L’impact des nouvelles technologies de l’information et de la communication Comment l’ouverture au grand public en a modifié les utilisations initiales. par Mathieu PIERRE et Sylvain LOIZEAU

L’impact des nouvelles
technologies de
l’information et de la
communication
Comment l’ouverture au grand public
en a modifié les utilisations initiales.
Mathieu PIERRE
Sylvain LOIZEAU
L’expression « nouvelles technologies » est apparue et est devenue courante depuis les
dernières décennies. Elle désigne un vaste ensemble de techniques de pointes, qui se sont
développées au cours des dernières années, et qui sont souvent assez complexes. Elle englobe
des domaines assez variés, tels que les biotechnologies ou encore les nanotechnologies. Nous
avons bien évidemment restreint notre étude aux domaines qui nous intéressent dans le cadre
du cours d’histoire des sciences, c’est-à-dire l’électronique, l’informatique et les
télécommunications. Il s’agit des nouvelles technologies de l’information et de la
communication.
Nous allons tout d’abord présenter les grandes étapes de la mise au point de ces
technologies, tout en s’attachant à montrer pour quelles raisons et dans quel contexte les
chercheurs ont été amenés à faire ces travaux. Puis nous étudierons l’impact et les
conséquences de l’utilisation de ces innovations, et, enfin, nous verrons pourquoi l’apparition
de ces nouvelles technologies, considérée comme une révolution, pose de nouveaux
problèmes et ouvre de nouveaux champs de réflexion.
I – Grandes étapes de la révolution des nouvelles technologies
Dans le domaine de l’information et de télécommunications, nous avons retenu trois
étapes majeures du XXème siècle qui ont permis de donner aux nouvelles technologies de
l’information et de la communication l’ampleur qu’elles ont actuellement.
1- La naissance de l’informatique au confluent de plusieurs domaines de
recherche
L’ordinateur résulte de travaux à la fois technologiques et conceptuels. Son principe
de fonctionnement, toujours identique aujourd’hui, a été inventé en appliquant des résultats de
mathématiques et de logique. On peut citer en particulier le nom d’Alan Turing, qui à partir
de 1936, a travaillé sur le principe d’une machine capable de déterminer si une formule est ou
non démontrable. Avec cette « machine de Turing », il a ainsi décrit le fonctionnement
théorique du futur ordinateur, une machine universelle qui, avec un nombre fini d’états, peut
résoudre automatiquement des problèmes.
Mais l’étape ultime, le mariage de la logique, de l’automatique et de l’électronique, a été
réalisée par John von Neumann, à qui on doit l’architecture matérielle des ordinateurs, qui est
toujours la même de nos jours. En 1945, il participe à la construction du premier calculateur
électronique de l’histoire, l’ENIAC, mais qui n’est cependant pas programmable. La première
machine programmable est le MARK 1, mis au point en 1948.
Alan Turing
Mathématicien anglais (Londres, 1912 – Wilmslow, Cheshire, 1954)
· travaux théoriques dans les domaines de la logique et des
probabilités
· travaux sur la décidabilité
· concept de la machine de Turing
· l’idée de la construction d’un ordinateur
· perce le code d’Enigma
· père de l’intelligence artificielle
JohannesVonNEUMANN
(Hongrie déc 1903-USA fév 1957)
· travaux d’algèbre et de mécanique quantique
· modélisation mathématique de la réaction en
chaîne de la bombe A
· personnage clé des débuts de l’informatique
· à l’origine de « l’Architecture Von NEUMANN »
2- Influence du contexte : les militaires et les concurrences internationales
Au cours de l’histoire de l’humanité, on s’aperçoit que, bien souvent, les guerres sont
à l’origine de progrès techniques. C’est le cas au XXème siècle, où les grandes avancées en
matière de technologie ont souvent été initiées par des projets à fin militaire. Les travaux de
Von Neumann ont été en partie commandés par l’armée américaine, qui voulait disposer de
calculateurs pour résoudre des problèmes de balistique et mettre au point l’arme atomique.
Les satellites, éléments clés des progrès des télécommunications, ont largement profité du
climat de guerre froide et de la course à l’espace entre les deux blocs. C’est aussi le cas pour
l’origine d’Internet : en 1962, le Département de la Défense américain souhaitait disposer
d’un réseau de communication capable de résister à une attaque, ce qui est à l’origine de
l’idée d’un réseau en forme de toile. Il fut secondé pour son élaboration par les grandes
universités américaines. En 1969, quatre ordinateurs d’université américaine furent mis en
réseau. Le protocole TCP/IP, mis au point en 1977 par Vinton Cerf et Robert Kahn, a permis
le regroupement de plusieurs sous-réseaux, ce qui a conduit à la structure actuelle d’Internet.
Schéma de la structure d’Internet
3- Vers une démocratisation des technologies de l’information
Si on parle de révolution de ces nouvelles technologies, c’est qu’elles ont de
nombreuses applications pour le grand public.
En ce qui concerne Internet, seul le courrier électronique, inventé en 1972, a connu
rapidement du succès. L’utilisation du réseau Internet restait une affaire de spécialiste. Le
Web n’a émergé qu’au début de la décennie 1990 de la nécessité de simplifier l’accès au
réseau. On le doit à Tim Berners-lee, qui alors travaillait au CERN, et qui a conçu le système
de navigation. Ce système a permis l’accès du réseau au grand public, qui peut utiliser le Web
comme une immense banque de données « multimédia ».
Mais les technologies de l’information et de la communication ne se réduisent pas à Internet,
on les trouve partout autour de nous. On peut citer une autre grande réussite commerciale et
populaire, les téléphones portables, qui ont connu un succès imprévu et important depuis 5 ou
6 ans.
Tim Berners-Lee
Inventeur du World Wide Web
Directeur du W3C (World Wide Web Consortium)
II- Impacts de ces nouvelles technologies : l’ère de l’information
1- La révolution numérique : engouement pour le multimédia
Le développement de ces nouvelles technologies fait que nous sommes à l’aube d’une
nouvelle ère, celle de l’information.
Toutes les innovations présentées dans la première partie s’accompagnent d’une révolution en
matière de traitement de l’information. Tout document est désormais susceptible d’être
numérisé, c’est-à-dire converti dans un langage structuré en bits, unité fondamentale
d’information électronique. Le signal numérique rend possible les communications
« multimédia », rassemblant sur un même support des informations de nature différente,
images, animations, vidéo, sons, programmes informatiques,…
Le codage numérique d’un signal a trois principaux avantages :
On peut désormais transmettre et stocker une information sur des supports physiques variés
(câbles électriques, fibres optiques, ondes satellites, support magnétiques et optiques…). La
transmission et la copie se font quasiment sans perte d’informations, et le traitement
automatique des informations est très aisé.
2- Mondialisation et nouveaux comportements
La structure du réseau Internet fait qu’il est aussi simple d’écrire à son voisin que de
l’autre côté de la Terre. C’est ce qui provoque un phénomène de mondialisation, puisqu’il
n’existe plus de frontière. Ainsi, la recherche scientifique ne se conçoit plus indépendamment
d’Internet, qui en a modifié les usages et renforcé le caractère collectif et planétaire. Il faut
rappeler que les chercheurs ont été les architectes et les premiers utilisateurs du net.
La révolution des nouvelles technologies de l’information ne se réduit pas à un aspect
technologique. De nouveaux comportements sont apparus. Les gens ont désormais
l’impression, souvent trompeuse, qu’ils peuvent obtenir des réponses à leurs questions
quasiment instantanément. Dans le domaine de l’économie, de profonds bouleversements ont
donné naissance à l’expression « nouvelle économie ».
3- Une nouvelle tendance : la mobilité
Des progrès dans les domaines de l’électromagnétisme et du traitement du signal ont
permis l’arrivée de technologies dédiées à la mobilité, comme le GSM/GPRS (technologies
de téléphonie sans fil), le Wi-Fi, le bluetooth… Toutes ces technologies permettent d’étendre
les réseaux hors de l’enceinte des bâtiments, ce qui permet à l’utilisateur lambda d’accéder à
ses informations personnelles où qu’il soit. Ces technologies sont particulièrement en vogue
actuellement. Elles reposent bien souvent sur les protocoles réseaux existants (en particulier
TCP/IP).
III- Problèmes actuels
1- Dérives commerciales
Le succès commercial de ces nouvelles technologies a été tel, que de nombreuses
sociétés ont investi de grosses sommes, notamment dans la R&D. La conséquence est
l’émergence de technologies toujours plus performantes et perfectionnées. Toutefois, le
consommateur générique n’a souvent pas besoin de telles performances, et les firmes, pour
rentabiliser leurs investissements, sont obligées de créer artificiellement (souvent grâce au
marketing) un besoin, ce qu’on appelle la « killer-app » (killer application). Un exemple
parfait de cette dérive commerciale est le développement des réseaux de téléphonie de
troisième génération, appelé UMTS, ou 3G. Les compagnies de télécoms ont du dépenser
plusieurs milliards d’euros pour acquérir une licence d’exploitation de ces réseaux 3G qui
offrent un débit plus élevé, et des possibilités de géolocalisation. Mais la plupart des gens
n’ont pas besoin d’un tel débit de données, ou de tels services de localisation. D’où la
recherche par ces compagnies d’une « Killer-app », comme la vidéoconférence ou les
messages multimédia, qui seront présentés comme indispensables par les diverses campagnes
publicitaires…
2- Multiplication des sources
Un autre problème de l’Internet est la multiplication des sources. Le nombre de
sources d’information augmente avec le nombre d’utilisateurs connectés, à tel point qu’il est
désormais très difficile de trouver une information spécialisée sur le net, même avec un
moteur de recherche performant. Et c’est là le revers de l’ouverture de l’Internet au delà des
universités : les chercheurs ont de plus en plus de mal à se servir de cet outil qu’ils ont créé.
C’est pourquoi ils développent un nouvel Internet, baptisé simplement Internet 2, qui ne sera,
au début, ouvert qu’aux universités, et qui offrira un débit important permettant un échange
instantané de données entre départements et universités.
Un autre aspect de la multiplication des sources est l’arrivée d’un problème d’adressage. Le
nombre de machines connectées dépassera sous peu le nombre d’adresses IP disponibles à
travers le monde. Actuellement, l’Internet est adressé grâce au protocole IPv4. Chaque
adresse est composée de 4 chiffres compris entre 0 et 255, soit un nombre maximum de 2564
ordinateurs, ce qui s’avère insuffisant. C’est pourquoi est en développement une nouvelle
version d’IP baptisée IPv6, qui permettra d’adresser un bien plus grand nombre de machines.
3- Des problèmes juridiques
Les nouvelles technologies posent aussi de nombreux problèmes juridiques. Tout
d’abord, les différents réseaux sont un redoutable moyen de surveillance, et portent une
atteinte à la vie privée, d’autant plus que l’utilisateur est bien souvent conduit à fournir des
informations personnelles. Ces dernières sont souvent exploitées commercialement, ou
revendues par des pirates qui volent les bases de données de grandes compagnies.
D’autre part, le système juridique en lui-même est mis à l’épreuve par le piratage et la
violation répétée des droits de la propriété intellectuelle. Il faudrait revoir la législation, mais
le caractère global de l’Internet fait que cette évolution de la loi ne peut se faire qu’à une
échelle mondiale, ce qui, politiquement, reste encore inenvisageable.
Conclusion
L’effet à long terme des technologies de l’information et de la communication sur les
comportements sociaux ou économiques reste difficile à cerner, mais il sera sans doute
important. Simple progrès technique accompagné d’une accélération de l’innovation ou bien
troisième révolution industrielle, le débat reste ouvert. On a déjà pu constater combien ces
nouvelles technologies ont évolué rapidement avec l’ouverture au grand public, jusqu’à en
détourner ce pourquoi elles avaient été conçues. Le manque de recul nous conduit à éviter de
tirer trop vite des conclusions sur la nature de ces bouleversements de la société. Il s’agit de
garder à l’esprit que l’ère de l’information n’en est qu’à son commencement, et nul ne peut
prédire ce que l’homme sera encore capable d’imaginer dans le futur.
Bibliographie
Ø DU CASTEL François, La révolution communicationnelle, Les enjeux du multimédia,
éditions L’Harmattan, Paris, 1995, ISBN 2-7384-3348-0,
Ø MICHAUD Yves, Qu’est-ce que les technologies ? (volume 5), Université de tous les
savoirs, éditions Odile Jacob, Paris, 2001, ISBN 2-7381-0935-7,
Ø BOURDIAL Isabelle, Le monde numérique, Larousse, 2002, ISBN 2 03 505022-7,
Ø http://www.alyon.org/InfosTechniques
Ø http://www.infoscience.fr/histoire/portrait/turing.html
Ø http://www.histoire-informatique.org/portraits/n.html#neumann
Ø http://www.commentcamarche.net/histoire/internet.php3
Ø http://www.w3.org/Consortium/Prospectus

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