un travail scientifique dans la
1m1N11rc où les frontières de la science sont beaucoup
11111s11 1claires : le design est-il ou non, une science ?
Lu physique des fluides ouvre des espaces que
11jo1lgnent de suite des applications techniques, et la
338 LE BLUFF TECHNOLOGIQUE
relation me paraît encore plus étroite pour tout ce qui
concerne l’informatique. Et cette idéologie repose sur
le double fait d’ une expérimentation immédiate liée à
l’incompréhensibilité absolue. Certes , dans une quelconque
mesure, il en a toujours été ainsi. Il n’est pas
nécessaire de savoir comment fonctionne le moteur
d’une automobile, et encore moins les principes scientifiques
qui sont à son origine, pour se servir d’une voiture.
Mais la situation actuelle est encore plus radicale :
plus on avance , plus on a des produits très complexes ,
incompréhensibles (un poste de télévision est plus abstrait
qu’un moteur d’ auto, un ordinateur plus complexe
qu’un poste de télévision) et en même temps d’un usage
plus simple . On arrive au robot qui pourra · être commandé
à la voix. Résultat des analyses de données (linguistiques
par exemple) … scientifiques !
Si bien que nous vivons une situation paradoxale, qui
commande une certaine idéologie. L’ engin finalement
le plus facile à manipuler Ge parle évidemment de ceux
dont le public a l’usage) est celui qui a impliqué les
plus gros investissements et une recherche de pointe très
élaborée ! Or, ceci donne une légitimité concrète , dans
la pensée moyenne, à la science . De toute évidence, ce
n’ est plus seulement la technique qui est ici en cause .
L’homme moderne sait qu’il est en présence de plus que
la technique , une sorte de renouvellement complet de
la vie et de la société. Il se trouve en « prise directe »
par l’ intermédiaire des merveilleux produits qui lui sont
offerts avec la recherche scientifique la plus élaborée .
Sans doute il ne connaît ni les calculs ni les hypothèse s
ni le détail de cette recherche scientifique, mais il a le
sentiment d’une proximité extrême de chacun avec
l’ univers scientifique, et ici, bien entendu, l’informatique
joue un rôle de premier plan .
La science n’ est plus cantonnée dans de lointain s
laboratoires inconnus, elle est présente parmi nous. Et
ESQUISSE SUR LES IDÉOLOGIES DE LA SCIENCE 339
, 11111 se trouve considérablement renforcé par l’impul~
111 11 politique en direction du public et des jeunes . Il
111 111 éduquer les jeunes très tôt non seulement à la manipulntion
des engins techniques (ordinateur), mais induire
, liez eux de cette façon un amour pour la recherche
-l’lcntifique. L’ avenir repose sur la qualification techno-
-l’i1JnLifique des jeunes. Et le pouvoir pèse de tout son
111il ds pour convaincre parents et enfants de cette pré-
11111 l11ence de la science, présentée comme une fatalité:
Il l’nut que les jeunes soient formés dès maintenant à la
,11:iété de demain , qui sera immanquablement scientillqm:
et technique. On ne se rend seulement pas compte
què c’est précisément en faisant de ces jeunes des scien –
11ll ques avant tout, que l’on transforme un possible ou
111c tendance en fatalité inéluctable !
Mais il faut saisir un autre aspect essentiel de cette
111,11v elle idéologie : plus que jamais , par suite de la
111111iuotn de société qu’elle implique, la science devient
111111 seulement la découverte de la, nature, mais la
1,lponse à tout ce qui nous inquiète et nous angoisse.
~I hien que s’ élabore maintenant ce que j’appellerai une
hlfo logie de la science qui est une sotériologie . L’idéoililllc
actuelle de la science est une idéologie du Salut.
( « est-à-dire que, en même temps , on la considère
, 111n11e le seul recours, mais aussi on refuse avec éneruk
les aspects négatifs. La science est la seule porteuse
t1′ 11v enir de notre société : À chaque problème de ce
11111ndqeu i est soulevé, la réponse sera inévitablement:
111 Science y pourvoira. Cela est très clair en ce qui
, , ,11ccrne la médecine. Avec les incroyables découvertes
,,rfccLuées dans tous les domaines depuis vingt ans, il
1w fait aucun doute pour le Français moyen que la
11t’tlecine saura répondre à toutes les agressions sur
l’homme, le cheminement actuel concernant le Sida est
111111 à fait typique. Et les médias tiennent au courant le
p11hlic non pas seulement de l’apparition d’un nouveau
340 LE BLUFF TECHNOLOGIQUE
remède, mais fournissent des explications, sans doute
très simplifiées, sur les recherches scientifiques poursui•
vies. Il en est de même pour les recherches au sujet de
l’Espace. Ce n’est plus seulement le spectaculaire, mais
l’explication des thèmes de recherche, des conditions et
des hypothèses. Et ceci donne à l’homme quelconque
une certaine vue de l’énormité des domaines dans lesquels
la science travaille. Sans doute, on avait déjà bien
antérieurement cette idée que la science répondra à nos
questions. Mais la différence considérable tient à ce que
au début du siècle les « problèmes » auxquels se heur·
tait l’homme étaient encore , pour la plupart , les pro·
blèmes traditionnels de la vie humaine la plus ancienne.
L’homme y était accoutumé . Il avait un certain nombre
de défenses et de réponses (pas toujours efficaces mais
rassurantes). La science était utile. Elle n’ était pas seule.
Aujourd’hui, la dimension, la quantité, la qualité des
problèmes que nous rencontrons dans notre société a
totalement changé. C’ est la famine universalisée et
connue, c’est la disparité économique entre les pôles de
croissance et les pays sous-développés, c’est l’énormit é
des pouvoirs de destruction, c’ est la rapidité croissante
du changement, c’ est l’adaptation à un environnemen t.
qui change sans cesse, c’est la disparition des modèles
traditionnels (de la société, de la morale, de l’homm e,
de l’art , de la culture, etc.). Et nous constatons sans
peine que les anciens procédés pour résoudre nos pro•
blèmes et ceux du monde ont perdu toute efficacité. La
politique est totalement déphasée. L’éducation, la pédagogie
doivent être totalement renouvelées si on veut y
intégrer l’informatique et la télévision. Les relations
interhumaines sont ridiculement inefficaces, et tout l’an cien
système juridique qui réglait une société est absolument
inutile en présence des nouveaux problème s
posés par les nouvelles applications de la science .
ESQUISSE SUR LES IDÉOLOGIES DE LA SCIENCE 341
Nous ne pouvons plus avoir confiance que dans la
11lonce elle-même. Elle est le seul recours. Le seul Salut
1111r chacun et pour l’humanité. C’est la science qui
1nlme l’angoisse des anxieux, c’est la science (et non de
Ylllns accords et traités) qui apportera la réponse aux
menaces de guerre. On a une idée de cela avec le raisonll!
Hnent qui se rencontre de plus en plus souvent : « C’est
rAceà la multiplication des moyens de destruction atomique
que la guerre devient impossible. En effet, per-
11n 11e ne risquera de déclencher aujourd’hui une guerre
111ondiale, en sachant que même s’il a pris l’initiative du
prc.m, ier bombardement, il sera quand même lui aussi
ndnnti. Donc la guerre est impossible. » Je ne discuterai
11111la1 validité de ce raisonnement, je constate qu’il fait
p1111dlee l’arsenal idéologique concernant la science. Et
vec le système de destruction interstellaire des fusées
qlomiques, la science apporte aussi une riposte à la
mtmace atomique elle-même. On ne se rend en général
Jll!N compte que ce second argument détruit Je premier,
muls une idéologie ne se soucie pas de’ cohérence.
De la même façon, c’est évidemment la Science ( et
11nn des traités) qui arrivera à résoudre les problèmes
110 pollution. Chaque fois il faut une recherche scientifique
plus approfondie (le problème de l’essence sans
11tomb et la nécessité du pot catalytique sur les autos
Nt très indicatif). Mais on a déjà gagné, on a réussi à
udpolluer totalement des rivières et des grands lacs aux
lnts-Unis. On sait comment faire. Il suffit de donner
llhrc cours aux découvertes scientifiques. Et, nous
l’uvons déjà dit, celles-ci, dans tous les domaines , sont
11 rupides, que l’homme actuel est certain dans les
Ht1t16es proches de voir évacuées les innombrables
llltltlaces. La Science est le recours absolu. Si bien que
11u1s1 rencontrons une situation remarquable : dans le
•ulentisme ancien, la science avait la prétention de
tîlf’ouler Dieu et d’en montrer l’inexistence, mais c’était
342 LE BLUFF TECHNOLOGIQUE
le fait d’une minorité. Aujourd’hui, sans chercher cet
objectif, avec le développement de l’idée que la science
est notre seul recours, on arrive précisément (mais par
une autre voie !) dans la conscience populaire à cette
même conclusion – Dieu ne sert à rien dans la situation
où nous sommes, par contre la Science, elle, est,
grâce à l’idéologie, devenue divine comme jamais. Et
c’est précisèment le danger majeur, Kaplan (in A. Jacquard,
op. cit.) l’exprime parfaitement: « Le danger est
autant dans la biologisation de l’idéologie que dans
l’idéologisation de la biologie ! »
Bien entendu , la contrepartie de cela, c’est le rejet
des opinions «pessimistes», ou des faits inquiétants 1

Dans une certaine mesure, on peut dire que l’homme
moderne ne veut pas voir ni savoir. Après la grande
période d’inquiétude , naît une période de quiétude, non
pas que l’on ignore la menace atomique, mais elle est
oblitérée par le succès de tant de prodiges des techniques
nouvelles et surtout des techniques de divertissement.
C’ est une des raisons qui expliquent le recul
et l’ échec du mouvement écologique. (Il y en a bien
d’autres, assurément, qui tiennent aux inconséquences
internes à ce mouvement.) On ne veut plus l’entendre
parce que, entre la menace diffuse et lointaine annoncée
par les écologistes , et les avantages immédiats que
procure la science, on préfère infiniment ceux-ci. Les
propositions positives des écologistes sont évidemment
moins efficaces que ce que la science permet à la technique
de réaliser, et par ailleurs, il apparaît tout à fait
folklorique de vouloir protéger les phoques ou les
baleines. Quant aux menaces effectives pour l’ espèce
humaine on n’ y croit fondamentalement pas (que les
1. Problèmes de l’antiscience : P. Thuillier, « Les origines de l’antiscience
», La Recherche, 1986. Colloque important sur Science-Antiscience,
Paris, 1982. J. Testard, La Recherche, 1982.
ESQUISSE SUR LES IDÉOLOGIES DE LA SCIENCE 343
11,re1s amazonienne ou africaine disparaissent ne nous
, 1111ceme pas, à peine est-on un peu ému par les pluies
111·idcs). De toute façon, le public a un fantastique sen-
11t 11cnt d’impuissance en présence de ces menaces gigan-
11•sques. Dès lors, on refuse inconsciemment d’y pen,
n. on refuse ces informations. Nous n’y pouvons rien.
1111 fait confiance à la science qui porte en elle toutes
k~ promesses de l’avenir.
L’ univers dans lequel nous vivons devient de plus
,•11 plus un univers rêvé, car la société du spectacle se
1 lrnnge peu à peu en société du rêve. Ceci par la diffu-
4111 11 des spectacles de tous ordres dans lesquels on
ilr mande au spectateur de s’intégrer, mais aussi par le
,rvc entretenu d’une science qui nous plonge dans un
11H> nde encore ignoré, incompréhensible. Ce n’est plus
f’ 11nivers des machines. Là, l’homme avait encore sa
pl11ce, il se situait, sujet matériel, dans un univers d’obl1
·1s matériels. Ce n’est plus, déjà, le monde familier du
pmdigieux équipement électro-ménager. L’homme est
plongé ici dans un entourage étonnant à certains points
dr vue, mais quand même accessible et bientôt assimilé.
Ce qui change au contraire d’une façon incompréhrns
ible, c’est la structure même de la société dans
l11quc1Je nous nous trouvons. Et cela, c’est un effet direct
de la science, et de cela, l’homme moyen n’a aucune
, ll11science claire, il ne sait pas de quoi il s’agit, il n’est
p11s capable de comprendre le changement en train de
,· l·ffectuer, mais il se sait au seuil d’un grand mystère.
<)11c dans notre société l’information devienne la clé de
11n1L, qu’il soit plus utile de produire, diffuser, une bonne
11formation plutôt que des biens matériels, que la
11ches’se d’une société se mesure maintenant en infor-
111alion et non plus en objets produits, c’est très diffi,
·ile à comprendre, à enregistrer, nous passons dans un
111ondein connu. Car ce monde sera en fait organisé de
1111o:n toute différente de celle que nous connaissons
344 LE BLUFF TECHNOLOGIQUE
depuis environ cinq mille ans, nous entrons dans une
société qui ne sera plus une société d’institutions, de
groupes stables et de hiérarchies, où l’homme avait une
place claire, mais, nous l’avons déjà expliqué, dans une
société de réseaux. Et c’est sur différents points de ces
réseaux que l’homme se trouve situé, appartenant à plusieurs
réseaux à la fois. Mais il est très incertain de se
situer dans un univers fluide et apparemment instable,
au sujet duquel nous ne comprenons rien. Ce n’est plus
la puissance qui paraît la qualification première de la
science, c’est ce passage dans cet univers sans commune
mesure avec tout ce qui a précédé.
Mais le vieux système social n’est pas mort. Nous
continuons les rites politiques, nous vivons dans une
bureaucratie, nous envisageons un développement pédagogique
« nonnal » pour « adapter ». Nous ne savons
seulement pas à quoi il faut adapter ! Nous sommes
incapables, même les spécialistes, de comprendre exactement
en quoi va consister cette société de réseaux ;
si nous sommes suffisamment clairvoyants, nous savons
que les structures d’État, les limites nationales vont disparaître.
Et déjà des faits apparaissent comme impressionnants:
lorsqu’il s’agit du développement de la
«Science-Technique», il n’y a plus de calcul économique
qui ait une valeur. Quand il est question de la
science, on jongle avec les milliards, il n’est plus question
de rentabilité. Sitôt qu’une éventuelle voie de
recherche scientifique apparaît, aussitôt tout est mis en
oeuvre sans savoir si, au point de vue économique, cela
a la moindre justification : il est très caractéristique que
c’est après coup que vont intervenir des justifications
économiques en général tout à fait artificielles ( cf. les
recherches sur le Concorde, etc.).
Ainsi l’idéologie actuelle d’une science divine, sotériologique,
associée à un monde rêvé, se trouve renforcée
par ce que nous pressentons et qui est en train de
ë SQUISSE SUR LES IDÉOLOGIES DE LA SCIENCE 345
q1• vroduire, que, nous semble-t-il, personne ne dirige,
, 11 qui n’obéit plus à aucune de nos règles classiques
1111érieures. La science devient à la fois capable de nouvrnuté
absolue et de régulation d’un univers, ce qui
11ppurtenait en propre à la divinité. Et comme toutes les
,livinités, elle est chargée d’un pouvoir oraculaire. Ce
11’r .~, plus l’homme qui peut décider et vouloir, il s’en
11•111cl à la science bénéfique en laquelle il croit.
l ·:1 cependant, malgré tous ces progtès, la mauvaise
1 11nscience dure ! Faut-il arrêter la recherche ? Le proh’Nscur
Testard vient de poser une question décisive:
l11 ut-il continuer la recherche du génie génétique, dans
111,tcs les directions, ne faut-il pas s’arrêter pour réflé-
1’1ir1 ? Aussitôt ceci fut foudroyé par les chercheurs, et
1•11 particulier Jean Bernard, le sage, a proclamé: « De
111e,r façon, la recherche scientifique ne doit jamais s’ar-
1 L1ter. » Et pourtant je crois que Charbonneau a raison
quand il déclare que c’est la seule question importante
dr notre société2• « Je revendique une logique de la
Non-Découverte, écrit Testard, une éthique de la Nonl<
oeherche. Qu’on cesse de faire semblant de croire que
111re cherche serait neutre, seules ses applications étant
qualifiées de bonnes ou de mauvaises, Qu’on démontre
qu’une seule fois une découverte n’a pas été appliquée,
nlors qu’elle répondait à un besoin pré·existant ou créé
pnr elle-même. C’est bien en amont de la découverte
,111’i l faut opérer les choix éthiques. »
Presque en même temps que lui, en Californie, Peter
1 lngelstein, un très brillant physicien qui poursuivait des
11:cherches sur le canon laser à rayons X (dans le cadre
dl’ la << guerre des étoiles»), a annoncé qu’il renonçait
1. J. Testard, article dans Le Monde, 10 septembre 1986. Du
11C111e1, L’OEuf transparent, Flammarion, 1986.
2. B. Charbonneau: « La question », in Réforme, octobre 1986.
346 LE BLUFF TECHNOLOGIQUE
à poursuivre ses recherches par motif de conscience
(Le Monde, septembre 1986). Ce qui devient possible
par le génie génétique dépasse l’imagination, et atteint
non seulement un aspect spécial de l’humain, mais la
totalité à la fois de l’être, du couple et de l’ordre social !
Il y a en effet le risque de la rencontre si fréquente de
la passion du chercheur pour explorer tous les possibles
et de la demande exorbitante ou insignifiante de n’importe
qui ! Comme nous avons vu le développement
explosif des I.V.G.
B. Charbonneau a raison d’une part de souligner
l’importance de la dissociation entre la procréation et
le plaisir d’amour (ce qui est déjà presque chose faite
avec les contraceptifs, le génie génétique étant l’exacte
contrepartie de ceux-ci: d’un côté le plaisir d’amour
sans conséquence, de l’autre la procréation scientifique
sans aucune relation avec l’amour !), et d’autre part de
montrer que la « société » ne peut pas se contenter de
laisser faire : étant donné la gravité des conséquences,
la société, c’est-à-dire l’État, doit réglementer. Il établira
l’utile et l’inutile, et imposera le modèle de chaque
bébé, en fonction de l’intérêt général, ou de l’idée
qu’une société s’en fait! Il serait temps, en présence
d’une telle prise de conscience et d’un tel avertissement,
que l’homme ne se contente plus de subir les résultats
incohérents de la science. Si l’on ne juge pas avant, une
fois le processus enclenché, tout ira jusqu’au bout. Il
fallait aussi juger avant la désintégration de l’atome.
Sinon, en présence des faits,« la réaction de refus d’une
espèce humaine impuissante à savoir ce qu’elle fait et
ce qu’elle est, prendra seulement forme de délires auxquels
les progrès des sciences aussi ignorantes des fins
qu’ efficaces quant aux moyens fourniront des armes de
plus en plus puissantes ».
Tel est indiscutablement le processus. Des scientifiques
nous avertissent. Hélas, d’autres l’avaient déjà
ESQUISSE SUR LES IDÉOLOGIES DE LA SCIENCE 347
fait. Rappelons pour la période ancienne : Carrel, Rostand.
Plus récemment, il y a eu Oppenheimer, qui a
refusé explicitement de poursuivre ses études qui
devaient faciliter la fabrication de la bombe H. Et puis
en 1974, onze biologistes américains avaient lancé un
appel invitant tous leurs collègues à un « moratoire »
dans le domaine du génie génétique. Mais en 1975, cent
cinquante spécialistes décidaient à Asilomar (Californie)
de suspendre ce moratoire, tout en proposant des règles
de sécurité et des limites aux expériences génétiques :
bien entendu, ils n’ont pas été écoutés, pas plus que les
fameux Comités d’éthique scientifique. Aucune illusion
à avoir. Le scientifique ne supporte pas le jugement philosophique,
théologique ou éthique. Et la science laisse
simplement sur le bord de sa route les savants qui
opposent des scrupules de conscience. Le GolemScience
poursuit sa route inexorable, jusqu’au moment
où elle produira le désastre final !
Note conjointe sur Science et Foi
Le livre précieux de Henri Atlan1 apporte une lumière décisive
<.lu ns le débat Science-Foi (ou religion, mythe, mystique). Il rappelle
que la science a pleinement pouvoir et raison dans son domaine et
en fonction de ses objectifs, mais qu’elle ne doit pas les dépasser,
elle ne doit ni prétendre ramener le tout de l’humain à elle seule, ni
englober les phénomènes parascientifiques, à moins qu’elle en nie
l’existence. Le scientifique doit reconnaître ses limites, et nul ne doit
chercher la synthèse ultime de la Science et de la Religion, comme
pur exemple, les livres que H. Atlan abomine (la gnose de Princeton,
le Tao de la physique, le Colloque de Cordoue de 1979). Mais
les « spirituels » (pour ne pas garder le mot de mystique que je
n’aime pas) n’ont pas d’avantage à vouloir annexer la science pour
« prouver» leur validité (le cas célèbre du libre arbitre que l’on vouluit
démontrer par le principe d’incertitude d’Heisenberg). Ainsi, chacun
chez soi ! Ce qui n’est en rien nouveau ! Mais à condition que
l. H. Atlan, À tort et à raison, intercritique de la science et du
mythe, Le Seuil, 1986.
348 LE BLUFF TECHNOLOGIQUE
ce ne soit pas une exclusion de l’un par l’autre, au contraire le dialogue
est indispensable ! Les différences sont irréductibles, le réductionnisme
scientifique est fortement critiqué par Atlan ! Mais il est
impératif qu’il y ait relation (dialectique!). Car, par exemple, la
Science ne peut pas se passer d’ une éthique, mais elle ne peut ni la
fonder ni l’édifier! La foi et la pensée de la foi obéissent à d’autres
règles que la pensée scientifique , mais ce sont bien des règles de la
raison!
Atlan a une excellente formule en déclarant que les sciences ont
des questions, les spiritualités des réponses, qui ne se situent pas sur
le même registre que les questions scientifiques . Je pourrais d’ailleurs
l’inverser , et dire que les sciences ont des réponses et que les spiritualités
nous posent des questions ! Mais qui ne se rencontrent pas !
Les spiritualités ont un pouvoir actif faible, mais explicatif fort ! Ce
sont elles qui permettent de fonder par exemple le droit, l’éthique ,
la famille . Les sciences ont un pouvoir actif très fort (les techni ques)
mais, contrairement à ce que l’on croyait il y a un siècle, un
pouvoir explicatif faible ! Les deux démarches humaines doivent
s’écouter et accepter qu’il y ait une autre réalité que la science particulière,
la réalité ultime ne peut être saisie, mais approchée par des
démarches diverses, également légitimes. Je serai moins d’accord
pour considérer que, de toute façon, il s’agira d’un jeu. Jeu de savant,
jeu du mystique, obéissant chacun à ses règles . Je sais bien que cette
formule a pour but, très utile, de nous empêcher de nous prendre
totalement au sérieux et que toute démarche est relative. Mais je
réserve le fait que dans un jeu, on peut jouer ou non, cela n’a pas
d’importance. Alors que science et spiritualité sont impérativement
des activités de l’homme qu’il n’est pas libre de laisser de côté, à
son bon plaisir.

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