Persée:Jean François Stoffel,bibliographie d’Alexandre Koyré

LITTERATURE FRANÇAISE ET COMPAREE
BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE CUMULEE

Persée
http://www.persee.fr
Jean-François Stoffel, Bibliographie d’Alexandre Koyré. [Avec une introduction de Paola
Zambelli]
Olesen Søren Gosvig
Revue Philosophique de Louvain, Année 2002, Volume 100, Numéro 1
p. 278 – 283
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278 Comptes rendus
du mot juste, qui la dit absolument objective lorsqu’elle est dite, nommée.
Cette parole manquante au langage est un des traits de l’authentique paradis,
celui des anges, dotés du langage et en même temps muets, annonçant
1′ événement au moment où il advient, donnant par leur présence un sens
divin à ce qui ne serait autrement qu’un événement. Telle est la fonction
prophétique de l’ange. Une manifestation du sens de cette parution est le
nom propre, qui dit, évoque, tout en gardant le secret. Il trouve son expression
parfaite dans 1′ amour, qui est typiquement évocation du nom secret.
Son opposé, c’est le récit, qui, en dévoilant tout, ne dévoile rien, n’évoque
rien, ne descelle aucun secret.
L’écriture de 1′ histoire désenchantée trouve sa forme dans la comédie
(contre la tragédie), dans la chronique (contre l’épopée), et dans le
traité (contre la pensée en système). Ces trois formes de production littéraire
ont pour effet, la première, de révéler le tragique de l’histoire tout en
la parodiant, en la défigurant et de ce fait, en s’en rendant quelques instants
le maître par effet de surprise, la seconde, suite d’anecdotes, de dire
l’événement dans ses petites et ses grandes choses, c’est-à-dire sans en
révéler le sens, et, par conséquent, en donnant à 1 ‘événement un sens toujours
renouvelé par sa lecture, la troisième de rassembler sans unité de
sens une série de propositions dont chacune à la prétention à 1 ‘universel,
sans pour autant chercher à tout dire ou à épuiser son sujet ou sa thèse.
Jean-Luc VANDENBROUCK.
Jean-François STOFFEL, Bibliographie d’Alexandre Koyré. [Avec une
introduction de Paola Zambelli] (Biblioteca di «Nuncius». Studi e testi,
39). Un vol. 24 x 17 de XXIV-196 pp. Florence, Leo S. Olschki, 2000.
On sait que la carrière d’Alexandre Koyré ne fut pas couronnée du
succès qu’elle aurait pourtant mérité. Le témoinage le plus éclatant en
est 1 ‘échec de sa candidature en 1951 au Collège de France. Il n’en reste
pas moins vrai que son oeuvre a trouvé peu à peu sa place et son statut
dans le champ contemporain: Avec From the closed world to the i’Jfinite
uni verse ( 1957), elle a connu la célébrité; avec les deux tomes d’Etudes
d’histoire de la pensée philosophique (1961) et d’Études d’histoire de la
pensée scientifique (1966), elle est apparue incontournable. Koyré est
salué par Beaufret3 et Lacan4; il est même à l’origine de la notion de
3 Voir «Martin Heidegger et le problème de la vérité» (1947), dans: J. Beaufret,
De l’existentialisme à Heidegger, Paris, Vrin, 1986, p. 78 («les pages souvent excellentes
dans lesquelles Alexandre Koyré souligne, avec beaucoup de bonheur, ce qu’a de « parfaitement
antiexistentialiste  » la philosophie de Heidegger»).
4 Voir «La science et la vérité», dans: J. Lacan, Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 856
(«Koyré est ici notre guide et l’on sait qu’il est encore méconnu»).
Histoire de la philosophie 279
«différance» forgée par Derrida5• Son oeuvre règne sur la philosophie du
xx:e siècle, mais d’une façon singulière: Koyré n’a fondé aucun courant
de pensée, mais bien des courants ont trouvé chez lui d’importantes ressources.
La bibliographie de Jean-François Stoffel est de ce point de vue
d’une immense utilité. En elle se trouvent repertoriés pour la première
fois les écrits de Koyré, des moindres articles jusqu’aux traductions et
livres, sans négliger les contributions de Koyré aux ouvrages collectifs
ainsi qu’aux discussions (comme par exemple au sein de la Société française
de philosophie) qui ont ultérieurement fait objet de publication.
Pour qui entreprend d’étudier 1’ évolution de la pensée de Koyré, il
y a sans doute beaucoup à apprendre des articles peu connus, dont un
grand nombre n’a jamais été réédité. Or, ils sont importants, ne serait-ce
que par leur nombre; la Bibliographie de Stoffel comporte 145 numéros
pour la seule décennie 1930, décennie certainement décisive pour
Koyré: On convient d’y voir une réorientation de sa pensée qui lui aurait
fait abandonner son intérêt initial pour la métaphysique au profit d’un
intérêt de plus en plus grand pour la philosophie et l’histoire des
sciences. Point de vue sur lequel il conviendra cependant de revenir.
La seconde partie de la Bibliographie de Stoffel fait l’inventaire des
études consacrées à Koyré: plus de 200 textes que l’on ne trouvait guère
jusqu’alors qu’au hasard des lectures ou bien en s’aidant des moyens
électroniques mis au service de la recherche bibliographique
(Philosopher’s 1n dex, Francis … ) On distingue d’ailleurs aisément, dans
cette bibliographie, les références aux textes de Koyré lui-même des
références à la littérature qui le concerne, 1 ‘oeuvre étant «millésimée» (le
numéro de l’année précédant le numéro de la publication; 79.5 par
exemple indique le cinquième texte de Koyré paru en 1979), alors que
les textes de la «littérature secondaire» sont indiqués par des nombres
entiers.
La bibliographie de Jean-François Stoffel nous réserve quelques
surprises, car si elle montre qu’un grand nombre d’études ont été consacrées
à Koyré, elle montre aussi qu’à ce jour il n’existe qu’une seule
monographie sur lui. A savoir Gérard Jorland: La science dans la philosophie:
les recherches épistémologiques d’Alexandre Koyré (Paris 1981,
no 10 de la Bibliographie de Stoffel).
Toutefois cette monographie, bien qu’unique, comporte une thèse
remarquable: elle prend le contrepied du point de vue sur Koyré que
nous venons de mentionner. Selon Jorland, Koyré n’aurait pas, au cours
5 Voir «La différance», dans: Marges de la philosophie, Paris, 1972, pp. 14-15,
citant J’étude de Koyré sur «Hegel à Iéna».
280 Comptes rendus
des années trente, «abandonné 1 ‘histoire de la pensée religieuse et philosophique
»6. La thèse de Jorland paraît téméraire, puisque l’oeuvre
d’Alexandre Koyré comporte après 1935 principalement des travaux sur
l’histoire des sciences. Néanmoins la thèse a le mérite de permettre de
vraiment circuler dans 1 ‘oeuvre de Koyré. En effet jamais Koyré n’a
rabattu 1 ‘histoire des sciences sur cette histoire de fait, simplement empirique,
à laquelle Bachelard (en accord avec lui) refusait tout droit de cité
en philosophie.
Si le succès fut refusé à Koyré, de son vivant du moins, ses élèves
en revanche 1 ‘ont connu. Chacun, de nos jours, manie avec aisance le
vocabulaire d’un Th. S. Kuhn (paradigme, anomalie, révolution scientifique
etc.), vocabulaire dont il faut reconnaître la puissance descriptive.
Il faut reconnaître par ailleurs que Thomas Kuhn a toujours eu l’honnêteté
intellectuelle d’admettre sa dette envers Koyré (voir le no 155 de la
Bibliographie de Stoffel: «Alexandre Koyré and the history of
science»; voir aussi la préface dans Kuhn: The structure of scientific
revolutions). Bien que, par contre, cela ne soit pas encore reconnu, il
serait temps d’admettre que de Koyré à Kuhn, le statut de l’histoire des
sciences a changé totalement. L’histoire, chez Kuhn, de même que chez
la plupart des épistémologues de nos jours, s’entend comme une science
positive. Or, s’il en va autrement chez Koyré, c’est sans doute parce
qu’il est venu à l’histoire des sciences, non à partir d’une science particulière,
mais – pour emprunter l’expression de Jorland -à partir de
l’histoire de la pensée religieuse et philosophique.
Les travaux de Koyré sur Jacob Boehme, sur Anselme et sur
Descartes, précèdent ses travaux sur Galilée, Kepler ou Newton. Certes.
Mais si réorientation il y a, celle-ci ne part pas, dans 1 ‘oeuvre et la carrière
koyréennes, simplement ou directement des études sur les mystiques
et sur les preuves de 1 ‘existence de Dieu pour aboutir à 1 ‘histoire
des sciences. Les Études d’histoire de Koyré portent un titre vraiment
adéquat; elles font l’histoire de la pensée, quel que soit l’aspect envisagé
de celle-ci: religieux, philosophique ou scientifique.
N’oublions pas que bien avant de devenir, à Paris, ami et collègue
de Gaston Bachelard, Alexandre Koyré fut 1 ‘étudiant de Husserl à
Gottingen. Ce fut à cette époque que Koyré prépara sa dissertation sur la
philosophie des mathématiques (sa «Dissertationsentwurf», Insolubilia
. . . , est maintenant publiée grâce aux soins de Paola Zambelli, voir
no 206 de la Bibliographie de Stoffel). Ce fut également à cette époque
que Husserl, lui, ayant quitté les domaines des mathématiques et de la
logique, élabora finalement – pour ne pas dire: rétrospectivement –
6 Jorland, op.cit., p. 43.
Histoire de la philosophie 28 1
l’idée qui avait guidé ses recherches, à savoir l’idée de la phénoménologie.
Les chemins des deux philosophes se croisent. Y a-t-il eu vraiment
rencontre? Et si la rencontre a eu lieu, fut-elle (pour reprendre une formule
de Husserl) une rencontre entre les deux philosophes ou bien une
rencontre de leurs philosophies? Peut-on voir dans l’oeuvre d’Alexandre
Koyré la rencontre de ces deux «ennemis héréditaires» que seraient la
phénoménologie allemande et 1′ épistémologie française? On peut au
moins constater qu’en élaborant, aux environs de 1911-1913, ses Idées
directrices pour une phénoménologie pure, Husserl mit en place quelque
chose comme une philosophie des sciences. Le premier chapitre des
ldeen 1 (§7) introduit l’opposition entre sciences positives (sciences de
faits, Tatsachenwissenschaften) et sciences eidétiques (eidetische
Wissenschaften ou Wesenswissenschaften). Il semble que Husserl ait
maintenu cette opposition, puisqu’il la rappelle vers 1935-36 dans la
Krisis, au §2: «De simples sciences de faits (Tatsachenwissenschaften)
forment une simple humanité de fait (Tatsachenmenschen)». Mais peu
de temps auparavant, à savoir en préparant les conférences qu’il donnera
à Vienne et à Belgrade (et dont le texte constituera une bonne partie de
la Krisis), Husserl écrivait à Koyré: «Ihre Copemicusarbeit [il s’agit de
la traduction Des révolutions des orbes célestes: livre premier] kënnen
Sie mir vielleicht noch zugehen lassen, ich glaube sie hatte für mich
Interesse» (lettre du 20 juin 1934, conservée aux Archives Husserl sous
la signature R 1 Koyré, aujourd’hui accessible dans le tome III de la
Correspondance de Husserl, voir la Bibliographie de Stoffel, n° 94.1).
Notons que le ton de Husserl parlant des Tatsachenwissenschaften n’est
plus ici le même qu’en 1913; le ton de la phénoménologie pure est
devenu critique, accusant une crise qui atteint non seulement, de fait, les
sciences, mais aussi l’humanité qui en est venu à ne voir dans la constitution
des sciences autre chose qu’une histoire de fait.
Le chemin de Koyré, durant la même période, 1′ amène à 1’ École
pratique des hautes études. Koyré y est nommé directeur d’études en
1931. Sa chaire est la chaire d ‘ «Histoire des idées religieuses de
l’Europe moderne». Il fait la connaissance d’Emile Meyerson. Ce que
Paola Zambelli rappelle dans son excellente introduction à la
Bibliographie de Stoffel en citant un document important de Koyré luimême
(«Message», in Bulletin de la Société française de philosophie,
LV /2, 1961, p. 1 15): «je lui dois beaucoup. Il se peut même que ce soit
à son influence, à l’influence des longues discussions hebdomadaires …
que je doive de m’être finalement orienté ou réorienté de l’histoire de la
pensée philosophique vers l’histoire de la pensée scientifique … ». La
production d’Alexandre Koyré comporte un certain nombre d’ expositions
et de comptes rendus de la philosophie des sciences de Meyerson
282 Comptes rendus
-dont l’oeuvre, se référant à Spinoza, à Leibniz, à Kant et à Hegel, bref
à la philosophie transcendantale et spéculative, occupe une place extraordinaire
dans 1 ‘épistémologie française. Aussi, à lire de près les textes
de Koyré sur Meyerson, on s’aperçoit que son ambition (surprenante) est
de rapprocher l’épistémologie meyersonienne de la logique de Hegel…
Ne citons qu’un exemple:
«Nous voudrions bien que tout jugement soit une identité; nous
sentons bien que, là seulement, en disant A est A, nous comprendrions
vraiment et parfaitement. Car Antisthène a parfaitement raison: strictement
parlant, on ne peut dire rien d’autre et A est B est une contradiction
… Mais, d’autre part, c’est une contradiction nécessaire, puisque,
ainsi que 1 ‘a bien vu Hegel… la stricte identité de A est A est impensable,
car elle serait 1′ arrêt de la pensée. Aussi voyons-nous ce que M.
Meyerson avait appelé»le paradoxe épistémologique«à l’oeuvre dans les
ultimes démarches de la pensée. Tout énoncé, tout jugement est une
identification partielle, est un mouvement qui»imprime la forme du
même«au contenu rebelle que représente»l’autre«. Et sans cet autre,
sans ce divers, sans cette contradiction, la pensée resterait -ou deviendrait
– vide et s’arrêterait. Et donc, mourrait». Ce passage de Koyré est
tiré de son compte rendu «Emile Meyerson: Du cheminement de la pensée
»7 qui date de 1933 (texte no 33.1 dans la Bibliographie de Stoffel).
Le rapprochement, ou 1’ opération, si 1 ‘on ose dire, est la même dans son
texte de 1 9 3 1 : <<Die Philosophie Emile Meyersons» (n° 3 1.4 dans la
Bibliographie de Stoffel).
Est-il besoin de rappeler que le travail de Koyré, au moment justement
où il est pour ainsi dire partagé entre 1 ‘étude de la pensée philosophico-
religieuse et 1 ‘étude de la pensée scientifique, débouche sur une
série d’études vraiment lumineuses sur Hegel: en 1931 la «Note sur la
langue et la terminologie hégéliennes» et le «Rapport sur 1 ‘état des
études hégéliennes en France», en 1934 son «Hegel à Iéna» (tous repris
dans les Études d’histoire de la pensée philosophique dont ils constituent
presque le tiers) et encore en 1936 son «Hegel en Russie» (reproduit
in Études sur l’histoire de la pensée philosophique en Russie de
1950)? Tout se passe comme si Koyré, futur historien et philosophe des
sciences, trouvait un nouveau souffle dans ce retour à Hegel.
Sans doute est-ce en référence à Emile Meyerson qu’Alexandre
Koyré nous met en garde contre toute philosophie des sciences qui tient
pour essentielle et même éternellement valable sa caractérisation de la
science. On ne saurait se prononcer sur la scientificité qu’une fois notre
7 Journal de psychologie normale et pathologique, t. xxx, n° 5-6, p. 650.
Histoire de la philosophie 283
regard «durch die historische Arbeit… geschult und gescharft» (dit-il
dans Die Philosophie Emile Meyersons)8. Dans sa référence à Meyerson,
il faut donc voir plus qu’un signe d’amitié ou de respect. De même qu’il
faut voir, dans 1 ‘appréciation koyréenne de 1 ‘histoire, plus qu’une simple
règle de prudence. L’histoire des sciences est à considérer comme essentielle
à la pensée scientifique, et donc aussi à son étude.
Encore faut-il se garder de confondre pratique scientifique et pensée
scientifique. Aux yeux de la pratique quotidienne de la science, le
passé n’a guère d’intérêt, il n’est pas vraiment histoire, mais passé de
fait, tout comme la science du jour est science de fait. Et certes 1 ‘historien
des sciences peut-il suivre la science en cela et se restreindre à simplement
enregistrer les «faits» du passé. Koyré fait tout le contraire. Se
référant à Meyerson, il fait référence (explicitement, on l’a vu) à Hegel.
En accordant à 1 ‘histoire des sciences un rôle essentiel pour la pensée
scientifique, il se réfère, non au sens factuel, mais bien – sit venia
verbo!- au sens spéculatif de 1 ‘histoire. C’est-à-dire à cette conception
de 1 ‘histoire au sein de laquelle 1 ‘étude de la pensée scientifique devient,
comme le dit la Phénoménologie hégélienne, «Darstellung des erscheinenden
Wissens»9, exposition du savoir se montrant, exposition du
savoir qui n’est savoir qu’à condition de s’être montré.
Faut-il voir dans l’oeuvre d’Alexandre Koyré une rencontre de
l’ épistémologie française et de la phénoménologie allemande? Oui, à
condition d’entendre par épistémologie à la fois celle de Meyerson et
celle de Bachelard, et à condition aussi d’entendre par phénoménologie
à la fois celle de Hegel et celle de Husserl.
Si nous nous sommes étendus sur ce travail bibliographique, c’est
qu’il s’agit de la première bibliographie consacrée à Koyré et qu’elle a,
sans nul doute, la capacité de relancer les études koyréennes. Cette
bibliographie contribue donc très largement à donner à l’oeuvre
d’Alexandre Koyré la place qui lui revient dans 1 ‘histoire de la pensée, à
1 ‘étude de laquelle elle s’était consacrée.
S0ren Gosvig ÜLESEN.
Vincent DE CooREBYTER, Sartre face à la phénoménologie. Autour
de «L’intentionnalité» et de «La transcendance de l’Ego» (Collection
8 Deutsch-franzosische Rundschau IV, p. 201.
9 G. W. F. Hegel, Phiinomenologie des Geistes, Gesammelte Werke 9, ed.
Bonsiepen & Heide, Hambourg, Felix Meiner Verlag, 1980, p. 55 («présentation de la
manifestation du savoir», dit la traduction de Jean Hyppolite, La phénoménologie de l’esprit,
Paris, Aubier, 1977 ( 1941 ), p. 68).

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La Charte de Fontevrault:Texte de deux Chartes fondatrices : la Charte de Fontevrault et la Charte de l’Union royaliste.

Texte de deux Chartes fondatrices : la Charte de Fontevrault et la Charte de l’Union royaliste.

25 août 1988

LA CHARTE DE FONTEVRAULT

     La Charte de Fontevrault* « Fidélité-Unité royale » a été créée entre millénaire (1987) et bicentenaire (1989) le 25 août 1988 en l¹Abbaye royale de Fontevraud *,  à 10 Km  au S-E. de Saumur (Anjou- Maine et Loire).

Texte de la Charte de Fontevrault

Parce qu¹il faut prier comme si tout dépendait de Dieu et agir comme si tout dépendait de nous (Liautey);
Parce que ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous sépare;
Parce  que  le temps passé par les royalistes à se déchirer les uns les autres est du temps gaspillé  qui pourrait être mieux consacré.

Les signataires de la Charte s’engagent:

1- à rester fidèles au service du prince et de sa descendance qu’ils ont choisi en leur âme et conscience;
2- à s¹abstenir de toute querelle dynastique qui ne saurait qu’être  préjudiciable  à la restauration monarchique en France;
3 – à mettre en valeur,  au besoin en les suscitant,  les actions communes entreprises  par tous les royalistes soucieux de l¹avenir du trône de France;

Pour ce faire, les  signataires  présents et  à venir de cette Charte se réuniront  le plus souvent qu’il leur sera possible au cour du jardin de la France,  à l’ombre de l’abbaye royale de Fontevraud.
Lors de cette réunion, d’où toute discussion dynastique sera bannie, nous apprendrons  à vivre ensemble et  à faire de nos différences des  richesses .

Il n¹y a qu’un seul but,  mais il y a plusieurs chemins: Fontevraud est l’image du bût unique,  nos fidélités différentes mais complémentaires  sont les chemins qui nous y conduiront

La Charte de Fontevrault est héritière,  au même titre  que les autres mouvements royalistes, de la tradition  royale, parce que chrétienne, de la Monarchie française.
Pour son compte, elle entend assumer, avec une volonté farouche, cet héritage:
D’où  l’appel qu’elle lance aux royalistes d’avoir ,avant toutes choses, à se comporter en chrétiens en mettant en application dans leur vie politique ces deux commandements issus du Pater:
a) pardonner les offenses faites par les militants qui servent un autre Prince que le nôtre,
b) s’en remettre à Dieu du point de savoir qui doit régner sur le trône de France; Que la Volonté de Dieu soit faite sur le trône comme au Ciel

*  les différences d’orthographe dans le texte du nom du Bourg
– orthographe contemporaine: Fontevraud
– orthographe plus ancienne : Fontevrault
permettent de différencier le Bourg de Fontevraud et la Charte de Fontevrault

Alain TEXIER

LA  CHARTE DE l’UNION ROYALISTE

PRÉAMBULE

À tous ceux qui les présentes lirons, salut.

Il n’y a point association d’esprits plus estimable que celle qui, dans le dévouement et la foi, prend le parti des souverains découronnés avec l’espoir de voir, à l’aurore d’un nouveau jour, se lever les rayons d’un soleil béni.

Au pied de la croix, nous prions pour un retour ; que Roi et Seigneur soient l’objet de tous nos empressements, et que personne, d’aucune manière, n’outrepasse les principes qui leur assurent notre respect et notre dévouement.

Que les esprits libres, avides de raisonner, libèrent leur voix ici ; aucune parole spirituelle ne saura être de trop, et les pierres portées aux pieds du monument renforceront sans cesse son assise dans les terres de l’ennemi. Aussi, dans l’aspiration commune des fidèles de la cause royale à une unité forte, à l’image de leur dessein commun, leur première préoccupation doit être l’honneur et le respect dans toutes les formes qu’ils revêtent.

Si le combattant qui guerroie pour une noble cause passe sans trembler sur le corps de son frère d’armes, il en enduit sa victoire de la couleur de la honte. Ainsi, qu’il soit de mise que toujours l’empathie réconciliât les partis en conflit, et que la raison sans cesse ait son empire sur l’orgueil ; de cette manière, que les fleuves de discordes se jettent dans le même océan, et que les vagues blanchies par l’écume y gagnent en ferveur.

Ainsi, et en vertu de nos aspirations, nous donnons ici la charte dans les termes les plus favorables ; que chacun agisse dans le respect de ces articles, car ils ont été formés par nous pour vous mettre dans les meilleures dispositions, afin que jamais nos principes ne subissent d’atteinte.

Le collège des administrateurs,

L’U.R².M. doit permettre aux membres des différents mouvements, toutes tendances confondues, de se rencontrer, d’échanger leurs informations et prévenir de leurs actions afin de pouvoir les coordonner.

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1. Quatre avertissements reçus dans un même trimestre conduisent à une suspension de deux semaines, trois suspensions dans une même année conduisent à une exclusion.

2. La durée de l’exclusion sera définie par le Collège des Administrateurs en fonction de la gravité des infractions à la charte .

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4. Les membres du Collège des Administrateurs sont tout autant concernés par ces sanctions et seront démis de leurs fonctions à la première suspension. Les violations de la Charte commises par les administrateurs doivent aussi être répertoriées.

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Au sujet du groupe

Article VIII

1. Le groupe est public; autrement dit ouvert à tous, même aux non-royalistes (cf Art. II) .

2. Chaque membre doit donc faire preuve de tolérance. Le groupe est là pour construire et convaincre non pour détruire et combattre.

Article IX

1. Le groupe est un espace de travail. Les discussions y sont consacrées aux projets de l’U.R².M. , à la Couronne de France, son passé, son actualité et son avenir et à l’actualité militante.

Parmi les sujets abordés, on y trouve l’Histoire de la Couronne Française en liaison avec l’Histoire européenne; l’évolution et le fonctionnement de la monarchie; la personnalité, les actions et les projets des chefs des branches de la descendance capétienne; la présentation et les combats des différents mouvements royalistes en France; ainsi qu’une ouverture sur les familles royales et princières d’Europe, leur vision de notre pays et l’aide qu’elles seraient prêtes à fournir à notre cause.

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3. Les débats et publications indésirables sus-mentionnées peuvent éventuellement être tolérées dans les annexes du groupe principal de l’U.R².M. telles que « CanaLys » pour les contenus multimédias, et « Le Café Royaliste » pour le reste.

Article X

1. L’U.R².M. en ce qu’elle est Royaliste, unioniste et fondamentalement contre-révolutionnaire, n’a pas pour vocation de faire dans le débat politique et sociétal. Elle fait pleinement confiance au futur Roi et en son Conseil pour prendre les bonnes décisions concernant l’avenir de notre pays.

2. Les responsables de l’Union Royaliste conservent donc le droit de garder leurs positions sur ces questions.

3. Cependant, rien n’interdit aux membres d’aborder des sujets d’actualités tant que la présente Charte est respectée.

Article XI

1. Tout débat ou comparatif entre les différentes mouvances royalistes qui pourrait potentiellement réveiller nos querelles centenaires et assassines, ainsi que déchirer la communauté monarchiste, est formellement proscrit et peut conduire à un avertissement pour son auteur.

2. Un administrateur attisant ou fermant trop souvent les yeux sur ces querelles peut être mis en examen par le Collège des Administrateurs et être déchu de son statut (cf. Art. VI).

Article XII

1. Tout comportement intolérant, fanatique, irrespectueux, xénophobe ou agressif est formellement interdit. Tous les propos allant dans ce sens seront impitoyablement censurés et leurs auteurs suspendus, fermement avertis voire définitivement exclus du groupe, en fonction de la situation. Dans les cas les plus graves, des poursuites judiciaires pourraient être envisagées.

Article XIII

1. Toute atteinte à la sécurité du groupe, incitation à la désinscription et tentative de détournement des objectifs du groupe à des fins personnelles, partisanes ou publicitaires conduira directement à une exclusion définitive.

2. Toute insulte crue, menace, ou tentative de diffamation d’un membre à l’égard de la communauté U.R².M. se traduira par une exclusion définitive du membre concerné.

3. Dans les cas extrêmes ayant sérieusement mis en danger l’intégrité de la communauté, dans des cas d’infiltration du collège, de piratages, ou d’attaques illégitimes ayant mis en péril un projet de la communauté, le Collège se doit d’exclure définitivement le membre coupable et ses éventuels complices et d’inscrire leurs noms en tête des Archives des Sanctions dans la rubrique dédiée, classant les coupables au prorata de la gravité de leurs attaques en écrivant en majuscules la mention « Haute Trahison » .

Article XIV

1. En ce qu’il est public, le groupe se doit également d’être sérieux, clair et facile d’accès afin de permettre aux nouveaux adhérents ainsi qu’aux non-royalistes de se repérer facilement et de trouver les réponses à leurs interrogations. (cf. Art IX. al.2 )

2. Tout commentaire illisible, immature ou sans rapport avec la publication, sera donc supprimé. (cf. Art. V ) .

Article XV

1. Les documents du groupes étant librement modifiables par chacun, tout membre éditant une annonce, document, ou tout autre texte publié au sein de la communauté, officiel ou non, sans l’accord de son auteur recevra un avertissement compte-double, voire une suspension de trois semaines.

2. L’équipe de modération se réserve le droit supprimer un document sinon d’en censurer certaines parties s’il est jugé contraire à la charte.

3. En cas de censure , l’administrateur préviendra l’auteur du document et laissera la mention « CENSURE  » délimitée par deux astérisques aux endroits retirés.

Au sujet des administrateurs

Article XVI

1. Ne peuvent espérer rentrer dans l’équipe de modération que ceux ayant fait preuve d’un certain nombre de compétences et de qualités morales, dont la droiture, la diplomatie et le respect d’autrui. Ni l’ancienneté, ni les opinions personnelles ne rentrent en ligne de compte.

2. La nomination à ce poste ne peut être effectuée que par un autre modérateur.

3. La proposition de nomination faite par un adminsitrateur doit être soumise à un vote au sein du Collège des Administrateurs. Le vote devra faire paraître les options « Consentio », « Recuso » et « Veto », cette dernière option permettra à un administrateur de bloquer la procédure de nomination .

4. Si aucun administrateur n’a usé de son veto et que la nomination est passée, elle peut cependant être invalidée si les deux tiers des modérateurs s’y opposent dans les vingt-quatre heures suivant ladite nomination.

Article XVII

1. Le rôle des administrateurs est de veiller au respect de la Charte et à la bonne entente entre les membres. Pour ce faire, ils lisent toutes les publications et réponses associées, censurant et avertissant dans le cas échéant. Dans les cas les plus graves, ils saisissent le Collège des Administrateurs.

2. Tout membre peut se plaindre du comportement d’un administrateur en le signalant à un de ses collègues. Le Collège pourra éventuellement être saisi.

Article XVIII

1. Tout administrateur faisant preuve d’un comportement suspect, tel que la suppression intempestive de messages, suppression des droits d’un autre administrateur ou autre infraction grave à la Charte, sera immédiatement déchu de ses droits de modération de manière préventive.

2. Ses droits ne lui seront rétribués qu’après qu’il soit lavé de tous soupçons.

Article XIX

1. Tout modérateur peut quitter sa fonction quand il le souhaite. Il lui est cependant demandé d’en avertir le Collège des Administrateurs afin que ce dernier puisse prendre les dispositions nécessaires à son remplacement.

2. Un administrateur se doit d’accepter ses droits d’administration sur son profil personnel s’il souhaite utiliser un profil anonyme pour la modération.

Article XX

1. Les administrateurs se doivent d’utiliser le profil officiel de l’Union Royaliste, auquel ils ont tous accès via les informations de connexion fournies dans le Collège, pour publier annonces et documents officiels.

2. Tout administrateur utilisant ce profil officiel se doit de préciser le nom qu’il utilise pour l’administration à la fin de sa publication.

Le Collège des Administrateurs

Article XXI

1. Le Collège des administrateurs se compose d’un nombre indéterminé de membres représentant les différentes tendances du Royalisme Français. Ils sont choisis parmi les membres de la communauté par les membres du Collège déjà en fonction.

2. Un membre du Collège ne peut rendre publiques des informations conservées en son sein qu’avec l’accord de ses pairs.

3. Tout administrateur diffusant des informations confidentielles au sujet du Collège pourra être mis en examen.

Article XXII

1. C’est le Collège des Administrateurs qui, au travers de la Charte, décide de l’orientation, des objectifs et des actions du groupe. Aucune décision importante ne peut être prise sans son accord.

2. Tout membre outrepassant le présent article et prenant position au nom du groupe sans l’aval dudit Collège recevra un avertissement.

Article XXIII

1. Le Collège des Administrateurs règle également les conflits entre membres et modérateurs. Il peut être saisi à n’importe quel moment par l’un ou l’autre pour juger les cas les plus délicats ou les plus graves (cf. Art. XVII al.2).

2. Il est la seule autorité compétente pour rétrograder et bannir ceux qui enfreignent la Charte.

Article XXIV

1. Les décisions du Collège des Administrateurs se prennent à la majorité absolue. Cependant, dans le cadre de sujets cruciaux pour le développement de la communauté, la mention « Veto » se doit d’apparaître dans la procédure de Vote pour que tout administrateur puisse bloquer à tout moment une procédure en usant de son droit de Veto.

 2. En cas de blocage illégitime d’une procédure de vote par un administrateur à l’encontre de tous les autres membres du Collège, une annulation du vote peut être décidée et un nouveau vote organisé. Dans les cas extrêmes, le Collège peut organiser un référendum à double consultation dont l’issue permettra de décider, après de longues discussions visant à comprendre la position de l’administrateur bloquant, de l’organisation d’une nouvelle procédure de vote excluant l’administrateur opposé à cette dernière.

3. Cependant, l’administrateur opposé à la procédure peut, en dernier recours, saisir le Collège pour défendre son point de vue et dans le cas échéant annuler une nouvelle fois le vote.

4. Dans ce cas, un référendum public fera trancher la communauté elle-même si la question ne relève pas du confidentiel.

5. Si la consultation publique ne convient pas car les conditions précisées ci-dessus ne sont pas remplies, alors un administrateur sera tiré au hasard par des méthodes de tirage équiprobables et il lui sera attribué le choix d’accepter ou de rejeter la proposition.

Article XXV

1. Les administrateurs, en ce qu’ils forment le visage humain du groupe, se doivent de respecter scrupuleusement la Charte et de se montrer, en toutes circonstances, respectueux, dignes et honorables.

2. En cas d’infraction du présent article, l’administrateur délictueux sera convoqué par ses pairs pour répondre de ses actes. En fonction de la gravité de ceux-ci, le Collège se réserve le droit de déchoir l’intéressé de son poste, voire de l’exclure définitivement du groupe (cf. Art. VI al.4).

Article XXVI

1. Les documents du collèges ne peuvent être modifiées qu’avec l’accord de leur auteur et du reste du Collège.

2. Dans les mêmes conditions que l’Article XV alinéa 1, appliqué aux documents du groupe public, tout administrateur tentant de modifier sans l’accord de ses pairs un document du Collège sera immédiatement démis de ses fonctions de manière préventive.

Article XXVII

1. Pour modifier la Charte, un membre du Collège doit présenter à ses pairs la modification qu’il souhaite apporter; cette modification devra être soumise à un vote, puis une fois la Charte éditée, les membres du groupe doivent en être informés.

2. La moindre modification non-autorisée de la Charte par un membre du Collège est passible d’une exclusion sans préavis.

Mesures d’urgence

Article XXVIII

1. En cas d’incident majeur comme le piratage du groupe, la prise de pouvoir d’un administrateur ou la tentative de destruction du groupe, le Collège des Administrateurs se réserve le droit de suspendre l’application de la présente Charte et de prendre toutes les mesures qu’il juge nécessaires, le temps de mener l’enquête et de rétablir l’ordre. Il fera alors un communiqué pour en avertir les membres.

2. Cependant, aucun administrateur n’a le droit de déchoir un de ses pairs sous prétexte d’appliquer les mesures d’urgence sauf approbation exceptionnelle de l’administrateur-fondateur. L’administrateur devra impérativement le contacter avant d’entreprendre toute suppression des droits de modération.

3. En cas de piratage avéré du profil de l’administrateur-fondateur, le Collège pourra décider de supprimer ses droits, mais uniquement pendant l’intervalle de temps pendant lequel il n’a pas pu être contacté.

4. Dès la fin de l’incident, tous les profils d’administrateurs qui n’ont pas été victimes de piratage avéré doivent immédiatement retrouver leurs fonctions.

5. En cas d’infiltration, ou d’impossibilité d’accès au Collège, un Conseil de Crise doit être créé dans lequel aucun membre ne peut avoir de droits de modération sur l’autre.

Article XXIX

1. Si la situation l’exige et que la plupart de ses pairs sont absents, un Administrateur peut passer outre l’Article XXII et prendre des mesures seul. Il en avertira alors simplement les autres membres du Collège sur la page qui leur est dédiée.

2. Ledit Collège jugera, dès que possible, de la suite à donner aux décisions prises en sa vacance. A noter que tout abus de pouvoir manifeste sera passible d’exclusion.

La Restauration monarchique est une tâche importante, primordiale, même, pour l’avenir de notre pays. La réaliser nous commande donc de passer outre les clivages et de nous montrer unis par l’organisation de défilés et de manifestations historiques communs, ainsi que par la publication de tracts et de documents ne portant aucun signe distinctif permettant de les rattacher à une mouvance quelconque, pas même notre groupe.

Si nous nous y mettons tous, nous pouvons y arriver.

UNIS POUR LE ROY

A propos alaintexier

La Saint Martial des Ardents, vers le 12 novembre, peut -et doit- redevenir la grande fête locale de la ville de Limoges. Ce blog propose plusieurs moyens pour y contribuer dont l’opération « Loupiotes » et  » les Rencontres littéraires ». Pour y aider , une seule adresse courriel : sm.ardents@orange.fr

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Columba Marmion

Columba Marmion

Columba Marmion
Nacimiento 1 de abril, 1858
Bandera de Irlanda Dublín, Irlanda
Fallecimiento 30 de enero, 1923abadía de Maredsous, Bélgica
Venerado en Iglesia Católica
Beatificación 3 de septiembre de 2000, por el Papa Juan Pablo II
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El beato Dom Columba Marmion (18581923) fue monje, sacerdote y tercer abad de la Abadía de Maredsous.

Índice

Infancia y vocación

Nacido en Dublín, Irlanda, el 1 de abril de 1858 en una familia numerosa muy devota (tres de sus hermanas fueron religiosas), fue bautizado con el nombre de Joseph. Hace sus estudios secundarios en el Belvedere College de los jesuitas de Dublín. Ingresó al seminario a los 16 años en el seminario de Holy Cross, cerca de Dublín. Terminó sus estudios en Roma en el Colegio de la Sacra Congregatio de Propaganda Fide. Durante el noviciado tomó el nombre de Columba, en honor al irlandés San Columba. Su primer contacto con la vida monástica fue en una peregrinación a la abadía de Montecassino. Fue ordenado presbítero en 1881 y antes de ingresar a la vida monástica se dedicó a enseñar filosofía.

A su regreso, pasa por la Abadía de Maredsous, en Bélgica, un monasterio joven y dinámico, recientemente fundado (en 1872) por monjes venidos de la abadía de Beuron en Alemania y deseó permanecer allí. Sin embargo, su obispo, en Irlanda, renunció a su petición y lo nombró vicario en Dundrum, al sur de Dublín, además de profesor en el Gran Seminario de Holy Cross (18821886) –donde él mismo había realizado sus estudios — donde se inicia en la dirección espiritual.

La abadía de Maredsous.

Llegada a Maredsous

De todas maneras, terminó por volver a la Abadía de Maredsous en 1886 bajo la aprobación de su arzobispo. Allí sus comienzos fueron laboriosos: él tenía 30 años de edad, era sacerdote, debió habituarse a una lengua y unas costumbres para él ajenas. Después de su profesión solemne el 10 de febrero de 1891, Columba tuvo por función ayudar al maestro de novicios, con el cual no se entendía bien, en muchas oraciones en las parroquias de la zona.

El 28 de septiembre de 1893 Dom Hildebrand de Hemptinne, segundo abad de Maredsous, fue nombrado por el papa León XIII el primer Abad Primado de la Confederación benedictina y debió, por este hecho, renunciar a su cargo en la abadía.

En septiembre de 1909, Dom Marmion fue elegido tercer Abad de Maredsous, quedando a cargo de una comunidad de cerca de una centena de monjes, con dos escuelas y algunas publicaciones, en particular la Revue bénédictine. Adoptó como lema: « Servir en vez de dominar ». Bajo su conducción, el monasterio conoció una época de gran esplendor espiritual e intelectual. Las vocaciones aumentaron. Pero Dom Marmion no se mostró desinteresado por las cuestiones temporales. De este modo, hizo equipar a la abadía de corriente eléctrica y de calefacción central, cosas poco comunes en tal época en los monasterios.

Prior del Mont César en Lovaina

Participó en la fundación de la Abadía de Mont César, en Lovaina, en 1899 y predicó retiros en Bélgica y en el Reino Unido. También, en esta época, fue confesor del futuro Cardenal Mercier, con quien trabó amistad.

Estuvo a cargo de pesadas responsabilidades: dirección de jóvenes monjes en período de estudios, profesor de teología, asesor espiritual de otros conventos (religiosas carmelitas), ayuda para la conversión al catolicismo de comunidades anglicanas del sur de Inglaterra (Caldey y Milford Haven) y las propias de su tarea de prior.

El monasterio, Katanga y la guerra de 1914-1918

El gobierno belga había pedido a los monjes de Maredsous que se hicieran cargo de la misión de Katanga, región al sur de Congo Belga. El espíritu misionero de Dom Marmion sin duda no hubiera vacilado, pero la comunidad prefirió consagrarse a la búsqueda y la promoción de las fuentes de la fe, en lugar de lanzarse a la tarea de una evangelización directa. De todas maneras, Dom Marmion prestó una ayuda eficaz a esta misión, tomada a cargo por la abadía de Saint André en Brujas.

Al explotar la Primera Guerra Mundial en 1914, Dom Columba, temiendo la posible reclutación de sus jóvenes novicios, los envía a Irlanda mientras que él mismo continúa su actividad de predicador y de director espiritual. En tal época escribe a un joven que se prepara para la ordenación: « La mejor de las preparaciones para la ordenación es vivir cada día en el amor, por dondequiera que la obediencia y la Providencia nos ubiquen ».

No obstante, la casa irlandesa, establecida en Edermine, no lo deja del todo tranquilo, pues siente mucho la actitud de los jóvene novicios: « … He intentado ganarlos para la constancia en la oración, pero hasta el momento sin éxito. Ellos son buenos, pero aún llenos de confianza en sí mismos… Ellos oponen la letra del Derecho Canónico al espíritu de la Santa Regla». La casa de Edermine será, por otra parte, cerrada en 1920.

El asunto del Monasterio de la Dormición

Después de la Guerra, la necesidad de reemplazar a los monjes alemanes de Beuron, expulsados de su Monasterio de la Dormición y enviados a Jerusalén hizo soñar al Abad Marmion con una fundación de Maredsous en Tierra Santa. A pesar de sus esfuerzos y de los apoyos con los que se vio apoyado, este sueño no logró concretarse nunca, y los monjes alemanes retornaron a la Dormición.

Sus últimos años

Junto al cardenal Mercier, su amigo y confidente, en sus últimos años domina espiritualmente el escenario belga e internacional. Testimonio de ello es, por ejemplo, la larga visita que le hace, en 1920, la reina Isabel de Baviera (1876-1965). Su esplendor se encuentra en su punto máximo, a pesar de su fatiga y de un estado precario de salud.

En septiembre de 1922 reemplaza al obispo de Namur para el peregrinaje diocesano al Santuario de Lourdes. En octubre del mismo año, preside las fiestas con ocasión del cincuentenario de Maredsous, que él mismo dirigió durante 35 años.

Cae enfermo de gripe el 30 de enero de 1923, y muere en su monasterio murmurando « Jesús, María ».

Beatificación

Monseñor Charue, obispo de Namur, aceptó instruir la causa de Dom Columba Marmion. Así, los procesos diocesanos para la beatificación del Siervo de Dios comenzaron el 7 de febrero de 1957, y terminaron en Maredsous el 20 de diciembre de 1961. Con rapidez se le atribuyen favores y milagros, lo que ha justificado que, en 1963, se transportara su cuerpo a la iglesia de la Abadía de Maredsous y la Iglesia reconociera el carácter milagroso de una curación obtenida sobre su tumba.

Dom Columba Marmion ha sido beatificado el 3 de septiembre de 2000 por el Papa Juan Pablo II, al mismo tiempo que:

Después de la ceremonia de beatificación, Juan Pablo II declaró:

« Dom Marmion nos legó un auténtico tesoro de doctrina espiritual para la Iglesia de nuestro tiempo. En sus escritos enseña un camino de santidad, sencillo pero exigente, para todos los fieles, a quienes Dios ha destinado por amor a ser sus hijos adoptivos en Cristo Jesús (cf. Efesios 1, 5). Jesucristo, nuestro Redentor y fuente de toda gracia, es el centro de nuestra vida espiritual, nuestro modelo de santidad ».

« A lo largo de toda su vida el beato Columba fue un excepcional director espiritual, que prestó atención especial a la vida interior de los sacerdotes y los religiosos. A un joven que se preparaba para la ordenación le escribió: “La mejor preparación para el sacerdocio es vivir a diario con amor donde la obediencia y la Providencia nos ponen » (Carta del 27 de diciembre de 1915)”. »

« Ojalá que un amplio redescubrimiento de los escritos espirituales del beato Columba Marmion ayude a los sacerdotes, a los religiosos y a los laicos a crecer en su unión con Cristo y a dar testimonio fiel de él con amor ardiente a Dios y un servicio generoso a sus hermanos y hermanas ».

Sus Escritos

Gracias a Dom Raymond Thibaut, su secretario, la enseñanza oral de Dom Marmion se ha conservado en formato de tres libros:

  • Le Christ, vie de l’âme, publicado en 1917 (En castellano: Jesucristo, vida del alma, por lo menos ocho ediciones: Editorial Litúrgica Española, Barcelona, 1941; Fundación Gratis Date, Pamplona, 1993).
  • Le Christ en ses mystères, publicado en 1919 (En castellano: Jesucristo en sus misterios, por lo menos en cuatro ediciones: Barcelona, 1959; San Pablo, Buenos Aires, 2007)
  • Le Christ, idéal du moine, publicado en 1922 (En castellano: Jesucristo, ideal del monje, Sponsa Verbi, Barcelona, 1960; 1964).

No deben olvidarse sus cerca de 1700 cartas, y un retiro dedicado a religiosas enclaustradas, a quienes predicó en varias ocasiones.

  • La unión con Dios en Cristo, según las cartas de dirección espiritual de Dom Marmión, Buenos Aires, 1939.

Citas

En toda alma, tres espíritus tienden al dominio: el espíritu de falsedad y de blasfemia que, desde el comienzo, sugiere siempre lo contrario de lo que Dios sugiere al oído; el espíritu del mundo, que nos inclima a juzgar las cosas según los deseos de los sentidos y la prudencia carnal, cuando la prudencia de este mundo es locura ante Dios (cf. 1Corintios, 3, 19); y por último, está el Espíritu de Dios, que siempre nos inspira elevar nuestros corazones sobre la naturaleza, y vivir de la fe. Este Espíritu nos llena de paz y de alegría, y produce en nosotros los frutos de los que habla san Pablo (cf. Gálatas 5, 22). El Espíritu de Dios, tanto como nos dirije reproches o nos inclina hacia la confusión para nuestros pecados, llena siempre nuestra alma de paz y de confianza filial en nuestro Padre celestial. Los otros espíritus resecan nuestra alma… nos arrojan hacia el abatimiento y el desánimo.

Antes de ser monje, yo no podía, ante los ojos del mundo, hacer más bien que aquél que yo no haría ahí donde me encontraba. Pero reflexioné, oré y comprendí que yo no estaría seguro de lograr siempre la voluntad de Dios más que practicando la obediencia religiosa. Yo había dado todo lo que me hacía falta para mi santificación, con excepción de un solo bien: el de la obediencia. Ésta es la razón por la cual abandoné mi patria, renuncié a mi libertad y a todo… Yo era profesor, yo tenía, aún muy joven, aquello que llamaríamos una buena situación, de éxito, de amigos que me eran muy queridos; pero no había tenido la ocasión de obedecer. Yo me hice monje porque Dios me reveló la belleza y la grandeza de la obediencia.

Estoy convencido, y por experiencia, que no es mediante la discusión, sino mediante la bondad que se gana o se acompañan las almas. No es queriendo convencer a alguien de su error que se lo gana, sino mostrando en él la verdad con dulzura y benevolencia.

Fiesta

3 de octubre.

Bibliografía

  • Ph. Nyssens-Braun Dom Columba Marmion intime. 138 pages, Editions Ramgal, Thuillies & Maison Casterman, 1939.

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Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne:Bases de données

LA VOIE MYSTIQUE:L’autobiographie du père Surin

LA VOIE MYSTIQUE

adveniat regnum tuum

L’autobiographie du père Surin

Ferdinand CAVALLERA, sj

TABLE

Le texte primitif

I. Le Triomphe de l’amour divin sur les puissances de l’enfer en la possession d’une fille possédée

II La Science expérimentale des choses de l’autre vie acquise en la possession des Ursulines de Loudun.

DEUXIÈME ÉDITION DE LA SCIENGE EXPÉRIMENTALE
ET DU TRIOMPHE

L’édition du « Solitaire »

L’ÉDITION DE L’« ECCLÉSIASTIQUE »

LES ÉDITIONS IMPRIMÉES DE 1828 ET 1829

NOTES

 

 

La plupart des lecteurs connaissent sans doute, au moins de vue, un chétif in-douze, publié en 1828, intitulé : Histoire abrégée de la possession des Ursulines de Loudun et des peines du P. Surin (Ouvrage inédit faisant suite à ses œuvres). A Paris, chez l’éditeur, au bureau de l’Association Catholique du Sacré-Cœur, rue des Postes, n° 24 [1]. En tête, un Avertissement de l’éditeur, qui débute par ces mots : « L’ouvrage inédit du P. Surin que nous publions est connu de beaucoup de personnes, des copies du manuscrit qui le renferme se trouvant dans plusieurs bibliothèques particulières, quelques auteurs l’ont déjà cité avec éloge. Ainsi l’authenticité n’en sera pas contestée. » C’est  tout ce qui est consacré à la question d’auteur et aux origines de l’ouvrage. Celui-ci se présente d’ailleurs d’une façon assez compliquée, en quatre parties, comprenant chacune deux livres ; les deux premières concernent la possession de Loudun ; les deux dernières exclusivement les peines dont le P. Surin souffrit plus de vingt ans, à la suite de sa participation aux exorcismes, et les grâces singulières qu’il reçut au cours de cette même période. L’ensemble présente donc une certaine unité, puisque, dans les deux premières parties, c’est surtout le rôle du P. Surin et sa manière d’exorciser qui sont mis en lumière en même temps que leurs excellents effets sur la libération de Jeanne des Anges.

Or dès l’année suivante, paraissait à Avignon, chez Seguin aîné, un autre volume, de format analogue et de contenu semblable, avec un titre un peu différent : Triomphe de l’amour divin sur les puissances de l’enfer et la possession de la mère prieure des ursulines de Loudun. Première partie et Science expérimentale des choses de l’autre vie avec Le moyen facile d’acquérir la paix du cœur. Ouvrages posthumes du P. Jean-Joseph Surin de la Compagnie de Jésus [2]. L’avis de l’éditeur se montrait plus explicite que l’avertissement du précédent et fournissait sur les origines de cette publication les détails suivants : [3]

Le Manuscrit original des Œuvres posthumes que nous publions est composé de quatre Parties. La première a pour titre : Triomphe de l’amour divin sur les Puissances de l’Enfer, en la possession de la Mère Prieure des Ursulines de Loudun : on y trouve les détails les plus instructifs et les plus piquants sur cette célèbre Possession, la méthode que le Père Surin suivit pour chasser les démons, et des renseignements précieux pour la conduite des âmes dans les voies spirituelles. La seconde Partie contient le récit des peines inouïes que les démons firent souffrir au Père Surin, après qu’il les eut chassés du corps de la Mère Prieure, et la troisième les grâces extraordinaires dont il fut favorisé de Dieu. La quatrième Partie a pour titre : Science expérimentale des choses de l’autre vie. Elle contient de nouveaux détails sur la Possession dont l’Histoire se trouve dans la première Partie. L’auteur se sert de ces faits prodigieux pour établir la réalité des Démons et donne ensuite, d’après les dépositions mêmes de ces esprits infernaux, des notions très curieuses sur leur nature et leur puissance et sur ce qu’il appelle l’économie du Royaume des ténèbres. Cette quatrième Partie étant comme la suite et la conséquence de la première, doit être lue immédiatement après celle-ci. C’est pourquoi nous les avons réunies dans ce volume. La seconde et troisième Partie, traitant de sujets un peu différents et qui d’ailleurs ne conviennent pas à toutes sortes de personnes, formeront un volume séparé. L’authenticité de ces ouvrages est incontestable. Leur existence était depuis longtemps reconnue : ils sont cités dans plusieurs livres et notamment au chapitre III de la IIIe Partie d’une vie du P. Surin que le célèbre M. Boudon, Grand-Archidiacre d’Evreux, a publiée… M. Boudon les avait eus entre les mains, et en a même inséré plusieurs fragments en divers endroits de son livre. Il serait donc superflu d’insister davantage sur ce point. Quand au style, on le trouvera fort négligé, mais nous avons dû le laisser tel quel.

Délibérément ou non, l’éditeur de cet ouvrage ignore, on le voit, la publication parisienne de l’année précédente. Nous ne pouvons l’imiter. D’où le problème qui se pose nécessairement : l’un et l’autre de ces textes se donnant comme œuvre inédite du P. Surin et offrant en grande partie le même contenu : quel est celui dont les prétentions sont justifiées ou plutôt qu’en est-il de l’authenticité de l’un et de l’autre [4] ? Si l’on se reporte au passage indiqué de Boudon, la difficulté augmente. Il renferme une précieuse liste [5] des écrits alors encore inédits du P. Surin. On y lit après deux autres titres :

Le Triomphe de l’amour divin sur les Puissances de l’Enfer.

Un traité de la Perfection.

Plusieurs livres de la science expérimentale acquise en la possession par les démons des religieuses Ursulines de Loudun.

Un traité des secrets de la grâce…

Les deux parties de la publication de 1829 sont donc présentées ici comme formant deux ouvrages absolument distincts. De plus la Science expérimentale, loin de n’être que la quatrième partie de l’ensemble décrit par l’éditeur, est mentionnée expressément comme étant en plusieurs livres.

Si l’on a recours, comme il est nécessaire, aux manuscrits, pour compléter la documentation et chercher une solution satisfaisante, l’énigme se complique encore au premier abord. Ce n’est pas que les manuscrits fassent défaut. « L[‘Autobiographie] du P. Surin est perdu, écrit le P. Michel [6], mais il existe de nombreuses copies, plus ou moins complètes et conformes à l’original. Nous en avons trouvé et examiné vingt-sept, dans des bibliothèques publiques ou privées, à Paris, dans la Bibliothèque Nationale, Mazarine, de la Sorbonne, de l’École Sainte-Geneviève, du Séminaire Saint-Sulpice, de la Visitation rue Denfert-Rochereau, des PP. Jésuites, rue de Sèvres ; à Sens, Amiens, Auxerre, Chartres, Poitiers, Ajaccio, Saint-Pétersbourg.[7] » Mais ils présentent une situation qui ne répond en rien à la description donnée par l’éditeur de 1829. « Aucun de ces manuscrits ne renferme les quatre parties » [8] décrites plus haut. On peut de se point de vue les grouper en plusieurs séries :

1° Les uns sous le nom d’Abrégé ou d’Histoire de la possession, répondent substantiellement au volume publié en 1828, mais sont expressément présentés comme un arrangement de l’œuvre primitive du P. Surin, due sous une première forme à « une personne solitaires » et sous une seconde, retravaillant cette première adaptation, à « un ecclésiastique ». Ce sont de beaucoup les manuscrits les plus nombreux. Ils contiennent en somme l’équivalent des trois premières parties signalées par l’éditeur de 1829.

2° D’autres manuscrits n’offrent que la première partie avec le titre donné par l’éditeur de 1829 : Le triomphe de l’amour divin, dans un texte identique à celui qu’il publie et fort différent, comme on peut le voir, du texte des deux premières parties, — de contenu semblable, — de l’Histoire de la possession, publiée en 1828.

3° Plusieurs manuscrits présentent sous le titre commun Le Triomphe de l’amour divin, avec cette première partie dont le texte est substantiellement identique à celui de 1829, la deuxième et la troisième parties, réservées alors par l’éditeur pour un second volume, avec respectivement, pour chacune, le titre particulier dont je transcris la ponctuation défectueuse :

Deuxième partie. — De la science en laquelle le P. Surin parle des maux qui lui sont arrivés en suite de la possession des démons chassés par son ministère.

Troisième parie. De la science expérimentale où le Père traite des choses en particulier qu’il a reçues à l’occasion et en suite de la possession de Loudun.

« Parmi les copies qui réunissent les trois parties, écrit le P. Michel [9], deux l’une à Sens (n° 164), l’autre à l’École Sainte-Geneviève (n° 301 bis) reproduisent fidèlement, ce me semble, le texte du P. Surin : 1° Les deux copies sont identiques, bien que l’une ne soit pas une copie de l’autre. Ce dernier point ressort des mots différents omis par les copistes et des corrections faites au manuscrit de Sens à la suite d’un collationnement. 2° Les deux copies sont plus complètes que les autres et l’ordre des matières comme le style ne paraissent pas avoir subi de modifications. On en peut juger par l’analyse d’une copie certainement fidèle conservée en 1690 au collège de la Flèche, analyse faite par l’auteur de la copie de Chartres. — 3° Enfin l’origine de ces deux copies nous est une sérieuse garantie de leur authenticité. Le manuscrit de Sainte-Geneviève provient de la bibliothèque de la maison professe des Jésuites de Paris et porte en tête ce paraphe : Paraphé au désir de l’arrest du cinq juillet mil sept cent soixante-trois. Mesnil. Le manuscrit de Sens fut laissé au chapitre de Sens par son doyen M. Nicolas Taffoureau, nommé évêque d’Alet en 1699 et mort en 1708. Le même prélat avait encore fait don aux  chanoines de Sens d’une copie de la 4e partie de l’histoire de la possession par le P. Surin (ms 163) et d’un recueil d’environ 160 lettres (ms 162) du même Père avec un beau portrait gravé de l’auteur, que nous n’avons pas rencontré ailleurs ».

Ces deux manuscrits (301 bis et Sens 164) sont utilisés pour les pages qui suivent.

4° Certains manuscrits contiennent seulement ce que l’éditeur de 1829 a publié sous le titre : La science expérimentale, etc. « Nous possédons, écrit encore le P. Michel, trois manuscrits de la quatrième partie, un à la Bibliothèque Nationale, fonds français, 145.96, et les deux autres, notablement retouchés, pour le style, à l’École Sainte-Geneviève et à la Bibliothèque de Sens (n° 163). Ces deux derniers sont deux copies d’un même manuscrit ou l’un d’eux est copie de l’autre ». C’est une copie du manuscrit 145.96 (j’ai aussi collationné sommairement Sens n° 163) qui me sert pour cette étude. Il est essentiel de remarquer qu’aucun de ces trois manuscrits qui représentent seuls jusqu’ici la « quatrième partie » de l’ouvrage du P. Surin, ne porte cette appellation de quatrième partie. Ils ont simplement comme titre celui-là même que l’éditeur de 1829 donne en abrégé au frontispice et, incomplètement encore page 149 : Science expérimentale des choses de l’autre vie acquise en la possession des Ursulines de Loudun par le P. J. J. Surin. De plus il n’y a pas deux sections mais deux parties, au moins en apparence, car on va bientôt voir que le texte authentique contredit la division adoptée dans les manuscrits.

Tel est l’état matériel de la tradition manuscrite, en faisant actuellement abstraction du contenu même de ces ouvrages. A la réflexion le lecteur ne peut qu’être frappé : 1° du désaccord des imprimés et des manuscrits avec les indications données par Boudon ; — 2° du titre énigmatique donné à la 2e et à la 3e partie du Triomphe et du rapprochement que ces titres suggèrent avec ce que l’éditeur de 1829 présente comme une quatrième partie avec ce titre spécial : La science expérimentale, etc. Il est évident d’ailleurs que le titre de la 2e et de la 3e partie du Triomphe doit se lire : Deuxième partie de la science (en supprimant le point après partie) ; — Troisième partie de la science expérimentale, ce qui fait écho aux indications de Boudon : « Plusieurs livres de la science expérimentale ». D’où la suggestion qu’il faut peut-être détacher cette seconde et cette troisième parties, de la première qui existe à part, en plusieurs manuscrits, sous le titre spécial : Le triomphe de l’amour divin, etc., et les rattacher à l’écrit intitulé Science expérimentale, dont elles partagent elles aussi l’appellation.

Nous n’en sommes jusqu’ici qu’à des suggestions, à des conjectures qui paraissent plausibles. Il reste à les vérifier, à les préciser, et par suite à les transformer en certitudes, si possible, d’après l’étude directe des textes. On va voir que rien n’est plus aisé et que, grâce aux indications multipliées par le P. Surin lui-même, il est possible d’établir solidement que, à propos de la possession de Loudun, puis des maux et des grâces insignes dont elle a été pour lui l’occasion, pendant plus de vingt ans, le P. Surin a écrit deux ouvrages tout à fait distincts, aussi bien par le contenu que par la date de composition :

1° Le triomphe de l’amour divin sur les puissances de l’enfer en la personne d’une fille possédée [en la possession de la mère supérieure des Ursulines de Loudun] [10] répondant substantiellement au premier traité publié par l’éditeur de 1829 et qualifié par lui de première partie. Cet ouvrage de caractère historique, commencé en 1636, puis interrompu, a été repris et définitivement achevé en 1660.

2° La science expérimentale des choses de l’autre vie acquise en la possession des Ursulines de Loudun, ouvrage en quatre parties répondant, la 1e et la 4e, aux deux sections de la Science expérimentale, publiées en 1829 comme quatrième partie du soi-disant ouvrage d’ensemble du P. Surin, sur la possession de Loudun ; la 2e et la 3e, aux parties correspondantes du manuscrit de Sainte-Geneviève (301 bis) et de Sens (114) et, avec remaniements, abréviations, interpolations, etc., aux troisième et quatrième parties de l’Histoire abrégée, de 1828. Cet ouvrage a été composé tout entier à Saint-Macaire, non loin de Bordeaux, en août/septembre 1663, puis retouché et mis dans un autre ordre ultérieurement. Plus tard encore, par suite du caractère plus historique de la deuxième et de la troisième parties qui les rapprochait tout naturellement du Triomphe de l’amour divin, on les a détachées du reste de la Science expérimentale, qui est, comme on le verra un traité d’apologétique, et on les a jointes à ce Triomphe, de manière à former comme une sorte d’autobiographie du P. Surin racontant, à l’occasion de la possession de Loudun, son histoire surtout intime au cours des trente dernières années de sa vie.

Il reste à fournir la preuve de ces diverses assertions.

I° En ce qui concerne l’existence d’un premier ouvrage distinct (la soit disant première partie de 1829) sous ce titre Le Triomphe de l’amour divin, etc. et que le P. Surin considérait comme l’histoire même de la possession, les témoignages abondent. Il faut signaler d’abord les nombreux passages de la Science expérimentale où le P. Surin y renvoie, non pas comme à une première partie, précédemment écrite, du même ouvrage, mais comme à un livre tout à fait indépendant. Je ne citerai que quelques textes d’après le manuscrit 145.96 (A), en indiquant où il y a lieu les passages correspondants de l’imprimé de 1829, que j’appellerai S.

A 7v : comme il est dit au long dans le récit que nous avons fait qui n’est pas encore publié et ne le peut estre qu’en son temps. A 11r : comme nous avons écrit en l’histoire ; ibidem : comme nous disons en l’histoire. A 12r : dont nous avons spécifié les particularités dans l’histoire où il faut renvoyer nécessairement les lecteurs qui pourront remporter cette satisfaction de savoir que toute cette histoire est conclue par la continuation de plusieurs effets miraculeux dont l’on n’a pas mesme raconté la centième partie pour n’avoir pas été possible d’en venir à bout. — Ibidem : Plusieurs sont dans l’histoire qui ne peut point encore être produite, jusqu’au temps que Dieu l’ordonnera, je dis être produite, au moins en son entier, car pour le gros de l’histoire, il y a une personne de condition et d’esprit qui travaille à la recueillir [11]. — A 14v : à cause que ce sont des choses que j’ai écrites ailleurs fort exactement, pour le moins celles dont j’ai été témoin de la vue et de l’expérience. — A 24r : Cela paraîtra manifestement par la lecture du récit que j’ai fait de toute l’histoire où je raconte les voyes dont je me suis servi pour la délivrance de la mère ; ibidem : suivant qu’il est raconté dans l’histoire. — A 25r : je ne veux pas ici redire ce que j’ai dit en l’histoire de la délivrance de la mère. — 26r : nous nous avons encore dit dans le gros de l’histoire ; — 27r : par les accidents qui sont descrits en notre histoire et que je ne veux point repeter ici. — 29r : et comme j’ai dit dans l’histoire de la délivrance… qui sont choses que je n’ai voulu redire comme l’ayant assez dit en cette histoire laquelle je ne veux point confondre avec ce que j’ai dit, car ceci n’est dit que purement pour marquer les choses extraordinaires qui ont leur cause dans l’autre vie. — 30v : (S. 182) : C’étaient des défis naturels des uns contre les aultres que j’ai raconté dans l’histoire. — A 38r : en sa guérison qui advint l’an 1636, laquelle est bien déduite en l’histoire de sa délivrance. — 38v : les particularités de cette apparition sont dans l’histoire que j’en ai faite.

Je donne à la suite, les allusions contenues dans ce que l’éditeur de 1829 appelle : section seconde ; le manuscrit : seconde partie et qui est en réalité la quatrième partie de la Science expérimentale primitive.

A 49r : Dans le livre que nous avons fait de cette histoire de la possession de Loudun (S p. 228 : dans l’histoire que nous avons faite de la possession de Loudun). A 54r S p. 245 : de sorte qu’ayant escrit l’histoire de cette possession de Loudun, nous l’avons intitulée Le Triomphe du divin amour sur les puissances de l’enfer en la personne d’une fille possédée. — A 57r S 254 : Cette vérité suit manifestement de l’histoire que nous avons racontée en la délivrance de la mère ; — A 57v : Conformément à ce qui a été dit dans l’histoire de la délivrance. — S 258 : ainsi que je l’ai dit en l’histoire (pas dans A, au moins au passage correspondant).

Il est inutile de continuer, car au début du chapitre 9 (A 59v, S p. 260) le P. Surin s’exprime de la façon la plus claire à ce sujet et qui satisfera pleinement ceux que certains des textes précédents auraient laissés sceptiques :

Pour satisfaire à ce que j’ai mis dans le titre de ce chapitre, il fault que je fasse mention d’une chose qui n’est pas dans ce livre mais qui est tirée de celui de l’histoire de la possession qui est un ouvrage que je commençai, il y plus de 25 ans ; c’était l’an 1636 et que j’achevaI l’an 1660, lorsqu’après avoir été, à raison des maux qui me sont venus par l’obsession des démons, tout le temps entre deux, sans avoir eu la faculté d’escrire et un empêchement à toute sorte de mouvements, je MIS FIN à cet ouvrage ; car soudain que Notre-Seigneur m’eut rendu cette faculté, je continuay et achevaI cette histoire.

On voudra bien retenir les mots j’achevai, je mis fin, pour la démonstration de la seconde partie de ma thèse sur le contenu de le Science expérimentale. Il ne sera pas inutile, non plus, de faire remarquer que, dans les manuscrits où est donnée comme seconde et troisième partie du Triomphe ce qui, selon nous, est la seconde et la troisième partie de la Science expérimentale, on rencontre, bien que plus rarement à cause du sujet, les mêmes allusions au contenu du Triomphe, comme à une Histoire distincte. (Je désigne par B le manuscrit 301 bis, autrefois à l’École Sainte-Geneviève) :

2e Partie : B 352 : qui sont marques dans l’histoire de sa délivrance ; — 363 : Je ne veux ici mêler les discours présents avec ce qui [est] déjà escrit en l’histoire qui a été faite de la délivrance ; dans le livre des histoires, il est dit comme quoi le Père fust envoié. — 368 : qui sont décrites dans l’histoire. — 3e Partie : B 542 : il faudra voir dans l’histoire que nous en avons faite…, lesquelles sont décrites dans cette même histoire.

II° La Science expérimentale. État primitif. La démonstration est plus délicate, mais rendue facile, dans une large mesure, ici encore, par le texte même des manuscrits. Il faut savoir que le début de cet ouvrage a été remanié mais, fort heureusement, les manuscrits ont conservé, après la seconde rédaction, la première. Elle contient des indications extrêmement intéressants, dues au P. Surin lui-même. Voici la note préliminaire placée par lui au début de son ouvrage, après qu’il l’eut terminé :

Science expérimentale des choses de l’autre vie acquise en la possession des religieuses ursulines de Loudun, par le P. Jean-Joseph Seurin de la Compagnie de Jésus.

Écrit à Saint-Macaire l’an 1663.

Secretum meum mihi.

Secretum meum mihi.

Combien que j’aie dit au commencement du 1er chapitre que les choses ici couchées sont pour l’instruction et la consolation de plusieurs âmes, pourtant la plus part ne peuvent être communiquées, particulièrement celles de la seconde partie. La 3e partie peut estre moins communiquée que la 2e, mais la 4e le peust tout à fait, si Dieu nous fait la grâce de les produire, car la 4e est une quantité de réflexions sur la vérité de l’histoire déduite en la première partie et dont on peust tirer grand profit.

La 1er et la 4e partie ne sont pas difficiles à identifier. Elles ne sont autres que les deux sections de la Science expérimentale, publiée en 1829, com-me le prouve d’identité des titres : Première partie où sont les arguments qui prouvent les choses de l’autre vie (cf. S. p. 151). Seconde partie [au lieu de quatrième, par suite d’un remaniement postérieur] de la science expérimentale, contenant des réflexions sur les vérités qui ont esté déduites dans la partie précédente (cf. S. p. 198). Que cette seconde partie soit bien celle qui était primitivement la quatrième, il est facile de le démontrer, outre l’identité du titre caractérisant le contenu [12], par l’entête du chapitre 13 [12e dans le manuscrit qui invite plus loin (67v) à corriger] où l’on a, par mégarde, après le remaniement, laissé le texte primitif : Conclusion de cette Quatrième partie qui est une réflexion sur la nature de la possession du diable (A. 65v S. p. 283). Un détail du chapitre 12 confirme cette assertion car il suppose nettement que la 2e et la 3e partie, telles qu’elles seront identifiées plus loin, sont déjà écrites (A. 69r) : « Qui lira ce qu’il en a écrit et qu’il a cacheté pour n’être point lu pendant sa vie, verra clairement ». Et non loin de là (A. 68v) : « Toutes ses calamitez qui sont assez visibles par la déduction de ce qui est escrit dans les deux parties qui ne sont pas encore produites [13] (c’est-à-dire la 2e et la 3e partie où il est question de ses maux et des grâces qui ont compensé). »

La date de composition de ces deux parties ne fait pas davantage difficulté. L’année 1663 est expressément indiquée au début de l’ouvrage, (A. 14r) : « Première partie… chapitre premier (titre)… A Saint-Macaire, ce 23 août 1663. » Cette même année est rappelée plus loin (A. 31r) à propos de la rénovation des noms, sur la main gauche de Jeanne des Anges : « Tous quatre ont demeuré jusqu’à l’année 1662, au jour de S. Jean auquel, pour la dernière fois, se fit leur rénovation. A l’heure que je parle, qui est l’an 1663, ces noms sont tout à fait abolis ». Ce passage est antérieur à la seconde rédaction des deux premiers chapitres de l’histoire où les mêmes faits sont rapportés mais où est affirmée très nettement, de la part de Jeanne, une démarche qui, là, est donné sous la forme la plus dubitative. De même, A 37r, il est fait allusion à un voyage à Loudun « il n’y a pas deux ans » de « gens de qualité (M. et Mme Dusault), de Bordeaux », voyage accompli aux environs de la Toussaint, comme le P. Surin le rappelle là même, en 1661, ainsi qu’il résulte de nombreuses lettres de la correspondance, la plupart inédites, dont la date est indubitable. De même pour la 4e partie (la seconde d’après A). « De sorte qu’étant dans l’âge de 65 ans, il ne fait que sortir d’une mission très pénible prêchant tous les jours a de grands peuples et confessant prodigieusement sans en être incommodé en sa santé, ayant des forces pour tout » (A 68v). Il faudrait même en conclure que certaines pages ont été écrites seulement en 1665, peu avant la mort du Père (22 avril de cette année) si les particularités rappelées n’étaient en désaccord avec ce que la correspondance fait connaître des occupations du Père en ce temps ; tout au plus peut-on hésiter entre 1663 et 1664 : le Père Surin étant né en 1600, le 9 février, se trouvait en effet, à partir du 9 février 1664, dans sa soixante-cinquième année. Mais il peut y avoir une erreur de date — il y en a d’autres chez lui — 65 pour 63 ans. Les détails qu’il donne là sur ses occupations conviennent aussi bien à 1664 qu’à 1663.

Reste l’identification de la 2e et de la 3e partie. On a vu plus haut que, d’après nous, elles ne sont autres que la 2e et la 3e partie qui, dans les manuscrits, suivent le Triomphe et sont donnés par l’Histoire publiée 1828, comme 3e et 4e parties.

1° Un premier argument est le titre même que ces parties ont dans les manuscrits : Deuxième (troisième) partie de la science (expérimentale), etc. ; titre inexplicable si primitivement, en effet, ces parties n’appartenaient pas à la Science expérimentale.

2° Elles rentrent d’ailleurs, par leur sujet, directement dans le plan de ce dernier ouvrage, tel que le donne la préface et sont au contraire en dehors de celui du Triomphe, comme le définissent les premières lignes : « On ne fera récit dans cette histoire que des choses qui se sont passées en l’affaire de la possession de la mère Prieure des Ursulines de Loudun ». L’on sait que cette seconde et cette troisième parties, racontent au contraire la vie intime, si douloureuse et si mystique à la fois, du P. Surin, depuis son retour du pèlerinage d’Annecy en 1638 jusqu’à l’année 1663.

Étant ici en repos, écrit-il au début de la Science expérimentale, à cause de la tranquillité de ce séjour et de la liberté que j’y ai, me voyant exempt des affaires qui m’accablent ailleurs, j’ai cru qu’il serait bon de m’employer à mettre par écrit des choses que j’ai souvent eu la pensée d’écrire et de ne pas laisser échapper de ma mémoire ce de quoi  les âmes peuvent tirer grande instruction, et consolation, marquant ce que Notre-Seigneur m’a fait connaître et expérimenter des choses de l’autre vie et qui passent d’état ordinaire de la foi dans lequel nous n’avons d’autres objets que ceux qui touchent les sens et qui sont dans l’usage commun de cette vie présente.

Je ne veux point garder d’autre ordre que celui des temps. [Ici la phrase citée page 162 : A 14v]. Je me contenterai de marquer celles que j’ai éprouvées en ma personne, Notre-Seigneur ayant permis que j’en aie senti plusieurs dans mon corps et dans mon esprit, et qu’il n’y a point de sujet de tirer crainte de tout cela, étant toutes choses faites sans moi ou s’il y a du mien c’est toujours avec plus d’aide de la grâce de Notre-Seigneur que de mon industrie et de mon travail.

Nulle part la prépondérance de l’élément personnel n’apparaît mieux que dans ces deux parties.

3° Le P. Surin signale encore dans la note préliminaire de la Science expérimentale que la « 2e partie ne peut être communiquée et la 3e moins que la 2e ». Or voici ce qu’il écrit au début de la 2e partie dans le manuscrit 301 bis (p. 347-8) : « J’ai été longtemps en doute si je mettrais par écrit les choses que j’ai entrepris de déduire en cette partie, la raison pour ne le faire pas est que ce sont des choses si étranges et si peu croyables que ceux qui les verront écrites les prendront pour des vraies fantaisies et imaginations d’un esprit égaré et qu’il y a plus de sagesse de se celer que de se publier ». Et au début du chapitre 7e (p. 408) : « Ce que je dois dire dans ce chapitre ne se peut pas bien communiquer à d’autres qu’aux religieux de notre Compagnie à cause qu’il se passa des choses fort étranges, dont d’autres qu’eux ne seraient pas capables  ».[14] De même au début de la 3e partie, immédiatement après le titre, vient cette note : « Ce qui est écrit ne se doit communiquer à personne ».

4° A la fin de cette seconde partie se trouve l’affirmation expresse de son appartenance au mê-me ouvrage que la première partie de la Science expérimentale. Tandis que le Triomphe n’est qu’une simple histoire, la Science, je l’ai déjà remarqué, est un ouvrage apologétique destiné à démontrer, par les preuves personnelles que Surin a eues de l’action des démons, en lui et autour de lui, l’existence du monde surnaturel en général, de Dieu et de l’autre vie en particulier. Ce dessein qu’il formule au commencement même de l’ouvrage, il le rappelle en ces termes à la fin de la seconde partie (manuscrit 301 bis, p. 338) :

Il y a pourtant une chose encore à dire, c’est que la vue des choses que j’ai ici alléguées soit en première ou seconde partie, est seulement de celles qui sont prises des démons ou de leurs opérations dont aucunes ont été si manifestes qu’on conclut évidemment qu’il y était et de là on vient à connaître manifestement aussi celui qui les a créés et qui les punit ; je ne me suis point hasardé d’avancer d’autres preuves que celles qui sont prises de ce côté-là, et il y a des personnes meilleures que moi qui en ont eu d’autres et qui les ont alléguées… [Le développement se poursuit pendant deux pages, 538-540 et se termine par ces mots} : Car tout ce que j’ai dit peut bien suffire pour imprimer cette créance qu’il y a un Dieu dans le ciel qui nous a sauvés par son fils, lequel a fondé son Église et a laissé le moyen à tous les hommes de parvenir au salut éternel, Dieu nous en fasse grâce » [15]. De même au début de la troisième partie (manuscrit p. 51-542) : Après ce défi dont j’ai parlé en la première partie ».

5° La date de composition confirme pleinement tout ce qui vient d’être dit. On a vu plus haut que Surin affirme qu’il a achevé le Triomphe en 1660, époque où il n’a pas quitté Bordeaux, comme il résulte de sa correspondance. En 1663, au contraire, il passe la plus grande partie de l’année à Saint-Macaire. On l’y trouve dès le premier février et il ne le quitte que momentanément pour Bordeaux. Ayant pleinement recouvré ses forces physiques, il en profite pour se livrer aux labeurs apostoliques parmi les villageois et en particulier donner des missions. Ces faits que la correspondance inédite de 1663 rappelle souvent, sont également signalés, à plusieurs reprises, au cours de la deuxième et de la troisième partie, comme dans la première et dans la quatrième :

Deuxième partie, manuscrit 301 bis, chapitre 4, p. 375 : Enfin il [Surin] se rendit à Saint-Macaire, où je suis à présent écrivant ceci, et par ce que j’ai commencé à écrire parlant en tierce personne, je continuerai de même ». Un peu plus loin (p. 380) : « En cette disposition il vint en ce lieu de Saint-Macaire, il fut logé au même lieu où il a été diverses fois cette année » ; (p. 385) à propos de sa chute ) Saint-Macaire, en 1645 : « Il y a dix-huit ans [1645-1663] de cette chute et comme on a loisir de devenir vieux, il se fait des changements dans les dispositions ; à présent je suis ici dans le même lieu ou la chute est arrivée en tantôt je parle de ceci en première personne, quelques fois en tierce personne, selon que la disposition s’y trouve ». (Cf. p. 617 : « Au temps que j’étais en ce pays, c’est-à-dire à Saint-Macaire, il y a dix-huit ans ». Un peu plus haut, page 383 il avait écrit : « Il n’y a pas encore un mois qu’au même lieu ou le Père tomba, un chat voulant atteindre un passereau, tomba et se tua ».

Troisième partie, chapitre 3 (577-581) : « Et qu’étant vieux, car j’ai soixante-trois ans et passés [9 février 1600/août 1663]… je prêche au simple peuple dans les villages et Dieu laisse mon cœur content » ; page 585 : « A peine y a-t-il trois ans que je suis dans un état paisible et constant » ; chapitre 6 (p. 615-616) tout un développement sur ses occupations à Saint-Macaire ; je ne cite que l’essentiel : « Après lesquelles peines vint l’état de douceur et de consolation et la liberté du mouvement dont j’ai parlé en cette partie et c’est ce qui s’est rendu stable et je le possède à présent avec la liberté de prêcher et de servir les âmes, comme je fais étant à la campagne à une lieue de Saint-Macaire où je dois prêcher demain qui est dimanche à une paroisse nommée Saint-André et je prêchai hier qui est la fête du Saint Martyr et à mon avis il y a de la bénédiction de Dieu… »[16]

Or en 1663 nous avons une longue lettre pour Jeanne des Anges, « écrite à Saint-André, à la mission, ce 26 août. » J’en transcris seulement ce passage :

« Je vous écris d’un lieu où je suis dans la mission, à trois lieues de Bordeaux. Nous sommes ici pour le service des âmes à un bourg champêtre et nonobstant qu’il y ait de l’emploi dans l’extérieur, il y a bien lieu à goûter les douceurs de Dieu [17]. Sortant de cette mission, ce qui sera dans treize jours, j’irai à Saint-Macaire et à Bazas voir vos sœurs ».

Quelques jours plus tard, dans une lettre commencée le 15 septembre à Saint-Macaire et achevée à Verdelais, « ce jour des Stigmates de Saint François », Surin écrit à Jeanne des Anges ces lignes qui peuvent servir de conclusion à la première partie de ce travail :

« Je suis après un ouvrage que je commençai le 23 du mois passé, dont je crois vous avoir écrit par ma dernière. Ce sont les choses que je voulais que vous me mandassiez ou me fissiez mander de vos nouvelles, de quoi ordinairement vous êtes assez oublieuse, je vous mandais donc que j’avais commencé un ouvrage que je nomme Science expérimentale des choses de l’autre vie acquise en la possession des filles de Loudun. C’est un livre où je dis mes expériences et parle de mes maux en l’état passé. Je ne prétends pas publier cela, mais il se trouvera dans ma chambre, quand je mourrai, et l’ai quasi achevé. Si nous nous voyons, je pourrai vous en montrer quelque chose. Enfin ma conclusion est qu’il n’y a rien tel que Dieu et que son service est préférable à toutes les choses de ce monde. J’ai joie de me voir quasi au bout de ma carrière, j’attends de cette vie ».

A

Le texte primitif

I. Le Triomphe de l’amour divin sur les puissances de l’enfer en la possession d’une fille possédée

On a vu dans la première partie de ce travail, que le P. Surin avait commencé en 1636 et achevé en 1660 un ouvrage sur la possession de Loudun intitulé : Le Triomphe de l’amour divin sur les puissances de l’enfer, en la personne d’une fille possédée [18]. Il débute par cette courte préface où est très nettement exposé le but de l’écrit avec son caractère historique et autobiographique :

On ne fera récit dans cette histoire que des choses qui se sont passées en l’affaire de la possession de la Mère Prieure des Ursulines de Loudun, nommée sœur Jeanne des Anges, de la Maison de Cozé, depuis le temps que le R. P. Surin, de la Compagnie de Jésus, prit charge de l’exorciser et raconterons avec l’assistance divine le plus fidèlement qu’il nous sera possible, les effets de miséricorde que Dieu a fait paraître sur cette âme et comme quoi le divin amour, par le ministère de ce Père l’a tirée de l’effroyable captivité du Diable, pour la posséder, non seulement en la liberté de ses Enfants, mais encore en la possession d’une haute grâce, faisant confusion en la maison de Nabuchodonosor par la générosité d’une fille et donnant par ce moyen un plein triomphe à son amour sur les ennemis de son royaume [19].

Effectivement, au cours des quatorze chapitres qui composent cette histoire, le P. Surin recueille ses souvenirs personnels non pas sur tout ce dont il a été témoin à Loudun, au cours des années 1634-1637, pendant lesquelles, il y a séjourné à deux reprises, mais sur la façon très particulière dont il a compris son rôle d’exorciste et les fruits de sanctification qui en on résulté pour l’âme de Jeanne des Anges. Sans doute, ce qui concerne directement la possession et l’action contre les démons occupe une large place dans le récit, mais l’intérêt, même du P. Surin, est manifestement ailleurs. Il s’agit pour lui de montrer comment la meilleure méthode d’expulser les démons consistait, comme il l’a fait, à tirer avant tout Jeanne des Anges de l’état de tiédeur spirituelle où elle se trouvait, à éveiller en elle le goût et le besoin de l’oraison, à lui faire vouloir la pénitence et le renoncement. Derrière le drame extérieur qui met aux prises l’exorciste avec les « ennemis de la nature humaine », il y a le drame intime qui se joue dans l’âme même de Jeanne qu’il s’agit de conquérir définitivement à Dieu. Surin veut démontrer l’efficacité de cette méthode purement spirituelle. Il y a évidemment profit, en dépit des bizarreries et des singularités dont abonde le récit, à suivre l’application de cette méthode si persévéramment employée et à connaître dans le détail les procédés auxquels a recours le directeur pour guider cette âme, au début si réfractaire, vers les hauts sommets de la sainteté. La dernière partie, où sont rapportées les merveilles opérées par la « sainte onction » [20], a évidemment pour objet d’aviver la dévotion envers saint Joseph, dont le Père Surin a été l’un des grands propagateurs à l’exemple de sa mère spirituelle, sainte Thérèse.

Ils es d’ailleurs aisé de se rendre compte de ce que contient le Triomphe, car pour les neuf premiers chapitres, l’édition de 1829 [21] est assez fidèle et, sauf quelques retouches de style, ça et là, donne vraiment le texte composé par le P. Surin. Neuf chapitres embrassent la période du premier séjour à Loudun et de l’envoi à Bordeaux. Les cinq premiers et une partie du sixième furent écrits à ce moment-là même, comme nous l’apprend l’indication mise par Surin au début de la rédaction qui fit suite à ce premier travail : Continuation de l’histoire de Loudun, interrompue au 6e chapitre, de l’an 1636 vers le mois d’octobre et reprise dans l’an 1660, au commencement du mois d’août. Octobre 1636 c’est le moment précis où Surin vient de quitter Loudun et d’être envoyé à Bordeaux. Il y passera à prêcher et à confesser, malgré l’obsession qui le travaille ouvertement depuis avril 1635, d’octobre 1636 à juin 1637. Ses dernières lettres de Loudun, datées du 3 octobre 1636, font allusion à son départ immédiat ; la première écrite de Bordeaux, ou plutôt de la campagne de Chelivettes, propriété de famille, que son père, en 1626, avait donné au collège des Jésuites, est du 1er novembre. C’est donc entre ces deux dates, encore tout frémissant de ce qu’il avait vu, entendu et accompli, que Surin décrit « sa procédure en la conduite de la Mère prieure » (chap. 2e), « la voie qui fut tenue en la conduite de l’oraison de la Mère prieure » (chap. 5), « comment elle joignit la pénitence à l’oraison » (chap. 6). Malgré sa fidélité substantielle, l’édition de 1829 contient cependant des additions et des omissions. L’omission la plus intéressante concerne un passage sur les Exercices spirituels, d’une actualité assez piquante, puisqu’il donne l’opinion de Surin sur l’aptitude des Exercices de saint Ignace à disposer l’âme aux grâces de la contemplation infuse. Je transcrit ce texte en entier d’après le meilleur manuscrit [22] :

Cette oraison de la minuit en laquelle elle éprouvait grande aridité, lui était parfois très utile, et elle en sortait avec des goûts de Dieu non pareils, savourant les choses qu’elle avait médités le jour. Ce fut à la fin sa viande si douce et si savoureuse, qu’elle y passait plusieurs heures sans ennui, comme nous dirons ci-après quand nous parlerons de la contemplation où elle fut élevée, avec laquelle elle faisait règlement, en son particulier et avec le Père, quatre heures d’oraison en quelque disposition qu’elle se trouvât, sinon qu’elle fût malade. Cependant il vous faut remarquer qu’en toute cette conduite d’oraison, le Père observait exactement la manière qui est prescrite dans les Exercices de saint Ignace ; et combien qu’il ne le fît par un art ni à dessein, n’ayant eu autre volonté que de suivre les mouvements que Notre-Seigneur lui donnerait, faisant réflexion par après sur la manière qu’il avait tenue, il trouva que c’était la même qui était prescrite dans ce livre ; et combien que cette adresse d’oraison préparatoire, de prélude, et tout le reste semble gêner la liberté de quelques esprits, qui, prenant cela avec trop de dessein et de prévoyance, limitent l’opération de l’esprit de Dieu et restreignent son amplitude, toutefois il expérimenta clairement que quand cela se rencontre suavement et s’exerce sans contrainte, que c’est le plus court et le plus assuré chemin à la véritable contemplation surnaturelle. Il remarqua donc, faisant réflexion sur le passé et considérant la procédure qu’il avait tenue avec la Mère, que son commencement était une élévation à Dieu pour mettre l’âme en sa présence ; puis un récit de l’histoire qui devait être méditée, puis une réflexion particulière sur le lieu avec les circonstances sensibles, et ainsi l’application de l’esprit aux choses considérables et celle des sens à celle qui se présentait à eux capable d’émouvoir l’affection de son poids, sans aucun dessein, avec un merveilleux soulagement de coeur. Il tenait cet ordre, qui est l’ordinaire des Méditations de saint Ignace ; car si parfois il insère des discours et des raisons inventées, c’est rarement ; mais de vingt Méditations il y en a dix-neuf qui sont en cette façon, qui attire infailliblement les âmes à la contemplation tant désirée de toutes les personnes qui entrent dans ce chemin de l’oraison. Ce qu’on dit est véritable, qu’il est mal aisé de fournir de méthode pour l’oraison surnaturelle ou de quiétude ; néanmoins on peut dire que s’il y en a eu au monde, ce grand Saint l’a trouvée, et qui verra attentivement et pénétrera le secret de sa conduite, il y reconnaîtra les trésors cachés ; car le style de ce saint homme n’est point [23] tant de raisonner, l’activité du discours empêche merveilleusement l’opération divine, mais seulement d’employer les puissances de l’âme en grande simplicité à la vue des personnes, des paroles et des actions, pesant par simple regard ses objets et y appliquant les sens intérieurs pour en tirer admiration, paix, suavité et ferveur [24].

Le Père donc qui jamais n’avait pu prendre à tâche ces méthodes, se laissant aller à son esprit qui y était réduit par celui même qui les avait inspirées à son père et fondateur, afin de lui faire connaître en une expérience signalée la force de cette manière d’oraison contre les démons, et combien elle était pressante pour conduire une âme à la sainte quiétude et contemplation surnaturelle, en laquelle Dieu opère et attire suavement l’esprit qui se soumet à sa conduite, car de fait, quand là Mère prieure fut parvenue au mystère de la flagellation, lequel seul les occupa un mois entier, elle fut élevée à cette contemplation si désirable et à cette douce paix où l’âme reçoit de Dieu sans peine les infusions de sa lumière. Mais parce que cette façon de prier fut précédée de grands travaux et qu’il faut une longue déduction à représenter les choses qui s’y passèrent, nous attendrons à en parler, après avoir dit ce qu’il faut subir pour acquérir une si grande faveur, comme par le même, il fallut ôter quelque empêchement dont la lumière de méditation et la connaissance étaient obscurcies et qui étant dans le fond du naturel devait être arraché par le travail de l’âme, se mortifiant à bon escient pour préparer la place au Saint-Esprit qui voulait habiter en elle.

En guise d’appendice à cette première partie du récit, tous les manuscrits, sauf celui de la Mazarine, donnent deux documents, qui sont également du P. Surin et n’ont point de rapport direct avec le sujet immédiatement traité. Le premier constitue même une sorte d’anticipation par rapport à la suite des événements : (Le) Récit de ce qui se passa à Loudun lors de la délivrance de la Mère prieure des Ursulines de Loudun, le jour des Rois 1636. « La Mère fut extraordinairement inquiétée. — que faisait la Mère ? » Le deuxième du même ‘jour des Rois, déclaration du démon touchant la vie spirituelle : « Dit qu’il savait bien — que celui de la géhenne » [25]. Ce dernier document contient, entre autres, une critique fort vive des spirituels immortifiés interprétant à contre sens la doctrine de [S. François de Sales] [26].

Absorbé par ses nouvelles occupations, puis réduit à l’état d’impuissance intellectuelle pendant plus de vingt ans, à la suite de son second séjour à Loudun, le P. Surin ne recouvra que vers 1660 la pleine possession de lui-même à l’extérieur comme à l’intérieur. C’est alors qu’il se remit à décrire la suite des événements de Loudun, ainsi qu’en fait foi la note qui sert comme de titre à cette nouvelle partie : Continuation de l’histoire de Loudun, interrompue au 6e chapitre, de l’an 1636, vers le mois d’octobre et reprise dans l’an 1660 au commencement du mois d’août et comme quoi la Mère prieure fut délivrée des deux démons qui la possédaient. Ici le manuscrit de la Mazarine est le seul logique en commençant un nouveau chapitre à cet endroit (le 7e), puisque le sujet est tout à fait distinct de ce qui précède. Les autres ne donnent que quelques pages plus loin le titre du chapitre VII « Comment la Mère fut délivrée d’un autre démon qui la possédait. «  Ce titre ne se comprend bien que si, avec la Mazarine, l’on assimile la fin de la note « comme quoi la Mère prieure fut délivrée de deux démons » à l’entête d’un nouveau chapitre. De là, d’ailleurs, une numérotation différente pour le même contenu de cette seconde partie : le manuscrit de la Mazarine comptant neuf chapitres, de 7 à 15, tandis que les autres n’en ont que huit : la suite de 6 et les chapitres 7 à 14.

Dans cette seconde partie, moins intéressante d’ailleurs, du point de vue de la doctrine spirituelle, mais importante pour la biographie du Père Surin et sa psychologie personnelle, l’édition de 1829 est beaucoup moins fidèle que précédemment au texte authentique du Triomphe. Elle abrège et modifie beaucoup plus largement [27]. Au

point . même que le dernier chapitre de cette édition (XI, « contenant ce qui arriva avant et pendant le voyage de la Mère en Savoie »), équivaut à lui seul aux quatre derniers chapitres du Triomphe, dont voici les titres :

XI. Le Père ayant achevé l’affaire de la délivrance de la Mère se retira et des choses qui arrivèrent jusqu’au voyage de Savoie.

XII. Comme l’on fit le voyage de Savoie, le Père allant d’un côté, la Mère de l’autre et des choses qui arrivèrent pendant le chemin.

XIII. D’une grande merveille qui arriva en l’onction de S. Joseph pendant que la Mère était à Annecy et de son département.

XIV. Comme le Père Surin et la Mère s’en retournèrent chacun en leur quartier et des merveilles que Notre-Seigneur fit par S. Joseph.

Le biographe du P. Surin y recueillera un certain nombre d’indications utiles pour fixer certains détails des années 1635-1639 et plus d’un trait qui ne lui permettra guère d’accepter le jugement que l’on trouve consigné en plusieurs manuscrits, à propos du récit de l’apparition de sœur Gabrielle de l’Incarnation à Jeanne des Anges (en 1660), sur le P. Surin « qui ne croyait pas de léger. »

II La Science expérimentale des choses de l’autre vie acquise en la possession des Ursulines de Loudun.

L’article précédent a démontré que cet ouvrage a été composé en août-septembre 1665, à Saint-Macaire, non loin de Bordeaux, et qu’il comprenait en réalité quatre parties. L’état primitif nous est au mieux représenté par le manuscrit B (ibliothèque) N (ationale) 145.96 qui a conservé la note préliminaire où il est question de ces quatre parties et où chacune est suffisamment caractérisée pour que nous puissions facilement l’identifier. Quelques lignes, en guise d’introduction font connaître le but poursuivi par le P. Surin dans ce nouvel ouvrage et pour quels motifs il l’écrivit :

v

Première Partie

Où sont les arguments qui prouvent les choses de l’autre vie.

Chapitre premier

Introduction au récit des choses qui ont donné cette science expérimentale des objets qui sont de l’autre vie.

A Saint Macaire, ce 13 août 1663.

Étant ici en repos a causé de la tranquillité de ce séjour et de la liberté que j’y ai, me voyant exempt des affaires qui m’accablent ailleurs, j’ai cru qu’il serait bon de m’employer à mettre par écrit des choses que j’ai souvent eu la pensée d’écrire et de ne pas laisser échapper de ma mémoire ce de quoi les âmes peuvent tirer grande instruction et consolation, marquant ce que N. S. m’a fait connaître et expérimenter des choses de l’autre vie et qui passent l’état ordinaire de la foi, dans lequel nous n’avons d’autres abjects que ceux  qui touchent les sens et qui sont dans l’usage commun de cette vie présente.

Je ne veux point garder d’autre ordre que celui des temps. Ainsi, sans m’arrêter à déduire les choses extraordinaires que j’ai aperçues dans les personnes possédées, à cause que ce sont des choses que j’ai écrites ailleurs fort exactement, pour le moins celles dont j’ai été témoin de la vue et de l’expérience, je me contenterai de marquer celles que j’ai éprouvées en ma personne, N. S. ayant permis que j’en ai senti plusieurs dans mon corps et dans mon esprit, et qu’il n’y a point de sujet de tirer vanité de tout cela, étant toutes choses faites sans moi, ou s’il y a du mien c’est toujours avec plus d’aide de la grâce de N: S. que de mon industrie et de mon travail.

Premièrement donc je veux dire comme quoi N. S. permit que les opérations manifestes des démons se rendissent sensibles en ma  personne…

I. — La première partie de la science expérimentale, comprend onze chapitres. Le premier, présenté comme une introduction, rappelle l’émotion qui saisit Surin à Loudun, le désir qu’il éprouva par suite de soulager de son mieux, les possédées, en particulier Jeanne des Anges et l’offre qu’il fit à Dieu de porter une partie de sa peine. — Le second expose « comment le Père sentit la présence du démon en sa personne et ses opérations et comment il lui fit la grâce de résister. » IIIe « Des autres attaques que les démons firent sentir au Père et comme quoi, il ne reçut aucun préjudice de rien, N.-S le délivrant de tout » : description des diverses épreuves, et tentations dont il fut l’objet pendant son séjour à Loudun. — IVe « Deux objections à ce qui vient d’être dit avec la réponse pour y satisfaire » : Première objection : incertitude de l’intervention diabolique dans les entretiens avec les possédées : à preuve les fausses possessions. Surin invoque l’impossibilité de s’être trompé tout au long des trois ans, qu’a duré son expérience à Loudun et la supériorité de l’esprit des démons sur celui des possédées expliquant seule les réponses qu’elles font au-dessus de leur état. Il revendique énergiquement le droit d’avoir une opinion motivée qui s’impose à l’examen plus que celle de spectateurs venus seulement en passant — Ve « Continuation de la même matière » : Deuxième objection : les diables sont menteurs, on ne peut donc faire nul fond sur ce qu’ils disent. Digression sur les bons et les mauvais anges ; cause de la chute de ceux-ci. Comment en toute hypothèse, cela prouve l’existence de Dieu et du surnaturel, si l’exorciste remplit bien son devoir, il y a toute chance pour que Dieu oblige le démon à dire la vérité : « Non pas que je veuille conclure que sur leur déposition on puisse faire le procès à personne, comme on dit facilement que le magicien Grandier avait été condamné sur la déposition des démons mais on peut prudemment tirer d’eux et de leurs paroles des ouvertures pour poursuivre la justice et faire le procès aux magiciens à cause que sur ces ouvertures on reçoit des éclaircissements et sur ces découvertes on fait des interrogations et des recherches qui font qu’on vient à bout de plusieurs choses qui sont à la gloire de Dieu et au bien des âmes en connaissant la vérité » (B N. 14596 f. 22) — VI : « Arguments indiscutables de la présence des démons dans les personnes possédées qui sont les signes donnés de leur sortie. » Après avoir mis en relief le principe de la preuve et sa valeur, Surin passe à l’application et raconte comment il a chassé les démons de Jeanne des Anges. — VII : « Continuation des mêmes preuves en la sortie des démons. » L’auteur se propose moins de redire ce qu’il a déjà raconté dans l’Histoire (Le Triomphe) que de souligner le caractère surnaturel de ces faits et leur force démonstrative. — VIII : « Autre preuve de la vérité des démons possédants prise de la découverte des pensées secrètes du coeur humain » : divers épisodes des exorcismes qu’il a faits. — IX « Autres preuves qui me font connaître que c’étaient vraiment des diables dans les personnes possédées » : sept preuves énumérées brièvement. La fin du chapitre est consacrée à la conversion de M. de .Kériolet. — X « Autre preuve rare des choses surnaturelles qui est la rénovation des noms écrits sur la main de la mère, qui se fit l’espace de plus de 20 ans » : Détails prouvant la réalité du phénomène et son caractère surnaturel, contre toute fraude. — XI : « Autre preuve et effets miraculeux en la guérison qui arriva en la personne de la Mère des Anges par l’onction de S. Joseph. » Les deux guérisons de1637 et de 1639. Ce dernier fait « nous le pouvons mettre là entre les effets les plus signalés et les plus indubitables de ce temps desquels nous pouvons tirer toutes les conclusions que nous avons dit ci-devant, en confirmation de notre foi et les pouvons prendre pour motifs de bien faire et nous résoudre à tout ce que Dieu veut de nous, pourquoi il a fait par le passé tant de miracles dans son Église. »

« Voilà la première partie dé ce livre ».

L’imprimé de1829 [28], ne comprend que trois chapitres. Il omet d’abord les cinq premiers du manuscrit et débute, en l’appelant chapitre 1er, par le chapitre VIe. Mais ce chapitre 1er contient en outre, avec, comme toujours, des omissions nombreuses, le chapitre VII, jusqu’à la page 160. A partir de la page 161, l’imprimé omet la fin du chapitre VII et les détails qu’il donne, sur la possession de Loudun, comme déjà rappelés dans le Triomphe, auquel il renvoie. Il les remplace par des considérations sur les démons et leurs déclarations. Ce sont des pages empruntées aux chapitres III (f. 161-162), IV (162-165), V (165-169) de cette 1ère partie de la Science. Puis, après une page et demie non identifiée, (169-170), il transcrit (170-175) au style direct, en em ployant la première personne, la Déclaration du jour des rois, annexée dans certains manuscrits du Triomphe avant la continuation de 1660 (voir plus haut) Le chapitre II de l’imprimé répond, avec toujours des abréviations, des omissions et sous un titre différent, au chapitre VIII des manuscrits ; de même le chapitre III au chapitre IX. L’imprimé s’arrête à la fin de ce chapitre. Il omet les chapitres X et XI déjà partiellement insérés au chapitre X du Triomphe (p. 136 sq. : chapitre X ; 125-126 : chapitre XI).

II. « La seconde partie de la science en laquelle le Père Surin parle des maux qui lui sont arrivés par suite de la possession des démons chassés par son ministère. » Elle comprend dix-sept chapitres, et raconte les épreuves physiques et morales du P. Surin, depuis son retour de Savoie, en 1639, jusqu’à sa guérison plus ou moins complète, au moment où il écrit en août 1663. C’est avec des modifications diverses, le contenu même de la 3e partie de l’Histoire publiée en 1828 [29]. L’ordre y est fidèlement suivi mais le tout a été distribué en deux livres, avec le 1er 14, le second 10.chapitres. Les huit premiers chapitres se correspondent ; le IXe est distribué, dans l’imprimé, avec des remaniements divers, entre les ch. X, XI et XII ; le Xe équivaut aux XIIIe et XIVe de l’imprimé ; le XIe aux chapitres I et II du 2e livre, le XII au IIIe et au IVe jusqu’au milieu de la page 271 ; le XIIIe à la fin du IVe et au Ve, le XIV au VIe et VIIe, le XVe au chapitre IX, le XVIe au chapitre VIII, le XVIIe au chapitre X. Il y a beaucoup de passages abrégés, à l’intérieur de ces divers chapitres. Le style a été remanié.

III. « Troisième partie de la science expérimentale où le père traite des choses en particulier qu’il a reçues à l’occasion et en suite de la possession de Loudun, — ce qui est écrit ne se doit communiquer à personne. » Cette partie comprend quatorze chapitres, qui, forment la 4e partie de l’Histoire de 1828 [30]. Ils y sont distribués en deux livres, de 7 et 13 chapitres, avec des modifications et surtout des abréviations nombreuses, comme dans le précédent, Elles sont d’autant plus fâcheuses que cette partie contient le détail des états mystiques du P. Surin, ce qui rendait plus désirable encore la reproduction fidèle du texte original. Le chapitre 1er répond au chapitre 1er de l’imprimé ; le chapitre II à II et III jusqu’au début de la page 301 ; le chapitre III à la fin du chapitre et au chapitre IV ; le chapitre IV aux chapitres I et II du second livre ; le chapitre V au chapitre III ; le chapitre VI aux chapitres IV et V ; le chapitre VII au chapitre VI, mais l’ordre y est renversé ; le chapitre VIII au chapitre VIII ; le chapitre IX au chapitre XI, mais très abrégé ; le chapitre X à VII, VI, V en partie ; le chapitre XI à VI à partir de 313, mais extrêmement abrégé ; le chapitre XII en partie aux chapitres IX et XIII ; le chapitre XIII au chapitre X ; le chapitre XIV au chapitre XII, jusqu’au milieu de la page 360. En somme de tout l’ouvrage, cette partie qui est la plus intéressante pour les études de mystique est aussi celle que a été le plus maltraitée dans l’édition de 1828. Le texte original renferme des pages fort curieuses et quelques-unes d’une réelle beauté.

IV. La quatrième partie de la Science expérimentale, ramène à la possession de Loudun et n’a été conservée que sous la forme de « deuxième partie de la science expérimentale contenant des réflexions sur les vérités qui ont été déduites dans la partie précédente », c’est-à-dire la première partie. J’ai cité dans l’article précédent les textes démontrant que, primitivement, elle formait bien la quatrième partie de la Science expérimentale, comme en témoigne en particulier la note liminaire du manuscrit B N 145.96 et le titre du chapitre 13e conservé par l’éditeur de1829 ; « Conclusion sur cette je partie qui est une réflexion sur la matière de la possession. » Elle comprend seize chapitres, assez fidèlement reproduits par l’éditeur de 1829, sous ce titre : « Section seconde contenant des réflexions sur les vérités qui ont été déduites en la première section » [31]. Il y a surtout une lacune à la fin du chapitre 10, p. 270, répondant à deux pages du manuscrit et environ un peu plus de trois pages de l’imprimé. Çà et là quelques abréviations. Les titres des chapitres sont fidèlement reproduits, sauf de rares altérations. L’ouvrage se termine en réalité au bas de la page 302. Les pages 303-304 sont la finale de la 2e partie, décrite plus haut, c’est-à-dire du récit des tribulations du P. Surin, de 1639 à 1663.

B

DEUXIÈME ÉDITION DE LA SCIENGE EXPÉRIMENTALE
ET DU TRIOMPHE

Nous ne possédons plus sous sa forme primitive, la Science expérimentale, avec ses quatre parties telles qu’elles viennent d’être décrites. Les manuscrits où elle est conservée appartiennent tous à une édition nouvelle où l’ensemble se trouve démembré et reclassé : la Ire et la IVe partie unies sous le titre de Science expérimentale, divisée en deux parties ; la IIe et la IIIe jointes, en conservant illogiquement leur titre ancien (IIe et IIIe partie de la Science expérimentale), au Triomphe de l’amour divin, dont elles forment, en effet, la suite naturelle, au moins chronologiquement, et dont elles se rapprochent par le caractère plus narratif que démonstratif de leur contenu. C’est l’état actuel des manuscrits contenant l’œuvre authentique du Père Surin [32]. Il n’est pas possible de fixer la date à laquelle s’est faite cette transformation. Il est peu probable qu’elle remonte au P. Surin lui-même.

Toutefois, les manuscrits de la Science expérimentale, réduite à deux parties (la 1re et la IIe désormais dénommée seconde), présentent une particularité curieuse : le Ier et le IIe chapitre existent en deux rédactions. La plus ancienne vient en second lieu après un titre spécial suivi d’une courte note déjà rapportée. La 1re partie débute par un Ier chapitre, assez court ; c’était, comme on l’a vu plus haut une sorte d’introduction rappelant en quel état spirituel se trouvait Jeanne des Anges, au moment de l’arrivée à Loudun du P. Surin et l’offrande que celui-ci fit à Dieu de souffrir pour qu’elle en fût délivrée (fo 14-15). Le second, plus long, exposait « comment le Père sentit la présence du démon en sa personne et ses opérations et comment N. S. lui fit la grâce de résister. » Il entrait à ce sujet dans [es détails les plus réalistes (f° 15v-17r). Suit le chapitre III, avec ce titre : « Des autres attaques que les démons firent sentir au Père et comme quoi il ne reçut aucun préjudice de rien, N. S. le délivrant de tout ».

Mais tout au début du manuscrit se trouvent quelques pages (B.N. 145.96, f° I-12v) contenant le même titre suivi d’une préface. « On peut par deux voies savoir — un service pour l’éternité. » Puis, de nouveau, le titre « Science expérimentale… » accompagné cette fois de : « divisée en deux parties. Première partie où sont les arguments qui prouvent par une véritable expérience l’autre vie et les choses qui la concernent. » Suivent chapitre I et chapitre II avec un titre et, un contenu tout nouveaux (f° 2v-12v) ; puis le chapitre troisième avec ce titre, lui aussi nouveau : « Des autres expériences que le Père eut, par lesquelles se prouve l’autre vie et se démontrent les choses que la foi nous en apprend. » Une note qui suit immédiatement ce titre, donne la clé de l’énigme, en rappelant les premiers mots du chapitre III primitif :

« Toutes les choses que nous avons dites au chapitre précédent » ; aller à la marque et omettre tout ce qui se trouve écrit entre ci et cette marque, car encore que ce soit ainsi qu’il a été écrit la première fois, on a trouvé néanmoins depuis qu’il était bon d’ôter tout cela et de mettre en la place [ce] que nous venons d’écrire, à cause que toutes les âmes ne sont pas capables de tout et qu’il vaut mieux taire ce qui peut nuire à quelques-uns. Il faut donc sauter prés de cinq feuilles.

De fait, entre cette note et le début du chapitre 3 primitif auxquels appartiennent les premiers mots de cette note, il y a les fos. 13-17r. Le P. Surin a donc, pour les motifs qu’il indique, composé à nouveau les I et II chapitres bien que le manuscrit nous ait conservé heureusement à la suite les anciens. C’est la rédaction placée tout au début des manuscrits. Le titre du premier chapitre de contenu tout autre que la première rédaction est maintenant : « Abrégé de l’histoire de la possession des Ursulines de Loudun ». Ce chapitre (f° 2v-7v) est’ beaucoup plus long que le premier chapitre primitif et résume toute l’histoire de la possession, en s’appesantissant surtout sur la période antérieure à l’arrivée à Loudun du P. Surin. Il est donné en guise d’introduction au Triomphe, dans l’édition de 1829 (pp. 1-10), mais seulement jusqu’au f° 5v. La suite est partiellement intercalée un peu plus loin, au chapitre 1er, pp. 13-14, 16-18. Le chapitre II a maintenant pour titre : « Comme quoi le P. Surin étant dans son emploi eut des marques évidentes des choses de l‘autre vie et comme il en sentit les effets en sa personne. » Il y raconte ses débuts à Loudun, l’épisode, concernant Madeleine Boinet, et celui de Cohon, évêque de Nîmes et passe alors seulement au récit de l’obsession, sujet primitif de ce second chapitre, en abrégeant certains détails. Puis il ajoute : « Pour proportionner ce chapitre avec les autres, il me semble à propos de continuer ici ce que nous avons entrepris au chapitre précédent qui est de faire un abrégé de l’histoire. Nous avons là coupé trop court ce qui concerne la fin ; il faut donc dire que la Mère ayant été délivrée de quatre démons qui étaient en elle, après la mort du P. Lactance, etc. [33] ». Le P. Surin y poursuit sa propre biographie depuis le retour définitif à Bordeaux, en racontant notamment la chute de S. Macaire (1645), puis il revient à la Mère Jeanne des Anges pour signaler les merveilles opérées par la « sainte onction » et la rénovation de noms. Il termine en renvoyant à l’Histoire (Triomphe) « qui ne peut point encore être produite… au moins en son entier… Cependant, conclut-il, le lecteur jouira de cet abrégé qui lui donnera peut-être goût pour davantage, qui viendra dans peu de temps. » Probablement pour éviter des répétitions, puisque les faits mentionnés dans la deuxième partie de ce chapitré reviennent plus loin, les deux manuscrits de Sens et de l’École Sainte-Geneviève, ont coupé court beaucoup plus tôt. Ils s’arrêtent au moment ou le P. Surin va parler du voyage de Savoie et terminent ainsi le 2e chapitre : « son obsession l’avait conduit à de grandes souffrances qui lui durèrent plus de 28 ans (B. N. 145.96, avec raison a 18) et ne sont pas encore finies, le P. surin fut aussi envoyé avec un Père de la Compagnie on Savoye, ainsi que je l’ai rapporté fort au long ailleurs et sa chute faite à Saint-Macaire avec toute la suite des maux que j’y ai enduré. » Le caractère adventice de cette phrase se découvre de lui même : bien qu’à la 1er personne, elle n’est pas du P. Surin mais de celui qui a arrangé la 2e édition de la Science. Puisque seule la 1er et la 2e parties étaient conservées, il était possible de faire allusion aux passages de la 2e et de la 4e qui maintenant étaient considérées comme faisant partie d’un autre ouvrage. Il importe de retenir le titre du chapitre Ier : Abrégé de l’histoire de la possession des Ursulines de Loudun. Il nous a valu en grande partie l’étrange brouillamini des titres que l’œuvre du P. Surin présente dans les manuscrits comme dans l’imprimé de 1828. On a transporté indûment à tout l’ensemble ce titre qui n’était vrai que du premier chapitre.

L’édition du « Solitaire »

Tel était l’état des choses et des manuscrits vers la fin du dix-septième siècle. Il ne faut pas le perdre de vue. A-t-il vraiment existé un manuscrit unique où les deux ouvrages primitifs étaient fondus en un seul comprenant quatre parties, telles que les décrit dans sa préface le Solitaire dont il va être question et à sa suite l’édition de 1829 dont j’ai rapporté plus haut les paroles. Ce n’est pas absolument sûr, malgré leurs affirmations, car on n’a jusqu’ici retrouvé aucun manuscrit ainsi constitué mais seulement ceux que je viens de décrire : d’une part, la Science expérimentale en deux parties, répondant à la Ie et à la IVe primitives ; d’autre part, le Triomphe et à la suite, soit immédiatement soit après quelques lettres du P. Surin, la 2e et la 3e partie de cette même Science.

On ne peut nier que dans les deux ouvrages ainsi rapprochés il n’y ait beaucoup de répétitions et de longueurs. C’est sans doute ce qui donna l’idée à un inconnu qui se nomme seulement « personne solitaire », peu après la publication anonyme du pasteur Aubin, l’Histoire des Diables de Loudun (1694), peut-être en 1697, de remanier et de refondre en un seul ouvrage les deux écrits du P. Surin. Plusieurs manuscrits [34] ont conservé cette adaptation sous le titre suivant : « Abrégé de la vraie histoire de la possession des religieuses Ursulines de la ville de Loudun, au diocèse de Poitiers, arrivée en l’an1632 et qui a duré plusieurs années, écrite parle R. P. Jean-Joseph Seurin de la Compagnie de Jésus, exorciste pendant trois ans des dites religieuses. Rédigée en ordre et divisée en trois parties par une personne solitaire » [35]. « Première partie qui contient en général plusieurs choses considérables concernant cette possession. On y voit des preuves incontestables de sa réalité. Écrite à Paris en 1704. » Immédiatement après viennent deux pièces qui se rapportent en réalité à tout l’ouvrage : l’avertissement au lecteur et la préface. Je transcris ici la partie de l’avertissement où la « personne solitaire » fait connaître comment elle a compris et exécuté son travail [36].

M’étant tombé entre les mains des manuscrits de l’Histoire de la possession des religieuses Ursulines de Loudun, qu’on m’assura être une véritable copie de ce qu’en avait écrit le R. P. Seurin de la Compagnie de Jésus, qui avait été exorciste pendant 3 ans, et qui avait conduit cette affaire avec une sagesse toute divine ; en sorte qu’il chassa les démons et établit les religieuses dans un état de grandes perfections, comme je goûtais beaucoup ses écrits et que je savais qu’ils avaient été lus d’un grand nombre de personnes, que plusieurs doctes les avaient goûté, aussi bien que les simples et que tous généralement en avaient été édifié, je pris le dessein, mon cher lecteur, de faire un abrégé de cette histoire et de la rédigé dans un autre ordre que celui qui est dans les manuscrits, c’est-à-dire, dans celui où je vous la présente, ayant confronté cette histoire, avec les autres ouvrages de cet auteur qu’on a imprimé, afin de m’assurer d’avantage si elle était de lui. Je trouvai que c’étaient le même style et la même doctrine pleine de la lumière et de l’onction du Saint-Esprit, ce qui me fit espérer que cet ouvrage ne serait pas moins utile et moins agréable que ceux de ce digne auteur qui avaient déjà été mis au jour et afin que ceux qui ont vu cet ouvrage en manuscrit soient assurés que c’est le même sur lequel j’ai travaillé, et qu’on sache ce que le P. Seurin a écrit sur cette matière, je veux ici en faire le détail.

L’ouvrage du P. Seurin sur le sujet de la possession de Loudun contient 4 parties… [J’omets cette description].

Voilà; mon cher lecteur, ou on pourra connaître que cet abrégé est fidèlement conforme a l’ouvrage du P. Seurin, témoin oculaire des faits de cette possession et on en sera entièrement persuadé en lisant l’un et l’autre parce qu’on y trouvera les mêmes matières.

Cependant je n’ai pas suivi l’ordre et l’arrangement des matières, ni la division du P. Seurin, pour des raisons qui ont paru légitimes à plusieurs personnes afin d’éviter la confusion et les redites qui se trouvent dans son ouvrage ayant été composé à plusieurs reprises pendant l’espace de vingt-cinq ans.

J’ai divisé cet abrégé en trois parties ;

I. — La 1re contient en général plusieurs choses considérables qui concernent cette possession. On y trouvera des preuves sensibles et incontestables de sa réalité.

II, — La 2e contient en particulier ce qui regarde la possession de la mère prieure ; comme elle fut conduite par le P. Seurin son exorciste. Comme elle fut délivrée et les miracles et prodiges arrivés devant et après cette délivrance.

III. — Là 3e contient le récit des grandes peines du P. Seurin et des grâces extraordinaires qu’il reçut du ciel pendant cette possession et ensuite tout le reste de sa vie pendant plus de 2o ans.

Je n’ai rien altéré de l’essentiel de l’histoire. Il est vrai que j’a retranché plusieurs choses qui m’ont paru ou trop longues et trop ennuyeuses, ou peu propres pour toutes sortes de personnes comme le P. Seurin en avertit lui-même : mais cela ne regarde point le fond  de l’histoire ni les faits de la possession. Il est aussi vrai que j’y ai ajouté quelques réflexions de temps en temps, et quelques articles qui lui donneront quelque ornement. Ce que j’y ai ajouté de faits, je l’ai pris en plusieurs, petits livres que les autres exorcistes de cette même possession firent imprimer à la Flèche en 1634 et 37 chez Georges Grivaux, sur des faits dont ils étaient témoins oculaires.

Voici en particulier ce que j’ai ajouté et tiré de ces livrés :

1. J’ai ajouté la manière chrétienne avec laquelle les Juges de Grandier examinèrent son procès. Quelques circonstances de sa mort et ce que les démons dirent de ses peines de l’enfer, 1re partie, livre 1, chapitre 3, 4, 5.

2. Ce que les démons ont rapporté de la chute de Saint-Macaire, le jeune et de Saint-Martinien, 1re partie, livre 2, chapitre 7.

3. Pour plusieurs circonstances de la conversion de M. Queriolet rapportée en la 1er partie, livre 2, chapitre 15. Je les ai tiré de sa vie composée parle P. Dominique de Sainte-Catherine, carme et imprimée l’an 1663 chez Firmin Lambert, rue Saint-Jacques à Paris.

4. J’ai pris tout ce que j’ai rapporté de la conversion d’un jeune avocat en la 1er partie, livre 2, chapitre 16, 17, 18, 19 dans un des petits livres qui fut fait exprès.

Je n’ai rien ajouté à la 2e partie que l’abrégé de la vie de la Mère Jeanne des Anges, prieure des Ursulines de Loudun, qui sert de préface et je l’ai composé sur les mémoires qui m’ont été fournis par les religieuses de ce couvent. Il y a aussi à la fin un chapitre de réflexions que l’on voit assez être ajouté.

Je n’ai rien aussi ajouté à la 3e partie que l’abrégé de la vie du P. Seurin qui sert de préface, et que j’ai recueillie de la vie que M. Boudon grand archidiacre d’Evreux a donné au public, comme aussi le 1er chapitre qui sert d’introduction.

[Suivent des réflexions sur la valeur apologétique de cette histoire].

Fasse le Ciel que ce petit abrégé profite à quelques âmes.. C’est le but de la personne qui vous le présente, cher lecteur et qui met pour cet effet l’ouvrage sous la protection de la Sainte Vierge et de S. Joseph. Comme ils ont eu beaucoup de part à cette affaire, par les puissantes assistances qu’ils ont donné à ces pauvres religieuses affligées, il y a lieu d’espérer qu’ils attireront encore les bénédictions du ciel sur cet écrit et que Dieu sera glorifié. C’est tout mon désir.

Vient ensuite la préface du P. Seurin : « On peut savoir les choses de la vie » suivie de cette note : « Cette préface se trouve à la tète de la 4e partie de l’ouvrage du P. Seurin sur la possession de Loudun, laquelle est intitulée Science expérimentale » .

Elle est suivie de l’Introduction au récit de cette possession, où l’auteur signale à nouveau la valeur d’édification de la possession et de sort histoire. Après avoir exalté les mérites du P. Surin, il continue :

Il écrivit même en partie l’histoire de cette possession, pendant ses peines, sans avoir aucun dessein de faire imprimer cet ouvrage quoi que Dieu lui donna au fond du cœur espérance que quelqu’un le ferait après sa mort. Il donna toute cette histoire écrite de sa main a une personne confidente lui recommandant particulièrement de ne la point communiqué pendant sa vie, et à peu de gens après sa mort, à cause qu’il y décrit au long et en détail, les peines infernales qu’il avait enduré, et les grâces extraordinaires qu’il avait reçues de Dieu, ce qu’il ne jugeait pas à propos ne faire connaître à toutes sortes de personnes. C’est ce qui nous en a dérobé la connaissance jusqu’à présent. Ceci n’a pas été sans un ordre exprès de la divine Providence, qui ayant fait un si grand bien dans le dernier siècle, s’est contenté que ceux qui vivaient dans ce temps en fussent informés, par les témoins oculaires, et qu’à présent qu’ils sont morts ont la mette au jour. Et peut-être Dieu donnera-t-il tant de bénédictions à cet ouvrage qu’il fera les mêmes effets dans les âmes de ceux qui le liront, que la possession en a fait dans ceux qui l’ont vu et peut-être que la gloire que Dieu en tirera ne sera pas moins grande. C’est la seule chose que je désire. Je proteste et que j’ai été fidèle abbréviateur du P. Seurin et si cet ouvrage mérite une approbation favorable, la gloire en doit être à Dieu et au P. Seurin ; rien ne m’en doit être attribué que les défauts que l’on y trouvera.

Je crois inutile d’entrer dans le détail de la composition de cette révision qui ne présente pas d’intérêt par elle-même. En la rapprochant de l’Histoire de 1828, il est aisé de constater qu’elle en forme la substance, en dépit de la différence de numérotation des parties (la troisième a été dédoublée en III et IV) et des chapitres. On a seulement supprimé nombre d’additions répondant à des tendances particulières (p. c. la polémique contre Aubin) et soigneusement signalées par les manuscrits. Au début de la IIe partie le manuscrit de Saint-Sulpice 4384 donne à part la vie de Jeanne des Anges avec cette indication : « Préface qui contient un abrégé de la vie de Jeanne des Auges qui n’a pas été composée par le P. Seurin mais on l’a ajoutée pour servir d’introduction (Histoire, 1828, p. 92-103, où la pièce est donnée aussi à part et comme écrite par les Ursulines de Loudun). Entre les trois manuscrits principaux, il y a des variantes qu’il est inutile de relever ici. Il faut remarquer seulement que Saint-Sulpice 4384 divise déjà la première partie en deux livres (11 et 22 chapitres) comme l’imprimé. Saint-Sulpice 4381 supprime les sept premiers chapitres de la seconde partie qui ne contient ainsi que 32 chapitres, alors que les deux autres en ont 39 (ou 40).

L’ÉDITION DE L’« ECCLÉSIASTIQUE »

Un certain nombre de manuscrits [37] contiennent un remaniement de l’édition précédente ainsi présenté (à quelques variantes près, insignifiantes) :

La science expérimentale ou l’histoire véritable de la possession des religieuses ursulines de Loudun au diocèse de Poitiers, arrivée à l’année 1632 jusqu’en 1638, par le Révérend Père Surin de la Compagnie de Jésus exorciste de ces mêmes religieuses — ouvrage divisé en trois parties par un solitaire, et réduit en un meilleur ordre par un ecclésiastique lequel pour appuyer la vérité de cette histoire y a ajouté plusieurs faits remarquables, tirés de ses expériences ayant lui-même pris soin de plusieurs possédés secrets et de l’ordre exprès de son prélat durant plus de 20 ans, en forme d’annotation sur les deux livres.

Deux manuscrits de la Mazarine et de la Bibliothèque Nationale, donnent à la suite cet Avis qui fait connaître l’œuvre propre de l’ecclésiastique :

L’histoire de la Possession des Religieuses de Loudun étant tombée entre mes mains sans presque aucun ordre, j’ai cru, comme elle n’est point encore imprimée, pour l’utilité des lecteurs devoir la mettre d’une manière plus régulière : ainsi, sans rien retrancher d’essentiel, j’ai mis des chapitres avec des titres, où il n’y en avait point, évité les répétitions, et ce qu’il y avait d’inutile, éclairci les endroits non intelligibles, en sorte qu’elle parait maintenant, un vrai corps d’histoire. J’y ai ajouté un abrégé de la vie de ce Saint homme et un autre de celle de la Mère Jeanne des Anges.

Un extrait de la dernière partie de l’introduction rapporté déjà plus haut est donné sous le titre : Avis du solitaire, et précède immédiatement l’histoire proprement dite distribuée en quatre parties, chacune comprenant deux livres avec le même ordre et le même nombre de chapitres que dans l’imprimé de 1828.

LES ÉDITIONS IMPRIMÉES DE 1828 ET 1829

Les détails qui viennent d’être donnés dispensent d’entrer dans de longs détails à ce sujet. L’Histoire abrégée de 1828 n’est autre [que le remaniement du « solitaire » et de l’« ecclésiastique » allégé d’un assez grand nombre d’additions dans le corps de l’ouvrage et des divers avis ou préfaces, remplacés par un nouvel avertissement de l’éditeur. Elle contient donc, dans la première partie surtout, des chapitres entiers étrangers à l’œuvre du P. Surin : celle-ci assez respectée quant au fond, pour la IIIe et IVe partie (ou elle a subi de notables abréviations), n’est que très imparfaitement reproduite dans les deux premières où, en plus des additions étrangères, il y a un certain mélange du Triomphe et de la Science expérimentale. Bref pour ces deux premières parties, l’ouvrage ne saurait être cité comme œuvre du P. Surin que sous bénéfice d’inventaire.

On a vu plus haut que l’édition de 1829 (Triomphe et Science expérimentale) respecte beaucoup plus le texte même du P.  Surin, n’y ajoute rien d’étranger mais lui fait subir aussi des modifications et des suppressions telles qu’il n’y est qu’assez imparfaitement représenté. J’ajoute que la divergence des titres de ces ouvrages d’origine si différente, et leur accumulation, sans aucun souci de leur accord avec le vrai contenu, reflète directement l’incertitude et la confusion qui règnent à ce sujet dans les manuscrits, surtout ceux qui reproduisent soit la recension du « solitaire » soit celle de « l’ecclésiastique » [38].

En somme l’édition de l’autobiographie du P. Surin est encore à faire. La tâche n’est pas très malaisée : il suffira d’écarter tous les remaniements postérieurs et de se reporter au petit nombre de manuscrits qui ont conservé le texte primitif [39].

Ferdinand CAVALLERA

NOTES

[1] II-365 pages, plus sept pages de table. Imprimé à Troyes, chez Cardon.

[2] XI-310 pages. En faux titre : Œuvres posthumes du P. Surin.

[3] Avis, p. V-Vij.

[4] La question serait encore plus embrouillée si une troisième publication n’était autre chose qu’une supercherie littéraire. En 1830, paraît à Paris, chez l’éditeur, rue Bagneux, n° 4, faubourg Saint-Germain : Le triomphe de l’amour divin ou l’Histoire abrégée de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du P. Surin, ouvrage inédit faisant suite à ses œuvres. C’est l’ouvrage même de 1828 ; on s’est contenté, comme il est facile de le vérifier, de coller sur le frontispice primitif une feuille nouvelle avec le titre qui vient d’être transcrit. L’ancien titre se lit par transparence sans qu’il soit besoin de décoller.

[5] L’Homme de Dieu en la personne du R. P. Jean-Joseph Seurin, édition Périsse, de 1826, t. 2, 122-123.

[6] Cette citation est empruntée au n. 269 de Sources et Bibliographie, par où débute l’Appendice à son ouvrage inédit : La vérité sur le drame de Loudun. Il n’a d’ailleurs pas touché au problème que je discute et adopte purement et simplement ce que dit l’éditeur de 1829. Voici les premières lignes de cette notice : « Histoire de la possession des religieuses Ursulines de Loudun, par le P. Surin. Cette histoire dont le vrai texte est en grande partie inédit, comprend quatre parties avec deux titres particuliers [qu’il reproduit plus loin, avec le nombre des chapitres et rapproche des textes de 1828 et 1829n pour fixer leur degré de parenté]. L’auteur écrivit à Loudun en 1635-1636, avant son premier départ, les cinq premiers chapitres et la presque totalité du sixième de la première partie. Au mois d’août 1660, il reprit la rédaction. La 4e partie fut commencée à Saint-Macaire, le 23 août 1663 et terminée en 1665, peu de temps avant la mort de l’auteur (22 avril 1665). »

[7] J’ai vu moi-même plusieurs de ces manuscrits et j’utilise pour d’autres, soit la copie qu’en a fait prendre le P. Michel, soit l’analyse plus ou moins détaillée que renferment ses papiers.

[8] MICHEL, 1. 1.

[9] Note biographique déjà signalée.

[10] Le premier titre est celui qu’indique le P. Surin, le second celui que donnent les manuscrits.

[11] Il est fait allusion à ce même fait dans une lettre inédite à la Mère Jeanne des Anges, qui date exactement de ce temps et qui sera citée page 169 (Manuscrit de Saint-Pétersbourg, n. 90, 1. 23, du 26 août 1663) : « Vous ne me demandez rien sur Me N. [Houx] ni elle non plus. Je verrai si vous pensez à me répondre et cela dans peu, car il ne faut pas tarder à cause de la résolution qu’il me faut prendre pour ce que je vous ai dit de mon voyage vers M. de N. pour le mettre en emploi sur votre histoire. Le principal néanmoins de cette histoire est ce que vous m’avez envoyé dans le gros paquet de ce que nous avons vu nous-mêmes [l’autobiographie de Jeanne des Anges et le Triomphe du P. Surin] et cela ne peut pas être mis au jour ni être mêlé dans le gros de l’histoire. Je crois qu’après notre mort il servira beaucoup au bien des âmes et je crois que Notre-Seigneur ne permettra pas que cela s’abolisse de la mémoire des hommes. Vous en devez avoir par devers vous quelqu’autre exemplaire que celui-ci. En cas que vous n’en eussiez pas, vous me le devriez mander, afin que je vous le remette avec mon original de ce qui est pour la fin. » Et plus explicitement, dans la lettre suivante des 15-17 septembre 1663, à la même (Ibidem 1. 96 : « J’attends que vous envoyiez les papiers que Me du Houx vous aura donnés pour servir de matériaux à M. Ponson pour votre histoire, selon que je vous ai fait parler si souvent. »

[12] Il y a entre les deux textes une divergence qui ne fait qu’accuser l’identité d’origine.

[13] Ici comme plus haut produire ne signifie pas composer, mais divulguer.

[14] C’est-à-dire : ne les comprendraient pas.

[15] Chose curieuse dans l’édition de 1829, ce passage constitue la finale de la Science (303-304) et vient après la fin réelle de l’ouvrage (il se termine au bas de la page 302).

[16] Effectivement, en 1663, la Saint-André tombe un vendredi.

[17] Voir plus haut, note à la page 13, un long extrait de cette lettre et un autre de la suivante où il est question de la préparation d’une histoire de la possession de Loudun, par M. Ponson, et des écrits que Jeanne des Anges et le Père Surin avaient composés sur ce même sujet.

[18] Le titre est donné directement par le P. SURIN (Science expérimentale, 4e p., ch. 6, cf. édition de 1829, p. 245). Les manuscrits donnent : « … en la possession de la Mère supérieure des Ursulines de Loudun, exorcisée par le R. P. Jean-Joseph Surin, de la Compagnie de Jésus », L. 301 bis et Sens 364 ; B. Maz. 2141 a : « en la possession de la prieure des Ursulines » : S. Saint-Pétersbourg A 384 et Bordeaux : « en la délivrance de la Mère supérieure. » L’édition de 1829 lit comme L. et Sens mais en omettant l’article initial, omis au faux titre de certains manuscrits.

Nous disposons pour l’étude de cet ouvrage des manuscrits suivants : L. 301 bis (XVIIe siècle), autrefois à la Bibliothèque de l’École Sainte-Geneviève, f. 1-315, il est suivi de la 2e et de la 3e parties de la Science expérimentale ; — Sens 164 (XVIIe siècle) avec des notes et des corrections de son possesseur Taffoureau, évêque d’Alet, ancien doyen du chapitre de Sens, f. 1r-191v. L’ouvrage se continue, de la même main, avec double pagination, par quatre lettres de Surin (1-20 = 1930-212) et par la 2e et la 3e parties de la Science expérimentale, comme dans L (1r-240r = 213r-449r) ; — Bibliothèque Mazarine 2141, qui présente cette particularité de donner d’abord la partie composée en 1636 (p. 1-200), puis la 2e et la 3e parties de la Science expérimentale (sic) ; puis la continuation de 1660 (p. 640-776) mais avec une numérotation spéciale des chapitres 7 à 15 au lieu de fin 6 à 14, comme dans les autres manuscrits. Le texte du Triomphe seul est conservé par les manuscrits de la Bibliothèque de Saint-Pétersbourg, fr. A. 387, autrefois propriété du comte A. Zaluski, à Varsovie. M. Hovyn de Tranchère l’avait fait transcrire et en avait préparé l’impression. Sa copie forme à la Bibliothèque de Bordeaux, le manuscrit 1057. Elle signale par deux fois des pages arrachées dans l’archétype de Saint-Pétersbourg. Le Triomphe a été édité à Avignon en 1829, sous le titre rappelé plus haut, mais l’éditeur le fait suivre des mots, Première partie, qui ne se trouve dans aucun des manuscrits signalés. Avignon, Seguin, 1829, p. 1-147. On indiquera plus loin les altérations principales particulières à cette édition.

[19] L. 301 bis, p. 1-2 ; Sens 364, f. 1r-v ; Maz. P. 4 ; Saint-Pétersbourg, f. 35 ; Bordeaux, p. 15. L’édition de 1829 omet cette préface, parce qu’elle a emprunté en guise d’introduction l’Abrégé de la Possession des Ursulines de Loudun, qui forme le premier chapitre de la Science expérimentale, première partie. Elle n’en transcrit d’ailleurs que les premières pages, racontant la possession jusqu’à l’arrivée du P. Surin à Loudun, cf. B. Nationale fr. 145 96, f. 2v-5v. Les manuscrits de Saint-Pétersbourg et de Bordeaux ont également cet abrégé avant la préface du P. Surin.

[20] Sur cette « sainte onction », voir Histoire abrégée, 1828, pp. 182-184. Bien entendu nous écartons complètement ici la question de la réalité de la possession et des phénomènes qui s’y rattachent.

[21] RAM, 1925, VI, p. 144, où est donné tout au long le titre.

[22] L. 301 bis, p. 134-138.

[23] La copie de L. porte : tout de ; l’imprimé : de tant.

[24] Ce qui suit est omis par l’édition de 1829.

[25] L. 301 bis, p. 191-195 et 195.205 ; Sens164, 116r-118v et 118v.124r ; le manuscrit de la Mazarine ne les donne pas mais insère ici la 2e et la 3e parties de la Science expérimentée (sic), ne donnant qu’ensuite la Continuation, peut-être parce qu’il utilisait deux manuscrits. Les manuscrits, de Saint-Pétersbourg et de Bordeaux donnent aussi les documents. Le premier est un récit plus détaillé, que Surin refera en abrégé quelques pages plus loin en insistant beaucoup plus sur les antécédents que sur les circonstances même du fait. Il est reproduit avec des additions dans l’Histoire de 1828, 2e partie,1. II, ch. 4, p. 173-176. Le second document se retrouve également plus ou moins paraphrasé et mis en style direct aux chapitres 5 et 6 du livre second de la 1ère partie de l’Histoire, p. 36-41, et au ch. 9, p. 47-48 (sur l’oraison infuse).

[26] S. François de Sales n’est point nommé, mais c’est lui évidemment qui est visé : « Dit qu’il savait bien que jamais la douceur de l’amour-propre n’avait tant régné parmi les spirituels qu’en ce siècle et qu’on prenait sujet de quelques personnes éclatantes en sainteté dans ce temps, de se fonder en cette douceur, sans considérer combien elles avaient travaillé antérieurement pour acquérir leurs états. C’est par là, disait-il, que nous en attrapons beaucoup qui, négligeant la mortification des sens pensent être plus haut devant Dieu qu’ils ne sont et sous couverture de charité font couler leurs satisfactions jusqu’aux amitiés périlleuses. Oh ! que j’en connais de ceux-là, que j’en visite souvent ! Nous travaillons beaucoup parmi les spirituels et savons bien leur faire couler, des maximes pour éviter les rigueurs de l’abnégation évangélique. » Si l’on veut se faire une idée des rapports de l’imprimé, avec le texte authentique, quant au style, il suffit de comparer cette citation avec la page 36 de l’Histoire de 1828.

[27] Il est inutile d’entrer dans le détail des modifications. A signaler seulement au chapitre 1er, p. 11-13, une longue interpolation empruntée à la Science expérimentale, 1ère partie ; une seconde, du même genre, pp. : 16-18. Çà et là des phrases et des développements sont omis. P. 37-38, chapitre 3, le récit de l’obsession est emprunté à l’édition du chapitre 2 de la Science expérimentale ; les titres des chapitres sont parfois abrégés (ch. 5, 6). Divers noms propres sont altérés : lire Doamlup, Ressès ; p. 125, combinaison du texte du Triomphe et de celui de la Science (allusion au duc de Beaufort), etc. Noter au chapitre X, p. 136, la suppression d’une dissertation sur l’origine angélique du prodige des noms renouvelés sur la main de Jeanne des Anges. Le chapitre XIII est complètement omis. Beaucoup de suppressions dans le texte des deux précédents, et du suivant, comme l’éditeur le fait remarquer expressément pour ce dernier (p. 146). Le texte authentique finit là. La page 147 est étrangère au Triomphe et empruntée à l’abrégé qui ouvre la 1ère partie de la Science expérimentale, avec des modifications. Tout le chapitre X est d’ailleurs remanié à l’aide de passages correspondants de la Ire partie de la Science expérimentale.

[28] Il donne cette première partie sous ce titre spécial : « Section première. Arguments qui prouvent les choses de l’autre vie » (pp. 151-197). La Science expérimentale occupe les pages 149-304 du volume, après le Triomphe.

[29] Pages 209-292.

[30] Pages 293-365.

[31] Pages 198-304.

[32] Le Triomphe n’a été conservé isolément que par le manuscrit de Saint-Pétersbourg A. 387 et sa copie, Bordeaux 1097. Encore faut-il remarquer qu’il y est précédé, comme dans l’édition de 1829, d’une pièce (Abrégé de l’histoire…) qui n’est autre que le chapitre I de la seconde rédaction des deux premiers chapitres de la Science, 1ère partie, dont il va être question dans le texte. Les autres manuscrits se groupent ainsi : Triomphe et IIe et IIIe parties de la Science expérimentale : Mazarine 2241 ; Sens 164 ; L. 301 bis (anciennement à l’École Sainte-Geneviève). — Science expérimentaledivisée en deux parties (c’est-à-dire la Ire et la IVe primitives : B. N. 145.96, Sens 963, un autre manuscrit anciennement à l’École Sainte-Geneviève.

[33] B. N. 145.96, f° 10r.

[34] On connaît trois manuscrits complets de cette recension : un manuscrit de Chartres, 1686, et deux manuscrits aux archives de Saint-Sulpice (4384 et 4381). Celui dé Chartres a été écrit à Paris en 1704 ; le 2e en octobre/novembre 1729 par « Sœur Marie-Madeleine Françoise, religieuse indigne des Annonciades célestes de Paris », le 3e est postérieur au précédent qu’il a, semble-t-il, utilisé, bien qu’il se rapproche davantage de celui de Chartres. Un manuscrit incomplet (il va jusqu’au chapitre 12 du livre second de la Ire partie), autrefois à l’École Sainte-Geneviève, provient également du monastère de l’Annonciade céleste de Paris, où il a été transcrit le 21 septembre 1729. Le P. Michel pensait que c’est sur l’exemplaire de Saint-Sulpice 4384. Cependant si la date de transcription de ce dernier, pour le début, n’est pas indiquée, la Ire partie est signalée comme achevée le 26 octobre, le IIe le 1er novembre, la IIIe le 12 novembre. Il semble donc que c’est plutôt sur un archétype commun qu’a dû avoir lieu la transcription, le manuscrit de Sainte-Geneviève ayant été interrompu avant que ne fût commencé celui de Saint-Sulpice

[35] Ce titre dans Chartres 1686 est précédé du suivant (f. 32) qui eût comme le titre général de l’ouvrage : « L’histoire de la possession des religieuses Ursulines de la ville de Loudun écrite par le R. Père Jean-Joseph Surin de la Compagnie de Jésus, exorciste, divisée en trois parties. Première partie qui traite en général de cette possession. Transcrite à la Flèche en l’année 1697. » Il est difficile de voir le sens de cette dernière affirmation puisque immédiatement après il est dit que la première partie est écrite à Paris en 1704. Serait-ce simplement une note du « Solitaire » visant l’exemplaire d’après lequel il compose son remaniement ? Les divers manuscrits offrent au titre des variantes sans importance.

[36] Il ne se trouve que dans les manuscrits de Chartres et de Saint-Sulpice 4384. Dans Saint-Sulpice 4381, il y a cette note, au haut du verso de la feuille de garde: « Il manque icy l’avertissement au lecteur du manuscrit du R. P. Le Sage, jusqu’au petit cahier et il le faut copier. »

[37] Les divers manuscrits à moi connus de cette recension se ramènent à quatre groupes : 1° Manuscrit d’Amiens 479 et un second autrefois à Saint-Acheul. La première partie y est distribuée en trois livres avec respectivement 5, 5 (6) et 8 chapitres ; les autres en deux livres (10 et 10, 11 et 10, 17 et t3 chapitres). Le contenu et les divisions sont les mêmes dans les deux, bien que le titre général et celui de chaque partie soient différents. 2° Un texte transcrit par le P. Du Gast, dont l’original est au monastère de la Visitation, rue Denfert-Rochereau et des copies au Mans 278 A, à Saint-Sulpice : 4382 et 4383 (de la main du P. Grou), aux anciennes archives de l’École Sainte-Geneviève (L. I, et partiellement L. VIII), etc. 3° Mazarine 2140 : au début de la 3e partie, il insère l’abrégé de la Vie du P. Surin et à la fin de la 2e, comme le manuscrit de Chartres, le récit de l’apparition de la sœur Isabelle. Au1. II de la 1re partie l’ordre des chapitres est différent. On a 14, 12, 13, comme à Saint-Sulpice 4381 et 4384 ; au titre : « par un ecclésiastique solitaire ». 4° Bibliothèque Nationale 25253 apparenté au précédent mais réunissant en une seule la Ire et la IIe partie, de sorte que III et IV deviennent respectivement comme dans l’édition du Solitaire II et III.

[38] Après les renseignements ci-dessus on pourra mieux restituer à chaque titre sa valeur et débrouiller cette confusion. Je rappelle à ce sujet le titre des imprimés. En 1828 : Histoire abrégée de la possession des Ursulines de Loudun et des peines du P. Surin (le titre Histoire abrégée n’était primitivement que celui de la seconde rédaction du Ier chapitre de la Science expérimentale). En 1829, Triomphe de l’amour divin et Science expérimentale. Ce sont les titres des deux ouvrages authentiques du P. Surin. Mais souvent le titre de Science expérimentale en concurrence avec celui d’Histoire abrégée ou d’Abrégé de l’histoire… est donné à toute la compilation du « Solitaire » ou de « l’Ecclésiastique ». En1830, le nouveau titre collé sur l’ancien de l’édition de 1828 aggrave cette confusion : Le triomphe de l’amour divin ou l’Histoire abrégée de la possession des Ursulines de Loudun et des peines du P. Surin. La remarque n’est pas oiseuse car le P. Surin n’a jamais eu l’intention d’écrire l’histoire de la possession et c’est en vain qu’on la chercherait dans son œuvre. Le Triomphe est l’histoire de l’ascension de Jeanne des Anges dans la vie spirituelle, sous la conduite du P. Surin, à l’occasion de la possession ; la Science expérimentale est un ouvrage apologétique démontrant l’existence du surnaturel d’après l’expérience même qu’en a faite le P. Surin, soit à l’occasion de la possession, soit dans ses propres épreuves et états extraordinaires.

[39] Revue d’ascétique et de Mystique N° 22 – Avril 1925 et N° 24 octobre 1925 – Toulouse

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Le conflit:Stratégie d’Empire : le modèle napoléonien (Premier Empire)

   Il est en fait difficile de faire une coupure nette entre les entreprises militaires et du coup la stratégie mise en oeuvre lors des guerres révolutionnaires et lors des guerres d’Empire.

Un mouvement d’ensemble européen

Outre le fait que l’histoire de France la montre acquérir des frontières aux obstacles naturels et de plus ceci de manière consciente de la part de nombreux hommes d’Etat au long des siècles, la révolution sociale, politique, idéologique et militaire qui marque en France la fin du XVIIIème siècle provoque contre elle les mêmes alliances, dresse les mêmes ennemis lors des guerres révolutionnaires et des guerres d’Empire. Tout en se gardant d’une vision téléologique de la formation de la France, qui fait partie parfois de l’idéologie même de sa formation, on doit bien constater que le modèle napoléonien d’Empire est présent déjà avant la proclamation officielle d’un Empire français. Outre un certain caractère défensif de sa constitution, qui n’est pas sans rappeler le modèle romain antique, le Premier Empire français, au-delà de son aspect éphémère sur le plan géopolitique, marque la consolidation (libérale) d’idéaux et de structures républicains opposés (c’est pour cela qu’on parle de tentatives de Restauration en France) aux formes d’organisation sociale dans les contrées voisines, formes d’organisation de plus en plus différentes au fur et à mesure que l’on s’éloigne du territoire français. Le legs de l’Empire à l’Europe est important sur le plan militaire bien sûr, mais aussi politique et administratif. Cela est facilité par le legs de la Royauté en France, une centralisation administrative, économique et sociale qui en fait déjà un modèle très différent régionalement.

Avant même la formation de l’Empire français, les principes stratégiques et surtout tactiques napoléoniens sont de plus déjà à l’oeuvre. Sans clore un certain débat entre historiens, il faut dire qu’il existe un doute quant à l’existence d’une « stratégie napoléonienne », d’autant que les talents de NAPOLÉON BONAPARTE sont bien plus tactiques que stratégiques. Mais, malgré le caractère certain de dictature centralisée militaire de l’Empire français, ce serait compter sans la myriade de talents dont s’entoure l’Empereur et qui confèrent à l’Empire une dimension politique, juridique, diplomatique, administrative, économique et même sociale (notamment par l’intermédiaire d’un complexe militaro-industriel et d’une société militaire en formation) qui dépasse les aspects purement militaires et qui perdure d’ailleurs bien après l’Empire officiel. Ces aspects marquent également les Etats à la périphérie de la France, et il ne faut pas oublier que le phénomène révolutionnaire secoue l’ensemble de l’Europe continentale et pas seulement la France.

L’Empire tel qu’il se construit, au moment où la France passe de la défensive à l’offensive conquérante, n’est pas seulement le fait d’une stratégie militaire, mais aussi d’une stratégie politique, avec la tentative d’instauration dans les pays occupés selon des modalités diverses (de l’accroissement du territoire français lui-même à l’installation de nouvelles dynasties) d’un régime semblable à celui de la France d’alors. Aidé en cela par tous les éléments (populations, classes, individus…) sympathisants de la Révolution dans pratiquement tous les pays traversés, et par des éléments (moins sympathiques avec un jeu de mot il est vrai) voulant profiter de la machine militaire française, en termes économiques. Les sociétés traversées sont travaillées comme la France depuis le début des Lumières par des forces réformatrices très fortes qui peuvent voir – même si c’est un peu à tort – dans les armées et l’administration impériales les forces dont ils ont besoin pour faire avancer leurs conceptions. Et longtemps après le départ des troupes françaises, des aspects de l’Empire perdureront, notamment sur le plan juridique et d’organisation de l’économie (notamment la fiscalité…).

Comme tout Empire, l’Empire français n’a de chance de rester que si la société civile prend le relais de l’occupation militaire, et si se mettent en place des structures économiques, politiques, juridiques, idéologiques (propagande et culture) qui s’appuient sur des forces vives déjà en place. Il se peut que, précisément, l’imposition de composants napoléoniens à des populations occupées produisent l’effet inverse de celui attendu, et provoquent des résistances de la part de populations fidèles à l’Ancien Régime ou considérant que la situation avec la présence des troupes aggravent leurs conditions de vie ou finissent par entraver leurs propres buts politiques (désordres, exactions, massacres, pillages…).

Le moteur de l’Empire français est malgré tout militaire et à de nombreux problèmes qu’ils rencontrent les autorités françaises utilisent la violence. Du coup, alors que des stratégies politiques et économiques sont pourtant mises en même temps en oeuvre, ce sont les stratégies militaires qui donnent le la de la situation générale. D’autant qu’une partie de l’économie est, vu l’ampleur des opérations militaires, tournée plus qu’auparavant vers le soutien aux forces armées, non seulement bien sûr dans l’armement et les équipements militaires, mais aussi dans l’approvisionnement des troupes en choses de toutes sortes (des vêtements aux… prostituées!), les transports et l’entretien des relais des chevaux et des courriers. Et si l’économie n’y va pas « naturellement » guidée par les profits de la guerre, le recours à la violence vient y pallier…

 

Le versant militaire boursouflé de la stratégie

Dans le domaine militaire, la fin du XVIIIe siècle est marquée par la supériorité de l’armée prussienne. Sous l’impulsion de FRÉDÉRIC LE GRAND, la Prusse s’est dotée d’une armée qui exploite au mieux les données stratégiques et technologiques du moment. Ses institutions militaires marquent l’apogée de l’armée de type Ancien Régime dont l’origine remonte au XVIe siècle. Jugée invincible quelques années plus tôt, l’armée prussienne sera anéantie par la Grande Armée en 1806, à la bataille d’Iéna, symbole de la confrontation entre deux époques.

Le succès de la stratégie napoléonienne doit être attribué au génie guerrier de NAPOLÉON tout autant qu’aux changements sociaux provoqués par la révolution de 1789. D’autres facteurs, tels que le système divisionnaire et les progrès en matière d’armement (fusil de 1777 et artillerie Gribeauval) contribuèrent également à la révolution militaire provoquée par la France. N’oublions pas non plus l’essor démographique plus présent en France qu’ailleurs, qui permet de multiplier le nombre de soldats. Dans la plupart des cas, c’est dans la défaite que les stratèges puisent leur inspiration et l’humiliation subie par la France au cours de la guerre de Sept Ans (1756-1763) avait contribué de manière significative un renouveau stratégique chez les Français qui s’étaient mis à réfléchir sérieusement sur la guerre. Les techniciens, comme GRIBEAUVAL, perfectionnaient les pièces d’artillerie au moment même où les stratèges prenait conscience de la supériorité du feu. Parmi les nombreux penseurs militaires français qui émergent au cours de cette époque, deux personnages exerceront une influence considérable sur NAPOLÉON BONAPARTE : Jacques de GUIBERT et Pierre de BOURCET, deux innovateurs en matière de stratégie et de tactique.

Un certain nombre des thèmes développés par GUIBERT seront repris par NAPOLÉON et constitueront le fondement de sa stratégie. S’il n’anticipe pas encore l’armée de masse, GUIBERT préconise toutefois une armée de citoyens qui rétablit le lien entre la population et son armée et lui insuffle une énergie morale fondée sur un sentiment patriotique vivace, sentiment que saura bien exploiter BONAPARTE, à renforts de propagande et de mise en scène des revues militaires. GUIBERT est aussi à l’origine du système divisionnaire qui permet d’obtenir à la fois une grande indépendance d’action, une bonne souplesse dans le mouvement et une puissance supérieure dans la concentration des forces. Adepte de l’offensive, GUIBERT perçoit la supériorité du feu, principalement des tirs d’artillerie, et défend l’ordre mince par rapport à l’ordre profond. Le principe de ravitaillement sur le terrain et la nécessité de ses nourrir de ses conquêtes sont autant d’éléments, dans le domaine de la logistique, que NAPOLÉON BONAPARTE retient de ses lectures de GUIBERT. Ainsi, dans ses grandes lignes, la stratégie du général de la Révolution apparait déjà dans les pages de l’Essai général de tactique, publié par GUIBERT en 1772.

Chez BOURCET, il puise des aspects pratiques de la conduite de la guerre. Soldat expérimenté, BOURCET fournit à NAPOLÉON une étude approfondie sur la tactique, dans un texte modestement intitulé Principes de la guerre de montagne, écrit en 1775. Dans les pages de ce traité qui va beaucoup plus loin que la montagne, BOURCET fait la distinction entre attaque et défense, et formule en détail le rôle de la défense active. Partisan convaincu, comme GUIBEERT, du système divisionnaire; il souligne l’importance des communications et de la mobilité. Surtout, il met en relief le rôle de la surprise dans la guerre.

Lors du siège de Toulon, face à l’insurrection à Paris, et surtout lorsqu’il part en campagne à la tête de l’armée d’Italie (1796), BONAPARTE a déjà assimilé les enseignements militaires qu’il a tirés de ses lectures. Lors de son passage à Auxonne, il a également profité de son contact avec les frères DU TEIL, alors à la pointe du progrès dans le domaine de l’artillerie. Les circonstances politiques vont favoriser l’application de ces principes. La décision de loin la plus importante en matière de réorganisation militaire est la levée en masse de 1793. D’un seul trait de plume, toute la stratégie qui était pratiquée jusqu’alors est rendue caduque. Brusquement, l’armée devient massive, les effectifs gigantesques. La participation active des populations transforme la guerre en une entreprise nationale que nourrissent des sentiments patriotiques très intenses. Le génie de NAPOLÉON sais l’occasion qui s’offre à lui. Fort des principes de GUIBERT et de BOURCET, disposant de ressources qui iront grandissantes, soutenu par la ferveur nationale qui anime ses soldats, équipés d’une artillerie efficace, et motivé par sa fougue et son ambition, BONAPARTE est rapidement victorieux d’adversaires désormais dépassés. La révolution stratégique que réalise NAPOLÉON est facilitée par le fait qu’il peut s’entourer d’un corps d’officiers jeunes, enthousiastes, et qui ne se rattachent plus aux valeurs ou aux principes de l’Ancien Régime. Surtout, il va devenir le chef suprême qui aura entre ses mains tous les pouvoirs de décision, dans le domaine politique tout autant que militaire.

Désormais, le but de la campagne  est l’anéantissement de l’adversaire. La bataille décisive est le moyen principal pour accomplir cette destruction totale des forces organisées de l’ennemi. La stratégie doit donc être orientée vers l’offensive. Offensive à outrance et défense active s’allient pour canaliser un effort optimal en un endroit déterminé, généralement le point le plus sensible de l’adversaire, celui dont la perte doit le déséquilibrer physiquement et moralement. Grâce au système divisionnaire, NAPOLÉON BONAPARTE parviendra à allier la rapidité du mouvement avec la concentration des forces. Cet énorme avantage qu’il possède par rapport à des adversaires plus lents et moins puissants lui laisse l’initiative et lui permet de choisir les théâtres d’opérations. Cela lui permet d’engager ses forces dans les meilleures conditions possibles e, surtout, de pouvoir surprendre son adversaire au moment où celui-ci s’y attend le moins. L’armée se ravitaillant en partie sur le terrain et les lignes de communication étant bien protégées, il peut faire avancer rapidement son armée de masse.

NAPOLÉON se déplace avec toutes ses forces réunies. Cependant, il donne l’illusion d’avancer de manière dispersée et peut ainsi tromper l’ennemi sur ses desseins. Le principe général qui guide toutes ses manoeuvres consiste à prendre l’ennemi sur ses flancs ou, mieux encore, sur ses arrières, tout en menaçant de couper sa ligne de retraite. La souplesse dans l’organisation de ses troupes lui laisse un choix presque inépuisable pour combiner ses forces de diverses manières. La rapidité avec laquelle il peut changer ces combinaisons lui permet de répondre aux manoeuvres de l’ennemi. On a souvent reproché à NAPOLÉON d’avoir uniformément sous-estimé ses adversaires. Néanmoins, il comprenait parfaitement la relation entre les fins et les moyens et, sur le terrain, il était généralement conscient du rapport des forces engagées. Lorsqu’il se sentait en état d’infériorité numérique, il savait se montrer prudent. Il employait alors une tactique particulière où il s’engageait directement contre le front ennemi tout en plaçant le gros de ses troupes en position défensive. Dans la mesure du possible, il tentait cette opération sur un terrain défavorable au mouvement des troupes ennemies. Lorsque l’adversaire s’était engagé sur le front, il lançait une seconde vague sur un point sensible du front, puis il envoyait ses troupes sur les flancs et l’arrière de l’ennemi.

Plusieurs facteurs contribuèrent à la chute de NAPOLÉON et à la fin de l’Empire. Tout d’abord, ses adversaires s’organisèrent et purent, ensemble, faire face à la Grande Armée avec des effectifs aussi nombreux, voire supérieurs. Ensuite, ils apprirent, dans la défaite et parfois dans l’humiliation, à comprendre la stratégie de l’empereur français puis à la combattre. Peu à peu, l’énorme avantage que possédait au départ la France par rapport aux autres armées européennes fut éliminé. Par ailleurs, certains des facteurs qui firent la force de BONAPARTE lors de sa longue série de victoires contribuèrent plus tard à son affaiblissement. Le fait qu’il cumulait les pouvoirs politiques et militaires lui avait permis d’entreprendre une série de campagnes audacieuses qui réclamaient un pouvoir de décision unitaire. A partir d’un certain moment, cette autorité devint un handicap car, d’une part, il était engagé sur divers fronts, et, d’autre part, il n’existait plus dans son entourage de contrepoids capable de critiquer une mauvaise décision. NAPOLÉON avait toujours recherché la bataille décisive où l’issue des combats devait être déterminée par la puissance des forces engagées a point culminant de l’effort et sur le centre de gravité de l’adversaire qui s’écroulait ensuite de lui-même. A force de rechercher ce centre de gravité de l’adversaire, il limita son champ d’action, et toute sa stratégie fut tributaire des ressources dont il disposait. Lors de la campagne de Russie, cette stratégie se retourna contre lui. Il s’acharna à rester à Moscou, même lorsque la ville fut incendiée et permit ainsi aux Russes de se réorganiser. Habitué à mener une stratégie d’anéantissement, NAPOLÉON était beaucoup mois à l’aise dans une guerre d’usure où son armée souffrir énormément du harcèlement perpétuel mené par l’adversaire et où elle fut trop affaiblie par les difficultés croissantes qu’elle rencontra au niveau du ravitaillement et des communications. Diminué physiquement mais néanmoins galvanisé par toutes ses victoires, il ne sur pas distinguer les limites de ses propres capacités stratégiques, lui qui avait si bien compris les rapports de forces au niveau de la tactique. Il ne comprit pas davantage la dimension économique et politique de certaines de ses stratégies, notamment en Espagne et au Portugal où il ne put imposer le blocus continental face à l’Angleterre et où il sous-estima la force de l’insurrection espagnole. (BLIN et CHALIAND).

 

Des stratégies économiques et politiques difficiles à mettre en place ou incomplètes.

L’Empire, dans une acception extensive il est vrai pas courante, qui entende la France révolutionnaire (1789-1804) qui mène à la République puis celle de l’Empire officiel (1804-1814/1815) représente, l’extension maximum du territoire français et une exception dans son Histoire. Si l’amalgame de territoires de plus en plus importants autour de l’Ile de France d’origine (l’ancien Royaume de France, féodal) constitue une dynamique réelle, l’acquisition de territoire aussi important au Sud et à l’Est (hormis bien entendu les conquêtes coloniales outre-mer), n’entre pas réellement dans une tradition multi-séculaire. Si chez les Capétiens surtout existe cette volonté de trouver des frontières « naturelles » sûres, l’entreprise napoléonienne va beaucoup plus loin, pour toutes sortes de raisons, au début défensives, ensuite plus conquérantes.

En plus de se distinguer des autres régimes politiques de l’Histoire de France d’abord par son originalité (il inaugure un système politique alors inédit en France, l’Empire), ensuite par sa belligérance (les guerres napoléoniennes voient la France affronter successivement cinq alliances), le Premier Empire reconfigure l’Europe non seulement politiquement, mais également idéologiquement. Il ne sera plus guère question par la suite de l’opposition dynastique entre Anglo-Protestants et Catholiques et les conflits politiques traversent de plus en plus tous les pays européens eux-mêmes traversés d’une idéologie nationaliste dont la France est en grande partie responsable (à son corps défendant parfois). Ces conflits permettent à NAPOLÉON de conquérir la majeure partie de l’Europe continentale, hors Scandinavie et Balkans ottomans, contrôlant à son apogée en 1812 un territoire s’étendant de Lisbonne à Moscou. Portée à son extension continentale maximale (860 000 km2), la France compte alors 135 départements, des villes comme Rome, Hambour, Barcelone, Amsterdam ou Raguse devenant chefs-lieux de départements français.

L’Empire se veut, au moins à ses débuts, l’héritier du Consulat et de la République. Les victoires de son armée exportent dans les pays conquis nombre d’acquis de la Révolution. La justice et la solde seigneuriales sont abolies partout où passe l’armée française, lui valant une certaine popularité. Les privilèges aristocratiques sont éliminés, sauf en Pologne. Le Code napoléonien est introduit dans de nombreux pays, en particulier aux Pays-Bas, en Allemagne, et en Italie, rendant tout un chacun égal devant la loi. Il établit le système du jury et légalise le divorce. L’Empire se veut le creuset d’une nouvelle noblesse héréditaire. A l’occasion du redécoupage de la carte en Europe auquel se livre NAPOLÉON, sa famille et ses proches reçoivent les trônes de différents pays d’Europe tandis que ses principaux collaborateurs sont dotés de titres copiés sur ceux de l’Ancien Régime. Même après la défaite de l’Europe, tous ces essais de dynasties pèseront sur les systèmes d’accession au pouvoir en Europe.

Les guerres continuelles empêchent l’administration française de s’établir durablement dans les pays occupés et l’exportation du système français dans de nombreux domaines (parfois inattendus comme le système métrique…) sera partielle et incomplète. L’établissement de nouvelles règles administratives et juridiques n’est possible qu’en temps de paix, et ces périodes de relatif calme sont inégalement répartis dans le temps et l’espace européens. Si en France sous le consulat qui constitue une période de pacification et de stabilisation après la décennie révolutionnaire, de nombreuses institutions sont fondées, et si sous l’Empire surtout en 1812-1813, ces institutions sont effectivement en train de s’installer, les périodes de guerre, les diverses insurrections (Bretagne, Espagne…), elles ne le sont que très incomplètement et diversement. Après l’Empire, les régimes politiques en France et en Europe se réapproprient certaines réalisations de l’Empire (des travaux entrepris seront poursuivis, le Code civil sera appliqué avec plus moins grande ampleur, le système fiscal sera utilisé à leur profit…).

Alain JOXE, ne se limitant pas bien sûr ici au modèle napoléonien décrit bien l’épuisement d’un code de conquête politico-religieux, ici politico-idéologique, et la tentative de l’imposer par la violence, notamment par la destruction violente des codes locaux antérieurs. « Un code, écrit-il, qui sert trop bien à affirmer la conquête par la répression, s’affirmant comme détaillant des compétences répressives, – et se défendant déjà dans l’attaque – devient incompétent pour agglomérer des forces par la libération des forces locales et son extension est rapidement limitée dans l’espace et le temps. L’excès de compétence répressive dans la pratique de la conquête est bien l’équivalent d’une fortification prématurée autolimitatrice.

Le code d’action politico-militaire français, cette religion anti-monarchique et anti-féodale, de la raison triomphante par la bataille décisive et la loi, ne peut engranger les systèmes de solidarité archaïques, les noblesses pauvres, les paysanneries libres, les Russes et leur tsar/ Il échoue en Vendée, en Espagne, en Russie. Napoléon échoue comme conquérant militaire, en quinze ans, mais il a répandu le Code civil. »

 

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016. Alain JOXE, Voyage aux sources de la guerre; PUF, 1991.

Lettre d’information d’IRIS:[PARUTION] À qui profite le commerce ? L’impact du libre-échange sur les relations internationales et varia

[PARUTION] À qui profite le commerce ? L’impact du libre-échange sur les relations internationales

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Avec les victoires des armées gouvernementales syriennes et irakiennes et la rébellion des rebelles Houthis au Yemen, la position de l’Iran s’est indéniablement renforcée…

08.12.17

Jérusalem : le choix très lourd de Donald Trump

Interview de Béligh NabliOn va plus loin, Public Sénat

07.12.17

Évènements

11.01.18

La France participe-t-elle à la mondialisation agricole ?

Conférence-débat organisée par le Club Demeter en partenariat avec l’IRIS à l’occasion de la parution du rapport « Le Déméter 2018 », portant sur la géopolitique…

Espace de conférences de l’IRIS, 2 bis rue Mercoeur, 75011 Paris

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