BDC :QUELLE STRATEGIE DE PUISSANCE POUR LE PAKISTAN

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QUELLE STRATEGIE DE
PUISSANCE POUR LE PAKISTAN
Depuis sa création, le Pakistan cherche à accéder au statut de puissance et à devenir un modèle du monde musulman.
Malgré des moyens très réduits, des antagonismes internes ethniques, religieux et linguistiques, le Pakistan a réussi à
devenir un acteur majeur régional et mondial
Mots clés
Stratégie de puissance, Affrontements, Accroissement de puissance
2005
Auteurs :
Romain CHAMBRE, François GRISONI, Vincent HALLADE, Aubry SPRINGUEL, Antoine
TANAPPA
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Introduction …………………………………………………………………………………………………………… 3
Un pays en quête d’une identité nationale………………………………………………………………. 3
Diversité des peuples et tensions ethniques…………………………………………………………….. 4
L’ourdou : une langue nationale ?…………………………………………………………………………… 6
Le Pakistan sur l’échiquier international…………………………………………………………………. 7
Mise en place d’une stratégie de survie…………………………………………………………………… 7
Le Pakistan : une puissance Islamique ?…………………………………………………………………. 8
L’ISI : instrument de la stratégie de puissance………………………………………………………….. 9
Le Pakistan : une puissance nucléaire…………………………………………………………………… 10
Le 11 septembre 2001 : tournant dans la politique pakistanaise en matière de lutte
antiterroriste ……………………………………………………………………………………………………….. 11
Le Pakistan n’est pas encore une puissance régionale…………………………………………. 12
L’évolution vers le libéralisme……………………………………………………………………………….. 12
L’après 11 Septembre, bouffée d’air pour l’économie pakistanaise …………………………… 12
Des indicateurs économiques très inquiétants ……………………………………………………….. 13
Le problème de l’économie criminelle……………………………………………………………………. 14
Un périmètre commercial restreint ………………………………………………………………………… 14
Des besoins énergétiques et le problème de l’eau………………………………………………….. 15
Absence d’influence culturelle………………………………………………………………………………. 16
Conclusion…………………………………………………………………………………………………………… 17
BIBLIOGRAPHIE ………………………………………………………………………………………………….. 18
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Lors de la partition du 15 Août 1947, un pays totalement nouveau est
constitué : le Pakistan. Ce mot fut inventé par un jeune Pendjabi dans les
années 30 et dont les lettres font chacune référence à une province. A
l’époque, le pays est formé de deux entités géographiques distinctes: le
Pakistan occidental et le Pakistan oriental (Bengladesh actuel).
Depuis sa création, le Pakistan cherche à accéder au statut de puissance et à devenir un
modèle du monde musulman. Malgré des moyens très réduits, des antagonismes internes
ethniques, religieux et linguistiques, le Pakistan a réussi à devenir un acteur majeur régional et
mondial : c’est un des principaux alliés des Etats-Unis dans la guerre qui l’oppose au terrorisme.
On peut s’interroger sur le cas particulier de ce pays qui a réussi à devenir une puissance
régionale sinon mondiale et qui fait partie du club très fermé des 8 puissances nucléaires.
Quelle est la stratégie de puissance du Pakistan ? Quels sont les facteurs de sa
puissance ? Comment se manifeste la stratégie de puissance du Pakistan ? Son alliance actuelle
avec les Etats-Unis représente-elle une stratégie délibérée de puissance où n’est ce qu’un
partenariat opportuniste pour ne pas subir le même sort que le régime taliban ? Autant de
questions auxquelles nous souhaitons répondre à travers l’étude que nous proposons.

Le père fondateur du Pakistan, Muhammed Ali Jinnah, issu de la Ligue musulmane,
rêvait de créer un État fort, reposant sur le principe « une nation, une culture, une
langue ». Le Pakistan actuel est encore loin de correspondre à ce principe. Depuis
sa création en 1947, les populations du Pakistan connaissent de multiples divisions
au point de vue ethnique, religieux et linguistique. Ces fractures ont bien sûr une
influence considérable sur la constitution d’un sentiment national et d’une stratégie
de puissance pérenne.
L’islam comme vecteur d’unité nationale
La Ligue Musulmane, constituée des musulmans ayant émigrés de l’Inde, appelés « les
Mohajirs », a soutenu avec le plus de détermination la création de ce pays. Leur but était de
rassembler et de protéger tous les musulmans de l’Inde. Ces Mohajirs, bien qu’étant minoritaires
et n’ayant aucune attache locale, à la différence des Pendjabis ou des Bengalis, ont fait en sorte
que l’État créé, repose sur l’idéologie islamique. Il devait être fort et centralisé de manière à le
contrôler dans le but de dépasser les différences ethniques et culturelles ainsi que pour créer un
sentiment d’unité nationale.
Tous les dirigeants qui ont succédé à Jinnah se sont également réclamés de l’islam et, un
peu moins systématiquement, de la langue ourdoue. Dès la première Constitution de 1956, il est
stipulé que les Pakistanais doivent organiser leur vie en accord avec les enseignements et les
préceptes de l’islam. Le général Ayub Khan, qui prend le pouvoir en 1958, fait inscrire dans la
constitution de 1962 que les lois de l’État ne doivent pas contredire la sharia. Zulfukar Ali Bhutto
pose les fondements d’une véritable politique d’islamisation dans la Constitution de 1973, qui
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stipule que le Pakistan est un État islamique. Le général Zia, qui remplace Bhutto en 1977 et tient
les rênes du pouvoir jusqu’en 1988, met en oeuvre une politique d’islamisation encore plus
volontariste. Nawaz Sharif, le dernier civil à avoir gouverné, a renoué avec une politique
d’islamisation en introduisant en 1998 un amendement constitutionnel selon lequel l’État fédéral
est tenu d’appliquer la sharia. Si ces hommes ont ainsi promu l’islam, c’est pour forger une nation
musulmane dépassant les différences régionales.
Le Pakistan est bien un pays dont la quasi totalité de la population est musulmane mais ce
pays est aussi caractérisé par l’extraordinaire diversité des islams qui y sont présents. Il y a de
graves oppositions entre chiites et sunnites et, au sein des sunnites entre déobandis
(réformistes), barelvis (traditionnalistes pratiquant un culte des saints) et wahhabites. Les sunnites
se considèrent comme les seuls vrais musulmans et ont à plusieurs reprises tenté de faire inscrire
les chiites comme des non-musulmans. Tout au long de sa courte histoire, la politique menée au
Pakistan eut tendance à creuser le fossé entre les sunnites et les autres confessions
(particulièrement les membres de la secte Ahmadi et les chiites)
Diversité des peuples et tensions ethniques
Le Pakistan est d’abord la création des Mohajirs, littéralement les ‘‘migrants’’. En
1951, ils représentent un cinquième de la population du Pakistan occidental et à
peu près deux pourcents de la population du Pakistan oriental, soit sept millions
de personnes en tout. Juste après la création du Pakistan, l’influence des
Mohajirs dans la politique et la société pakistanaise est largement supérieure à
leur poids démographique. Issus de l’élite intellectuelle et marchande, beaucoup
s’installent dans les villes du Sind, en particulier, à Karachi. Dans les premières années de
l’indépendance, ils bénéficient d’une certaine aura du fait qu’ils ont joué un rôle moteur dans la
création du Pakistan et qu’ils ont tout abandonné pour venir y vivre. Dans un premier temps, ils
dominent l’État à travers la Ligue musulmane, la fonction publique et les professions libérales.
Ethnies et Régions du Pakistan (Yves Lacoste « Géopolitique», 2006, Larousse)
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Bien que les musulmans du Pendjab se fussent longtemps montrés réticents envers l’idée de
Pakistan, dès sa création, ils conservèrent le pouvoir qu’ils détenaient dans leur province avant
l’indépendance et cherchèrent à l’étendre au pays tout entier. Ils ne représentaient qu’un quart de
la population selon le recensement de 1951 mais formaient 80% des effectifs de l’armée et
occupaient 55% des postes de l’administration. Ils occupent également les terres les plus fertiles
du pays. Cela explique que, à côté du groupe formé par les Mohajirs qui détenaient des positions
importantes dans l’administration et le pouvoir exécutif, les Pendjabis avaient une place
déterminante dans le Pakistan des années 50. Ces deux groupes n’ont pas la même culture
politique et ont des divergences de vue politique dues à des intérêts socio-économiques
différents. Par leurs difficultés d’intégrations territoriale et sociale, les Mohajirs furent petit à petit
mis en retrait du pouvoir. Cette mise à l’écart fut consacrée avec le coup d’État de 1958 à
l’occasion duquel un général pendjabi, Ayub Khan prit le pouvoir ; et cela devint irréversible lors
de la sécession du Pakistan oriental en 1971. Dès lors, les Pendjabis représentent près de 60%
de la population et restent surreprésentés dans l’armée avec 70% des postes. Néanmoins, c’est
un Sindi, Zulfukar Ali Bhutto, qui succède à la tête de l’État. En fait, Bhutto conclut avec les
Pendjabis un accord tacite pour partager la domination du pays entre Pendjabis et Sindis. Lors de
la destitution de Bhutto en 1977, sa condamnation puis son exécution, le mouvement nationaliste
Sindi fut exacerbé. Zia, qui lui succéda, favorisa à nouveau les Pendjabis au détriment des Sindis.
Une répression du mouvement Sindi s’ensuivit. Après un apaisement, le choix de rejoindre le jeu
politique pakistanais permit à la fille de Bhutto d’être élue et de devenir Premier Ministre. Cette
alternance encouragea les Sindis à renouveler leur allégeance à l’État pakistanais et à oublier
leurs velléités indépendantistes.
Au moment même où les Sindis commençaient à se détourner de leurs velléités, deux autres
minorités, les Baloutches et les Pathans (ou Pachtounes), connaissaient, à leur tour, une poussée
de fièvre nationaliste.
Au Baloutchistan, le mouvement connut une répression militaire qui fit quelque 5300
victimes dans les rangs baloutches. Le général Zia parvint tout de même à apaiser une partie des
nationalistes en libérant plusieurs milliers de prisonniers et en amnistiant ceux qui s’étaient
réfugiés en Afghanistan. La principale pomme de discorde qui subsiste entre les Baloutches et le
pouvoir central concerne la captation des bénéfices de l’exploitation du gaz baloutche. Une fois
encore, des conflits d’intérêts nourrissent le discours identitaire. Mais vu le pragmatisme croissant
des Baloutches, en sus de la division des leaders baloutches, de leur stratégie d’alliance avec des
partis nationaux et de l’érosion de leur militantisme, leur mouvement s’est essoufflé.
Quant à la communauté des Pathans, principalement située dans la zone tribale, elle
revendique la création d’un Pachtounistan indépendant réunissant à la fois les Pathans afghans
et pakistanais. De là, un problème de frontière persiste avec l’Afghanistan. Cette revendication
n’est aujourd’hui plus d’actualité.
Ces différents groupes ethniques défendent chacun leur intérêt propre. Cela peut conduire
à de nombreuses tensions débouchant à une instabilité politique du pays.
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L’ourdou : une langue nationale ?
Sous l’impulsion des Mohajirs, l’ourdou est promu au rang de langue officielle,
même si l’anglais reste celle de l’élite et donc de l’État. De nombreux efforts sont
d’ailleurs faits pour promouvoir l’ourdou. La Constitution de 1973 rappelle ainsi
que l’ourdou est la langue nationale du Pakistan. Le général Zia, au pouvoir de
1977 à 1988, est, pour sa part, également un ardent défenseur de l’ourdou et essaye de rendre
son apprentissage obligatoire dès la maternelle. Ce n’est pas sans créer des tensions
linguistiques.
L’identité culturelle propre revendiquée par les Bengalis illustre parfaitement la situation
dans laquelle une bonne partie de la population pakistanaise s’est retrouvée lorsque l’ourdou fut
promue langue nationale. Les Pakistanais orientaux, dès la partition, proposèrent que leur langue,
le bengali, fût choisie comme langue de l’enseignement, de la justice et de l’administration au
Pakistan oriental. Étant donné le poids démographique du Pakistan oriental (56,4% de la
population déclare que le bengali est leur langue maternelle contre 3,37% pour l’ourdou), cette
revendication linguistique put paraître légitime. Cependant, elle fut rejetée en bloc par les
dirigeants du nouvel État basé à Karachi, craignant de perdre leur pouvoir.
Le rejet de cette revendication fut à l’origine d’un mouvement autonomiste mené par
l’Awami League et son leader Sheikh Mujibur Rehman. Celle-ci se développa pour combattre le
manque de représentation des Bengalis au gouvernement, dans l’armée et dans l’administration
ainsi que par le déséquilibre des dépenses gouvernementales en faveur du Pakistan occidental.
En 1971, après la répression du mouvement indépendantiste bengali par l’armée pakistanaise qui
fit entre un et trois millions de victimes, le Bengladesh acquit son indépendance grâce à
l’intervention de l’Inde.
Cette séparation des deux ailes du Pakistan est le symbole de l’échec d’une unité nationale
fondée sur l’Islam. Les Bengalis bien que musulmans ont voulu avant tout affirmé leur identité
linguistique et culturelle face au pouvoir central dirigé par les Pendjabis à cette époque. L’idée
originelle d’un pays unique rassemblant tous les musulmans tombe à l’eau. Les appartenances
ethnolinguistiques prévalent sur l’appartenance confessionnelle.
Dans la mosaïque pakistanaise d’après 1971, les Pendjabis représentent (56 % de la
population), les Sindis (17 %), les Pachtounes (16 %) et les Baloutches (3 %), sans compter les
langues tribales de l’extrême nord. Tous ces clivages font du Pakistan un pays parcourus par de
multiples tensions internes. Ces conflits gênent bien évidemment la cohérence interne du
Pakistan et l’empêchent d’adopter une politique stable pour servir une stratégie de puissance.
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Mise en place d’une stratégie de survie
Ce pays nouvellement créé, cherche d’abord à assurer sa survie face à son
voisin indien considéré comme hostile. Dès 1948, les deux pays s’opposent
avec une première guerre au Cachemire. Elle se termine par la création
d’une ligne de contrôle qui partage le Cachemire en deux.
Dans le cadre de la guerre froide, le Pakistan devient l’allié des Etats-Unis dans le but de
préserver la sécurité du pays. Le rapprochement avec les Etats-Unis est initié, avant même la
décolonisation, par Jinnah qui est allé au consulat de Bombay pour offrir ses services aux
Américains. Elle se concrétise en mai 1954, lorsque les deux pays signent un accord d’assistance
mutuelle de défense qui signifie par exemple pour le Pakistan une livraison massive d’armes
américaines. L’ambiguïté de cet accord vient du fait que les deux pays ont des intérêts différents.
L’un souhaite se prémunir de la menace indienne alors que l’autre veut bloquer la progression du
communisme au Moyen-Orient.
Le Pakistan s’intègre très vite dans deux systèmes d’alliance militaire:
L’Organisation du traité de l’Asie du Sud-Est (OTASE) avec la signature du pacte de
Manille en septembre 1954 qui forme un arc de protection des Philippines jusqu’au
Pakistan. Cette alliance chapeautée par les Etats-Unis a pour but de contenir la poussée
chinoise dans cette région.
L’Organisation du traité central (CENTO) avec la signature du pacte de Bagdad qui
regroupe des pays musulmans tels que la Turquie, l’Irak, l’Iran… Cet accord permet aux
Etats-Unis de constituer une ceinture de protection limitant ainsi la progression de l’URSS
vers le moyen orient et l’Asie Centrale.
Toutefois, ce rapprochement avec les Etats-Unis est très mal perçu par les Etats arabes qui
d’ailleurs ne reconnaissent pas le Pakistan en tant que pays musulman. Ce pays qui avait pour
ambition d’être un acteur majeur dans le monde musulman devient très vite infréquentable malgré
ses efforts en faveur de la cause palestinienne. Dans l’affaire du Cachemire, les pays arabes
musulmans n’ont jamais soutenu le Pakistan. Face à ces traités, les indiens conservent une
certaine neutralité en tant que pays non aligné. Cependant, Nehru entretient des liens privilégiés
avec l’URSS et reconnaît la Chine communiste. Cette dernière est même invitée à la conférence
de Bandung en 1955.
La rapide défaite de l’Inde face à la Chine en octobre 1962 marque un important
changement stratégique dans la région et favorise dès lors, le rapprochement du Pakistan puis
des Etats-Unis avec la Chine. En 1965, L’inde et le Pakistan se font une 2e guerre qui ne change
en rien la situation du Cachemire. Malgré leur soutien, les Etats-Unis décident dès lors de poser
un embargo sur les armes.
La 3ème guerre Indo-pakistanaise marque la défaite en 1971, de l’armée pakistanaise contre
l’insurrection du Pakistan oriental et cela débouche à l’indépendance du Bangladesh. Le Pakistan
ne reconnaît pas ce pays. Les accords de Shimla qui s’en suivirent en 1972, annonce le
règlement de tous les conflits avec l’Inde par des discussions bilatéraux. On parle d’ « esprit de
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Shimla ». En plus du traumatisme de la défaite pour la société pakistanaise, l’absence de réel
soutien militaire américain est considéré comme une humiliation voir une trahison.
Cette stratégie d’alliance pro-occidentale suivie depuis 1954 ne satisfait pas les attentes
pakistanaises. Elle lui a assuré une reconnaissance internationale mais elle ne lui offre aucune
garantie militaire face à l’Inde ni aucune pression diplomatique en ce qui concerne l’affaire du
Cachemire et compromet fortement la solidarité panislamique tant souhaitée à la création du
pays. Dès lors, l’arrivée au pouvoir du charismatique Zulfukar Ali Bhutto ouvre la voie vers un
changement de stratégie tourné vers le monde islamique.
Le Pakistan : une puissance Islamique ?
A la suite de la scission et de l’indépendance du Bangladesh, le
Pakistan, dirigé par Z.A. Bhutto, va mettre en place une stratégie
d’expansion et d’influence en Asie Centrale pour acquérir de la
profondeur stratégique et créer une vaste zone panislamique face à
l’Inde et l’empire soviétique. L’islam qui fait partie de l’identité national
du Pakistan, va aussi représenter dés 1971, l’instrument majeur de la
stratégie de puissance du Pakistan qui fait du soutien et du contrôle
des groupes djihadistes sa principale arme de politique étrangère.
Le rapprochement avec les autres pays musulmans est d’abord initié via l’organisation de la 4ème
conférence islamique en février 1974 à Lahore. Le Pakistan devient finalement un pays
fréquentable et à cette occasion, il reconnaît le Bangladesh.
Cette stratégie d’expansion islamique va surtout se renforcer sous le régime du général Zia.
Le général Muhammad Zia-ul-Haq (directeur de l’Inter Services Intelligence) qui prend le pouvoir
le 5 juillet 1977 et impose la loi martiale, épouse le concept d’un état islamique en opposition au
concept d’état-nation. Il applique une véritable politique d’islamisation pour réformer le pays :
application de la sharia, justice inspirée du coran, développement des madrasas.
La naissance de la révolution islamique en Iran et l’invasion de l’Afghanistan par les
soviétiques en 1979 font du Pakistan le principal allié des Etats-Unis dans la région avec à la clé
une aide militaire et économique pour le Pakistan. Le général Zia n’est plus considéré comme un
paria et l’économie de la drogue est oubliée par les Américains. Le Pakistan reçoit 3,2 milliards de
dollars en 1981 et plus de 7,2 milliards de dollars au total dans les années 80 de la part des
américains. En 1981, il reçoit aussi un prêt de 1,6 milliards de dollars du FMI et un soutien
financier de l’Arabie Saoudite qui investit massivement au Pakistan. Il y a une lutte d’influence
avec l’Iran qui veut exporter sa révolution islamique au Pakistan où 20% de la population est
Chiites. C’est également le début de la grande émigration de travailleurs pakistanais vers le
monde arabe.
Les intérêts des USA et du Pakistan se confondent dans la guerre sainte : le Pakistan veut
lutter contre l’influence russe, renforcer son identité nationale à travers le Djihad et acquérir de la
profondeur stratégique face à l’Inde pour compenser le déséquilibre des forces (cette stratégie
sera suivie par le Pakistan de 1979 à 2001) et les Etats-Unis souhaitent empêcher l’expansion du
bloc soviétique et son accès à des mers chaudes.
Ces aides (en grande majorité américaines) favorisent le développement important de la stratégie
d’influence et donc de puissance du Pakistan. Elles permettent le financement de la guérilla en
Afghanistan mais aussi le renforcement de l’armée pakistanaise. Le Pakistan organise et entraîne
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les mujahideens (qui se considèrent en guerre sainte). Il contrôle également les groupes opérant
en Afghanistan. Il va fortement favoriser les groupes radicaux dont le groupe pachtoune Hezb-i-
Islami qui bénéficie d’une grande partie du soutien pakistanais.
Pendant cette guerre d’Afghanistan un réseau musulman international se forme avec en
amont l’Arabie Saoudite qui participe au financement de la guerre sainte et au milieu les pays
arabes comme la Jordanie, l’Arabie Saoudite et le Yémen qui « fournissent » des volontaires pour
aller faire le Djihad en Afghanistan. En aval, le Pakistan forme et entraîne les hommes et sert de
base de repli pour les groupes afghans. Même après la mort accidentelle du général Zia (1988) la
débâcle soviétique (1989) ou pendant l’alternance gouvernemental Sharif – Bhutto, le Pakistan
continue sa politique afghane en soutenant des groupes pachtounes non nationalistes
notamment les talibans à partir de 1994.
En parallèle, le Pakistan tente d’appliquer sa stratégie afghane au Cachemire en soutenant
et finançant la création et le développement des groupes djihadistes.
Intéressons nous plus particulièrement au rôle de l’ISI comme le bras agissant de la politique
étrangère pakistanaise.
L’ISI : instrument de la stratégie de puissance
C’est à travers l’ISI (les services secrets pakistanais créés en 1948)) que le
Pakistan exerce sa politique d’instrumentalisation de l’islam et donc de
soutien et de contrôle des groupes djihadistes luttant contre l’occupation
soviétique mais aussi au Cachemire. Au sein du Pakistan, l’ISI est un véritable Etat dans l’Etat et
a longtemps constitué la principale arme de politique étrangère du Pakistan. Ses fonctions sont
multiples : missions de renseignement, de contre-espionnage et de police secrète intérieure
chargée de surveiller la société et les hommes politiques. Son influence sur la stratégie militaire et
politique du Pakistan est énorme et prendra toute son ampleur sous le régime du général Zia ; luimême
issu de l’ISI.
L’ISI a un rôle à la fois politique et militaire dans la guerre en Afghanistan : il définit la
stratégie, participe à des opérations de terrain, entraîne les hommes et contrôle la répartition des
financements (issus de l’aide internationale, notamment américaine) entre les différents groupes
djihadistes. De 1983 à 1991, on estime à 83 000 le nombre de combattants entraînés par le
Groupe des Services Spéciaux de l’armée qui dépend de l’ISI. L’ISI intervient au Cachemire à
travers l’aide militaire et financière qu’elle fournit aux nombreux groupes terroristes (en particulier
les plus radicaux) luttant pour le rattachement du Cachemire au Pakistan.
L’ISI a également soutenu les talibans (dirigé par le mollah Omar) dès 1994 et ont eu un
rôle très actif dans leur prise de contrôle de Kaboul et du pays. Ce soutien s’est officiellement
arrêté en 2001 quand les Américains et leurs alliés ont vaincu le régime taliban. Le Président a du
rompre avec la stratégie de soutien pakistanaise vis-à-vis de l’Afghanistan.
Cette stratégie d’instrumentalisation et de soutien aux groupes djihadistes à travers l’ISI
s’inscrit dans la stratégie d’expansion du Pakistan qui souhaite créer un état panislamique dans la
région de l’Asie centrale pour lutter contre les puissances soviétiques et indiennes.
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Le Pakistan : une puissance nucléaire
Le facteur militaire reste encore aujourd’hui un des facteurs les plus évidents de
puissance simplement parce qu’il s’agit du plus quantifiable. Ainsi une possibilité
pour les Etats de s’afficher comme une puissance, régionale ou internationale,
est tout simplement de miser sur ses capacités militaires. A cet égard, le
développement du nucléaire pakistanais livre des clefs intéressantes sur une
éventuelle stratégie de puissance.
Le nucléaire est généralement développé pour deux raisons : c’est un
moyen de distinction et un moyen de contestation. C’est d’abord un moyen de
distinction parce qu’il permet aux puissances détentrices d’appartenir à un club très fermé. Ce
club a deux fonctions : organiser la dissuasion réciproque et empêcher à tout prix l’arrivée de
nouveaux entrants (d’où la lutte contre la prolifération). Le nucléaire est ensuite un moyen de
contestation car l’obtention d’une telle arme permet d’affirmer sa puissance en opposition à celle
des autres puissances nucléaires ou des pays qui n’ont pas des moyens de destruction
semblables. En atteignant le statut de puissance nucléaire, la stratégie de puissance du Pakistan
intègre ces deux composantes: l’appartenance à un club fermé et sa capacité d’opposition.
En effet, l’arme nucléaire pakistanaise a d’abord pour fonction principale de créer une
dissuasion stable avec son voisin nucléaire indien. L’histoire du développement nucléaire
pakistanais paraît d’ailleurs indiquer qu’il s’agit du premier effet recherché par ce programme. En
effet, le nucléaire civil fait son apparition au Pakistan avec la création de la commission à l’énergie
atomique en 1957, soit environ 10 ans après que l’Inde ait elle-même développée un programme
nucléaire civil. Contrairement à l’Inde qui envisage le nucléaire militaire dès le début, le Pakistan
ne semble considérer cette option qu’aux alentours de 1971 (défaite contre l’Inde) ou de 1974
(premier essai nucléaire indien « pacifique »). Le programme nucléaire est alors lancé avec l’aide
de la France et marque dégradation des relations avec les Etats-Unis qui sont farouchement
opposés à ce programme. Le Pakistan accède au nucléaire militaire en 1987, année durant
laquelle le père de la bombe pakistanaise, le docteur Abdul Qadeer Khan confirme dans une
interview les allégations de la C.I.A concernant l’obtention de capacités nucléaires militaires. Ces
capacités seront affichées au grand jour avec les essais nucléaires de mai 1998 qui marquent la
naissance sur la scène internationale d’un « Pakistan Nucléaire » et suivent de quelques jours
des essais indiens. Le développement de capacités nucléaires du Pakistan peut donc
essentiellement se comprendre comme une réponse à la bombe indienne.
Cet essai est suivi par des sanctions économiques américaines qui aggravent la situation
économique.
Le développement de l’arme nucléaire a également rempli une deuxième fonction : il lui a
permis de rentrer dans le club très fermé des puissances nucléaires. Ce facteur est d’autant plus
fondamental qu’il s’agit en fait du premier pays islamique à disposer d’une telle puissance de feu.
En effet, sans pour autant fondamentalement altérer l’équilibre des puissances, le développement
de la bombe pakistanaise est perçu comme l’achèvement de la « bombe islamique » tant
redoutée par les Américains. Une multitude de pays islamiques, de l’Arabie Saoudite à l’Egypte
en passant par l’Iran annoncent ainsi leur soutien indéfectible au programme nucléaire
pakistanais. L’Afghanistan ira même jusqu’à déclarer « qu’une quelconque agression contre la
Pakistan serait considérée comme une agression contre l’Afghanistan » et le mufti d’Egypte
demande à ce que « tous les pays musulmans se rallient au Pakistan pour soutenir son
programme nucléaire ». L’arme nucléaire a donc été un moyen particulièrement utile pour
permettre au Pakistan d’être reconnu comme une puissance majeure sur la scène internationale.
Il est intéressant de noter que c’est plus le symbole de l’arme nucléaire « islamique » que
les réelles capacités de destruction du Pakistan qui lui ont permis de fédérer autour de lui un
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ensemble d’acteurs de la scène internationale. Bien que ni l’Inde ni le Pakistan n’aient
communiqué des informations officielles sur le dimensionnement de leurs forces nucléaires, il est
estimé qu’ils posséderaient environ une cinquantaine de têtes nucléaires chacun [8, 9], c’est-àdire
deux fois moins que le nombre de têtes nucléaires embarquées sur un seul sous-marin
nucléaire américain. En termes de vecteurs, le Pakistan ne disposerait que de quelques F16-A et
F16-B transformés pour transporter des têtes nucléaires ainsi que des missiles balistiques Ghauri.
Des missiles adaptés des M-9 et M-11 chinois (le Shaheen-1 et le Tarmuk) pourraient peut-être
également transporter des têtes nucléaires. De manière générale ces vecteurs sont en trop faible
quantité et peu efficaces (comparés par exemple à un sous-marin) pour constituer une force de
seconde frappe qui garantirait une dissuasion pérenne. Cette faiblesse relative de l’arsenal
nucléaire semble donc indiquer que celui-ci possède surtout une portée symbolique.
En 1998, une 4éme guerre Indo-pakistanaise éclate sur l’affaire du Kargil. Cette fois les deux
états disposent de l’arme nucléaire. L’intervention américaine dans les deux camps parvint à
apaiser les tensions. De ce conflit ressort un nouveau coup d’état au Pakistan où le général
Pervez Musharaff prend le pouvoir en octobre1999. Il est très vite considéré par les Américains
comme infréquentable. Mais l’attentat du 11 Septembre 2001 change profondément la donne
dans la politique étrangère américaine. Musharaff devient un rempart face à la montée de
l’islamisme dans la région.
Le 11 septembre 2001 : tournant dans la politique pakistanaise en matière
de lutte antiterroriste
Le 13 janvier 2002, le président pakistanais Pervez Musharraf annonce dans
un discours télévisé que les organisations terroristes extrémistes ne seront
plus tolérées dans son pays et que la Pakistan s’inscrivait clairement comme
un allié des Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme international. Ce
discours s’est suivi d’actions à court terme puisque deux groupes terroristes
accusés d’avoir participé à l’attaque contre le parlement indien à New Dehli le 13 décembre 2001
ont été démantelés. Il s’agissait des organisations Laskhar-e-Taiba et Jaish-e-Mohammed. Plus
de 2000 personnes auraient également été arrêtées des suites de ce discours.
Ce discours a été particulièrement bien accueilli par les Etats-Unis puisque le Secrétaire
d’Etat américain de l’époque Colin Powell réagit immédiatement en se félicitant des déclarations
du Général Musharraf [5]. Beaucoup d’analystes perçoivent ce discours comme le début d’une
coopération entre le Pakistan et les Etats-Unis et qui permet à Musharraf de contrer l’influence
indienne en s’affichant comme un acteur incontournable de la lutte contre le terrorisme [6]. Il faut
en effet savoir qu’à la suite du 11 septembre 2001, l’Inde avait cherché à tirer profit de cette crise
en arguant auprès des Etats-Unis que le pays devait faire face à des problèmes similaires avec le
terrorisme du Cachemire soutenu par le Pakistan. Elle a donc proposé aux Etats-Unis d’entamer
une coopération soutenue pour lutter contre le terrorisme international. La volonté des Etats-Unis
de privilégier l’alliance pakistanaise, à la suite de ce discours de janvier 2002, a certainement été
perçue comme une rebuffade pour l’Inde et donc comme une victoire pour Musharraf.
La position du Pakistan concernant les actes terroristes dans le Cachemire paraît plus
ambiguë. Comme l’a affirmé Musharraf dans son discours de janvier 2002, le Pakistan soutient
toujours politiquement et moralement les « mouvements de libération » du Cachemire mais
s’engage à n’apporter aucune aide à ces mouvements et à s’assurer qu’aucun acte de terrorisme
ne sera permis au nom du Cachemire. Malgré ce discours, un attentat au Cachemire indien en
mai 2002 a aggravé la tension entre les deux pays qui a entraîné une recrudescence des
-12-
accidents transfrontaliers et des provocations de part et d’autre. Les violences semblent diminuer
depuis 2004 et le Pakistan paraît généralement respecter ses engagements pris en 2002.
La position ambiguë de Musharraf vis-à-vis du terrorisme est tout à fait cohérente avec une
stratégie de puissance qui vise à s’affirmer sur la scène internationale comme un acteur
incontournable sans pour autant céder sur ses intérêts régionaux. Peut être le réalisme et
l’habileté diplomatique dont fait preuve le gouvernement pakistanais sont-ils les premiers signes
de la construction d’un Etat Nation fort qui dépasse ses problèmes de cohérence interne pour se
faire une place au sein du système politique mondial.

L’évolution vers le libéralisme
L’avènement au pouvoir du Premier ministre Ali Bhutto en 1972 a donné
lieu au Pakistan à un vaste programme de nationalisation des industries de
bases (naissantes à l’époque), ainsi que de toutes les banques (le 1er
janvier 1974). C’est très important pour comprendre la tradition
interventionniste de l’Etat dans ce pays. En 1985, les acteurs privés ont eu
le droit d’évoluer dans des secteurs auparavant contrôlés par l’Etat. Dès
son arrivée au pouvoir, le général Musharraf s’est trouvé confronté au poids d’un lourd
endettement extérieur, accentué par les sanctions financières consécutives aux essais nucléaires
de 1998. Le pays était alors au bord de la banqueroute.
Depuis 2001, le gouvernement a lancé un programme ambitieux de réformes (Accélération
de la libéralisation du marché : privatisation de nombreux monopoles d’état rentables, Réformes
des tarifs douaniers, Restructuration du système bancaire) encouragé par le FMI et Washington
pour libéraliser et moderniser son économie.
Toutes ces réformes permettent de construire une dynamique positive pour l’intégration du
pays dans la mondialisation. Pourtant la « puissance économique » pakistanaise encore marquée
par de nombreuses faiblesses, ne constitue pas une des facteurs clés de la puissance du
Pakistan.
L’après 11 Septembre, bouffée d’air pour l’économie pakistanaise
Le Pakistan, accusé autrefois par les Etats-Unis d’être un vivier d’islamistes
radicaux, est l’un des bénéficiaires les plus inattendus de l’effondrement des
tours du World Trade Center. Le brusque revirement stratégique de P.
Musharraf, devenant un allié incontournable des Américains dans leur
campagne contre les talibans, a été vite récompensé. Les sanctions en
vigueur depuis la fin des années 70 ont été levées moins de 2 semaines après
les attentats, prévenant ainsi le risque de voir le Pakistan devenir un autre Iran, avec une situation
interne beaucoup plus explosive.
Des dettes ont été annulées, la dette extérieure est redescendue à 33% du PIB, des crédits
et des dons ont été effectués, les restrictions commerciales levées, et une précieuse assistance
militaire est apparue (avec par exemple la livraison de dix-huit F16 par les Américains…). La
Maison Blanche prévoit de fournir une aide de 6.1 milliards de dollars d’ici à 2010, soit une des
plus grandes aides internationales américaines. Une formidable mobilisation de fonds de la
-13-
Banque Mondiale a suivi, chiffrée à 7 milliards de dollars d’ici à 2009, ainsi que 1,5 milliards du
FMI et 2,5 milliards de la Banque Asiatique de Développement (BAD). De même, l’Union
Européenne a levé ses sanctions commerciales, ouvert le marché unique aux produits
pakistanais et aura apporté 165 millions d’euros d’aides financière entre 2002 et 2006.
Enfin, les millions de Pakistanais vivant dans le monde, irrités par la vigilance accrue des
banques occidentales vis-à-vis des placements musulmans, ont rapatrié en masse leur argent au
pays. Rien qu’en 2005, plus de 4 milliards de dollars ont ainsi été injectés dans l’économie locale !
L’impact de l’argent de la diaspora a été phénoménal, entraînant un boom sans précédent de la
consommation et une flambée des prix de l’immobilier.
Pour un pays assoiffé de devises, tout cet afflux d’argent étranger a été salutaire. Il fut
d’autant plus opportun qu’il est intervenu à un moment où le gouvernement se lançait dans ce
plan de modernisation de l’économie sans précédent.
Cinq ans après les événements du 11 septembre, les résultats sont là. Le Pakistan connaît
désormais une croissance du PIB « à la chinoise » à 6,6% en 2006 (7,5% en 2007 d’après les
estimations). La dette extérieure a été divisée par 3, et la dérive des comptes publics enrayée.
Enfin les investissements étrangers ont été multipliés par 10 depuis 2001.
Voilà un positionnement international stratégique qui rapporte. Le Pakistan a saisi la chance
qui lui a été donnée d’assainir son économie et de renouer des partenariats depuis longtemps
impossibles. Malheureusement cette chance inespérée n’est pas suffisante à elle seule pour
élaborer une stratégie nationale de puissance cohérente et rassembleuse.
Des indicateurs économiques très inquiétants
Les fruits de la croissance sont très inégalement répartis. La richesse par
habitant n’atteint que 800 dollars par an et la situation sociale du pays reste
très problématique : un habitant sur deux est illettré et un tiers de la
population vit sous le seuil de pauvreté. Aujourd’hui, malgré un produit
intérieur brut de 374 milliards de dollars (25ème pays), les indicateurs
traditionnels sont très décevants. Par exemple, 30% de la population vit sous le seuil de pauvreté,
les inégalités d’éducation entre les citadins et les ruraux sont énormes, et seules 44 millions de
personnes sont actives (sur 166 millions, soit 26%), cela étant expliqué par le fait que 41% de la
population est âgée de moins de 14 ans (il y a environ vingt millions d’enfants esclaves…)
Les contradictions du Pakistan sont visibles jusque dans les lignes budgétaires. Un Etat
affectant un tiers de son budget aux dépenses militaires alors même que le pays doit recourir à
une aide économique considérable de la part des pays étrangers et des organisations
internationales, et que le service à la dette absorbait 45 % du budget de l’Etat en 2000, est
dépassé par les coûts des besoins vitaux de la population. Cette priorité militaire ajoutée à un
accroissement démographique de 3 millions de personnes par an contribue à ralentir la
modernisation du pays. L’unité entre la population et les dirigeants est loin, comme pour les choix
politiques, d’être parfaite.
Les conditions politiques, sociales et historiques du Pakistan font que ce pays peine, depuis
sa naissance en 1947, à développer une économie florissante. Devenir une puissance régionale
sans légitimité ni poids économique vis-à-vis de ses voisins est impensable. De plus, la puissance
économique sans l’unité de la société civile, n’entraînera qu’un rayonnement incomplet du
Pakistan dans la région, et la constante nécessité de survivre dans un environnement explosif.
-14-
Le problème de l’économie criminelle
En plus d’être l’un des pays les plus corrompus au monde, le Pakistan baigne
depuis quelques décennies dans l’économie parallèle de la drogue. Chaque année
100 tonnes d’héroïne parcourent le pays du nord au sud pour être exportées. On
considère que cette économie souterraine représente un tiers du PIB. L’opium
transformé ensuite en héroïne est principalement produite dans les zones tribales
du nord-ouest, contrôlées, non pas par l’Etat, mais par des autorités locales
bienveillantes. La spécialisation du pays comme plaque productrice d’opium est
due à la rencontre fortuite de 3 facteurs historiques:
La politique prohibitionniste menée par le général Zia, fit qu’une partie de la récolte
historiquement traditionnelle dans les zones tribales fut clandestinement exportée en Iran pour les
besoins des toxicomanes extrêmement nombreux dans ces pays.
La révolution iranienne désorganisa les circuits et affecta la consommation laissant sur les
bras des trafiquants des stocks considérables.
L’argent de la drogue pourrit littéralement le système économique pakistanais. Il touche en
premier le domaine militaire. Il existe en effet des réseaux recyclant cet argent dont une partie sert
secrètement à financer l’équipement militaire et la recherche nucléaire. On assiste également à
l’émergence d’une narco-bourgeoisie, investissant le pouvoir politique qui laisse faire car ces
affaires apportent une partie des solutions contre la pénurie de devises dans le pays.
Seule puissance islamique détenant la bombe nucléaire, le Pakistan est également très
fortement soupçonné d’avoir été à l’origine de lancements de programmes nucléaires dans
d’autres pays, par l’intermédiaire du Docteur Kahn (Libye, Corée du sud, Iran). Les retombées
financières très difficiles à chiffrées sont, par essence, colossales, mais sont introduites dans un
circuit similaire à celui de la drogue.
Un périmètre commercial restreint
L’analyse des relations économiques extérieures s’avère instructive. La
puissance productive du Pakistan réside en grande partie dans
l’agriculture (44% de la population active pour 22% du PIB) et dans
l’industrie (25% du PIB). Les biens produits sont ceux d’un pays sousdéveloppé,
tels que des céréales (blé, maïs, riz), du coton (4ème producteur
mondial) pour l’agriculture, et des produits sidérurgiques, pétrochimiques, dérivés agricoles ou
artisanaux pour l’industrie. On comprend tout de suite la structure du commerce extérieur de ce
pays :
– Exportations de textiles (surtout du coton), de riz, de tapis, et de produits artisanaux pour
11,4 milliards de dollars en 2003.
– Importations de pétrole (et dérivés), de machines, de produits chimiques, de fer, d’acier, de
produits alimentaires et d’engrais pour 15,7 milliards de dollar en 2003.
Ces caractéristiques commerciales montrent une dépendance réelle et problématique dans
certains domaines stratégiques vis-à-vis de ses fournisseurs. A contrario, le Pakistan ne peut pas
avoir de moyen de pression car il n’exporte que des produits artisanaux et agricoles. L’économie
pakistanaise ne permet donc pas au pays de se positionner comme une puissance économique.
En outre, ses partenaires commerciaux reflètent de plus en plus les alliances extérieures
détaillées précédemment. Ses principaux clients sont les Etats-Unis, les Emirats Arabes Unis et
l’Afghanistan, qui vient de dépasser le Royaume-Uni. De même, ses principaux fournisseurs sont
-15-
l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, et la Chine qui vient de dépasser les Etats-Unis (à
noter que ses principaux fournisseurs d’armes sont la Chine, les Etats-Unis et la France).
Malgré une croissance intense ces dernières années, l’optimisme économique post 11
septembre n’est plus de mise. La filière textile (60% des exportations pakistanaises), dont les
deux principaux débouchés sont les États-Unis et l’Union européenne, s’est vue retirer ses
conditions préférentielles d’accès aux deux marchés (avec l’augmentation significative des droits
de douane). Les aides internationales se sont essoufflées car elles ont été concentrées sur les
dégâts causés par le terrible tremblement de terre d’octobre 2005.
L’amélioration des relations diplomatiques et commerciales avec l’Inde, suite à ce
tremblement de terre, est réelle mais sans vraie conséquence positive pour l’économie
pakistanaise. Le commerce bilatéral entre ces deux pays atteint aujourd’hui 800 millions d’euros,
mais dans les faits, ce chiffre est largement en défaveur du Pakistan (balance commerciale
déficitaire de 400 millions de dollars).
Le Pakistan n’est membre d’aucun arrangement de libre-échange, mais il est membre de
l’Organisation mondiale du commerce. Le Pakistan participe également à l’Association sudasiatique
de coopération régionale (ASACR), régie par l’Arrangement de commerce préférentiel
pour l’Asie du Sud (ACPAS), avec l’Afghanistan, le Bangladesh, le Bhoutan, l’Inde, les Maldives,
le Népal et le Sri Lanka (la Chine et le Japon en sont des observateurs invités). L’ASARC
encourage la coopération dans les domaines de l’agriculture, le développement rural, la science
et les technologies, ainsi que la culture, la santé, le contrôle de la natalité, des politiques antinarcotrafics
et la lutte anti-terrorisme. Malheureusement les tensions entre les membres
empêchent d’avoir une politique régionale cohérente et homogène, et de produire des résultats
probants. La route vers le développement d’une stratégie de puissance dans la région est encore
très longue, si tant est que les différents membres en aient envie.
L’économie pakistanaise souffre, dans ses échanges avec l’extérieur, de sa dépendance
technologique, de relations internationales complexes et de la perpétuelle agitation politique
interne. Il ne peut se permettre de s’émanciper de ses partenaires commerciaux sur des
questions politiques ou religieuses tant ses dépendances vis-à-vis d’eux sont importantes. Il paraît
dès lors impossible d’avoir un pouvoir de pression, d’influence économique sur un quelconque
adversaire international.
Des besoins énergétiques et le problème de l’eau
Il faut également mettre en avant les grands problèmes énergétiques
auxquels est confronté le Pakistan. En effet, ce pays est très mal doté
en matières premières telles que le charbon ou le fer et seuls 10% des
besoins en pétrole sont couverts par la production nationale. Comme
pour beaucoup de pays dans la région, l’approvisionnement en eau
potable est un problème stratégique du Pakistan.
Ses besoins en eau sont considérables notamment parce que
l’agriculture est une de ses premières activités (80% de la nourriture du Pakistan provient des
terres irriguées). Ainsi, en 2000, 98% des ressources en eau du Pakistan étaient utilisées pour
l’agriculture alors que la moyenne des pays développés réside entre 70% et 80%. Un rapport
terminé en 2000 par l’International Water Management Institute prétend que le Pakistan fera face
à une situation d’intense sécheresse d’ici 2025. L’eau est donc une ressource stratégique pour le
Pakistan et ses sources d’approvisionnements sont d’autant plus précieuses.
-16-
Le partage des eaux de l’Indus, unique source d’eau conséquente, entre l’Inde et le
Pakistan est régi par un traité établi sous l’égide de la banque mondiale le 29 septembre 1960.
Bien que celui-ci soit dans l’ensemble respecté, le Pakistan reste dépendant du bon vouloir de
l’Inde qui contrôle le bassin du fleuve dans la région du Cachemire. Le Pakistan n’est pas à l’abri
d’un assèchement comme a pu le faire l’Inde en 1965. Ainsi, bien que l’Inde ait peu utilisé la
menace de l’eau dans le passé, il est évident que cette dépendance réduit les marges de
manoeuvre d’une stratégie de puissance pakistanaise qui irait trop à l’encontre des intérêts de
l’Inde.
Fait plus original, l’eau est également à l’origine de dissensions internes qui viennent, avec
les problèmes déjà mentionnés, miner la cohérence du pays, et ralentir des projets stratégiques.
Ainsi, l’annonce faite en 1998 par le gouvernement pakistanais de construire le barrage de
Kalabagh a généré un nombre considérable de critiques. Les enjeux de ce barrage sont tels que
certains partis politiques de la Province Frontière du Nord Ouest ont changé de camp suite à leur
prise de position sur cette question.
Absence d’influence culturelle
Cette absence s’explique principalement par le manque de solidarité,
entre les musulmans eux-mêmes et entre les positions internationales du
pouvoir et de la population, surprenant pour un état créé pour réunir les
musulmans de la région. L’unité du pays, nécessaire pour faire entendre
la voix pakistanaise sur la scène internationale et auprès des autres pays
musulmans est souvent mise à mal.
L’hégémonie des Pendjabis est décisive dans l’armée et les autres structures de pouvoir : la
bureaucratie permanente, l’aléatoire Parlement aujourd’hui dissout, la maîtrise de l’eau,
essentielle à l’économie du pays. Cette domination pendjabie est particulièrement ressentie par
les Sindis et par les Baloutches, ainsi que par les Mohajirs de Karachi. Cela n’encourage guère le
sentiment d’union nationale et l’émergence d’une identité pakistanaise unique et forte.
Sur le plan International, la méfiance occidentale à l’égard du Pakistan est ininterrompue
depuis qu’il s’est procuré l’arme atomique. Les récentes révélations de Musharraf dans son
autobiographie confirment les soupçons américains concernant l’aide pakistanaise sur le
développement du programme nucléaire nord-coréen. Les relations entre Washington et
Islamabad risquent d’être à nouveau tendues, comme lors du lancement du programme nucléaire
pakistanais en 1998. Les Etats-Unis semblent en fait faire des alliances d’intérêt avec le Pakistan
quand elles leur sont profitables.
Après s’être intéressé à la condition du pays lors de la Guerre Froide et de la guerre entre
l’URSS et l’Afghanistan, et avoir même grandement contribué à son développement militaire, les
Etats-Unis ont oublié les sanctions nucléaires lorsqu’ils ont eu besoin d’une aide régionale lors de
la guerre contre les talibans en Afghanistan. Ils n’ont d’ailleurs pas laissé le choix aux dirigeants
pakistanais comme l’a révélé Pervez Musharraf dans une émission à la télévision américaine.
Mais outre ces évènements, il n’y a jamais eu de confiance entre les deux régimes. Cette
méfiance est récurrente dans l’histoire et néfaste pour l’espoir pakistanais d’être réintégré
dignement au sein de la « communauté internationale », et ainsi faire peser le poids de ses 165
millions d’habitants et son rang de second plus grand pays musulman.
Quant aux autres pays musulmans, leur perception sur le Pakistan reste très ambiguë et
distante. En tant qu’allié des Etats-Unis, le Pakistan est considéré comme un pays infréquentable
et ne parvient pas à créer un mouvement de sympathie pour la cause cachemirie.
-17-
!
Dans sa quête de puissance, le Pakistan de Musharraf a réussi à stabiliser
ses soutiens internationaux en basculant du côté américain après le 11
septembre. Cependant, les Pakistanais ne se font plus guère d’illusions
sur les intentions américaines à leur égard, et leurs espoirs sont déjà
déçus autant sur une hypothétique annulation de la dette extérieure que
sur une résolution en leur faveur du conflit au Cachemire. De ce fait, la
situation interne du pays devient très préoccupante. L’anti-américanisme galopant,
l’accroissement de la pauvreté, le retour à l’insurrection du Baloutchistan, la talibanisation
progressive des zones tribales et l’impossible démilitarisation du régime mettent en péril le soutien
américain et viennent perturber la capacité du Pakistan à mettre en place une stratégie de
puissance à long terme.
Les groupes islamistes attendent patiemment un retour au premier plan pour dénoncer le
pro-occidentalisme du général Musharraf et se positionner comme la seule alternative politique
possible. Néanmoins, les prochaines élections d’octobre 2007 réservent peu de surprises en ce
sens que l’armée, avec le soutien des Etats-Unis, cherche avant tout à légitimer ses interventions
dans la sphère politique, en choisissant à l’avance les civils avec lesquels elle partagera le
pouvoir.
Sur le plan international, le Pakistan joue un rôle stratégique dans la stabilité de la région
Asie centrale et Asie du Sud. Cette stabilité dépend fortement de sa relation avec l’Inde. Dans
l’hypothèse très probable d’une guerre avec son voisin, une intervention des Etats-Unis en faveur
de l’un des deux camps est à écarter. Dans ce contexte, les groupes terroristes islamistes
attendront avec impatience que l’establishment militaire fasse appel à eux. Il est même possible
d’entrevoir dans une relation triangulaire Chine-Inde-Pakistan, un rapprochement avec le premier
comme ce fut le cas pour le soutien aux programmes balistiques et nucléaires pakistanais.
Cependant, on ne peut espérer du Pakistan qu’il joue le rôle de modèle de puissance pour le
monde musulman. Ceci reste de l’ordre du fantasme car la solidarité pan islamique est loin d’être
une réalité. Le pouvoir pakistanais semble plus appliquer une stratégie opportuniste suivant
l’évolution du contexte international qu’une réelle stratégie délibérée sur le long terme.
-18-
«  »#$
Sites Internet et Articles:
[1] http://www.nationsencyclopedia.com/Asia-and-Oceania/Pakistan-HISTORY.html
[2] Transcript of CNN Interview with Musharraf, 1 June 2002.
http://edition.cnn.com/2002/WORLD/asiapcf/south/06/01/musharraf.transcript/index.html
[3 “Speech will help ease tension: US”, Dawn, 13 janvier 2002.
http://www.dawn.com/2002/01/13/top3.htm
[4] « Situation au Pakistan, audition de Christophe Jaffrelot, directeur du Centre d’études et
de recherches internationales, Sénat, mercredi 28 novembre 2001. »
http://www.senat.fr/commission/etr/etr011201.html#toc0
[5] Site medintelligence : http://medintelligence.free.fr/arAfghanistan.htm
[6] Présentation du Pakistan – Politique extérieure -Ministère des Affaires étrangèreshttp://
http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zones-geo_833/pakistan_545/presentation-dupakistan_
1184/politique-exterieure_30438.html
[7] « Rapport d’information Fait Au nom de la commission des affaires étrangères, de la
défense et des forces armées sur la prolifération nucléaire » Par m. Xavier de Villepin,
Sénateur., 2003/2004. http://www.senat.fr/rap/r03-388/r03-3880.html
[8] Colette Thomas, 22/09/2006, « Un allié martyrisé ? »
http://www.rfi.fr/actufr/articles/081/article_46337.asp
Livres et Magazines:
[9] Pervez Hoodbhoy, “Myth-building: the “Islamic” bomb”, June 1993, pp. 42-49 (vol. 49, no.
05) 1993 Bulletin of the Atomic Scientists
[10] Dr. SM RAHMAN, « Dual deterrence: Pakistan’s Strategic Bonus”, Defence Journal,
(Karachi, July 1998)
[11] Surinder RANA « Pakistan: Coming out of Praetorian Shadows », Strategic Insights,
Volume I, Issue 1 (March 2002)
[12] Robert S. NORRIS, Hans M. KRISTENSEN “Global nuclear stockpiles, 1945-2006”,
Bulletin of the Atomic Scientists. July/August 2006, pp. 64-66 (vol. 62, no. 4).
[13] Robert S. NORRIS, Hans M. KRISTENSEN, Joshua HANDLER « Pakistan’s nuclear
forces, 2001”. Bulletin of the Atomic Scientists. January/February 2002, pp. 70-71, (vol. 58,
no. 1).
-19-
[14] Christophe JAFFRELOT “Le Pakistan”, 2001 Fayard
[15] Max-Jean ZINS “Pakistan, laquête de l’identité », 2002, Asie plurielle
[16] Mariam ABOU ZAHAB, cours sur le Pakistan, professeur à Science politique et à
l’INALCO
[17] Mariam Abou Zahab, doctorante rattachée au CERI, « Pakistan : l’isolement de
Musharraf », Alternatives internationales, Avril 2006.
[18] Yves Lacoste « Géopolitique, la longue histoire d’aujourd’hui », 2006, Larousse
[19] Géostratégies numéro 12 « La Géosociologie de l’Asie centrale du Sud », Avril 2006,
Institut Internationales d’Etudes Stratégiques
[20] Les Etudes du Centres d’Etudes des Relations Internationales de Science-Po. n°84
mars 2002
[21] Le monde diplomatique : « Au Pakistan, quel islam pour quelle nation ? »
Jean-Luc Racine Décembre 2001
[22] « Le 11 septembre 2001, une opportunité pour le Pakistan et Son armée »,
Commandant Lelièvre, Armée de Terre France

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