Philosophie transcendantale et objectivité physique par Jean Petitot

Philosophiques
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Philosophiques
Philosophie transcendantale et objectivité physique
Jean Petitot
Volume 24, numéro 2, automne 1997
URI : id.erudit.org/iderudit/027459ar
DOI : 10.7202/027459ar
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Société de philosophie du Québec
ISSN 0316-2923 (imprimé)
1492-1391 (numérique)
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Jean Petitot « Philosophie transcendantale et objectivité
physique. » Philosophiques 242 (1997): 367–388. DOI :
10.7202/027459ar
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Québec, 1997
PHILOSOPHIQUES, VOL. XXIV, N0 2, AUTOMNE 1997, P. 367-388
PHILOSOPHIE TRANSCENDANTALE
ET OBJECTIVITÉ PHYSIQUE*
rti
JEAN PETITOT
Dans son remarquable ouvrage Le problème mathématique de Vespace. Une
quête de l’intelligible (Springer, 1995) issu de sa thèse de l’EHESS accomplie
sous ma direction, Luciano Boi redéploie les problèmes philosophiques liés à
l’implication des théories géométriques dans les théories physiques. Il
reprend en particulier certains éléments de philosophie transcendantale sur
l’actualité desquels j’insiste depuis longtemps. Dans cette note, j’aimerais
revenir sur les raisons qui me font penser qu’une lecture transcendantaliste
de la physique moderne est possible, non seulement possible mais
pertinente, non seulement pertinente mais imposée par la nature même des
théories. La physique moderne offre une remarquable leçon de philosophie.
Elle commence à rendre l’épistémologie décidable. C’est dire que les thèses
philosophiques n’ont plus à être débattues spéculativement mais
argumentées à partir de résultats scientifiques.
Disons d’abord un mot sur la possibilité d’opter pour une perspective
transcendantaliste alors que c’est une idée reçue que Kant est complètement
obsolète depuis les geometries non euclidiennes et la logique de Bolzano.
J’adopte une lecture « charitable » des grands philosophes. Ce qui
m’intéresse en eux n’est pas tant la lettre de leur texte que l’opérativité de
leur pensée relativement à des problèmes fondamentaux. Je les lis comme
des savants et j’estime que les enfermer dans la prison exégétique de leur
oeuvre pour en faire ce que Husserl appelait « des poètes du concept », c’est
les condamner à mort. C’est dire que pour moi Kant est un fondateur et un
initiateur, celui de l’orientation transcendantale en philosophie, comme
l’étaient pour d’autres orientations Euclide, Descartes, Hume ou Leibniz. On
admet bien que les formalistes hilbertiens puissent se réclamer du point de
vue axiomatique d’Euclide, ou les phénoménologues husserliens de celui de
Descartes, ou encore les empiristes contemporains de celui de Hume sans
être pour autant victimes d’une nostalgie archaïsante. Et pourtant il est
certain que Euclide, Descartes ou Hume sont loin, fort loin, des sciences
Ge texte reprend à la fois mon exposé au colloque organisé par le professeur Robert Nadeau à
l’Université McGiIl en mai 1996 sur l’ouvrage de Luciano Boi et un exposé sur la philosophie
de Bernard D’Espagnat à paraître aux Éditions Diderot.
368 PHILOSOPHIQUES
modernes. Pourquoi n’en irait-il pas de même pour Kant et le
transcendantalisme qui en sont incommensurablement plus proches ? Bref, il
n’y a pour moi aucune obstruction de principe à une actualité du
transcendantalisme et cela malgré la guerre incessante que lui ont fait les
logicistes et positivistes soucieux de rétablir le dogmatisme logique dans ses
droits scolastiques pré-critiques.
Ceci dit, il est évident que la possibilité d’une approche
transcendantaliste de la physique moderne exige un remaniement profond de
Kant et passe en particulier par la disjonction de deux dimensions qui se
trouvent chez lui mal distinguées : d’une part la dimension constitutive
(doctrine de la constitution des objectivités) et d’autre part la dimension
cognitive (le fait que c’est une conscience qui est constituante).
Kant a découvert la problématique de la constitution, à savoir qu’il existe
des principes prescriptifs (et non pas descriptifs) de la réalité physique.
Comme l’affirmait Hans Reichenbach, il s’agit là d’un « résultat
philosophique eminent ». Mais, chez Kant, le constitutif reste fondé sur une
base cognitive (théorie représentationaliste, doctrine des facultés, etc.).
Comme le soulignait Schlick, chez Kant les principes constitutifs sont
caractéristiques de notre conscience représentationnelle. D’où le subjectivisme
transcendantal.
Dans ma lecture de Kant je mets au premier plan la problématique de la
constitution et au second plan celui des structures (innées ou non) de la
conscience constituante. Certes l’espace et le temps comme formes des
phénomènes sont « mentaux » au sens où notre appareil perceptif est un
appareil de mesure du signal optique (et même un extraordinaire appareil de
mesure). Mais leur fonction est très particulière. Elle est de formater les
informations (ce que Kant appelait le divers pur de la sensation). À ce titre, ce
sont des formes complètement « désubjectivisées1 ». Il en va de même en
Mécanique quantique où ce n’est pas parce que les phénomènes n’existent
que mesurés par des appareils que la réalité physique se réduit pour autant à
un « solipsisme » d’appareil.
L’approche constitutive me paraît donc être exemplairement juste pour
la mécanique classique et parfaitement prolongeable à la physique moderne,
à condition bien sûr de la recentrer sur le problème des conditions de possibilité
de l’expérience et de la connaissance scientifique, c’est-à-dire sur celui de
l’auto-limitation de la connaissance objective relativement à toute ontologie et,
par conséquent, sur son incompatibilité avec une logique naturelle de choses
en soi substantielles, individuées et indépendantes possédant des propriétés.
1. D’ailleurs les travaux de neurosciences montrent à quel point la représentation neuronale de
l’espace est compliquée et n’a rien à voir avec la géométrie. Elle repose sans doute sur des
phénomènes de synchronisation d’oscillateurs neuraux. Voir Petitot [1994a].
PHILOSOPHIE TRANSCENDANTALE 369
Les moments transcendantaux de la physique théorique classique
Pour voir qu’une approche transcendantale de la physique moderne est
possible, revenons un instant sur le grand texte physique de Kant, à savoir les
Premiers Principes Métaphysiques de la Science de la Nature (PPM) si
profondément analysés par Jules Vuillemin dans Physique et Métaphysique
kantiennes2. Essayons d’en formuler brièvement le sens en un langage un peu
plus moderne.
Phoronomie (Cinématique)
Dans la cinématique, qui spécifie les catégories de la quantité et
les « Axiomes de l’intuition » réglant la fonction des grandeurs extensives,
deux problèmes sont traités.
(a) La façon dont la mesure advient, sous forme d’arithmétisation, de
coordonnées, et surtout de métrique, à l’espace et au temps purement
phénoménologiques. L’espace comme forme de présentation et medium de
manifestation (intuition pure) devient géométrie (intuition formelle) en vue
de la physique et sa structure euclidienne est inséparable des principes de la
mécanique (principe d’inertie et géodésiques rectilignes).
(b) Les mouvements rectilignes uniformes et le groupe d’invariance de
la relativité galiléenne. Cela recouvre d’une part les symétries de
l’espace/temps : translations temporelles, translations et rotations spatiales,
etc. (Il faut insister sur le fait que Kant est le premier philosophe à avoir
affirmé, contre les dogmatismes logiques métaphysiques (leibniziens par
exemple), que l’existence de symétries spatiales était constitutive de
l’objectivité physique). Cela recouvre d’autre part Ie groupe proprement
cinématique des transformations galiléennes (mouvements rectilignes
uniformes). D’où l’affirmation du rôle constitutif du principe de relativité.
Ainsi que le note J. Vuillemin : « c’est le principe de la phoronomie qui
fournit la véritable démonstration de l’Esthétique transcendantale » et « c’est
la relativité du mouvement qui rend transcendantalement nécessaire la
subjectivité de l’espace [son idéalité transcendantale]3».
On voit à quel point on est loin de tout idéalisme subjectif et solipsiste.
Notons d’ailleurs que, pour Kant, la loi d’addition des vitesses dans la
relativité galiléenne n’avait rien d’évident et constituait même un problème
central. En effet, les vitesses sont des grandeurs intensives et non pas
extensives. Leur additivité (leur vectorialité) doit donc être démontrée en
accord avec leur intensivité et cela ne va pas de soi4. Le mouvement n’est pas
2 Vuillemin [1955].
3. Vuillemin [1955], p. 59-60.
4 On dirait maintenant que les vitesses appartiennent, non pas à R3, mais à ses espaces
vectoriels tangents 7^R3 (qui ne sont isomorphes à R3 que parce que ce dernier est lui-même
un espace vectoriel).
370 PHILOSOPHIQUES
un mode de l’espace et l’additivité n’est pas que géométrique. Elle est
cinématique.
Dynamique
Le débat avec Leibniz
Comme qualité (et non plus comme quantité), la matière est remplissement
de l’espace. Ce remplissement est très différent d’une
simple « occupation » (anti-cartésianisme). C’est un processus dynamique et
énergétique propre à « l’intériorité » substantielle de la matière. C’est ici l’un
des points où le débat de Kant avec Leibniz est le plus serré. Pour Leibniz,
l’espace est imaginaire. L’intériorité substantielle, la substance-force réelle,
est hors espace, bien qu’elle s’exprime spatialement. Kant maintient cette
intériorité substantielle, mais seulement à titre de fondement. Toutefois,
comme elle est d’ordre nouménal, elle ne peut pas être introduite dans le
domaine de l’objectivité. Elle doit être déterminée à travers sa seule
extériorisation (sa spatio-temporalisation à travers le mouvement). Il s’agit par
conséquent de conquérir un concept purement spatiotemporel de
Dynamique qui ne relève plus de la chose en soi. Mais cela implique la
fondation de la Dynamique dans la Phoronomie. Or, comme y insiste
J. Vuillemin : « que la Dynamique présuppose la Phoronomie, cela signifie la
possibilité d’une révolution copernicienne concernant la catégorie de
substance, révolution qui est sans doute le coeur de l’idéalisme
kantien » (p. 87).
C’est effectivement là que les catégories de la qualité se disjoignent
irréversiblement du concept traditionnel (ontologique et métaphysique) de
substance. Le remplissement de l’espace/temps par la matière est une tension
dynamique pour l’occupation. Il est le résultat du conflit de forces
fondamentales attractives et répulsives engendrant la cohésion des corps, leurs
phases matérielles et leurs interactions. Ces forces fondamentales « primitives
internes » — qui doivent être bien distinguées des forces « derivatives
externes » que sont les forces mécaniques — ont un être opaque qui
s’exprime phénoménologiquement par des qualités, en l’occurrence par des
grandeurs intensives.
Kant va donc élaborer dans la Dynamique le traitement mathématique des
grandeurs intensives. Mais l’on voit que cela laisse entièrement ouvert le
problème du concept dynamique de matière. L’intériorité substantielle
génératrice des qualités dynamiques demeure en fait hors construction. C’est
un problème central abordé dans Y Opus Postumum5 et légué par Kant à
l’avenir.
5. J’ai analysé ailleurs cette • Critique de la Raison Physique » qu’est YOpus Postumum. Voir
Petitot [1990b] et [199Ic].
PHILOSOPHIE TRANSCENDANTALE 371
VOpus Postumum et la physique des formations phénoménales
Dans ces réflexions ultimes, Kant envisage entre autres une genèse
physique de la phenomena lité elle-même, phénoménalité conçue comme la
manifestation d’une intériorité substantielle de la matière pour un dispositif
de perception. h’OP est hanté par un retour de l’en soi dynamique leibnizien
éliminé dans la CRP et les PPM, mais par un retour prenant l’allure d’une
conquête en quelque sorte physique de cet en soi.
Dans la théorie du phénomène du phénomène, il s’agit non plus tant de
légalisation objective des phénomènes que de leur origine, de leur genèse à
partir d’un fondement. Ce fondement considéré jusque là comme d’ordre
nouménal doit se convertir en fondement physique. Avec lui, les conditions de
possibilité de l’expérience traitées dans la CRP doivent devenir les conditions
de possibilité de la phénoménalité même manifestant les objets physiques de
la mécanique. Comme l’affirme le père François Marty dans sa Préface à sa
traduction de Y OP, elles doivent permettre de « comprendre ce qu’est un réel
manifesté » (p. 378).
Pour ce faire, Kant a envisagé d’appliquer l’Analytique transcendantale
non plus, comme dans les PPM, à l’objet régional qu’est le mouvement mais
au nouvel objet régional qu’est le système des forces fondamentales conçues
comme forces primitives motrices internes à la matière.
Ces forces primitives intérieurement motrices sont beaucoup plus
fondamentales que les forces extérieurement motrices et mécaniques traitées
dans les PPM. Elles sont dynamiques : « toutes les forces primitives de la matière
sont dynamiques : « les forces mécaniques sont seulement
dérivées » (p. 37). Elles ne sont pas motrices à travers des déplacements. Elles
sont : « motrices en leurs parties, les unes par rapport aux autres dans
l’espace occupé par la matière » (p. 75).
Elles sont génératrices de perception et expliquent les Anticipations de
la perception (p. 38). Par extériorisation, elles engendrent des forces
mécaniquement motrices tombant, elles, sous la législation des Analogies de
l’expérience et des Postulats de la pensée empirique (p. 38). Grâce à elles on
peut comprendre la présence (c’est-à-dire la stabilité), la formation et la
composition des corps car : « elles forment des corps qui déterminent euxmêmes
leur espace, selon la quantité et la qualité » (p. 39).
On peut comprendre : « une matière déterminant elle-même par ses
propres forces sa figure et sa structure, et résistant à leur changement,
originellement et de manière uniforme » (p. 47) (résolution du problème
initial de la Dynamique dans les PPM).
Le fondement physique engendre les formes de l’intuition elles-mêmes
puisqu’il rend l’espace perceptible (p. 61). L’Esthétique transcendantale se
trouve convertie en objet physique issu d’une causalité physique plus
profonde. La matière n’est plus seulement, comme dans les PPM, le substrat
372 PHILOSOPHIQUES
du mouvement : « Elle est ce qui fait de l’espace un objet des sens
empiriquement intuitionnable, le substrat de toute intuition empirique
externe avec conscience » (p. 110).
Dynamique et géométrie différentielle
Revenons aux PPM. Dans la Mécanique, la matière se trouve réduite à la
masse. Cela permet la construction mathématique du mouvement tout en
faisant l’économie de celle, dynamique, de la subs tan tialité6.
Les catégories de la qualité et les principes associés que sont
les « Anticipations de la Perception » se spécifient ici par le principe que
l’être physique s’externalise à travers des grandeurs intensives comme la
vitesse ou l’accélération. Le lien organique, systématique, avec la cinématique
s’exprime alors comme un principe de covariance relativement au groupe
d’invariance de l’espace-temps. Ainsi apparaît, après celle du principe de
relativité, l’interprétation transcendantale d’un autre principe fondamental, à
savoir que l’être physique doit être décrit par des données différentielles variant
de façon covariante. Bref, la Dynamique nous explique que, pour des raisons
transcendantales, la Mécanique doit être une géométrie différentielle (et non pas
une logique des propriétés).
Mécanique
La Mécanique, qui spécifie les catégories de la relation et les principes
associés que sont les « Analogies de l’expérience », explique la genèse des
objets physiques proprement dits. Elle repose, nous venons de le voir, sur la
réduction de la matière à la masse. La masse devient « sujet ultime dans
l’espace », le mouvement devient son « prédicat déterminant », et, dans la
mesure où ce prédicat est spatio-temporel, la matière se trouve bien traitée
scientifiquement à partir de sa seule phénoménalité. La matière n’est plus
une matière physique « seconde » animée par en-dessous par une materia
prima extrinsèquement spatiale. Inertiale, elle devient en quelque sorte une
unité matière-espace-temps.
Cela permet de construire mathématiquement les catégories « dynamiques
» (c’est-à-dire non « mathématiques »), catégories qui ne pouvaient être
que schématisées au niveau de la CRP.
6. Dans sa remarquable étude Inertia, the communication of Motion, and Kant’s third law of
mechanics, Howard Duncan a analysé en détail la façon dont opère dans les PPM le fait que le
concept de matière, comme tension dynamique pour l’occupation de l’espace, ne soit pas
dynamiquement constructible. Une véritable ontologie de la matière exigerait que l’on puisse
ramener ultimement les corps matériels à un effet de forces dynamiques fondamentales
opérant sur une sorte de « fluide » énergétique primordial (d’où l’anti-atomisme de Kant). Cela
étant selon Kant mathématiquement impossible, la Dynamique évince le problème et change
de niveau pour se restreindre au niveau purement mécanique du mouvement (des
trajectoires). Ce faisant, la genèse physique de la matière est remplacée par sa description
scalaire comme masse inertiale. Cela permet de construire mathématiquement le mouvement
et la communication du mouvement sans construire pour autant le concept de matière. C’est cette
dernière construction qui fait l’objet des réflexions visionnaires de YOP.
PHILOSOPHIE TRANSCENDANTALE 373
Ce point est essentiel. Les catégories mathématiques concernent les
intuitions pures et donc l’essence comme « premier principe interne de tout ce
qui appartient à Impossibilité d’une chose ».
Les catégories dynamiques concernent au contraire la nature
comme « premier principe interne de tout ce qui appartient à l’existence d’une
chose ».
Dans la CRP, à la différence des catégories mathématiques qui
concernent l’essence, les catégories dynamiques posent l’existence, la
conditionnent tout en la laissant indéterminée. Cela implique qu’elles ne
soient pas constructibles. Elles ne s’appliquent qu’à l’objet en général et ne
sont que schématisables. Mais elles deviennent constructibles lorsqu’elles
s’appliquent « à une détermination supplémentaire », en l’occurrence le
mouvement, « contenant une intuition pure ».
La construction commence par une réinterprétation complète de la
catégorie de substance7. À travers son schématisme temporel qui en fait un
principe de permanence, celle-ci s’identifie désormais aux principes de
conservation des grandeurs physiques, c’est-à-dire aux principes physiques
d’invariance.
On ne saurait trop insister sur l’importance épistémologique de cette
réinterprétation. Elle rompt avec toutes les approches logico-ontologiques
qui considèrent que la science est une prédication sur les états de choses
d’une réalité indépendante. Ici, le concept de substance devient la source des
lois de conservation, lois qui, une fois traduites en équations, épuisent
l’essentiel du contenu théorique des théories physiques.
Quant au principe de causalité, il se trouve retraduit par le principe
d’inertie et la loi de Newton.
Enfin, quant au principe de communauté, il se trouve retraduit d’abord
par le principe de l’égalité de l’action et de la réaction puis par le principe de
l’interaction universelle qui spécifie le scheme de la simultanéité.
La simultanéité pose d’ailleurs pour Kant un problème difficile. En effet,
on doit en garantir l’objectivité. Or, pour cela, il faut coordonner les temps
locaux en un temps cosmologique global. L’espace et le temps sont donnés
comme infinis au niveau de l’Esthétique transcendantale. Mais en tant
qu’espace et temps de l’objectivité physique, ils sont, si on les considère
globalement, de nature cosmologique. Or l’univers (« le monde ») n’est pas un
concept objectif pour Kant (voir les antinomies cosmologiques de la
Dialectique transcendantale). Ce n’est qu’une Idée. (Cela a même conduit
Kant à renier ses considérations cosmologiques pré-critiques que tous les
spécialistes s’accordent pourtant à juger visionnaires.)
7. Il ne faut pas oublier que, pour Kant, le concept métaphysique traditionnel (aristotélicoscolastique)
de substance comme support d’accidents n’était qu’une simple hypotypose
symbolique (voir Critique de la Faculté de Juger § 59).
374 PHILOSOPHIQUES
Phénoménologie
Ce que les PPM développent sous le titre de Phénoménologie concerne les
catégories de la modalité (possible, réel, nécessaire) et les principes associés
que sont les « Postulats de la pensée empirique en général ».
1. Ce qui s’accorde avec les conditions formelles de l’expérience
(intuitions et catégories) est possible.
2. Ce qui est en cohésion avec les conditions matérielles de
l’expérience (la sensation) est réel.
3. Ce dont la cohésion avec le réel est déterminé suivant les conditions
générales de l’expérience est nécessaire (existe nécessairement). (On notera le
retour de l’existence tout à la fin du système des principes.)
Insistons sur le fait que le concept de réalité est ici une catégorie modale
qui ne possède de sens objectif que relativisé à une stratégie constitutive.
Cinématiquement parlant, à cause de la relativité, le mouvement n’est pas
un prédicat réel mais seulement possible. Il ne peut pas être interprété comme
une transformation réelle de l’état interne réel du système et de certaines de
ses propriétés qui seraient des propriétés mécaniques intrinsèques. En
réduisant la matière à la masse, en mettant entre parenthèses les « forces
primitives internes » et en ne traitant que des « forces derivatives externes »,
la Mécanique s’interdit de pouvoir ramener les mesures sur le mouvement à
une détermination de l’état interne du système. C’est pourquoi on peut à la
fois affirmer le mouvement et le nier sans aucune contradiction logique.
Autrement dit, la relativité du mouvement rend inacceptable l’interprétation
spontanée (ontologisante) d’énoncés comme « le corps S  » a  » telle position
ou telle vitesse », où « avoir » est pris au sens de « posséder une propriété ».
De tels énoncés ne supportent pas la contrée/actualité puisque leur valeur de
vérité présuppose que l’on ait choisi un repère inertial, c’est-à-dire que l’on
ait précisé les conditions des mesures. Il existe par conséquent pour Kant un
conflit irréductible entre l’objectivité physique et la logique naturelle
(predicative) du sens commun. Position (spatiale ou temporelle) absolue ainsi
que vitesse absolue (d’un mouvement rectiligne uniforme) ne sont pas des
observables. On peut certes considérer qu’il reste correct, d’un point de vue
pratique, de parler « comme si » la localisation et le mouvement étaient des
propriétés. Mais ce « réalisme empirique » de l’espace ne peut en aucun cas
se doubler d’un « réalisme transcendantal ». La fameuse thèse de « l’idéalité
transcendantale » de l’espace ne fait qu’exprimer philosophiquement cette
conséquence (à l’époque traumatisante) du principe de relativité.
La dynamique fournit en revanche des critères de réalité du mouvement,
car les forces sont réelles. Cette réalité est gouvernée par des lois mécaniques
qui sont nécessaires, la nécessité n’étant pas ici une modalité logique mais
une modalité transcendantale, une nécessité conditionnelle, relative à la
contingence radicale de l’expérience.
PHILOSOPHIE TRANSCENDANTALE 375
On voit à quel point la proscription du transcendantal par l’empirisme
logique a pu être dommageable pour la philosophie de la physique. Alors que
Kant avait fait un effort vertigineux pour clarifier les problèmes
fondamentaux posés par le statut très particulier de l’objectivité physique
(disjonction objectivité/ontologie, caractère prescriptif de la légalisation
catégoriale, rôle constitutif des symétries, des contraintes de covariance et
des lois de conservation, caractère modal des mesures et de la réalité
physiques, inadaptation de la logique eu égard à sa nature « dogmatique »,
etc.), au lieu de poursuivre son effort parallèlement aux progrès des sciences
on a (et cela malgré l’importance de travaux comme ceux de Gassirer sur la
Relativité) remis le compteur à zéro et réimposé un logicisme reflétant une
ontologie incompatible avec l’objectivité physique. Tout l’effort du criticisme
a donc dû être recommencé. Étant donné l’irrationalisme engagé des
philosophies « continentales », il n’a pu l’être que par les physiciens euxmêmes
qui ont entièrement réinventé le sens authentique des moments
transcendantaux de l’expérience et des éléments critiques de la connaissance.
Ceux-ci ont effectivement « donné une leçon » à la philosophie, dans tous les
sens du terme.
Le « tabou » anti-transcendantal rend parfois la situation épistémologique
un peu confuse. Par exemple, Baas Van Fraassen a redécouvert le
caractère fondamentalement modal des concepts physiques d’observable et
de réalité. Il faut faire la différence entre les énoncés d’attribution d’état et
ceux d’attribution de valeur d’observable : « states can be identified in terms
of observables, but cannot be identified with them8 ».
Les transitions du possible à l’actuel lors des mesures sont décrites par
les états mais ne sont pas des transitions d’état. De même qu’en mécanique
classique les résultats des mesures sur le mouvement ne peuvent pas être
interprétés ontologiquement comme des prédicats réels des corps, de même
en Mécanique quantique les résultats de mesure ne sont pas interprétables
ontologiquement comme des prédicats réels des états. Normalement de telles
thèses devraient être considérées comme d’esprit transcendantaliste. Mais
étant donné le « tabou », on doit les présenter comme une nouvelle forme
d’empirisme.
8. Van Fraassen [1991], p. 278.
376 PHILOSOPHIQUES
Les Principes de symétrie et la construction de
catégories « dynamiques » de substance, de causalité et d’interaction
La téléologie transcendantale des théories physiques
Mon hypothèse de travail est qu’il existe également une structure
transcendantale des théories physiques postérieures à la Mécanique
rationnelle et même, plus précisément, qu’il existe une histoire transcendantale
de ces théories. Celle-ci possède, me semble-t-il, trois aspects :
(i) l’approfondissement des moments transcendantaux ;
(ii) la remise en cause de l’exclusion d’un dynamisme interne et la
théorisation du système des forces fondamentales primitives internes à la
matière (et non pas derivatives externes comme les forces mécaniques) ;
(iii) la construction au sens fort des catégories dynamiques de substance,
de causalité et d’interaction, c’est-à-dire leur engendrement à partir d’un
élargissement de l’interprétation mathématique des catégories mathématiques,
c’est-à-dire en définitive d’un enrichissement des principes de relativité.
La conséquence en est une involution de la structure transcendantale des
théories dans leurs constructions mathématiques. Cette structure
transcendantale n’est plus lisible que mathématiquement. Si l’on met entre
parenthèses le contenu mathématique spécifique des théories physiques, on
n’a donc plus aucune possibilité d’accéder à leur signification
transcendantale.
J’ai étudié ailleurs trois exemples particulièrement spectaculaires.
Le théorème de Noether et la construction de la catégorie de substance
Le premier exemple d’approfondissement de moment transcendantal est
fourni par le théorème de Noether. Ce théorème fondamental possède selon
moi un sens non seulement physique, mais également transcendantal
eminent. Il montre en effet que, sous la double condition :
(i) de pouvoir décrire mathématiquement la relation entre Cinématique
et Dynamique par l’action d’un groupe de relativité sur l’espace de phases du
système physique considéré ;
(ii) de disposer d’une formulation variationnelle (lagrangienne ou
hamiltonienne) de la Mécanique (c’est-à-dire des lois du mouvement), alors il
existe une corrélation explicite entre les symétries et les grandeurs conservées. Cela
correspond à la construction (au sens fort) de la catégorie de substance, déjà
réduite par Kant aux lois de conservation.
De façon plus précise, le formalisme lagrangien-hamiltonien qui domine
la physique permet d’engendrer les grandeurs physiques d’un système à
partir de ses grandeurs cinématiques extensives (positions) et intensives
(vitesses). Il permet en quelque sorte de convertir du « mathématique » (de
l’essence) en « dynamique » (en existence). Le théorème de Noether dit que si
PHILOSOPHIE TRANSGENDANTALE 377
un lagrangien est invariant sous un groupe de relativité à un paramètre (c’està-
dire de dimension 1), alors il existe une grandeur physique conservée au
cours du mouvement (une intégrale première). Il relie donc :
(i) principes de relativité (inobservabilité de grandeurs cinématiques
absolues) ;
(ii) symétries (invariance du lagrangien) ;
(iii) lois de conservation (observabilité) de grandeurs physiques
corrélatives.
C’est en quelque sorte le théorème transcendantal qui donne raison à
Kant au-delà de tout ce qu’il pouvait imaginer et espérer.
Les exemples les plus classiques corrèlent :
(i) la conservation de l’énergie au groupe d’invariance des translations
temporelles ;
(ii) la conservation de l’impulsion au groupe d’invariance des
translations spatiales ;
(iii) la conservation du moment angulaire au groupe d’invariance des
rotations spatiales.
J’ai exposé ailleurs9 les aspects modernes de ce théorème en géométrie
symplectique et en particulier le formalisme de l’application moment, c’est-àdire
la façon dont on peut associer à un groupe de Lie qui opère
symplectiquement sur un espace de phases des intégrales premières a priori
et cela de façon indépendante de tout hamiltonien (mais si un hamiltonien
est invariant sous l’action du groupe alors il possède ces intégrales
premières). Ces résultats renforcent considérablement le contenu synthétique
a priori du théorème de Noether.
La relativité générale et la construction de la catégorie de cause
(du concept de force)
Mon deuxième exemple est celui de la Relativité Générale (RG). On a
souvent dit que la RG avait rendu impossible une lecture transcendantale de
la physique moderne. Je pense toutefois que c’est exactement le contraire qui
est vrai. La structure transcendantale de la RG est manifeste et remarquable.
Mais elle change profondément le contenu kantien des moments
transcendantaux. Comme l’a bien vu Cassirer dans son ouvrage de 1921, Zur
Einsteinschen Relativitàtstheorie, elle les approfondit. Ce n’est que si l’on
interprète ces contenus de façon fîxiste dans le cadre d’une interprétation
cognitive innéiste que l’on peut conclure à l’obligation d’abandonner une
lecture transcendantale. En fait, transcendantalement parlant, la RG
correspond à la construction de la catégorie de cause (deforce).
9. Petitot [1992a].
3^8 PHILOSOPHIQUES
Dans l’interprétation transcendantale, cette construction consiste à
ramener la force à un principe de relativité, c’est-à-dire à une généralisation
de l’Esthétique transcendantale. C’est bien ce que fait la RG. En RG, les
moments transcendantaux que sont les Axiomes de l’intuition (avec la
Cinématique correspondante) et les Anticipations de la Perception (avec la
Dynamique correspondante) sont passés du niveau global et métrique, qui était
le leur en mécanique newtonienne, au niveau local et différentiable sousjacent.
Cela n’était évidemment possible qu’après la conquête mathématique
de ce niveau par Riemann. Le groupe de relativité de la théorie devient alors
le groupe des difféomorphismes de l’espace-temps. Les contraintes de
covariance deviennent par conséquent beaucoup plus importantes et cela
permet de ramener la force, donc la catégorie de cause, à un principe
d’inertie généralisé. Les a priori géométriques ne sont plus dès lors de nature
métrique mais de nature différentielle et concernent, par exemple, la
cohomologie des formes différentielles10.
De façon un peu plus précise, soit E l’espace-temps muni de sa métrique
localement minkowskienne g^. Si ea est une base de l’espace vectoriel
tangent à E e n i TxE et si û) est la base duale de l’espace cotangent T*XE, le
tenseur de courbure de Riemann est défini en termes de composantes par
Ra$yb = (où V est la dérivation covariante, où [•,•] est à la
fois le crochet de Lie de l’algèbre de Lie des champs de vecteurs et le
commutateur des opérateurs différentiels et où, pour © G 7^xE et v G TxE,
= ©(f)). Pour © G VxE et u, v, w G TXE, on a /?(©, u, v, w) = avec/?((/, w) = [V, , V1J-Vf1, , J .
Par contraction du tenseur de courbure de Riemann, on construit le
tenseur de courbure de Ricci R^ = R^ av. Par une seconde contraction, on
construit la courbure scalaire/? = R^. Le tenseur de courbure d’Einstein est
donné par G = Ricci – \/2gR (g-=|det(g-|iv)|). Il satisfait pour des raisons a
prioriques — purement géométriques, en fait cohomologiques —, les identités
de Bianchi VG = 0.
Dans les équations d’Einstein G = SnT (où T est le tenseur d’impulsion
énergie), l’identité VT=O formule le principe de la conservation de l’énergie
(l’expression de la catégorie de substance). Elle devient une conséquence de la
géométrie de l’espace-temps, car elle dérive de Ta priori synthétique VG =0.
Comme Hilbert l’a montré dès 1921 et comme cela a été développé dans
les années 1960 par Wheeler, Arnowitt, Deser et Misner11, il est possible de
dériver la métrique g de l’espace temps E d’un principe variationnel en
prenant la courbure scalaire R comme densité lagrangienne. L’action est
alors :
10. Dans Petitot [1992a], j’ai analysé en détail, dans cette perspective, la géométro-dynamique de
Wheeler et son débat avec Grùnbaum (pour ce dernier, voir aussi plus bas, section V).
11. Voir Misner, Thome, Wheeler [1973].
PHILOSOPHIE TRANSCENDANTALE 379
E
On déduit de cette formule un système hamiltonien (de dimension
infinie) sur l’espace fonctionnel des métriques.
Cela montre qu’en RG la métrique ne relève plus, comme cela était le cas
en mécanique rationnelle, des catégories mathématiques, mais bien des
catégories dynamiques. Elle devient une entité physique qui doit elle-même
être déterminée. Mais cela ne signifie pas pour autant l’invalidation de la
logique transcendantale. Bien au contraire. Cela signifie seulement que
l’Esthétique transcendantale est passée du niveau métrique global au niveau
diffèrentiable local. Comme nous l’avons dit plus haut, le groupe de relativité
n’est plus désormais le groupe de Galilée ou le groupe de Lorentz mais le
groupe Diff(E ) des difféomorphismes de E . C’est donc à ce niveau que se
situe désormais le synthétique a priori. Ce déplacement de niveau permet
d’absorber la catégorie de force dans un principe de relativité élargi et, par là
même, de la construire.
Les théories de jauge et la construction de la catégorie d’interaction
L’exemple est encore plus spectaculaire avec les théories de jauge où
c’est non seulement la catégorie de force (comme dans la relativité générale)
mais aussi la catégorie d’interaction qui se trouvent ramenées à des principes
de symétries élargis. Comme l’explique Yuri Manin12 : « From a philosophical
point of view, one can speak of a new wave of geometrization of physical
thought which for the first time is sweeping far beyond the boundaries of
general relativity ».
Depuis les travaux pionniers de Chen Ning Yang et Robert Mills (1954)
sur l’invariance de jauge concernant l’isospin, il existe dans les théories de
jauge deux classes de champs :
1) les champs fermioniques de matière qui sont interprétés comme des
sections de fibres sur l’espace-temps. Les coordonnées des fibres sont les
degrés internes de liberté. Le groupe structural (c’est-à-dire le groupe de
symétrie des fibres) exprime les symétries internes des particules.
2) les champs bosoniques de jauge qui sont des champs d’interactions
véhiculées par des particules virtuelles d’échange (des bosons) et sont
interprétés comme des connexions sur ces fibres. Les particules véhiculant
les interactions sont par conséquent les quanta des champs-connexions sur
les fibres de matière.
Le lagrangien de Yang-Mills est la norme de la courbure des connexions. Il
est invariant sous l’action du groupe de jauge et l’espace-temps y contribue
12 Manin [1988].
380 PHILOSOPHIQUES
comme champ de jauge à travers la courbure scalaire de sa connexion. Les
dérivations covariantes permettent d’exprimer géométriquement les
interactions.
Plus précisément, rappelons qu’en théorie quantique des champs, on
dispose d’une chaîne de procédures de déterminations objectives conduisant
de principes constitutifs à des modèles explicites.
Les principes de relativité et de symétrie fournissent des Lagrangiens L,
ou mieux des densités de lagrangien L(cp,3^(p) dépendant des champs <ç(x,t)
considérés et de leurs dérivées premières 3^1 (p. Cela permet de définir des
actions S(T) sur des chemins T conduisant d'un état initial cpe' = Cp (x,t{) à un
état final tf = (P(^f2) :
5 ( H = JL dAx = J'2J 3 L ((p,d^cp)d3xdt
Les axiomes de la mécanique quantique conduisent alors de l'action S(I)
à la formule de Feynman (intégrale de chemin) pour l'amplitude de
probabilité de transition (h est la constante de Planck) :
{<P, I <P.) = J1- e x ^ S sur les points critiques de la phase
(P(X);
(iv) le groupe de renormalisation.
On rencontre ici un splendide exemple d’une détermination objective
conduisant de principes constitutifs à des modèles spécifiques et
diversifiés : les principes constitutifs (groupes de relativité, symétries)
PHILOSOPHIE TRANSCENDANTALE 381
fournissent des lagrangiens, qui fournissent à leur tour des intégrales de
Feynmanr qui fournissent elles-mêmes les modèles :
A priori constitutifs —» Groupes de relativité et symétries —>
Lagrangiens —» Action —» Intégrales de chemins —> Modèles spécifiques de
phénomènes w.
Dans ce contexte, les théories de jauge ont réussi à construire a priori les
interactions en faisant dépendre les symétries internes des systèmes (qui sont
des symétries globales apparemment non spatiotemporelles associées aux
nombres quantiques des particules) de la position spatiotemporelle. Si on
localise ainsi ces symétries internes et si l’on exige que les théories
demeurent invariantes, on doit introduire des termes correctifs. On constate
alors que ceux-ci redonnent exactement les termes d’interaction. Les forces
et les interactions apparaissent ainsi de façon générale comme dérivables de
principes de conservation locauxu.
Le cas le plus simple (découvert par Hermann Weyl) est celui
du « couplage minimal » entre un électron et un champ électromagnétique F.
Soit \|/ la fonction d’onde de l’électron. Son évolution est régie par l’équation
de Dirac. Le lagrangien de Dirac hD est invariant sous la symétrie interne
globale \|/ —> e ‘ \|/ (où le e en exposant est la charge de l’électron et T3 une
phase). Le groupe des symétries internes est le groupe des phases, c’est-àdire
le groupe commutatif U(I) des rotations du cercle. D’autre part, le
lagrangien de Maxwell (champ électro-magnétique) hM est invariant sous une
transformation de jauge A —» A + dA, où A est le potentiel vecteur du champ
electro-magnétique F, A une fonction sur E et dA la différentielle de A. Si
l’on admet que le facteur de phase ïï peut dépendre de la position
spatiotemporelle xe E, alors le Lagrangien de Dirac hD n’est plus invariant.
Mais le terme de correction qui apparaît peut être exactement compensé par la
transformation de jauge A—>A+dft. Il s’agit là d’une sorte de « miracle » dont
la signification tant physico-mathématique que transcendantale est
remarquable.
Géométriquement, le potentiel vecteur A s’interprète comme une
connexion définie sur un fibre vectoriel F au-dessus de l’espace temps E et le
champ F s’identifie à la courbure de cette connexion. Le groupe de relativité
est maintenant encore plus large que le groupe Diff(E). C’est le groupe — dit
groupe de jauge — des automorphismes du fibre F de base E. Cet
élargissement permet de ramener la catégorie dynamique d’interaction à un
principe de relativité, et donc de la construire. Dans le cas non abélien, le
groupe des symétries internes G (G = SU(2), SU(3), etc.), n’est plus
commutatif. Cela introduit des difficultés profondes dans la théorie, mais les
idées principales subsistent.
13. Voir par exemple Zuber Itzykson [1985] et Le Bellac [1988].
14 Voir par exemple Quigg [1983].
382 PHILOSOPHIQUES
Le cas est encore plus spectaculaire avec la théorie des supercordes15. En
fait, toute symétrie supplémentaire enrichit de façon considérable le contenu
mathématique des théories physiques. Par exemple, en théorie des
supercordes, la simple reparamétrisation des cordes conduit à introduire la
théorie des surfaces de Riemann et, plus particulièrement, la théorie de
Teichmùller des espaces de modules qui classifîent les différentes structures
complexes compatibles à une même structure differentiate. Il en va de
même avec l’interprétation donnée récemment (1994) par Edward Witten de
la symétrie électrique <-»magnétique de Montonen-Olive (1977). Elle conduit à
l'introduction de formes modulaires et a déjà eu des conséquences
considérables pour la compréhension de la structure des variétés
différentiables de dimension 4K.
Ce sont ces stratégies remarquables de détermination objective des
phénomènes qui font dire aux physiciens, par exemple à Michio Kaku17 :
the secret of this mystery [celui des théories unifiées] most likely lies in the power of gauge symmetry.
Nature demands symmetry.
Symmetry, instead of being a purely aesthetic feature of a particular model, now becomes its most
important feature (p. 8).
Bref, au moyen des formalismes variationnels, du théorème de Noether,
des intégrales de Feynman et des théories de jauge, il a été possible de
construire une véritable ontogenèse formelle de la réalité physique. Une telle
construction convertit le synthétique a priori en règles d'engendrement de
modèles explicites diversifiés. Les contraintes mathématiques sont si fortes
(renormalisabilité, élimination des anomalies, mécanisme de Higgs et
ruptures spontanées de symétries conférant une masse aux bosons de jauge,
etc.) qu'il est souvent possible d'inférer le bon choix du groupe de symétrie
de la théorie à partir d'un tout petit nombre de données empiriques
significatives.
Interprétation transcendantale du conventionalisme géométrique
de Poincaré
Cette possibilité de construction (au sens fort) des catégories dynamiques
en physique théorique a de nombreuses conséquences épistémologiques. Je
n'en évoquerai ici qu'une seule, concernant l'interprétation transcendantale
du conventionalisme. Je rappelle les deux thèses d'Henri Poincaré sur la
physique mathématique exposées, entre autres, dans les chapitres IV et V de
La Science et l'Hypothèse : « L'espace et la géométrie », « L'expérience et la
géométrie » :
1. La thèse selon laquelle la géométrie appliquée à la physique est
conventionnelle (ni vraie ni fausse), que l'on peut décrire les mêmes contenus
15. Voir par exemple Kaku [1988] et Love Bailin [1994], ainsi que Petitot [1992b].
16. Voir Witten [1994] et Donaldson [1996].
17. Kaku [1988].
PHILOSOPHIE TRANSCENDANTALE 383
factuels physiques dans des cadres géométriques alternatifs. En tant que
convention, une géométrie fixe un langage de description et ne possède pas
de vérité empirique expérimentale ;
2. La thèse que le concept de groupe est une forme a priori de
l'entendement.
C'est surtout dans la conclusion de « L'espace et la géométrie » qu'est
exposée la thèse du conventionalisme géométrique :
Ce qui est l'objet de la géométrie, c'est l'étude d'un « groupe » particulier ; mais le concept
général de groupe préexiste dans notre esprit au moins en puissance. Il s'impose à nous, non
comme forme de notre sensibilité, mais comme forme de notre entendement.
Seulement, parmi tous les groupes possibles, il faut choisir celui qui sera pour ainsi dire
l'étalon auquel nous rapporterons les phénomènes naturels.
L'expérience nous guide dans ce choix qu'elle ne nous impose pas ; elle nous fait reconnaître
non quelle est la géométrie la plus vraie, mais quelle est la plus commode.
Cette thèse est approfondie dans « L'expérience et la géométrie » où
Poincaré explique que les principes de la géométrie ne sont pas des faits
expérimentaux. On peut toujours exprimer un même fait physique en
changeant la convention du cadre géométrique et en changeant les lois
physiques (par exemple on peut garder la géométrie euclidienne et ne pas
garder le principe que les rayons lumineux sont des géodésiques).
Comme Luciano Boi l'a bien montré, ce point de vue avait déjà été
admirablement anticipé par Clifford à la fin du siècle dernier : il existe une
équivalence entre :
(i) des causes physiques de changements dans un espace posé a priori
comme plat ;
(ii) une géométrie non triviale (courbe) de l'espace.
Les expériences physiques portent toujours sur des corps et jamais sur
l'espace. Elles ne peuvent donc pas décider de la géométrie.
Bref, les thèses sont :
1. la géométrie est une convention, c'est-à-dire un a priori (grammatical
si on veut) de l'expérience. Elle fixe un langage de description et ne possède
pas de vérité expérimentale, h'a priori n'a ici rien à voir avec un a priori
logique ou un a priori innéiste cognitif. C'est un a priori au sens de conditions
de possibilité déterminantes ;
2. l'a priori de la géométrie se ramène essentiellement à 1 'a priori des
groupes : groupes d'invariance, groupes de relativité, groupes de symétrie des
théories physiques ;
3. la priori n'étant pas inné et ne pouvant pas être décidé par
l'expérience, il doit être choisi ;
4. Le critère du choix est pragmatique : c'est celui de la commodité.
Mais nous avons vu que, en ce qui concerne l'évolution de la physique
mathématique, on peut observer, à travers le mouvement toujours plus
accentué et profond de géométrisation de la physique, une évolution qui
384 PHILOSOPHIQUES
motive le choix des conventions géométriques et possède le statut
philosophique d'une réduction à Ya priori mathématique des contenus
physiques empiriques.
Par exemple, dans le cas de la relativité générale, la conventionalité de la
géométrie pour la physique signifie que l'on choisit une métrique de façon à
ce que les rayons lumineux soient des courbes de longueur nulle et les
mouvements en chute libre des géodésiques. Gomme l'a expliqué Adolph
Grùnbaum dans sa critique de la Géométrodynamique de John Archibald
Wheeler, Charles Misner et Kip Thorne18, ces deux classes de trajectoires
sont empiriquement données et ce n'est que le choix conventionnel de la
métrique qui les qualifie géométriquement. Certes. Mais la qualification
einsteinienne est pourtant plus motivée que d'autres, car elle ramène les
mouvements gravitationnels à des mouvements inertiaux. En fait la RG est la
théorie de jauge du groupe de Poincaré.
La dépendance de l'objectivité physique par rapport à des conventions
fixant la qualification géométrique des données empiriques, en particulier le
fait que les symétries des théories sont mathématiquement déterminantes
pour le contenu physique de ces théories, est, répétons-le, la forme moderne
de l'idéalité transcendantale de l'espace. Cette idéalité transcendantale
s'oppose aussi bien à un réalisme ontologique qu'à un idéalisme subjectif
(psychologique). Elle est prescriptive, c'est-à-dire à la fois conventionnelle et
normative (déterminante).
On peut donc aller plus loin dans l'interprétation du conventionalisme
géométrique que ne l'a fait Poincaré en adoptant un point de vue
pragmatique de « commodité ». Nous avons vu en effet qu'il existe un télos de
la géométrisation en physique : transformer des principes de symétrie en
principes dynamiques.
Paraphrasant des affirmations de Jean-Marie Souriau à propos de la
quantification géométrique, on peut dire que : « philosophiquement [la
géométrisation] c'est ramener la physique à des symétries géométriques pour
faire de la physique a priori (c'est-à-dire " rationnelle ") ».
Autrement dit, comme l'affirme encore Souriau : il n'y a rien déplus dans
les théories physiques que les groupes de symétrie si ce n 'est la construction
mathématique qui permet précisément de montrer qu'il n'y a rien de plus19».
Cela est une parfaite définition de la réduction à Va priori : il n'y a rien de
plus si ce n'est les mathématiques permettant de montrer qu'il n'y a rien de
plus. Ce principe est devenu le principe de découverte majeur des théories
physiques contemporaines. S'il y a des structures physiques empiriques
supplémentaires, c'est qu'il y a des symétries supplémentaires et que l'on n'a
pas pris un groupe de symétrie approprié.
18. Grùnbaum [1973], chapitre XXII : General Relativity, Geometmdynamics and Ontology.
19. Pour la quantification géométrique, voir Souriau [1975] et Weinstein [1977].
PHILOSOPHIE TRANSGENDANTALE 385
Le rôle déterminant des symétries en physique confère à l'objectivité
physique un statut très particulier, qui oppose cette objectivité à toute
ontologie substantialiste d'étants singuliers et individués, existant de façon
transcendante comme entités séparées. Cette vieille tradition métaphysique
aristotélicienne est incompatible avec la physique moderne. L'objectivité
physique est transcendantale au sens où c'est une objectivité « faible » qui
inclut dans son concept d'objet les conditions d'accès et les conditions de
possibilité de détermination de ses objets. Plus précisément : ce qui est
accessible à la théorie, son contenu positif, y est défini négativement, c'est-àdire
par ce qui lui est inaccessible (à cause des symétries). Les symétries
imposent une auto-limitation à ce que la théorie peut connaître et dire
qu'elles sont constitutives, c'est dire que ce que la théorie peut connaître est
déterminé par ce que la théorie ne peut pas connaître. Il s'agit là du principe de
base qui disjoint l'objectivité physique de toute ontologie. On peut le
qualifier de principe galoisien dans la mesure où un principe analogue a été
formulé pour la première fois de façon claire par Galois dans la façon dont
celui-ci a complètement repensé le problème de la résolution des équations
algébriques.
Cette nature galoisienne a été excellemment soulignée par réminent
spécialiste de géométrie symplectique et des travaux de Witten qu'est Daniel
Bennequin, en particulier dans son long article en hommage à
Thom : « Questions de physique galoisienne20». Dire philosophiquement que
l'objectivité physique est transcendantale, c'est dire techniquement qu'elle
est galoisienne.
Pour moi, le sens moderne du synthétique a priori concerne cette
caractéristique des théories physiques modernes, à savoir que le maximum
d'économie et de puissance théorique s'obtient en ramenant les contenus
physiques d'abord à des principes dynamiques (conservations, forces,
interactions) et ensuite ces principes eux-mêmes à des conséquences
physiques de symétries qui expriment que l'on doit pouvoir éliminer dans les
théories physiques les éléments mathématiques conventionnels
(coordonnées, repères, jauges, etc.) nécessaires à la description. Le fait que,
par exemple dans une théorie de jauge à la Yang-Mills, une propriété
physique comme une self-interaction de bosons de jauge soit reliée au fait que
le groupe des symétries globales internes est non cornmutatif, est, pour moi,
un exemple typique de synthétique a priori. Cela n'a rien à voir avec une
nécessité logique. D'ailleurs déjà chez Kant, le synthétique a priori était
toujours corrélatif de la contingence radicale de l'expérience.
Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales
20. Bennequin [1994].
386 PHILOSOPHIQUES
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