MÉSOSÉMANTIQUE ET SYNTAXE par François RASTIER

MÉSOSÉMANTIQUE ET SYNTAXE
François RASTIER
C.N.R.S
SOMMAIRE :
1. L’articulation entre mésosémantique et syntaxe
2. Les relations de dépendance
3. Les relations de concordance
3.1. La construction des fonds sémantiques
4. Exemples et problèmes de description
4.1. La sémantique de la concordance
4.2. Les isosémies de la catégorie /perfectif/ vs /imperfectif/
4.3. Typologie isotopique des énoncés
5. La constitution des formes sémantiques
5.1. La sémantique du syntagme et le contexte proche
5.2. La sémantique de la période et ses conditions herméneutiques
6. L’activité au palier mésosémantique
7. Questions de représentation
La mésosémantique rend compte du palier intermédiaire entre la lexie et le texte. Elle traite donc de
la phrase, ou plus précisément de l’espace qui s’étend du syntagme pourvu d’une fonction syntaxique
jusqu’à la phrase complexe et à ses connexions immédiates. La domination traditionnelle de la
logique sur la grammaire a conduit à présenter l’activité linguistique comme un calcul, d’où les efforts
pour définir des primitives, des règles au sens strict et des formalisations. Quels que soient leurs
mérites, ils se fondent tous sur une conception propositionnelle de la phrase, et de fait réduisent la
phrase au format propositionnel.
Nous préférons explorer la problématique de la reconnaissance de formes, en précisant nos
hypothèses sur la perception sémantique (cf. Rastier, 1991 b, ch. VII).
1. L’articulation entre mésosémantique et syntaxe
L’espace de la phrase a toujours été le lieu de prédilection de la grammaire, et plus restrictivement de
la morphosyntaxe. C’est là que s’est formée la tradition de la linguistique, et la domination des
grammaires formelles depuis quarante ans a renforcé cette tradition, que renouvelait la thèse
chomskyenne de la centralité de la syntaxe [1].
À ce palier de description, la sémantique a vu sa place contestée, bien plus qu’aux paliers du mot et
du texte. En vertu du postulat de compositionnalité, la composition syntaxique était supposée donner
accès à la composition sémantique, si bien que la sémantique (formelle) n’était plus qu’un décalque
de la syntaxe comme le rappelle la sentence célèbre de Haugeland : “ si vous vous occupez de la
syntaxe, la sémantique s’occupera d’elle-même ”. Cependant, l’évolution des syntaxes formelles les
conduisait à réintroduire des catégorisations sémantiques, comme jadis les restrictions de sélection
(qui sont des traits génériques dimensionnels), et naguère les rôles théta (qui sont des traits casuels).
Dans la mesure où l’introduction de ces catégories n’a pas donné lieu à une théorisation sémantique
[2], elle apparaît comme un recul théorique décidé sous la contrainte plutôt qu’un progrès.
Pour la tradition européenne, la sémantique occupe en revanche la majeure partie du domaine
traditionnellement attribué à la syntaxe. Pour Hjelmslev, par exemple, la syntaxe étudie la forme du
contenu, et la sémantique la substance du contenu : elles se partagent donc l’étude du contenu. Ou
encore, Pottier (1962) a montré la richesse sémantique des grammèmes libres (prépositions et
éléments de relation). Un quart de siècle plus tard, la sémantique cognitive a redécouvert qu’il existe
une sémantique de la syntaxe, et même que la syntaxe est sémantique de fond en comble (cf.
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Langacker, 1987).
En première approximation, on pourrait penser que le domaine réservé à la syntaxe se trouve
simplement restreint. Elle traiterait des structures de surface, les structures profondes relevant de la
sémantique. En termes plus modernes, on distinguerait d’une part la morphosyntaxe (qui traite de la
structure des constituants ou c-structure dans la terminologie des grammaires lexicales-fonctionnelles)
; d’autre part la mésosémantique qui traite de la structure dite fonctionnelle (ou f-structure
dans la même terminologie), comme aussi des problèmes d’anaphore, de coréférence et de
connexité sémantique. Mais nous verrons plus loin que la morphosyntaxe elle-même n’échappe pas
aux déterminations sémantiques.
Il ne s’agit pas cependant d’inverser les rôles pour faire de la syntaxe un pâle décalque de la
sémantique, mais de mettre fin à la prétendue autonomie de la syntaxe. Elle suppose un postulat
formaliste, car seule la syntaxe d’un langage formel peut être dite autonome par rapport à la
signification des symboles qu’il manipule. Or, il reste douteux que — malgré son nom — la théorie
des grammaires (qui fait partie de la théorie des langages formels) soit adéquate à la description des
langues.
Si la morphosyntaxe constitue de l’avis général le “ noyau dur ” de la linguistique, c’est là une
situation de fait. Pour une sémantique des textes, elle a un rôle important, mais secondaire. D’une
part, elle n’intéresse qu’un palier de complexité. Mais surtout les conditions qu’elle définit sont
subordonnées : si l’on définit le niveau sémantique de la langue comme l’ensemble des contraintes
qui conditionnent dans l’énonciation comme dans la compréhension la formation des représentations
mentales, la morphosyntaxe peut se définir à son tour comme l’ensemble des conditions qui
s’exercent au palier de la phrase sur la formation des contraintes sémantiques. En outre, les
conditions morphosyntaxiques ne sont pas dirimantes, car l’ordre herméneutique l’emporte en
dernière instance sur l’ordre syntagmatique dont relève la syntaxe, si bien que la participation à un
échange verbal peut permettre de comprendre des énoncés syntaxiquement “ mal formés ”.
Enfin, beaucoup de problèmes syntaxiques ne peuvent être résolus sans faire appel à des
considérations sémantiques. Les problèmes d’école sur l’ambiguïté, comme Time flies (verbe ou
nom) like(comparatif ou verbe) an arrow , ou Le pilote ferme (adjectif ou verbe) la (pronom ou
déterminant) porte (verbe ou nom) ne sont solubles, pour peu qu’ils se posent, que par rétroaction du
sémantique (anaphore, présomption d’isotopie) sur le morphosyntaxique. L’identification des
catégories morphologiques dépend alors de conditions sémantiques. Plus généralement, nous
verrons qu’il importe de reconnaître l’importance de l’ordre herméneutique pour la description
syntaxique.
La mésosémantique décrit le palier de complexité de l’ordre de la phrase, mais son objet n’est pas la
phrase en tant que structure [3]. Le primat millénaire de la logique sur la grammaire explique, sans le
justifier, pourquoi les linguistes travaillent sur des phrases et non sur des textes. La phrase simple est
traditionnellement considérée comme l’expression d’une proposition au sens logique du terme. On
apprenait naguère à l’école l’analyse logique, qui consiste à découper la phrase complexe en
propositions. La structure de la proposition a toujours été définie par une relation prédicative :
d’abord, à la suite d’Aristote, on a distingué entre le sujet et le prédicat, généralement attributif et lié
au sujet par la copule [4] ; plus récemment, avec l’évolution de la logique, on a eu recours à
l’opposition entre prédicats et arguments, le verbe représentant le prédicat, et le sujet devenant un
argument parmi d’autres (cf. .iTesnière;, 1959 ; Greimas, 1966). La multiplication des arguments
résulte sans doute de la création de la notion de complément par les grammairiens philosophes des
Lumières, mais elle ne modifie pas dans son principe la prédication. De cette longue histoire, il
demeure l’habitude de définir la phrase comme une structure binaire : soit GN+GV, soit sujet et
prédicat, soit thème et rhème, etc. [5]
Dans ce qui suit, nous contesterons le primat de la phrase, y compris en sémantique. En effet, par
opposition à l’énoncé, qui est pourvu d’un contexte et lié à une situation, la phrase est une forme
syntaxique abstraite par les linguistes, d’une part parce qu’elle est censée refléter le jugement, et
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d’autre part parce qu’elle est le lieu de manifestation des règles syntaxiques (si l’on néglige la syntaxe
interne de la lexie, et les régularités qui constituent la syntaxe du texte). Or, comme les chimères pour
la biologie, il est douteux que les phrases, artefacts des linguistes, appartiennent à l’objet empirique
de la linguistique. Aussi souhaitons-nous une syntaxe de l’énoncé plutôt que de la phrase.
2. Les relations de dépendance
Notre tradition grammaticale connaît trois grands domaines d’activité : (i) la classification des parties
du discours, (ii) la définition des paradigmes grammaticaux, (iii) la théorie des fonctions. Les deux
premiers relèvent de la morphologie, et le troisième proprement de la syntaxe.
On peut décrire les fonctions syntaxiques de deux manières : par des relations de dépendance ou par
des relations de concordance. Les relations de dépendance à leur tour se divisent en relations de
détermination ou de rection. Dans l’histoire de la grammaire, un mouvement général a conduit à
traiter les relations de détermination comme des relations de rection. Par exemple, si l’adjectif
épithète détermine le substantif, on en conclut que le substantif régit l’adjectif, et on explique ainsi
que l’adjectif s’accorde avec lui. Cependant, il convient de reconsidérer deux postulats : que les
relations de rection résument les relations de dépendance, et que les relations de dépendance
l’emportent sur les relations de concordance censées les exprimer.
Or, la division entre sujet et prédicat fonde la description des fonctions, qui toutes se rapportent à la
relation primordiale de la prédication. Elle a traditionnellement été conçue comme une relation
hiérarchique : le prédicat gouverne le sujet, le verbe qui l’exprime régit le nom [6]. Le verbe, disait-on,
est le roi de la phrase : les mots mêmes de régime, rection et sujet procèdent de cette métaphore
hiérarchique, bien naturelle dans l’antiquité et sous la féodalité. De nombreuses syntaxes à base
verbale poursuivent aujourd’hui cette tradition.
Aux niveaux d’analyse inférieurs, on convient ordinairement que tous les mots de la phrase doivent
se rapporter au sujet ou au prédicat, au GN ou au GV. L’arbre syntaxique classique exprime
graphiquement ces relations hiérarchiques : tout élément terminal se rattache au symbole initial P
(phrase) par les noeuds qui le dominent. En vertu du principe de compositionnalité, la signification de
la phrase se construit en composant la signification de ces éléments au moyen de ces relations
hiérarchiques.
Les relations hiérarchiques l’emportent sur toutes les autres, et c’est pourquoi les structures
syntaxiques classiques sont représentées par des arbres, c’est-à-dire des graphes qui ne comportent
jamais de cycle. La théorie chomskyenne du government (souvent traduit par gouvernement) a
reformulé l’antique théorie de la rection : elle est considérée comme primordiale relativement à celle
du liage (binding), qui rend compte de certaines relations de concordance. Enfin, les notations
syntaxiques, comme la théorie X barre due à Jackendoff, proposent généralement des
représentations de relations hiérarchiques.
Il y a sans doute un lien entre le primat des relations hiérarchiques en morphosyntaxe et la définition
de la phrase comme totalité structurale : ce primat isole de fait chaque phrase de ses voisines, son
arbre syntaxique n’étant pas connexe à d’autres graphes. En pratique, cette solitude de la phrase
entraîne toutes sortes d’ambiguïtés, sémantiques comme syntaxiques. Une phrase peut donner lieu à
la construction de plusieurs arbres syntaxiques, entre lesquels on ne peut choisir, faute de
reconnaître des contraintes émanant des phrases antérieures ou postérieures, qu’elles soient
voisines ou non. De fait, la plupart des analyseurs syntaxiques (parsers) sont tributaires de la limite
de la phrase, et recommencent leur processus d’analyse à zéro dès lors qu’une phrase est identifiée
et traitée. Ils sont donc affrontés au problème de l’ambiguïté, alors que la conservation en mémoire
de présomptions sémantiques permettrait d’éviter les ambiguïtés lexicales, et par là de limiter les
ambiguïtés syntaxiques. En somme, il n’est pas avéré que les données morphosyntaxiques suffisent
à construire les arbres syntaxiques. Leur insuffisance se montre dans l’excès : elles autorisent
souvent la construction de plusieurs arbres, que l’on cherche sans succès assuré à départager par
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des algorithmes de choix.
Enfin, par ce qu’on pourrait appeler une rétroaction de la syntaxe sur la morphologie, la théorie de la
prédication a eu depuis l’antiquité une grande incidence sur la classification même des parties du
discours : les premières à être décrites furent le nom et le verbe, car elles suffisaient à construire une
prédication. Les autres, distinguées progressivement, ont toujours été considérées comme moins
importantes et donc subordonnées. D’où la distinction entre catégorématiques et
syncatégorématiques [7]. Elle est toujours fort utilisée, dans les grammaires formelles comme dans
certaines grammaires structurales (cf. Tesnière, 1962, p. 53, sur l’opposition entre mots pleins et mots
vides) [8]. Elle introduit en outre une hiérarchie fonctionnelle entre parties du discours : par exemple,
on choisit de préférence comme tête de syntagme un nom ou un verbe. Les mots supposés vides
comptent à peu près toujours parmi les unités régies [9].
À la conception dépendancielle ou hiérarchique de la phrase, on peut opposer trois sortes
d’arguments.
(1) Les premiers concernent la phrase comme unité : à l’autonomie syntaxique qui refléterait la
complétude et l’autosuffisance de la prédication, on doit opposer les relations sémantiques qui
rattachent toute phrase à son contexte linguistique et situationnel. Si bien que le découpage d’un
texte en phrases n’est pas si simple et la recherche des points n’y suffit pas. Certains écrits (e-mails,
romans modernes) n’ont guère de ponctuation, et ignorent superbement la norme phrastique édictée
par le rationalisme grammatical. À l’oral, la “ phrase ” échappe fort souvent à la norme
propositionnelle, et l’on relève fréquemment ces suites de reformulations que Claire Blanche-
Benveniste a nommées structures de listing, et qui ne se laissent pas hiérarchiser sous un arbre
syntaxique. Or, les textes à décrire sont souvent issus de l’oral, comme les entretiens d’experts.
En somme, on arrive à un paradoxe : dès que l’on décrit des corpus et non des exemples, le rôle de
la phrase se trouve relativisé, et il faut en conclure qu’elle n’était qu’un idéal normatif né de l’antique
alliance de la logique et de la grammaire. Les unités opératoires sont soit plus petites, soit plus
grandes que la phrase.
Le véritable lieu de la prédication est sans doute le syntagme, dans la mesure où elle n’est qu’une
forme de détermination ; et par exemple l’adjectif épithète est aussi prédicatif que l’adjectif attribut,
même s’il l’est autrement.
L’unité supérieure au syntagme est la période, dont le concept a été réélaboré récemment par
plusieurs auteurs (comme Charolles, ou Berrendonner), et qui convient mieux que celui de phrase.
Ses limites sont rhétoriques plutôt que logiques : à l’oral la période est une unité respiratoire ; à l’oral
comme à l’écrit, c’est une zone de localité sémantique, définissable par des relations privilégiées
(d’anaphore et de coréférence notamment) qui s’établissent au sein d’une suite de syntagmes [10].
La période définit le premier palier de globalité herméneutique. Les genres composés d’un syntagme
sont rares (et s’accompagnent généralement d’autres sémiotiques : panneaux, affiches, par
exemple), alors que toutes sortes de genres brefs, du sonnet à la notice d’entretien, se composent
d’une seule période.
On peut certes conserver le concept de prédication en le définissant comme une relation de
détermination entre syntagmes ; mais au sein d’une période on peut relever plusieurs relations de
prédication, d’autant plus que chaque syntagme peut participer à plus d’une prédication. Si les
grammaires formelles n’ont pas encore intégré la période, il faut souligner que certaines, comme la
Grammaire syntagmatique généralisée (GPSG) de Gazdar, ont relativisé le fameux axiome P, qui
plaçait la phrase (symbolisée par P) en tête de tout arbre : elles placent les conditions de bonne
formation et les contraintes structurales sur les arbres locaux (de profondeur 1) et non sur les arbres
syntaxiques complets (de racine P).
Enfin, les doutes que nous formulons sur la phrase considérée comme totalité structurale et
sémantique fondée sur la prédication se confirment dans la comparaison des langues : l’opposition
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verbo-nominale (qui fonde encore dans maintes grammaires formelles la règle P—> GN+GV) n’existe
pas dans de nombreuses langues.
(2) Une deuxième sorte d’arguments concerne les relations entre les unités qui constituent la phrase.
On admettait généralement que les graphes syntaxiques ne comportent pas de cycle, et donc qu’un
élément terminal ne peut avoir de relation avec un autre élément terminal que par la médiation de
tous les noeuds qui leur sont superordonnés. Ce postulat a reçu peu à peu quelques aménagements.
La création par Chomsky du concept de c-commande a introduit des relations pour ainsi dire
diagonales dans les arbres syntaxiques, en adaptant le concept logique de portée (scope). Par
ailleurs, diverses grammaires d’unification ont introduit, pour réduire leur puissance et augmenter leur
capacité descriptive, des contraintes sur les noeuds intermédiaires des arbres : elles permettent alors
de spécifier des relations de concordance entre syntagmes.
(3) Enfin, un dernier postulat implicite, corrélatif du précédent, voulait que chaque élément terminal ne
dépende que d’un noeud supérieur et d’un seul. On trouve cependant des contre-exemples, comme
la figure nommée hypallage. Ainsi, dans cette plaisanterie tchèque : “ Un officier suisse m’a volé ma
montre russe… ”, où la permutation des adjectifs s’imposait [11]. Le problème des rattachements
multiples peut se poser ainsi.
En fait, c’est le postulat d’un rattachement unique de chaque lexie qui fait problème. Soit par exemple
cette phrase d’un attaché linguistique dans un pays de l’Est à deux conférenciers trop longtemps
attardés autour d’une bouteille de vodka : on va doucement y aller. Doucement est-il un adverbe de
phrase (susceptible d’une lecture atténuative à mettre sur le compte de la courtoisie), un modificateur
de on va (bien que on va soit ici un auxiliaire introducteur du futur proche), ou un modificateur de y
aller ? Les trois lectures sont également plausibles et ne se contredisent pas. Rien dans la situation
(j’y étais) ni dans le contexte ne permet de choisir. Je ne prétends pas que les rattachements
multiples doivent être de règle, mais que les rattachements, uniques ou multiples, sont le résultat de
processus d’interprétation. En d’autres termes, l’analyse morphosyntaxique, même et surtout quand
elle est automatisée dans le parsing, doit tenir compte des conditions herméneutiques qui permettent
de favoriser ou d’exclure tel ou tel rattachement.
On objectera à la circularité de notre propos : les rattachements seraient tout à la fois le départ et
l’aboutissement du processus d’interprétation. En fait, toute hypothèse de rattachement local doit être
validée ou invalidée au vu de la structure globale qu’elle permet de construire. Le principe
herméneutique de la détermination du local par le global s’applique ainsi. Les structures globales des
phrases doivent être à leur tour validées au vu de la structure globale du texte.
Remarque — Les conditions herméneutiques commandent non seulement le problème de l’ambiguïté
syntaxique des rattachements, mais aussi celui de l’ambiguïté lexicale. Soit une phrase comme
Serge boit encore de la vodka. Encore [12] peut être rattaché à boit : c’est alors ce verbe qui est
susceptible d’une lecture itérative (il boit à nouveau) ou durative (il continue à boire, alors par
exemple qu’il avait promis de ne plus boire). Il peut tout aussi bien être rattaché à de la vodka, et ce
syntagme sera alors susceptible d’une lecture durative(il n’a pas fini sa bouteille) ou itérative (il en est
à la troisième). Soit enfin il fait fonction d’adverbe de phrase, et conserve son acception itérative (il
avait promis de ne plus boire de vodka) ou durative (il en est encore à la vodka, alors que tout le
monde s’est mis au bourbon). Le choix du rattachement, et le choix de l’acception dépendent de
conditions herméneutiques ; et l’ambiguïté syntaxique et l’ambiguïté lexicale, bien qu’indépendantes,
ne prennent sans doute tant d’importance aux yeux des linguistes qu’en raison de leur approche
décontextualisée de la langue.
Pour le paradigme logico-symbolique repris par le cognitivisme classique, la composition syntaxique
déterminait la composition sémantique. Ici, nous considérons comme invalide le principe de
compositionnalité, comme nous contestons la dépendance de la sémantique à l’égard de la
morphosyntaxe. L’interprétation peut alors être décrite comme une optimisation de contraintes,
morphosyntaxiques et sémantiques en premier lieu. Les secondes l’emportent généralement sur les
premières, comme le montre la compréhension de phrases peu grammaticales, aussi bien que celle
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des ellipses ou des hypallages.
Les relations de dépendance elles-mêmes sont soumises à des conditions sémantiques — et non
pas seulement morphosyntaxiques). Elles connaissent donc des zones de localité, en premier lieu le
syntagme, puis la période, puis le texte entier. C’est évidemment au palier du syntagme que les
contraintes morphosyntaxiques ont le plus de force.
3. Les relations de concordance
Nous souhaitons privilégier les relations de concordance, au point de décrire les relations de
dépendance en termes de concordance, parce que les relations de concordance lient sans limite a
prioriles syntagmes successifs et donc ne morcellent pas l’ordre syntagmatique du texte.
En outre, du point de vue sémantique, on peut définir la morphosyntaxe comme un système régulant
la propagation des traits sémantiques : leur réitération en faisceaux constitue des fonds perceptifs ;
leur agrégation en structures constitue des formes sémantiques, qui évoluent au cours du texte.
L’analyse syntaxique consiste à décrire les mécanismes qui régulent la propagation des traits ; et
l’interprétation sémantique, à décrire les contraintes qui en résultent pour la compréhension.
Certaines structures syntaxiques au palier du syntagme favorisent la propagation de traits
sémantiques, tandis que d’autres l’inhibent. Au-delà de la période, d’autres structures syntagmatiques
prennent le relais. Dès le palier du syntagme, elles se surimposent aux structures syntaxiques, mais
n’ont pas été décrites par la linguistique, car elles relèvent de normes et non de règles.
Pour traiter ces problèmes, il faut d’abord parvenir à un partage clair entre traits sémantiques et traits
syntaxiques. On dispose déjà de typologies des traits syntaxiques et de descriptions de leurs modes
de propagation. Notamment, les grammaires d’unification se sont efforcées de distinguer des types
de propagation pour les traits syntaxiques, et par exemple la GPSG distingue les traits de tête, traits
de pied et traits d’accord. Peut-on d’une part adopter des principes du même ordre pour les traits
sémantiques ? Sont-ils par ailleurs indépendants des domaines définis par les structures syntaxiques
?
3.1. La construction des fonds sémantiques
En soulignant le caractère tout relatif de la frontière qui sépare sémantique et syntaxe, voyons
comment la microsémantique peut proposer des solutions à des problèmes traditionnellement
dévolus à la syntaxe. Nous utiliserons pour cela le concept d’isotopie. Greimas a créé ce concept
(1966) pour rendre compte de “ l’homogénéité du discours ” par la récurrence de certains traits
sémantiques (les sèmes génériques ou classèmes dans sa terminologie). Nous avons proposé par la
suite d’étendre ce concept à toutes les sortes de traits sémantiques. Son intérêt principal tient à ce
qu’il est indépendant par principe des structures syntaxiques et de la prétendue limite de la phrase.
Une isotopie peut s’étendre sur deux morphèmes, sur deux mots, sur un paragraphe, sur tout un
texte (cf. infra). On peut distinguer entre les isotopies induites par la récurrence d’un trait spécifique
(ex. : /inchoatif/ dans L’aube allume la source (Éluard), où ce trait est récurrent dans ‘aube’, ‘allume’
et ‘source’) ; ou d’un trait générique (comme /navigation/ dans L’amiral ordonna de carguer les
voiles). On distingue aussi celles qui sont prescrites par le système fonctionnel de la langue (les
isosémies selon Pottier) et celles qui sont facultatives parce ce qu’elles relèvent d’autres systèmes de
normes (et pour lesquelles nous conserverons le terme général d’isotopies).
Les accords, de la dépendance à la concordance
Les accords [13] présentent les exemples d’isosémie les plus simples, mais aussi les plus trompeurs.
En apparence, la description des phénomènes d’accord comme des isosémies semble un retour aux
sources, puisque le concept d’isotopie est issu, indirectement, du traitement que Togeby propose de
l’accord (et de la rection, cf. 1951, pp. 143 sq.). Cependant, si ces relations morpho-syntaxiques
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relèvent bien, selon Togeby, de l’étude du contenu, elles ne concernent que sa forme et non sa
substance, et ne sont donc pas sémantiques, à proprement parler.
S’il est vrai que les accords peuvent manifester des isosémies, c’est indépendamment de toute
considération morphologique. Pour montrer le caractère proprement sémantique des accords, il
convient tout d’abord de récuser la théorie insoutenable du signifiant discontinu. Elle a été formulée
par Harris, qui considère que dans meus bonus dominus, -us est un morphème discontinu
appartenant au groupe entier ; puis reprise par Martinet [14], qui partage on le sait avec Harris
quelque défiance à l’égard de la sémantique. On pourrait objecter bien entendu que ces prétendus
morphèmes discontinus peuvent apparaître isolément (domin-us), et qu’ils ne sont pas solidaires
entre eux comme les morphèmes discontinus proprement dits (ne… pas, par exemple) [15].
L’essentiel demeure ici qu’en déniant l’occurrence de morphèmes distincts, on dénie du même coup
la récurrence de sèmes qui leur sont communs, et l’on oblitère ainsi une des relations sémantiques
constitutives de l’énoncé.
Toutefois, si les accords morphologiquement définis peuvent manifester des isosémies, elles sont
indépendantes des manifestations morphologiques dans la mesure où l’existence de morphèmes
spécialisés n’est pas nécessaire à leur manifestation. Par exemple, dans la grande montagne, le trait
/genre féminin/ est récurrent dans le contenu des morphèmes -a et -e (que l’on considère comme des
marques du genre) mais aussi dans celui de montagne, et comme le note Martinet “ la caractéristique
‘féminin’ est incluse dans ‘montagne’ ” (1960, p. 101) [16]. Ainsi, les phénomènes d’accord ne se
réduisent pas à la récurrence de grammèmes liés, et concernent tout aussi bien le contenu des
lexèmes : alors qu’il n’existe guère en français de “ marque ” de l’animé [17], dans le cochon
sommeille, par exemple, le trait /animé/ n’en est pas moins récurrent.
Défini de cette manière, ce type d’isosémie recouvre tous les phénomènes dont la linguistique anglosaxonne
rend compte depuis Bloomfield au moyen de restrictions de sélection [18] : ce sont des
isotopies génériques dimensionnelles obligatoires.
Cependant, les isosémies ne rendent pas seulement compte, on le verra, des phénomènes d’accord.
Il faudrait redéfinir la notion d’accord, qui reste étroitement dépendante d’une linguistique du mot (des
langues indo-européennes) : sémantiquement, ce ne sont pas deux mots, ou plus, qui s’accordent,
mais deux morphèmes au moins qui contiennent un sème récurrent, qu’il s’agisse de deux
grammèmes liés; de deux lexèmes : ex. cochon et sommeil(l)-e ; ou d’un lexème et d’un grammème :
ex. uol- et -a- dans uolo ludant [lat. Je veux qu’ils jouent].
La rection considérée comme concordance
(1) La grammaire traditionnelle comprenait les phénomènes d’accord sous la notion de rection. Allant
plus loin, Hjelmslev estime que “ les limites entre la concordance et la rection sont flottantes et ne
jouent aucun rôle au point de vue structural ” (1971, p. 155) ; par exemple, “ il y a dans la préposition
un élément casuel et dans la conjonction un élément modal qui régissent un élément identique
renfermé dans leur régime. De la sorte, la rection se réduit à une concordance” (loc. cit., pp. 154-155)
[19]. Nous ajouterons simplement que ces éléments identiques sont des sèmes, et qu’ainsi l’analyse
isotopique permet dans son principe un traitement identique des accords et de la rection.
(2) La théorie chomskyenne a remis au goût du jour la vénérable notion de rection. Or, comme
l’accord correspond aux règles de sélection, on pourrait supposer que la rection correspond aux
règles de sous-catégorisation. Et comme l’accord peut être rapproché de la rection, les règles de
sélection peuvent l’être de celles de sous-catégorisation ; ainsi, Carter estimait d’une part que “ la
sous-catégorisation et la rection sont apparentées ” (1984, p. 181), et que “ la sous-catégorisation est
liée au gouvernement ” (p. 182). Toutefois, les règles de sous-catégorisation associent à un nom une
ou plusieurs catégories morphologiques [20], et les traits qu’elles définissent n’ont pas de caractère
sémantique ; par là, elles réduisent en fait les relations casuelles — qui sont de nature sémantique —
aux régimes morphosyntaxiques.
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Les isosémies liées à la rection apparaissent dans la grammaire générative sous la forme de
récurrences de « rôles thématiques » [21]. Par exemple, on dira que ‘prendre’, assimilé à un prédicat,
accepte trois arguments : X prend Y à Z. Ainsi, il assigne trois rôles thématiques distincts à trois
arguments. Selon le théta-critère de Chomsky (théta pour thématique), chacun des rôles thématiques
qu’un prédicat peut assigner, en vertu de sa structure argumentale, doit être reçu par un et un seul
argument et chaque argument doit porter un rôle thématique (cf. Jacob, 1984, p. 53). Il y a là, en
d’autres termes, une isosémie établie entre un trait du “ prédicat ” et un trait de “ l’argument ”. Plus
précisément, le sémantème de ‘prendre’ contient un trait spécifique inhérent /ergatif/ ; ce trait est
récurrent dans le contenu de “ l’argument ”, mais en qualité de sème afférent actualisé en contexte.
Ainsi apparaît une différence entre isosémies d’accord et isosémies de rection : les premières
s’établissent entre sèmes inhérents, les secondes entre un sème inhérent et un sème afférent
actualisé en contexte [22]. En d’autres termes, il y a accord et plus généralement concordance entre
deux lexies quand le parcours interprétatif actualise par défaut le même sème dans ces deux lexies. Il
y a rection et plus généralement dépendance quand l’actualisation par défaut d’un sème dans une
lexie conditionne l’actualisation par afférence du même sème dans une autre lexie. Par exemple,
dans la montagne, les deux lexies la et montagne comportent toutes deux le trait /unicité/. Cette
récurrence étant prescrite par le système fonctionnel, elle constitue une isosémie. En revanche, dans
le fermier tue le taureau, ‘tue’ comprend par défaut le trait casuel /ergatif/. L’actualisation de ce trait
inhérent conditionne l’actualisation du même trait /ergatif/ dans le fermier, où il est afférent. Cette
condition déclenchante n’est pas unique, puisqu’elle exige une condition d’accueil (ici l’antéposition
de le fermier). Nous détaillerons plus loin ces opérations contextuelles.
4. Exemples et problèmes de description
4.1. La sémantique de la concordance
Pour illustrer ce qui précède et préciser quelques directions de recherche, étudions cette remarque
incidente de J. Rey-Debove : “ Si l’on dit par exemple il a épousé cette comédienne en 1970
[…],certains éléments de sens apparaissent deux fois par redondance. Cette comédienne exprime
deux fois le sexe féminin (cette et -ienne) ; “femme”, contenu partiel de comédienne (hyponyme) est
déjà imposé par épouser dont le sujet il désigne un homme ; le passé exprimé par 1970 est redonné
dans a épousé. Cette redondance n’est jamais sentie comme étant de nature tautologique, parce que
nul usager de la langue ne peut y échapper ” (1978, p. 323). Les trois récurrences mentionnées ne
sont cependant pas de même sorte.
a) Cetteet -ienne contiennent le trait /genre féminin/, qui leur est inhérent [23]. Cette isosémie
d’accord fait l’objet d’une prescription absolue : à tout grammème lié à un nom substantif et contenant
le trait /genre féminin/ doit être associé un grammème lié à un déterminant et contenant le même
trait ; la réciproque est vraie, si bien que si l’un de ces grammèmes vient à manquer, on postule à sa
place un morphème zéro (qui concrétise une exigence de rationalité de la linguistique du signe).
b) ‘a épousé’ comprend les traits /ergatif/ + /sexe masculin/ (ou /ergatif/ + /sexe féminin/) et /accusatif/
+ /sexe féminin/ (ou /accusatif/ + /sexe masculin/) [24]. Les deux premiers sont récurrents dans ‘il’ :
on sait que ‘il’ contient les traits inhérents /ergatif/ ou /nominatif/ ; /ergatif/ est ici actualisé par le
contexte ‘a épousé’ ; de même que le trait /sexe masculin/ [25], qui lui est afférent. Par ailleurs, le trait
/sexe féminin/ est récurrent dans ‘comédienne’ (où il est inhérent), alors que le trait /accusatif/ est
afférent au contenu du syntagme cette comédienne. Il y a donc là quatre isosémies élémentaires :
l’une établie entre sèmes inhérents (et qui relève donc de l’accord), et les trois autres entre sèmes
inhérents et afférents (elles relèvent donc de la rection). On a :
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Shéma 1
où : S1 : ‘il’ ; S2 : ‘a épousé’ ; S3 : ‘comédienne’ (représentation simplifiée) ; sa : sème afférent ; si :
sème inhérent.
c) Le grammème a […]-é (comme dans a épousé) ne contient pas en tout contexte le trait /passé/ :
par exemple, Bientôt, il a achevé son épopée est parfaitement recevable [26]. D’autre part ‘1970’,
même en position nominale, ne contient pas nécessairement le trait /temporalité/ (cf. 1970 est un
nombre pair). Ce trait est actualisé dans le contexte d’un locatif, ici en. Cependant, si en 1970
contient le trait /temporalité/, il ne contient pas nécessairement le trait /passé/ : Il l’épousera en 1970
est recevable. Toutefois, une double présomption permet d’actualiser le trait /passé/ dans a […]-é, où
il est inhérent, et dans 1970, où il est afférent. L’isosémie induite par cette récurrence est donc du
type rectionnel.
Cette analyse confirme le caractère opératoire de la distinction entre isosémies d’accord et de
rection. Les isosémies d’accord relèvent de prescriptions strictes, car elles sont constituées de sèmes
inhérents, qui relèvent comme tels du système fonctionnel de la langue, bien qu’ils puissent être
neutralisés ou actualisés par le contexte. Les isosémies de rection font l’objet de prescriptions moins
fortes, car un seul de leurs sèmes est inhérent. Enfin, il n’existe pas d’isosémies entre sèmes
afférents, car ces sèmes ne relèvent pas du système fonctionnel de la langue.
Retenons ces conclusions : (i) Les isosémies ne sont pas nécessairement liées aux grammèmes, et
des lexèmes peuvent participer à leur expression ; (ii) elles ne sont pas nécessairement constituées
de sèmes génériques (comme le sont les restrictions de sélection) ; (iii) les parcours interprétatifs qui
permettent de constituer les isosémies sont simples. Tout cela conduit à relativiser encore d’une part
les oppositions traditionnelles entre morphologie et syntaxe, d’autre part entre syntaxe et sémantique.
4.2. Les isosémies de la catégorie /perfectif/ vs /imperfectif/
Puisque de multiples directions de recherche se présentent ici, nous préférons n’en choisir qu’une,
pour ne pas disperser l’exposé : étudier les isosémies liées à la catégorie /perfectif/ vs /imperfectif/,
sans prétendre faire le tour de la question, mais pour donner un exemple de la valeur heuristique que
peut revêtir, dans le domaine ordinairement dévolu à la morphosyntaxe, l’étude des isosémies. Parmi
les aspects du français, nous choisirons la catégorie de la perfectivité. L’opposition /perfectif/ vs
/imperfectif/ domine l’opposition /perfectif initial/ vs /perfectif final/ (aspects distingués par une borne à
gauche et une borne à droite).
On estime communément que l’aspectualité est exprimée par les grammèmes verbaux liés ; en fait,
l’aspectualité peut être exprimée aussi par des grammèmes libres, et par des lexèmes.
Les lexèmes
Voici des exemples ordinaires des quatre sortes d’aspect :
(a) /imperfectif/ : regarder, écrire, marcher, chercher (Pottier, 1974, p. 210) ; marcher, danser, chanter
(Hoepelman et Rohrer, 1981, p. 29) ; écrire, conduire (Desclés, 1980, p. 213).
(b) /perfectif final/ : s’approcher de, arriver (Pottier) ; mourir (Hoepelman et Rohrer) [27].
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(c) /perfectif/ : parcourir (Pottier).
(d) /perfectif initial/ : s’éloigner de, partir (Pottier).
Bien que les exemples cités par ces auteurs soient tous des verbes, l’aspectualité des lexèmes n’est
pas propre aux verbes. Ainsi, des noms pourraient tout aussi bien nous servir d’exemples : (a)
regard, marche, recherche ; (b) parcours ; (c) arrivée, mort ; (d) départ.
Les grammèmes verbaux liés
On relève, à l’indicatif : (a) /perfectif/ : passé simple, futur ; (b) /imperfectif/ : imparfait, conditionnel ;
(c) /perfectif final/ : tous les temps composés. Le présent ne comporte pas de sème aspectuel propre
[28]. On dit souvent que faute de grammème spécialisé l’inchoatif est exprimé par des périphrases
verbales comme commencer à, le cessatif par des périphrases comme finir de : cela se justifie par les
traits perfectif initial du premier lexème, et perfectif final du second.
Les grammèmes libres
On se limitera aux relateurs locatifs dans leur emploi temporel (cf. Pottier, 1974, p. 132) : (a)
/perfectif/ en ; (b) /imperfectif/ pendant ;(c) /perfectif initial/ de, depuis, dès ; (d) /perfectif final/ à,
jusqu’à.
Les isosémies aspectuelles
Étudions successivement les isosémies entre lexèmes et grammèmes liés, entre lexèmes et
relateurs, entre grammèmes liés et relateurs.
(1) La combinaison d’un lexème comportant le trait perfectif et d’un grammème lié imperfectif peut
produire un aspect itératif : par exemple, sortait se décompose en ‘sort’- /perfectif/, -’ait’ /imperfectif/.
Dans il sortait avec elle, on actualisera le trait /itératif/ et l’on admettra préférentiellement l’acception
aller se distraire pour ‘sort-’. En revanche, il sortit avec elle comporte le trait /singulatif/ (et l’on
admettra aisément pour ‘sort-‘ l’.acception ‘passer la porte’). Inversement, la combinaison d’un lexème
/imperfectif/ et d’un grammème lié /perfectif/ peut produire l’aspect /singulatif/ : ainsi, regretta se
décompose en ‘regret(t)’- /imperfectif/ et -’a’ /perfectif/. Ou encore, dans il regretta qu’il avait oublié
son fusil,on actualisera le trait singulatif. Commentant cet exemple de K. Sandfeld, Togeby écrit :
“ regretta veut dire dit en regrettant, de façon que le passé défini représente pour ainsi dire le verbe
dire ” (1951, p. 163) [29] ; ainsi, il substitue à regretter /imperfectif/ un lexème qui comporte le trait
/perfectif/ (dire) [30].
(2) Quand un lexème /perfectif/ se trouve dans le contexte d’un relateur /imperfectif/, on peut
constater de même un aspect /itératif/ : cf. Il saute pendant une heure. De même quand le relateur
est perfectif final ou initial : il saute depuis une heure, il saute jusqu’à une heure. Le trait /itératif/ est
dans tous ces cas un trait afférent, produit par une inférence : comme un saut dure quelques
secondes, alors il s’agit de plusieurs sauts. Hors contexte, on se réfère à l’univers du sens commun ;
mais dans un univers fictionnel, sauter pendant une heure, comme le Chat Botté, n’entraînerait pas
nécessairement une interprétation itérative : il y a là une contrainte herméneutique sur l’actualisation
d’un trait aspectuel.
(3) Quand à l’inverse un lexème imperfectif se trouve dans le contexte d’un relateur perfectif, aucun
parcours interprétatif ne permet de lever l’allosémie : cf. ? Il chante (/imperfectif/) en (/perfectif/) une
heure. Toutefois le lexème peut être perfectivé par le contexte. Et notamment, s’il fait partie d’un
verbe, par un accusatif : ainsi dans il chante le rôle de Wotan, ‘chant-’ est perfectif ; et il chante le rôle
de Wotan en une heure comporte une isosémie par récurrence du trait /perfectif/, afférent à ‘chant-’,
inhérent à ‘en’ [31].
(4) Enfin on note une allosémie quand un lexème perfectif initial se trouve dans le contexte d’un
relateur perfectif final, ou inversement : cf. ? Il finit depuis Noël, ? Il commence jusqu’à Noël, que
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seuls des contextes bien particuliers pourraient rendre acceptables. Cependant, Il a fini depuis Noël
reste recevable, car les temps composés sont perfectifs finaux, et il y a isosémie entre le relateur et le
morphème discontinu du passé composé.
(5) Étudions à présent les isosémies entre relateurs et grammèmes liés (en nous limitant à ceux de
l’imparfait et du passé simple).
— Quand un passé simple (/perfectif/) se trouve combiné avec un relateur /perfectif initial/ on
constate une allosémie : ex. ? Il écrivit depuis une heure ; mais avec l’imparfait (/imperfectif/)
l’isosémie sera rétablie. À l’inverse, un relateur /perfectif final/ combiné avec un imparfait n’induit pas
d’allosémie, car il y a alors afférence du trait /itératif/, conformément à la règle interprétative déjà
énoncée : ex. Il écrivait jusqu’à minuit.
— Les relateurs dits interpropositionnels, comme les conjonctions de subordination, posent des
problèmes plus complexes, mais susceptibles du même type de traitement. Prenons l’exemple de
quand (/perfectif/, comme en) et de pendant que (/imperfectif/, cf. pendant). On peut prévoir que
pendant que sera en allosémie avec le passé simple (perfectif/) : ex. ? Pendant que Michèle cousit…;
mais en isosémie avec l’imparfait : ex. Pendant que Michèle cousait… En revanche, l’allosémie entre
quand (/perfectif/) et l’imparfait (/imperfectif/) est levée ici encore par l’interprétation itérative : c’est
pourquoi Quand Michèle cousait, Jean lisaitest recevable, à la différence de ? Quand Michèle
cousait, Jean lut.
(6) Ces premiers résultats paraissent confirmer la valeur heuristique de l’étude des isosémies. Ils
devraient être complétés par une réflexion sur les degrés de force des prescriptions et des exclusions
qui relèvent du système de la langue. Par ailleurs, une combinatoire des aspects primaires pourrait
définir des aspects dérivés. Soit, en encadrant de parenthèses le trait aspectuel qui se trouve sous la
portée d’un autre : (i) /imperfectif/ (/imperfectif/) : continu, duratif, linéaire, progressif ; (ii) /perfectif/
(/perfectif/) : ponctuel, momentané, instantané ; (iii) /imperfectif/ (/perfectif/) : itératif, habituel ; (iv)
/perfectif/ (/imperfectif/) : néant (dans ce dernier cas, soit la combinaison ne constitue pas d’aspect
dérivé (ex. chant-a), soit elle est exclue (ex. ? Pendant qu’elle cous-i-t …).
Remarque — On pourrait rechercher à présent si l’opposition perfectif / imperfectif qui articule le
taxème de l’aspect ne trouve pas de catégories homologues dans d’autres taxèmes, comme le mode,
la partition, le nombre. Ainsi par exemple, l’article partitif serait homologue de l’imperfectif ; et les
articles défini et indéfini, du perfectif. Si bien que : il a mangé du /imperfectif/ chocolat pendant
/imperfectif/ une heure et il a mangé le /perfectif/ gâteau en /perfectif/ cinq minutes seraient isotopes,
à la différence de ? Il a mangé le chocolat pendant une heure, qui est bizarre hors contexte et il a
mangé du gâteau en cinq minutes, peu acceptable hors contexte.
4.3. Typologie isotopique des énoncés
Les isotopies génériques domaniales
Si l’on revient à la problématique volontairement limitée de ce qui précède, le problème des rapports
entre syntaxe et sémantique se réduit à celui des relations entre les isotopies prescrites par le
système fonctionnel de la langue (ou isosémies) et celles qui peuvent être dites facultatives dans la
mesure où elles sont prescrites par d’autres systèmes de normes. En se limitant aux isotopies génériques
facultatives qui indexent les sémèmes et sémies appartenant à un même domaine
sémantique, on retient cinq cas remarquables :
a) ni isotopie facultative, ni isosémie ; ex. : Que inutilement Au mais je Bianca cardinal la (suite
obtenue par prélèvement aléatoire dans Les amants de Venise, de Michel Zévaco). Cette suite n’est
ni une phrase, ni un énoncé.
b) des isosémies, mais pas d’isotopie facultative ; ex. : Le silence vertébral indispose le voile
licite(Tesnière) ou Une paupière pavée paradait presbytéralement (Martin). De tels énoncés sont
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syntaxiquement corrects, mais sémantiquement insuffisants (hors contexte) : ils ne renvoient à aucun
domaine sémantique identifiable ; et par là, un logicien pourrait les dire absurdes.
c) Quand enfin l’énoncé présente deux isotopies domaniales entrelacées ; ex. : Bergère ô tour Eiffel
le troupeau des ponts bêle ce matin (Apollinaire). L’énoncé induit une impression référentielle
complexe, et il reste indécidable.
d) une isotopie facultative, mais rupture d’isosémies ; ex. : Le train disparu, la gare part en riant à la
recherche du voyageur (Char). Cet énoncé induit une impression référentielle en renvoyant au
domaine //transports// : ‘train’, ‘gare’, ‘voyageur’, ‘part’ comprennent un sème générique (inhérent
pour les trois premiers sémèmes, afférent pour le dernier) qui les indexe dans ce domaine. L’énoncé
paraît alors référer à un monde contrefactuel ; il reste décidable, mais logiquement faux.
e) une isotopie facultative et des isosémies ; ex.: Le signal vert indique la voie libre (Tesnière) ;
Toutes même la plus laide a fait souffrir son amant (Apollinaire) ; Sans virer de bord, et par vent
arrière, le catamaran d’Eric Loiseau a gagné la transat.Ces énoncés renvoient respectivement aux
domaines //transports//, //amour//, //navigation//. Dans ce genre d’énoncés, plusieurs sémèmes ou
sémies sont indexés dans un et un seul domaine ; aucun autre n’est contradictoire avec ce domaine.
L’énoncé induit une impression référentielle, il est donc décidable (et comme tel susceptible d’être
avéré ou infirmé) [32].
Cette typologie sémantique des énoncés ne redouble pas la typologie logique des propositions. Elle
décrit dans un autre cadre épistémologique certaines propriétés sémantiques traitées par les
logiciens avec d’autres objectifs et d’autres moyens. On voit que les isotopies domaniales méritent
pour notre propos une attention particulière, car elles déterminent l’impression référentielle de
l’énoncé. L’impression référentielle met en jeu les rapports entre la sémantique et la psychologie, car
les images mentales — elles relèvent de la psychologie — sont suscitées et contraintes par les
propriétés sémantiques des énoncés.
Pour la sémantique interprétative, l’interprétabilité d’un énoncé est déterminée plutôt par ses
isotopies facultatives que par ses isotopies obligatoires (isosémies), si l’on admet du moins que les
énoncés de type c sont plus aisément interprétables que les énoncés de type b. En d’autres termes,
les isosémies ont un rôle secondaire dans la détermination de l’interprétabilité. Par exemple, des
énoncés réputés agrammaticaux comme vous faire moi rigoler (Peter Cheyney) sont interprétés à
peu près aussi bien que les énoncés jugés corrects qui peuvent les paraphraser [33]. Dans le
domaine de l’interprétation au moins, il semble donc que la morphosyntaxe, pourtant prééminente
dans les études linguistiques, doive être remise à sa place, importante certes, mais néanmoins
secondaire.
L’isotopie spécifique dans la période
Les analyses de la catégorie perfectif / imperfectif que nous venons de présenter permettent de
mettre en évidence des récurrences remarquables. Soit par exemple cet extrait : “ Souvent aussi, elle
demeurait durant une journée presque entière à se mirer dans l’armoire à glace en acajou […] ”
(Maupassant, Contes et nouvelles, Gallimard, Bibl. de la Pléiade, t. I, p. 1107) : le sème /imperfectif/
est récurrent dans ‘souvent’, ‘demeur-’, ‘-ai-’ (sémème de l’imparfait), ‘durant’ (par opposition à ‘en’),
‘journée’ (par opposition à ‘jour’), ‘presque entière’ (par opposition à ‘entière’), ‘mir-’ et ‘-er’ (sémème
de l’infinitif) [34]. Prescrites ou non par le système fonctionnel de la langue, les isotopies spécifiques
sont un facteur primordial de la cohésion des périodes (et, au-delà, des textes), et elles participent
ainsi à la définition des fonds sémantiques.
L’anaphore et l’isotopie
D’autres récurrences de traits ou de structures de traits relèvent du même ordre de phénomènes
(isotopies et faisceaux d’isotopies), mais elles ne sont pas seulement rapportées à la syntaxe, sans
doute parce qu’elles n’obéissent pas à des règles, mais à des normes. La plus étudiée est
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l’anaphore. Un anaphorique ne comporte qu’un petit nombre de traits inhérents : la plupart de ses
traits sont donc afférents et propagés par le contexte. Cette propagation est sélective, et n’intéresse
pas tous les traits de l’unité sémantique anaphorisée ; d’où le problème insurmontable, en
sémantique référentielle, de l’anaphore sans coréférence [35]. En outre, comme l’ont souligné les
difficultés rencontrées par l’analyse automatique, les anaphores sont conditionnées par des normes
de vraisemblance contextuelle, liées aussi bien en microsémantique à des afférences, qu’en
macrosémantique à des licences du genre textuel [36]. En tant que phénomène sémantique,
l’anaphore n’est pas strictement dépendante des limites de la phrase ou de la période. Comme tous
les phénomènes d’isotopie, elle intéresse aussi le palier macrosémantique (cf. infra).
L’articulation de la microsémantique et de la mésosémantique ne se limite pas à ces sortes de
récurrences de traits, mais apparaît aussi dans les lexicalisations de composants liés. Prenons par
exemple la connexion sémantique (dite anaphore associative) qui intéresse deux énoncés adjacents
parataxiques comme Nous prîmes un ferry. La traversée fut brève mais exaltante. Dans la
représentation de ‘ferry’ un sème inhérent stipule évidemment /qui permet de franchir une étendue
d’eau/. C’est ce sème qui est lexicalisé en partie par traversée. On peut appeler métonymique la
relation entre une sémie et la lexicalisation d’un ou plusieurs de ses traits [37]. Cette relation n’est
pas propre à l’anaphore associative entre énoncés, et s’établit aussi, bien entendu, au sein des
énoncés [38].
L’anaphore associative peut aussi mettre en jeu l’actualisation de sèmes afférents socialement
normés. Par exemple, tel collègue toulousain dit à sa femme au restaurant Je vais prendre des
moules. Il y a longtemps qu’on n’est pas allés en Espagne. Le rapport entre les moules et l’Espagne
pourrait être décrit “ cognitivement ” en termes de script (d’autant plus commodément qu’aucune
théorie n’interdit de convoquer ou d’inventer des scripts à sa guise). Plus simplement, dans le
contexte du restaurant, l’anaphore associative entre ‘moules’ et ‘Espagne’ suppose l’actualisation
dans l’occurrence de ‘moules’ du trait /provenant d’Espagne/. Ce trait n’est pas ad hoc ; il est
simplement un corrélat sémantique de la doxa française voire occitane sur l’Espagne, c’est pourquoi
on peut le dire socialement normé.
Les anaphores s’enchaînent en faisceaux d’isotopies spécifiques ; nous analyserons plus loin un
texte sur la disparition des dinosaures, pour préciser les problèmes que pose la description des
chaînes anaphoriques.
Retenons l’hypothèse que les fonds sémantiques sont constitués par des isotopies prescrites par le
système de la langue (et alors grammaticalisées) ou par d’autres systèmes de normes.
L’effet des isotopies génériques varie selon les classes qu’elles manifestent : les isotopies
dimensionnelles (liées aux dimensions) sont responsables des tons (niveaux de langue) et des points
de vue globaux (univers) ; les isotopies domaniales sont responsables de l’impression référentielle
globale ; les isotopies taxémiques, de l’impression référentielle locale.
Pour leur part, les isotopies spécifiques assurent la conservation des formes, qu’elles soient ou non
l’effet de faisceaux anaphoriques ; d’où l’effet de cohésion textuelle qu’elles induisent. La
conservation des formes sémantiques ne les rend évidemment pas invariables (comme le montrent
les cas d’anaphore sans coréférence), mais permet toutefois de les identifier à travers leurs
déformations.
La distinction entre isotopies génériques et spécifiques permet ainsi de définir ce que certains auteurs
anglo-saxons nomment respectivement topic et focus, notions soient restées en général intuitives
sinon floues.
5. La constitution des formes sémantiques
Les formes sémantiques sont des groupements structurés de traits saillants, que nous avons appelé
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molécules sémiques. Elles sont extraites pour une part de diverses lexicalisations, mais ne
correspondent pas nécessairement à une lexicalisation privilégiée. Certaines peuvent pour ainsi dire
n’avoir de nom en aucune langue.
En simplifiant, on peut dire que la microsémantique définit leurs constituants ; la mésosémantique
leurs structures ; la macrosémantique leur évolution par déformations successives.
5.1. La sémantique du syntagme et le contexte proche
Dans une synthèse sur la microsémantique (également en ligne sur Texto !) nous avons présenté la
lexie considérée comme syntagme, et nous ne traiterons pas plus de la syntaxe interne de la lexie.
Retenons simplement que les lexies complexes (parmi lesquelles les mots comportant plusieurs
morphèmes) sont des syntagmes si fortement intégrés qu’on ne peut, sauf effet de style brutal,
comme en cas de tmèse, y intercaler un morphème.
Les zones de localité
Sémantiquement, le syntagme a deux propriétés remarquables. (i) C’est une zone de localité proche,
où aucune barrière (je reprends à Chomsky cette métaphore) ne s’oppose à la propagation des traits,
et où les effets contextuels jouent donc au maximum. (ii) L’intégration qui en résulte permet
l’afférence de sèmes sur le syntagme dans son ensemble. Les sèmes casuels résultent par exemple
de ce type d’afférence [39].
L’intégration du syntagme résulte des relations de concordance et de rection qui s’y établissent. Elle
ne doit pas être confondue avec une composition, ni même une combinaison. Les traits sémantiques
activés ou réactivés sont retenus (dans la description — et, peut-être, dans la mémoire). Les traits
inhibés ne sont pas actualisés, et donc n’apparaissent pas. Les traits qui ne sont ni activés ni inhibés
ne sont pas pertinents et ne sont pas retenus (ni par la description — ni par la mémoire). Du point de
vue de la production, voire de l’énonciation, la mise en syntagme des lexies se traduit par une
réduction drastique de leur potentiel sémique : c’est ce que l’on nomme leur figement.
Les activations et inhibitions proviennent de trois principales zones de localité : les lexies du même
syntagme, les autres syntagmes de la même période, les autres périodes du même texte. Des zones
intermédiaires comme le paragraphe ou le chapitre correspondent à des unités du plan de
l’expression, qui restent à spécifier sémantiquement selon les genres. On relève aussi des relations
microsémantiques à longue distance, mais c’est tout de même au sein du syntagme que les
activations et les inhibitions sémiques sont les plus fortes et les moins soumises à conditions.
Il faut ici distinguer deux sortes de conditions : morphosyntaxiques et sémantiques. Les zones de
localité morphosyntaxiques (que l’on appelle aussi domaines syntaxiques) définissent des contraintes
et conditions d’accueil pour les parcours interprétatifs. Mais le type des parcours varie avec le
contenu des lexies dans le syntagme. Par exemple, dans grand et fort, les traits /intensif/ se
sélectionnent et se renforcent mutuellement ; dans belle et intelligente, les traits /mélioratif/ font de
même ; en revanche, dans belle mais intelligente, le parcours ne repose plus sur l’assimilation, mais
sur la dissimilation /physique/ vs /moral/ voire /féminin/ vs /masculin/. Ainsi des conditions
sémantiques peuvent restreindre l’effet de conditions morphosyntaxiques favorisant la propagation de
traits.
En revanche, des sémèmes appartenant à deux syntagmes de la même période voire de périodes
adjacentes peuvent échanger des traits, comme le montre le cas bien connu des anaphoriques.
D’autres conditions, liées au plan de l’expression, comme la proximité spatiale, la récence,
l’isophonie, entrent également en ligne de compte. Certains genres en usent et prescrivent par
exemple des propagations entre lexies en position métrique comparable, quel que soit le statut
syntaxique des syntagmes où elles figurent [40].
Au plan sémantique, les possibilités de propagation dépendent du type de traits. Les traits génériques
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se propagent plus ordinairement que les traits spécifiques, dont la propagation exige des contextes
comme les métaphores ou les comparaisons. Parmi les traits génériques, les sèmes dimensionnels
se propagent facilement (par exemple dans ce qu’on appelle les restrictions de sélection). Cela doit
être rapporté au fait qu’ils indexent un grand nombre de sémèmes. Ensuite viennent les sèmes
domaniaux (responsables d’isotopies génériques qui participent à la définition des discours). Enfin les
sèmes taxémiques, qui ne se propagent que dans des contextes fortement assimilateurs, comme les
énumérations.
Les degrés de contextualité
Le syntagme connaît des degrés de contextualité selon ses degrés de figement.
(1) Dans les syntagmes les plus intégrés, les variations contextuelles sont faibles voire nulles, et les
inhibitions sémiques dominent (d’où “ l’appauvrissement ” sémantique des syntagmes de ce type).
Par exemple, dans le vocabulaire de la bonneterie, le syntagme la longueur de fil absorbée désigne
l’unité de mesure indiquant la longueur d’un fil contenue dans une maille et exprimée en centimètres
de fil par maille. Son figement a permis de le remplacer par le sigle L.F.A., lui-même transcrit éléfa (cf.
Perdrizet, 1983). Il équivaut donc à une lexie, sous sa forme complète, comme sous sa forme
abrégée.
(2) Dans les syntagmes stéréotypés, les interactions sémiques sont tout à la fois normées et peu
variables. Cela se traduit sur le plan des distributions par des co-occurrences restreintes. Le cas des
solidarités lexicales (d’abord décrites par Coseriu, 1967) est éclairant à ce propos : par exemple,
dans un cheval alezan, on relève la concordance entre le trait spécifique /équidé/ dans ‘alezan’ et le
même trait dans ‘cheval’ (où il est générique) [41].
Les adjectifs de nature, pour leur part, lexicalisent un trait spécifique (inhérent ou socialement
afférent) du nom : le fiel ameret le miel doré sont en cela comparables. Enfin, certaines des fonctions
lexicales définies par Mel’cuk et coll. (1981) permettent de répertorier des stéréotypies qui témoignent
de figements. Par exemple la fonction d’amplification joint acharnéeà résistance, ardent à désir, folle
à envie, etc. Les économistes ne sont-ils pas distingués ?
Chaque sème inhérent correspond à une valence, ou en d’autres termes détermine des possibilités
combinatoires. Dans les syntagmes stéréotypés, ces possibilités sont restreintes. Ils restituent ainsi
des formes préconstruites qui relèvent de la topique (cf. infra, ch. VII) et par là de l’axiologie culturelle
associée à la pratique sociale en cours. Leur figement morphologique est l’indice et vraisemblablement
l’effet de leur figement sémantique.
(3) En revanche, dans les syntagmes libres (c’est-à-dire faiblement normés), les interactions
sémiques décrites par la sémantique différentielle sont plus complexes. Nous en avons donné des
exemples dans notre étude déjà citée sur la microsémantique en étudiant des coq-à-l’âne.
Les opérations constructives
Si l’on adopte pour la commodité de l’exposé une perspective de production, la construction de
formes et d’éléments de formes sémantiques dans le syntagme peut se décrire ainsi.
Les deux sortes d’opérations constructives fondamentales sont la déterminationet la casualisation
(attribution de cas).
a) La détermination permet de situer une sémie par trois sortes de repérages :
(i) La thématisation la situe relativement à un ordre de généralité (relations hyponymiques,
hypéronymiques, méréologiques, de quantification), de voisinage (antonymie, paronymie, etc.).
(ii) L’aspectualisation la situe dans un intervalle temporel, et / ou relativement aux frontières d’un
intervalle.
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(iii) La modalisation la situe dans un espace modal (univers d’un locuteur, d’un narrateur, d’un acteur)
et / ou évaluatif.
b) La casualisation la situe par rapport à une catégorie casuelle, soit par actualisation d’un trait
casuel, soit par propagation d’un tel trait. Certaines sémies comportent des traits casuels inhérents :
par exemple, ‘meurtre’ comporte les sèmes /ergatif/ et /accusatif/. Dans le meurtre du fermier,
‘fermier’ se voit propager le sème /ergatif/ ou le sème /accusatif/ à titre de sème afférent. Ces
propagations correspondent à une relation de rection dont la source est ‘meurtre’. Leur condition
d’accueil est le sème /humain/ dans ‘fermier’. Le choix de la propagation dépend à son tour de
conditions contextuelles et plus généralement herméneutiques, voire axiologiques [42]. La
casualisation dans le syntagme rappelle s’il en était besoin que la prédication n’est pas spécifique de
la phrase, et que les syntagmes nominaux se comportent à cet égard comme les syntagmes verbaux.
La sémantique des grammèmes libres dépend elle aussi de ces opérations constructives, et ils se
voient afférer également des sèmes conditionnés par les sémies qu’ils relient. Par exemple, de
introduit un locatif temporel dans le crime de vendredi, mais un ergatif dans le crime de Vendredi
(dans une version dramatisée de Robinson Crusoë). Loin d’être vides de sens, comme on le prétend
parfois, les grammèmes libres sont polysémiques, mais manifestent une polysémie d’emplois plutôt
qu’une polysémie d’i.acception;s.
Les opérations constructives permettent de constituer les éléments de ces groupements structurés de
sèmes que nous avons appelés molécules sémiques. Si l’on représente les molécules sémiques par
des graphes conceptuels à la Sowa (1984), ces éléments sont tout simplement des liens typés de ces
graphes.
Dans le syntagme, les opérations constructives sont soumises à des contraintes issues du contexte
immédiat, précédent, et même subséquent, car la production comme l’interprétation ne sont pas des
processus déterministes (au sens de ce terme en IA). Par exemple, certains traits sémantiques sont
préactivés par le contexte, et donc plus facilement accessibles. Au-delà, les opérations constructives,
comme tous les aspects de la sémantique du syntagme, sont soumises à conditions herméneutiques.
Par exemple, même les lexies intégrées et figées peuvent être remotivées. Bleu de chauffe désigne
un vêtement de travail (ex. Prévert : “ un pilote de remorqueur au bleu de chauffe tout bariolé ”). Dans
L’Étranger de Camus le narrateur tue un arabe rencontré sur une plage et s’en explique au tribunal
en incriminant le soleil ; or l’arabe était vêtu d’un bleu de chauffe, et il devient licite, note justement
Coquet, d’actualiser /chaleur/ dans cette occurrence de la lexie.
Les opérations constructives constituent des complexes sémiques, structures sémantiques
temporaires qui résultent de l’assemblage des sémies, par activation et inhibitions de sèmes, mises
en saillance et délétions, ainsi que par afférence de sèmes casuels. Au palier textuel, les complexes
sémiques analogues sont considérés comme des occurrences de la même molécule sémique.
5.2. La sémantique de la période et ses conditions herméneutiques
Des opérations constructives de fonds et de formes dans les syntagmes, il résulte qu’ils peuvent être
intégrés comme unités complexes, susceptibles de se voir appliquer des opérations constructives au
palier supérieur. Les relations entre syntagmes ont la période pour première zone de localité. Au sein
d’une même période, les relations entre syntagmes sont de deux ordres.
Dans l’ordre de la concordance, on peut distinguer des conditions d’accueil morphosyntaxiques : la
parataxe favorise les propagations de traits, la coordination la favorise ou l’inhibe, selon les traits
inhérents aux conjonctions (ex. de facilitation : et, ou inclusif ; d’inhibition : mais, ou exclusif). Ces
conditions ne sont pas déterminantes, et leur efficacité dépend évidemment du sémantisme des
syntagmes qu’elles coordonnent : dans Les amoureux fervents et les savants austères (Baudelaire,
Les Chats), la double antithèse ‘amoureux’ vs ’savants’ et ‘fervents’ vs‘austères’ reprend la topique
millénaire qui oppose le coeur à la raison ; mais le contexte aiment également autorise une lecture
assimilatrice de la coordination, telle que ces antithèses soient surmontées par une synthèse [43].
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La dépendance suppose pour sa part une propagation de traits dont le syntagme régissant est la
source : il propage un trait inhérent actualisé dont le syntagme régi est la cible. La dépendance
casuelle en est un exemple privilégié, car les traits casuels inhérents à certaines sémies s’y
propagent pour s’actualiser sous forme de traits localement afférents. Par exemple, dans Djamel
démonte sa mobylette, le sème /accusatif/ est propagé de ‘démonte’ à ‘sa mobylette’. Les conditions
d’accueil morphosyntaxiques qui guident les propagations casuelles diffèrent selon les langues
(positions distributionnelles, marques ou flexions casuelles de surface, comme l’ablatif latin, qui
correspond selon les contextes à divers cas sémantiques). De même diffèrent évidemment les sèmes
casuels inhérents : par exemple en guarani, les noms de lieu sont obligatoirement au locatif, tandis
qu’en français ils peuvent parfaitement se voir afférer l’ergatif (Les chutes du Niagara ont bouleversé
la jeune mariée), même s’il en résulte une afférence de /animé/, trait fréquemment associé à /ergatif/
(Paris l’enchante).
On peut parler de prédispositions casuelles à propos des sèmes afférents socialement normés, tels
que les syntagmes comportant le trait /humain/ sont rarement au locatif ou à l’instrumental, mais
fréquemment à l’ergatif. Corrélativement, certains traits casuels sont associés à des traits génériques
dimensionnels. Ainsi, dans Des taches s’étalent sur son smoking, ‘des taches’ prend le trait /ergatif/,
et son trait /inanimé/ devient latent, voire virtualisé.
Le parcours interprétatif qui permet l’assignation de cas sémantiques apparaît alors comme une
optimisation de contraintes ou de préférences. Les langues, et les types de discours qui norment leur
usage, hiérarchisent différemment ces contraintes, et cela participe de ce que l’on appelait jadis leur
génie. Les stratégies interprétatives règlent ensuite l’interaction : par exemple, dans un corpus de
contes, on actualisera sans vergogne des traits /animé/ dans des syntagmes ou des lexies
comprenant en langue le trait /inanimé/. C’est dire que les normes du genre ont une incidence sur les
parcours d’actualisation des sèmes.
Ces facteurs de complexité expliquent pourquoi aucun algorithme ne permet de passer d’une
représentation morphologique à une représentation sémantique : non que l’assignation automatique
des cas soit impossible, mais elle requiert une étude fine des conditions d’interprétation. Comparons
la raison conduit l’esprit du sensible à l’intelligible, et le mécano conduit la voiture du pharmacien au
garage. La structure morphologique de ces deux phrases est comparable. Cependant, ‘du sensible’
est un syntagme autonome au locatif, tandis que ‘du pharmacien’ est une partie d’un syntagme à
l’accusatif. En revanche, dans le livreur ramène sa fourgonnette du pharmacien au garage, ‘du
pharmacien’ sera interprété comme un syntagme autonome au locatif, malgré le peu de compatibilité
des traits /humain/ et /locatif/.
Le rôle des connaissances culturelles est ici encore crucial. Que l’on compare par exemple Les
femmes qui comptent s’habillent chez Tati, et Les femmes qui comptent s’habillent chez Givenchy :
les acceptions de comptent varient, la première sélectionnée par le sème /bon marché/ afférent à
‘Tati’, la seconde par le sème /luxueux/ afférent à ‘Givenchy’. Il en résulte que la fonction casuelle de
‘femmes’ diffère : elle est de l’ordre de l’ergatif dans le premier exemple, de l’accusatif dans le
second.
Remarques — Nous ne pouvons ouvrir ici une discussion sur l’inventaire des cas sémantiques. La
théorie de Fillmore reste faible mais fort connue (pour une position du problème, cf. .Serbat, 1981).
Le problème de la généralité, voire de l’universalité des cas sémantiques ouvre une intéressante
direction de recherche. Cependant, on peut aussi les considérer comme des catégories descriptives,
et adapter leur inventaire au corpus décrit et à la tâche en cours. Aussi avons-nous proposé de faire
méthodiquement proliférer les cas. Par exemple, dans un corpus de description d’itinéraires, on ne
peut se contenter d’un seul locatif indifférencié : il faut à tout le moins distinguer les locatifs initial,
transitoires, final.
Pour éviter la confusion entre les cas morphosyntaxiques et les cas sémantiques, il nous semble
préférable de suivre Tesnière qui nommait ces derniers des actants. En revanche la distinction entre
actants et circonstants ne nous semble pas nécessaire, et ses fondements sont syntaxiques plutôt
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que sémantiques.
6. L’activité au palier mésosémantique
Nous ne prétendons pas donner une vue complète du palier mésosémantique, ni a fortiori des
relations à ce palier entre morphosyntaxe et sémantique. En revanche, nous tenons à illustrer une
conception de ce palier sémantique qui permette de considérer la morphosyntaxe comme un substrat
des opérations sémantiques. Ce n’est pas l’unique substrat, car il faut prendre en considération le
substrat axiologique, que l’on rapporte au texte par le concept commode d’implicite, et qui est
constitué notamment par les interprétants topiques.
Une fois ramenées à un même principe, les relations de dépendance et de concordance ne suffisent
cependant pas à rendre compte de l’activité mésosémantique.
Le syntagme et la période, comme l’espace structural qu’ils limitent, sont des lieux de formation et de
déformation des formes et des fonds sémantiques. D’un point de vue combinatoire inspiré par le
paradigme logico-symbolique, on pourrait décrire ces opérations comme des combinaisons à partir
d’éléments du palier inférieur. Mais comme ces éléments sont eux-mêmes discrétisés et stabilisés
par les opérations herméneutiques, nous préférons décrire l’actualisation, l’activation et la
propagation de traits comme des distributions d’activité sur un réseau virtuel (les significations
proposées par le système de la langue). Ce qui tient lieu de règles est un corps de contraintes à
hiérarchie variable paramétrant la propagation de l’activation (ce qui diffère par principe des règles de
combinaison symbolique).
Les points d’activité valent alors pour des sèmes actualisés. Les distributions d’activité sont soumises
à des contraintes tant locales que globales. Dans le cas d’une période, la stabilisation de son sens
sera le résultat d’une optimisation de contraintes issues de quatre zones de localité : les syntagmes
qu’elle englobe, les périodes adjacentes, les périodes non adjacentes, les structures textuelles
globales. Par ordre de prescriptivité croissante, elles émanent de trois niveaux en interaction : le
phonétique-graphémique (substrat du morphosyntaxique) ; le morphosyntaxique (substrat du
sémantique) ; le sémantique lui-même dans la mesure où chacun de ses points de stabilité doit être
rapporté à son contexte. Les poids relatifs de ces contraintes et leur hiérarchisation qualitative
dépendent des discours et des genres textuels : l’exemple des contraintes phonétiques en poésie le
montre assez.
L’interprétation comme la production peuvent même être définies globalement comme des processus
d’optimisation, que l’on peut comparer en première approximation à ceux des grammaires
harmoniques (cf. Smolensky et al., 1990). Mais les stratégies d’optimisation vont varier avec les
objectifs de la description : soit l’on cherchera à parvenir rapidement à une solution univoque et
définitive en favorisant celle qui émerge le plus rapidement (par une stratégie du type le gagnant
empoche tout (winner takes all)) ; soit encore on maintiendra une compétition entre les interprétations
différentes, quitte à les hiérarchiser.
Considérés isolément, le syntagme et la période apparaissent comme des lieux de constitution de
formes ou d’éléments de formes sémantiques. Replacés dans la continuité du texte, ils sont un lieu
d’entretien des fonds et des formes, cet entretien pouvant consister en continuation, réitération, ou
déformation. Leurs structures syntaxiques sont, de ce point de vue, des moyens de conduction des
traits ou de distribution de l’activité sémantique.
Au palier microsémantique, on décrit l’actualisation des sèmes. Au palier mésosémantique se pose le
problème de leur intégration à des formes ou fonds sémantiques. Ceux qui ne s’intègrent pas n’ont
plus à être retenus. Les autres sont conservés comme éléments des morphologies sémantiques
complexes qui sont propres au palier textuel [44].
Cependant, il faut considérer plusieurs sortes de fonds et de formes sémantiques : certaines sont
transitoires et limitées à un syntagme, d’autres sont conservées par répétition ou reprise, enfin
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intégrées à des formations plus complexes et/ou plus étendues. Les morphologies sémantiques
figées, qui sont convoquées par le genre et la situation ont traditionnellement été rapportées à un
niveau conceptuel jugé autonome. Ces schèmes, schémas ou frames, peuvent être redéfinis au
niveau sémantique comme un répertoire ouvert de formes culturelles (types de molécules sémiques,
de champs sémantiques et d’isotopies) qui permettent les anticipations dans la lecture, et contribuent
à la caractériser comme un processus de reconnaissance de formes.
Après la constitution des formes sémantiques se pose le problème de leur évolution : lesquelles sont
conservées, transformées, supprimées ? Ce problème est le corrélat linguistique du problème
psychologique de l’oubli. Dans des conditions normales, à l’écoute d’une phrase de longueur
moyenne, on a déjà oublié le début avant d’avoir entendu la fin. On extrait les traits pertinents en
fonction de la situation pour former des représentations intermédiaires, qui sont les corrélats
psychiques des molécules sémiques [45].
Aucun système à l’heure actuelle ne permet de simuler ce genre de processus. Même les systèmes
connexionnistes qui pratiquent l’apprentissage et la dégradation harmonieuse (graceful degradation)
n’ont pu modéliser les facteurs herméneutiques qui gouvernent la rétention et l’oubli. Nous touchons
ici au caractère propre du palier textuel, la textualité ; mais la sémantique poursuit, là où la syntaxe
s’arrête.
Plus généralement, le point de vue que nous adoptons sur la mésosémantique procède d’un objectif
commun à tous les paliers de la description. La tradition logique et ontologique qui a prévalu en
grammaire puis dans les sciences du langage a isolé le mot dans son rapport avec son référent, la
phrase dans son rapport avec un état de choses, le texte dans sa relation avec un monde, fictionnel
ou non. À ce paradigme de la signification, dont le fondement est somme toute métaphysique, il nous
semble utile de substituer celui du sens, de tradition rhétorique et herméneutique, pour rompre la
triple solitude du signe, de la phrase et du texte. Le mot prend son sens dans le syntagme, le
syntagme dans la période, la période dans le texte, le texte dans la pratique sociale où il est produit
et relativement à d’autres textes.
Les propositions que nous formulons doivent être évaluées dans ce contexte, même si certaines ne
trouvent pas à l’heure actuelle de formalismes adéquats.
7. Questions de représentation
Les unités mésosémantiques peuvent être représentées statiquement par la même sorte de graphes
que les unités du palier inférieur. Les liens de ces graphes sont étiquetés par les mêmes primitives,
notamment les primitives casuelles [46]. Les noeuds de ces graphes sont étiquetés par des actants
[47]. Ces actants sont par ailleurs représentables par des graphes subordonnés. Ils peuvent consister
en des unités de rang inférieur, comme des lexies ; égal, comme des énoncés (dans le cas d’un
enchâssement) ; voire supérieur (dans le cas où l’énoncé analysé réfère à une partie étendue du
texte) [48]. Cette convention de représentation repose sur le principe que toute unité fonctionnelle
peut consister en des unités fonctionnelles d’un rang inférieur ou supérieur au palier d’analyse choisi
[49].
La problématique des rapports entre type et occurrence est fondamentalement la même au palier
mésosémantique qu’au palier microsémantique, même si sur ce point la réflexion des linguistes est
plus développée au second de ces paliers. Dans la représentation, le rapport du type à l’occurrence
se résume au rapport entre deux graphes sémantiques [50]. Selon les objectifs de la description,
diverses sortes de typicité peuvent être définies :
(1) Le type le plus abstrait ne conserve que la forme du graphe, mais non les étiquettes des noeuds ni
des liens.
(2) Le type classique conserve la forme du graphe et les étiquettes des liens, mais modifie les
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étiquettes des noeuds (en remplaçant les noms de variables par des noms d’instances).
(3) Une troisième sorte de typicité concerne les liens et leurs étiquettes. Pour accroître sa capacité
descriptive générale comme pour s’adapter finement aux domaines d’application, la théorie
sémantique ne peut se limiter à un petit nombre de primitives. Bien au contraire, elle doit les faire
proliférer systématiquement, en les organisant si possible par arborescences. Sans qu’il soit
nécessaire d’émettre des hypothèses universalistes, l’étude des catégories sémantiques grammaticalisées
par les langues peut servir de base à cette entreprise [51].
On doit admettre que les liens des graphes-types soient étiquetés par des variables. Ainsi, par
exemple, la primitive casuelle locatif (LOC) peut être spécifiée selon qu’il y a contact ou non contact,
position supérieure ou inférieure relativement à un repère (cf. sur vs sous, au-dessusvs au-dessous).
Ou encore, l’ergatif peut être spécifié selon qu’il commande un procès qui comporte ou non une
transmission (cas destinateur par opposition au datif ou destinataire et au bénéfactif).
Si l’on s’en tient au second degré de typicalité — le seul d’ailleurs que distingue Sowa — il apparaît
que la distinction entre graphe-type et graphe-occurrence permet de rendre compte des occurrences
incomplètes par délétion de plusieurs noeuds et liens. Ainsi pour les ellipses, du moins celles qui
peuvent être suppléées par le contexte, ou plus précisément par homologation avec des graphes
adjacents ; et aussi pour les emplois absolus (comme il boit) qui sont interprétés (rapportés à un type)
en fonction de topoï comme si l’on boit, en France, alors c’est une boisson alcoolisée. Les
occurrences explétives pour une part posent d’autres problèmes que les occurrences incomplètes. Le
caractère explétif de certaines parties d’un graphe dépend naturellement de la stratégie descriptive
adoptée [52].
Les représentations connexionnistes sont évidemment plus proches de notre problématique, dans la
mesure où elles permettent de modéliser les effets de contexte. Par exemple, dans le système
présenté par McClelland et Kawamoto (1986), alors que le mot ball comprend le trait /soft/ dans The
ball broke the window, c’est le trait /hard/ qui est sélectionné et propagé par le contexte. Cependant
les systèmes connexionnistes d’analyse syntaxique en sont encore à un stade expérimental, et les
modélisations sémantiques qui leur sont associées sont restées de fait assez pauvres.
Parmi les représentations qui ont fait l’objet d’implantations informatiques classiques, les grammaires
d’unification offrent de grandes possibilités, non seulement parce qu’elles utilisent des traits
sémantiques, mais encore parce qu’elles peuvent hiérarchiser les contraintes sémantiques et les
contraintes morphosyntaxiques. En particulier, comme l’a montré clairement Abeillé, les grammaires
d’arbres adjoints (TAG) permettent de tenir compte de la différence entre sèmes inhérents et
afférents, comme de décrire les effets de contexte sémantiques au sein du syntagme.
[N.B. : ce texte est élaboré à partir du chapitre 5 de Sémantique pour l’analyse (Paris,
Masson, 1994), texte révisé pour la traduction anglaise de cet ouvrage : Semantics for
descriptions, Chicago University Press, CSLI Lectures Notes, 138, avec la collaboration, pour
les ch. 4 et 6 de Marc Cavazza et Anne Abeillé.]
NOTES
[1] Le primat de la syntaxe a connu les extrapolations cognitives les plus amusantes : “ Le cerveau est avant tout
une machine syntaxique, qui peut être fructueusement considérée comme imitant fiablement une machine
sémantique, mais dans laquelle les significations elles-mêmes n’ont jamais préséance, elles ne dominent jamais et
n’influencent pas, même tant soit peu, le flux mécanique ou syntaxique brut de la causalité locale dans le système
nerveux ” (Dennett, 1992, p. 31).
[2] Cf. ce propos de Chomsky rapporté par Putnam : “ Je crois que l’on peut faire de la sémantique, mais ce que
j’appelle sémantique est en fait de la syntaxe ” (1992, p. 70).
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[3] Rappelons le privilège millénaire accordé à la phrase : il est si incontestable que de l’avis général la linguistique
s’arrête à la limite de la phrase, non seulement de fait, mais de droit. Benveniste, dans un texte célèbre,
argumente ainsi : la phrase serait “ une unité complète, parce qu’elle porte à la fois sens et référence : sens parce
qu’elle est informée de signification, et référence parce qu’elle se réfère à une situation donnée ” (1966, p. 130).
Le caractère distinctif de la phrase est celui d’être un prédicat : “ Il n’y a pas de fonction propositionnelle qu’une
proposition puisse remplir. Une phrase ne peut donc pas servir d’intégrant à un autre type d’unité. Cela tient avant
tout au caractère distinctif entre tous, inhérent à la phrase, d’être un prédicat ” (p. 128). L’argument de Benveniste
est purement logique, et témoigne de la sujétion de la grammaire à la logique : “ On situera la proposition au
niveau catégorématique […] Il n’y a pas de niveau linguistique au-delà du niveau catégorématique ” (pp. 128-129).
[4] Cette copule est le verbe être, ce qui pour l’aristotélisme classique permet de faire le lien avec l’ontologie (cf.
Aubenque, 1962, pp. 134-162). D’où les théories modernes de la copule (cf. Desclés, 1987 ; Heycock, 1992).
[5] Pour une discussion, cf. Rastier, 1998.
[6] Dans le cadre de la logique des classes, on disait jadis le sujet inclus dans le prédicat. Le chat est noir signifiait
alors que l’idée de chat est incluse dans l’idée de noirceur.
[7] Catégorématique signifie prédicatif. Historiquement, Platon puis Aristote ont distingué le nom et le verbe, sans
se préoccuper des autres parties du discours, parce qu’ils avaient en vue le phénomène logique de la prédication
décidable : le nom était étudié en tant que sujet, et le verbe en tant que prédicat (cf. Platon, Cratyle, 425 a,
Sophiste, 262 a ; Aristote, Peri hermèneias, ch. 2 et 3). À la suite de Chrysippe, les stoïciens ont distingué cinq
parties du discours, puis les grammairiens alexandrins les huit qu’ils nous ont léguées, mais le critère ontologique
demeure prééminent. La division due à Priscien et toujours réaffirmée depuis entre catégorématiques (noms et
verbes) et syncatégorématiques (les autres parties du discours) en est un exemple, d’ailleurs perpétué dans les
langages logiques.
[8] Cette distinction repose sur des postulats ontologiques très forts qui ont longtemps empêché de concevoir les
grammèmes, et particulièrement les affixes, comme des signes à part entière. Entre le radical et l’affixe, on
maintient parfois encore la différence qui sépare la substance de l’accident.
[9] De ce point de vue, le modèle chomskyen récent a toutefois fait exception, car à partir de Barriers (1986), il a
développé la notion de tête fonctionnelle.
[10] Cf. Blanche-Benveniste et al., 1987, p. 38 : “ Les unités syntaxiques premières, accompagnées
éventuellement de leurs éléments non-nucléaires, sont liées entre elles, dans les énoncés, de diverses façons :
succession, subordination, coordination, etc.[…] |es liaisons sont organisées en “périodes” d’énoncés, qui sont les
unités d’analyse du discours ”.
[11] Cette figure n’est pas rare en poésie. Ainsi, Mallarmé écrit “ […] Neiger de blancs bouquets d’étoiles
parfumées ” et l’on peut rapporter parfumées à bouquets, comme blancs à étoiles, malgré les discordances de
genre ; mais cela n’exclut pas, au contraire, de maintenir la première lecture, parfuméesrestant alors l’indice d’une
métaphore in absentia.
[12] Une littérature diluvienne qui traite de cet adverbe, à propos duquel se sont illustrés notamment Nef, Victorri
et Fuchs. Le problème des rattachements multiples est clairement exposé par Victorri et Fuchs dans Fuchs et al.,
1993, pp. 111-112.
[13] L’étude des accords a une grande importance dans la tradition grammaticale. Priscien remarque que
personne ne dit Ego facis (littéralement Moi tu fais) et Auroux pense que ce propos a pour les sciences du
langage toute l’importance d’un théorème de Pythagore.
[14] Cf. 1960, p. 101 : “ Les signifiants discontinus tels que /nu…õ/ dans /nukurõ-/ résultent fréquemment de ce
qu’on appelle l’accord ”.
[15] Cf. Togeby, 1951, p. 126. Hjelmslev réfute la thèse du signifiant discontinu à propos d’un exemple tiré de
Jespersen : “ Dans uirorum ommium bonorum ueterum, le génitif pluriel caractérise-t-il chacune des bases
nominales, ou le syntagme pris dans son ensemble ? On se demande si la répétition est un fait qui relève de
l’expression seule, ou si, en tant que répétition, elle relève également du contenu ” (1971, p. 208).
[16] Hjelmslev, pour une fois moins sémanticien que Martinet, soutenait toutefois que la définition sémantique du
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genre doit être récusée au profit d’une définition fonctionnelle « déterminant le genre comme pur indice de
concordance » (1971, pp. 151-152).
[17] Toutefois, on relève parmi les pronoms des oppositions comme qui vs quoi, ou il, elle, on, vs ça ; le trait animé
est lexicalisé dans qui, il, elle et on.
[18] Cf. notamment Harris et Chomsky. Certes, selon la théorie générative dite standard, les restrictions de
sélection spécifiaient les possibilités de cooccurrence en termes de traits « syntaxiques » (comme “abstrait » /
« concret”, « animé » / « inanimé ») ; mais ces traits bel et bien sémantiques ne sont réputés syntaxiques que pour
permettre de les intégrer sans contradiction à la syntaxe.
[19] Hjelmslev ajoute cette remarque importante du point de vue épistémologique : “ Les faits fonctionnels de la
rection nous forcent à constater dans l’unité régissante un élément sémantique défini par sa concordance avec le
régime. Ce procédé seul est en conformité avec le principe de simplicité et avec la méthode empirique ” (op. cit.,
p. 155).
[20] Syntagme Nominal (SN), par exemple. L’objectif initial était de rendre compte de la différence entre verbes
transitifs et intransitifs.
[21] Ces rôles sont en fait des cas “ profonds ” qui définissent les actants (au sens de Tesnière). On sait que la
redécouverte des cas par Fillmore, puis par des auteurs plus orthodoxes comme Gruber a conduit Chomsky à
formuler son critère des rôles thématiques.
[22] Si l’on accepte ces prémisses, il y aurait par exemple accord et non rection entre le contenu de sine et celui
du morphème de l’ablatif en latin.
[23] Le trait /sexe féminin/ appartient à comédi- dans le contexte -ienne (et non à cette et -ienne). Martinet écrit
bizarrement : “ S’il y a en français un monème de signifiant fort variable /es/ -esse, par exemple) correspondant à
‘sexe féminin’, il n’y en a pas qui corresponde à ‘genre féminin’ ” (1960, pp. 101-102). Que penser alors du « sexe
féminin” de cette, de méridienne, ou de mollesse ?
[24] Cela est également vrai dans les emplois dits absolus (cf. “ Épouser, c’est comme brouter des champignons
mazatèques, c’est expérimental ” ; M. Cerf, Une pâle beauté, Paris, Albin Michel, 1984, p. 231). Le caractère
inhérent de ces traits de ‘épouser’ est attesté par les parcours interprétatifs. Tel personnage de La Bruyère va par
exemple “ faire espérer aux mères qu’il épousera ”. On a ce parcours : (i) si ‘mère(s)’, alors enfant(s) ; (ii) si
l’ergatif de ‘épousera’ est associé à /sexe masculin/, alors son accusatif est associé à /sexe féminin/; (iii) or,
/enfant/ est un sème générique de ‘fille’ (dans le taxème où ‘fille’ se définit par rapport à ‘garçon’), et /sexe féminin/
est son sème spécifique. Ne supposons pas une ellipse de leurs filles, comme en grammaire classique, ni un
effacement, comme en grammaire générative : ces deux hypothèses relèvent également d’une linguistique du
signe, qui ne peut rendre compte de l’interaction entre signifiés qu’en suppléant des signifiants absents. On dira
seulement que le parcours interprétatif décrit crée un groupement sémique /enfant/ + /sexe féminin/.
[25] À ne pas confondre avec /genre masculin/, qui est inhérent à ‘il’. Ces deux traits sont indépendants : cf. une
sentinelle.
[26] Cf. cette remarque de Martinet : “ Le temps qu’en français on appelle passé composé correspond à deux
types de situations. Si je dis j’ai fini c’est un présent accompli ; mais dans j’ai fini hier à cinq heures j’ai un passé ”.
(1981, p. 54). On peut même avoir un futur, comme en témoignent ces vers de Valéry : Demain, sur un soupir des
bontés constellées, / Le printemps a brisé les fontaines scellées.
[27] À la suite de Bull, ces auteurs font reposer leur argumentation sur la distinction entre verbes cycliques et non
cycliques : “ Un verbe cyclique dénote un événement ayant une fin naturelle ” (1980, p. 1). Cette définition n’est
guère satisfaisante, car elle est extensionnelle, et l’on ignore ce qu’est une fin naturelle ; les exemples proposés,
comme écrire une lettre ou construire une maison n’entraînent pas l’adhésion. Quant aux verbes non cycliques,
“ on peut toujours supposer un prolongement au processus qu’ils dénotent ” (Nef, 1983, p. 161). Les verbes
cycliques selon Bull sont apparemment identiques aux verbes téliques selon Garey (cf. Nef, loc. cit.). Desclés
donne comme exemples de verbes téliques ou terminatifs : se noyer, mourir, fermer, mais aussi, discutablement :
acheter, naître, couper, ouvrir (1980, p. 213).
[28] Le caractère imperfectif des présents dits d’habitude dans La terre tourne autour du soleil, ou gnomique dans
Pierre qui roule n’amasse pas mousse tient au caractère imperfectif des lexèmes tourn-, roul- et amass-. Wagner
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et Pinchon opposent certes le présent ponctuel de Voilà Climène, madame, qui vient ici pour vous voir (Molière)
au présent habituel de Voilà plus de trente ans que je suis dans le désert à dormir toujours(Flaubert). Mais le
présent n’est pour rien dans l’affaire : c’est le contexte qui est ponctuel (cf. voilà), puis duratif (cf. voilà plus de
trente ans) ; et venir qui est perfectif final, par opposition à être /imperfectif/.
[29] Cette phrase est opposée à il regrettait qu’il eût oublié son fusil.
[30] Ces faits ont déjà été diversement relevés, mais à propos de contextes plus étendus que le mot. Cf. Togeby :
“ Le contexte perfectif le plus typique est la limitation temporelle, le contexte imperfectif le plus typique est
l’indication d’une répétition ” (1951, p. 175) ; Pottier : “ Le duratif est fréquemment associé à l’imperfectif […] si un
contexte duratif s’applique à un imperfectif, on a un effet de sens itératif ” (1974, p. 211). Rohrer note aussi que
dans le cas des verbes cycliques, “ l’adverbe ne mesure plus la durée d’une action unique, il mesure combien de
fois une action a lieu à l’intérieur d’un intervalle ” (1981, p. 2 ; cf. Nef, 1983, p. 162).
[31] Cf. Pottier, 1974, p. 210 : “ L’imperfectif peut être perfectivé […], la présence d’un accusatif […] peut rendre la
vision perfective ”.
[32] En termes logiques, le premier énoncé exprimerait une vérité a priori, le second serait déterminable.
[33] On interprète sans sourciller On nous Claudia Schiffer / On nous Paul-Loup Sulitzer (Alain Souchon, Foule
sentimentale).
[34] On voit par parenthèse que le problème de l’aspect ne concerne pas que les verbes.
[35] Cf. “ Ne lui offre pas ce livre, il l’a déjà dans une édition reliée pleine peau ”. Ce problème est lié à celui de
l’antanaclase (ou dissimilation d’acceptions).
[36] Cf. “ Les Smith ont vu les Rocheuses pendant leur vol vers San Francisco ” (exemple traduit de G. Miller).
Texte moderne, noms géographiques situés aux États-Unis où monsieur Tout-le-monde est susceptible de prendre
l’avion. En revanche, aucune indication de genre ne permet d’inférer que les montagnes volent, comme c’est
pourtant le cas dans Gulliver ou les Mille et une nuits.
[37] Ainsi définie, l’anaphore associative ne contredit pas la théorie de l’isotopie (malgré Charolles, 1986). Au
contraire, il s’agit d’un cas particulier d’isotopie.
[38] In absentia, elle rend compte des désignations comme L’omelette est partie sans payer(par inférence de
l’accusatif vers le destinataire) ; et, en diachronie, elle rend compte des créations lexicales comme une fine lame
ou un premier violon(par inférence de l’instrumental vers l’ergatif).
[39] Dans le cas de syntagmes qui ne comprennent qu’une lexie, l’intégration est évidemment maximale.
[40] À un autre niveau d’analyse, des facteurs psycholinguistiques interviennent : rapport entre récence et
mémorisation, etc.
[41] Pour une discussion et d’autres exemples de solidarités, cf. Rastier, 1987 a, p. 76.
[42] Dans le meurtre de la fermière, on pencherait pour l’accusatif, les femmes passant à bon droit pour moins
meurtrières.
[43] Elle fait de l’amour une connaissance (allusion à la Genèse), du savoir un désir (thème faustien), et elle unit
l’austérité à la ferveur, de manière vaguement religieuse (confirmée par le dernier mot du texte, mystiques).
[44] Dans la compréhension effective, on peut formuler l’hypothèse que les traits qui ne sont pas entretenus par
récurrence sont rapidement oubliés. De même pour ceux dont la récurrence est très forte, car passé un certain
degré de répétition d’un stimulus le seuil d’activation s’élève. C’est pourquoi sans doute les traits sémantiques qui
participent aux isosémies sont rapidement oubliés. Ils sont en effet les plus récurrents, puisque leur récurrence est
prescrite dans chaque syntagme par le système fonctionnel de la langue.
Dans la description de textes, c’est la stratégie interprétative qui détermine les degrés de pertinence des sèmes,
et juge de ceux qu’il faut retenir.
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[45] Une expérience de Denis et Le Ny (1983) peut être interprétée ainsi. Si juste après la lecture d’une phrase
comme La neige dévalait furieusement la pente, on demande si le mot avalanche figurait dans cette phrase, 15 à
20 % des sujets répondent par l’affirmative. Vraisemblablement, ils ont constitué une molécule sémique composée
des traits /neige/, /descente/, /intensité/, et si on leur en propose une lexicalisation synthétique, ils la
reconnaissent.
[46] Du moins aucun argument convaincant n’a été avancé pour différencier les primitives des deux paliers. Pour
des exemples de représentation par graphes sémantiques — dérivés des graphes conceptuels de Sowa (1984) —
cf. Rastier 1989 b et 1991 b.
[47] Au sens de Tesnière. Nous proposons de les traiter de la même manière.
[48] Par exemple, dans Tout cela fut dit sur un ton tranquille, cela peut renvoyer à un long monologue. Cette
dernière propriété contredit évidemment le principe de compositionnalité stricte.
[49] En outre, toute unité fonctionnelle (morphème, lexie, syntagme pourvu d’une fonction syntaxique, période,
fonction textuelle) peut être exprimée par un constituant (ou unité “ formelle ”) d’un rang quelconque : mot, phrase,
paragraphe, etc.
[50] Ce rapport ne se confond pas avec celui qui lie en syntaxe la phrase comme type à l’énoncé comme
occurrence, ni celui qui lie parfois en pragmatique un énoncé considéré comme type (hors contexte) avec des
énoncés-occurrences diversement modifiés par leurs contextes situationnels.
[51] Nous les distinguons bien entendu des cas morphosyntaxiques (ou de surface) comme en français l’agentif
ou le nominatif. Par exemple dans Le pigeon est plumé par la rusée fermière, ‘le pigeon’ est au nominatif
morphosyntaxique mais à l’accusatif sémantique,‘la rusée fermière’ à l’agentif morphosyntaxique mais à l’ergatif
sémantique.
[52] Il dépend, en fin de compte, de l’application visée. Plus généralement, la problématique de la représentation
des connaissancesne retient du sens linguistique que les aspects pertinents pour une application. Les
“ connaissances ” en question ne sont alors que des structures sémantiques simplifiées, souvent drastiquement.
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© septembre 2005 pour l’édition électronique.
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