conseil dans l’espérance du roi:Démographie en Afrique : les migrations d’aujourd’hui ne sont rien à côté de ce qui attend nos enfants (2ème partie).

Nouvel article sur conseil dans l’espérance du roi

Démographie en Afrique : les migrations d’aujourd’hui ne sont rien à côté de ce qui attend nos enfants (2ème partie).

par conseilesperanceduroi

Au-delà du problème démographique de l’Afrique que nous avons exposé dans l’article précédent, un autre élément social s’annonce particulièrement préoccupant : l’urbanisation explosive autant qu’anarchique de la plupart des pays africains sub-sahariens. Il y a là une source supplémentaire de désordres sociaux et, par voie de conséquence, migratoires.

En vingt ans, la population urbaine du continent a été multipliée par deux (472  millions d’habitants en  2015, selon les Nations unies), et elle devrait encore presque doubler au cours des vingt prochaines années, pour frôler le milliard d’habitants. L’Afrique deviendra alors à majorité urbaine.

L’urbanisation accompagne la transformation des économies, avec le passage de sociétés rurales peu productives à des systèmes plus complexes dans lesquels les industries et les services prennent progressivement une place prépondérante. C’est du moins ce qui s’était produit jusqu’à présent. Mais l’Afrique semble devoir déroger aux modèles du passé, largement théorisés.

Car les villes africaines se gonflent avant tout de leur propre croissance (et, là, nous rejoignons la question démographique pure et dure précédemment évoquée) : l’exode rural n’est responsable que pour un tiers de ces cohortes de nouveaux citadins à qui il faut donner un accès au travail, au logement, à l’école, à la santé… Et qu’il faut nourrir avec moins de ruraux et donc de production agricole. Les nouveaux métiers, hier promesse d’une vie meilleure pour les migrants, ne concernent pour l’instant qu’une minorité, rangée dans la catégorie de  » la nouvelle classe moyenne « , tandis que le secteur informel absorbe le trop-plein de main-d’œuvre.

 » Ce que nous enseigne l’histoire ne s’applique pas à l’Afrique. Les villes africaines vont devoir résoudre des défis sociaux et environnementaux qu’aucune autre n’a eu à affronter « , analyse Henri-Bernard Solignac-Lecomte, du centre de développement de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Un chiffre éclaire les conditions différentes dans lesquelles se fabriquent les villes africaines : le revenu moyen par habitant à un stade comparable d’urbanisation.  » Lorsque les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord ont atteint un taux d’urbanisation de 40 %, leur PIB par habitant était de 1 800  dollars – 1 500  euros – . Et lorsque les pays d’Asie de l’Est et du Pacifique ont dépassé ce même seuil, ce revenu s’élevait à 3 600  dollars. En Afrique – subsaharienne – , il atteint seulement 1 000  dollars « , écrivent les auteurs du rapport  » Ouvrir les villes africaines au monde « , publié par la Banque mondiale en février  2017. Et de conclure :  » L’Afrique s’urbanise en restant pauvre. «  Que feront alors les Africains pauvres et en surnombre ? Ils traverseront le Sahara pour atteindre la côte sud de la Méditerranée, qu’ils franchiront grâce à la traite négrière à l’oeuvre ! CQFD mais que personne ne voulait voir venir quand il était encore temps.

Les bidonvilles progressent au rythme de cette poussée démographique que les Etats et les collectivités locales dépourvues de moyens suffisants se trouvent dans l’incapacité de réguler. Aujourd’hui, plus de 60  % des urbains vivent dans des abris insalubres.  » La pauvreté est le premier problème que doivent régler les villes africaines « , confirme Madani Tall, ancien haut fonctionnaire de la Banque mondiale et aujour-d’hui président d’Envol Immobilier, un cabinet spécialisé dans la conception de grands projets immobiliers sur le continent.

 » Dakar a été conçue pour 300 000 habitants, elle en a aujourd’hui 3  millions, poursuit-il. Les équipements publics n’ont pas suivi.  » A commencer par les infrastructures nécessaires au fonctionnement de l’Etat, dimensionnées pour 26 000 agents quand ils sont aujourd’hui 140 000. Chaque administration est ainsi contrainte de louer des immeubles privés disséminés à travers la ville pour loger ses fonctionnaires. Un budget supplémentaire jamais anticipé.

Pénuries d’eau, manque d’accès à l’électricité, absence de systèmes d’assainissement, congestion des transports… Cette litanie se retrouve dans toutes les villes africaines, derrière les gratte-ciel et la marina de Luanda, comme dans le chaos de Kinshasa ou de Lagos, deux mégacités de plus de 10  millions d’habitants.

Mais il n’y a pas que cela.  » Dans des villes sous-équipées, la pollution de l’air se profile comme un problème important « , souligne M. Solignac-Lecomte, rappelant que le nombre de décès prématurés liés à la pollution atmosphérique était en 2013 supérieur à celui attribué à la malnutrition infantile ou à l’absence d’eau potable….

Générateurs au diesel, combustion des ordures, utilisation du charbon de bois pour cuisiner, véhicules anciens, crachent un cocktail que les villes occidentales n’ont jamais respiré, pointent les experts de l’OCDE dans une étude parue en  2016, dans laquelle ils avouent  » ne savoir tout simplement pas quelles conséquences cela aura d’ici quelques décennies « . Onitsha, située le long du fleuve Niger, dans le sud du Nigeria, fait partie des dix villes les plus polluées du monde, avec un niveau de particules fines trente fois supérieur aux normes de l’Organisation mondiale de la santé.

Faute de planification urbaine, les villes s’étalent. Kampala, la capitale de l’Ouganda, dont la croissance est l’une des plus rapides du continent, a vu son emprise passer de 71 km² à 386  km² entre 1989 et 2010. Les experts prévoient qu’à ce rythme, elle atteindra 1 000 km² en  2030, avec le risque de voir disparaître forêts et zones humides. Comme si les Ougandais avaient besoin de cela en plus…

Dans un article publié en  2012 dans la revue américaine PNAS, Karen Seto, chercheuse à l’université Yale, et ses coauteurs dessinaient un continent où la croissance urbaine se concentrerait autour de cinq axes : la vallée du Nil en Egypte, la côte ouest-africaine avec le golfe de Guinée, la région de Kano dans le nord du Nigeria, Addis-Abeba et sa périphérie en Ethiopie et la rive septentrionale du lac Victoria. Dans ce dernier cas, écrivaient-ils,  » il existe une forte probabilité pour que l’espace compris entre Kampala en Ouganda et Kisumu au Kenya se transforme en une unique conurbation « . Une future ville qui s’étirerait sur 300  kilomètres.

La destruction des littoraux, la déforestation, l’artificialisation des sols accroissent les conséquences des inondations auxquelles sont exposées, plus que d’autres, ces villes tropicales. Les îlots de chaleur urbains s’annoncent comme un problème grandissant. Selon l’OCDE, d’ici à 2080, plus de 900 000 personnes par an pourraient mourir en raison de ce stress thermique.

Bref, que du bonheur. Autant dire que beaucoup (plus) d’Africains n’auront qu’une seule perspective : QUITTER CET ENFER.

Attendez-vous donc à ce que la réalité de l’explosion démographique africaine, ajoutée à l’urbanisation catastrophique du continent, et leurs  conséquences migratoires dépassent très largement la fiction du…Camp des Saints !

Le 8 août 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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